Jun 8, 2013 | Livres et carnets |

Photo © Marwa Morgan
Tout nouvellement sorti dans une petite collection chez Arthaud, le livre de Gilbert Sinoué, Les nuits du Caire, est un vrai grand bol d’air frais. Le narrateur, un Égyptien chrétien né au Caire mais qui a passé sa vie en France, revient en pleine révolution pour retrouver la femme qu’il a aimé quarante ans auparavant dans l’espoir de refonder quelque chose. Sur son chemin, ceux qui ont fait la révolution, les foules en colère, les islamistes qui l’enlèvent avant de se rendre compte qu’ils ont connu son propre père… Son parcours jusqu’à l’appartement de sa bien-aimée, Myriam, sera jonché des ombres de son passé, dans un Caire bouleversé où il ne reconnaît plus rien.
Alors au bout du chemin, il ne reste plus rien, à part les souvenirs…
Lorsque je l’aperçus, ce fut comme un jaillissement de lumière, l’éclatement d’un soleil. A un souffle de moi. Ses parents l’accompagnaient.
Elle ne pouvait être réelle ! Cette blancheur ! L’éclat de ce teint ! Ces joues de lys et de roses. Ce cou d’albâtre. Cheveux noirs de jais, tressés dans le poudroiement des nuits du Caire. Lèvres serties dans le rubis et le corail. Et ses yeux. Ses yeux couleur opale comme la mer.
Elle ne pouvait être réelle.
Elle l’était pourtant.
Et je m’embarquai dans un rêve fou.
Gilbert Sinoué, Les nuits du Caire
Arthaud, 2003
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Oct 25, 2012 | Arts, Histoires de gens |
Ne vous est-il jamais arrivé de rencontrer une peinture qui vous trouble à ce point que vous n’arriviez pas à chasser l’image de votre mémoire ? Ne vous est-il jamais arrivé d’être à ce point troublé par le visage d’une femme que vous n’auriez jamais pu connaître puisqu’elle est morte il y a des centaines d’années, éloignée de vous par un gouffre d’intemporalité, mais que vous vous disiez tout de même que vous auriez aimé la connaître ? C’est à peu près l’impression que j’ai eu la première fois que j’ai vu ce visage peint exhumé du Fayoum.

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Aug 23, 2012 | Livres et carnets |
Encore une très belle production dans la collection des œuvres illustrées d’Émile Prisse d’Avennes, éditée en 1847 par Didot frères à Paris. On notera à la fin de l’ouvrage des planches en couleur absolument superbes. On regretterait presque qu’il y ait aussi peu de planches…
Monuments égyptiens, bas-reliefs, peintures, inscriptions… etc, d’après les dessins exécutés sur les lieux par E. Prisse d’Avennes, pour faire suite aux Monuments de l’Egypte et de la Nubie, de Champollion le Jeune.
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Jun 3, 2012 | Arts |
Cette pièce tout à fait étonnante conservée au Louvre (numéro d’inventaire E4850) représente le dieu Horus à cheval tuant de sa lance un crocodile nilotique, qui est en réalité le dieu Seth symbolisé. Élément de fenêtre taillé dans le grès, cet objet date du IVè siècle après J.-C., soit en pleine période de l’Égypte chrétienne, qu’on connait sous le nom de copte. Il est très intéressant car il fait la liaison entre trois civilisations au travers d’un seul et même mythe traduit différemment, en impliquant une thématique récurrente dans les religions, la lutte du bien contre le mal :
- Le passé avec la Grèce ancienne, avec le mythe de Persée tuant la bête marine pour délivrer Andromède grâce à son épée magique.
- L’époque contemporaine avec les dieux de la civilisation égyptienne, Horus et Seth. L’utilisation du cheval n’est pas franchement égyptienne et provient plutôt de la Perse voisine, qui à cette époque a déjà soumis l’Égypte par deux fois.
- L’époque chrétienne en pleine expansion s’appropriera cette thématique par un curieux détour, passant par l’Empire Romain. Par le biais de ses esclaves africains qu’on retrouvera sur le continent américain, elle générera la figure du dieu guerrier du vaudou haïtien Ogun, assimilé à Saint-Georges, terrassant à son tour le dragon.

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May 24, 2012 | Livres et carnets |
Entre 1842 et 1845, l’archéologue Karl Richard Lepsius sera chargé directement par l’empereur Frédéric-Guillaume IV de conduire une expédition en Égypte et au Soudan destinée à produire des relevés précis des plus grands sites, ainsi qu’à ramener le plus d’objets possibles, comme c’est souvent le cas. Du plateau de Gizah au complexe funéraire de Saqqarah, du Fayoum à Thèbes en passant par Der el-Bahari jusqu’à Philæ, l’expédition s’est rendue jusqu’au sud de la Nubie égyptienne, en Éthiopie et jusqu’aux confins de Méroé, la cité aux pyramides pointues. La somme de connaissances rapportée sera considérable au travers d’une œuvre majestueuse en 13 volumes : Monuments d’Égypte et d’Éthiopie d’après les dessins rapportés de l’expédition scientifique organisée dans les années 1842–1845 dans ces deux pays sur ordre de sa majesté, le roi de Prusse, Frédéric Guillaume IV [« Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien nach den Zeichnungen der von Seiner Majestät dem Könige von Preußen, Friedrich Wilhelm IV., nach diesen Ländern gesendeten, und in den Jahren 1842–1845 ausgeführten wissenschaftlichen Expedition auf Befehl Seiner Majestät, 13 vol. »], Berlin, Nicolaische Buchhandlung, 1849 (réimpr. Réédition Genève : Éditions de Belles-Lettres, 1972).
Illustrations, copies topographiques, cartes, reproductions, relevés de terrain et surtout, un extraordinaire compte-rendu entièrement manuscrit ; tout est disponible sur le site de la Martin-Luther-Universität de Halle-Wittenberg sous le nom de Lepsius-Projekt. Une œuvre fascinante, qui même si elle est intégralement écrite en allemand, produit une somme documentaire inestimable.
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