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Mario Kart à Ko Phangan

Mario Kart à Ko Phangan

Je l’ai déjà dit plu­sieurs fois, Ko Phan­gan est une petite île du Golfe de Thaï­lande, iso­lée du reste du monde bruyant. Petite île donc, mais peu pra­ti­cable à pied. Il vaut mieux ici se dépla­cer en taxi ou à scoo­ter. Tous les ans, des conduc­teurs impru­dents perdent la vie sur cette île, d’ailleurs répu­tée pour cela, parce que les routes y sont étroites, mal entre­te­nues, les conduc­teurs sou­vent alcoo­li­sés et la pré­sence poli­cière nulle, parce que beau­coup de per­sonnes ne font pas atten­tion, doublent n’im­porte com­ment. Je crois que le pire, c’est de se trou­ver nez-à-nez avec un occi­den­tal qui a, l’es­pace de quelques ins­tants, oublié qu’on roule à gauche en Thaï­lande. Mais ne par­lons pas de ce qui pour­rait arri­ver ou de ce qui n’est pas arri­vé, mais bien plu­tôt de l’ex­pé­rience inté­res­sante que pro­cure le scoo­ter sur cette petite île avec ses mon­tées et des­centes ver­ti­gi­neuses, ses routes par­fois sans aucun revê­te­ment, les branches de pal­miers qui tombent sur la route et les chiens qui vous regardent d’un air débon­naire tan­dis que vous les klaxon­nez pour qu’ils se poussent. C’est cer­tai­ne­ment le meilleur moyen de prendre le temps de voir l’île comme on le sou­haite, de s’ar­rê­ter là et quand on veut, sans être dépen­dant des caprices d’un taxi qui roule sou­vent trop vite.

Je me suis donc amu­sé à prendre cette petite vidéo, depuis le centre de l’île jus­qu’à l’hô­tel, avec une bande ori­gi­nale pour le moins locale puisque chan­tée par Luk Phrae Urai Phon (cli­quez pour voir la vidéo ori­gi­nale, à tous les sens du terme), une vraie star Thaï.
Met­tez votre casque, chaus­sez vos lunettes pour évi­ter les bes­tioles et c’est par­ti pour cinq minutes de course folle sur les route thaïlandaises !!

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Acco­ler / Detterrir

Acco­ler / Detterrir

Acco­ler / Det­ter­rir, une autre manière de dire atter­rir et décol­ler. Parce que peu importe le sens dans lequel on le dit. C’est vrai après tout, si on regarde d’un peu près l’é­ty­mo­lo­gie des deux mots, voi­là ce qu’on peut se dire ; le sens de décol­ler signi­fie à la fois, pour un avion, quit­ter le sol, mais aus­si sépa­rer deux choses qui sont col­lées, jointes, soli­daires. Ain­si, on peut très bien ima­gi­ner le rem­pla­cer par le mot det­ter­rir, qui, comme son cou­sin atter­rir signi­fie rejoindre la terre, pour­rait signi­fier quit­ter la terre…

Peu importent les mots. Lors de mon der­nier voyage en Tur­quie en mai 2013, un mois de mai d’une den­si­té incroyable, où j’ai ren­con­tré des per­sonnes avec qui je suis tou­jours en contact aujourd’­hui, je me suis amu­sé à fil­mer cha­cun des décol­lages et atter­ris­sages de ce voyage.
Je suis par­ti le 1er mai de Paris pour rejoindre Istan­bul. Atter­rir à Istan­bul Atatürk a quelque chose de magique. La piste est rela­ti­ve­ment courte et com­mence presque au bord de la mer. Pas­ser au-des­sus de la Mer de Mar­ma­ra avec une beau soleil qui se réflé­chit sur cette mer aux accents antiques est comme un rêve éveillé. On atter­rit tou­jours à Istan­bul en étant un peu cha­hu­té, il faut s’y attendre. C’est comme ça. Peu importe les cir­cons­tances, j’ai une petite chan­son dans la tête lorsque j’ar­rive, quelque chose comme le chant d’une femme, une lamen­ta­tion douce et triste.
Le même jour, à quelques heures d’in­ter­valle, j’ai repris un vol interne pour rejoindre Kay­se­ri. Lors­qu’on décolle d’Is­tan­bul et qu’on se dirige vers l’est, l’a­vion fait une grande boucle autour de la la pointe du sérail et nous donne une vue impres­sion­nante sur la ville antique. Kay­se­ri est un peu la capi­tale de la Cap­pa­doce, beau­coup plus grande que Nevşe­hir. L’at­ter­ris­sage se fait dans une ambiance humide, de gros nuages épais et lourds tour­nant autour de l’Erciyes dağı (Mont Argée). Des avions mili­taires, des C‑160 Trans­all visi­ble­ment, les 20 qui sont encore en ser­vice dans le monde, sont par­qués sur le côté droit de la piste.
Le 6 mai, je repars du même aéro­port, Kay­se­ri Erki­let Hava­li­manı. Le temps est beau­coup plus clé­ment, le soleil se blot­tit sur les contre­forts de la mon­tagne culmi­nant à presque 4000 mètres. En ce mois de mai, alors que la tem­pé­ra­ture frise les 25°C, le som­met est encore cou­ron­né de neige imma­cu­lée. Une nou­velle fois, j’at­ter­ris à Istan­bul et encore une fois, je suis du côté droit de l’a­vion ; de là où je suis, je ne vois pas la pointe du sérail, mais la par­tie ouest de la grande agglomération.
Le 11 mai, l’a­vion décolle d’A­tatürk, dans une lumière de fin de jour­née. Le vol dure presque quatre heures et donne l’im­pres­sion de cou­rir après le soleil qui se couche. Lorsque j’at­ter­ris à Charles de Gaulle, la nuit vient à peine de tom­ber sous un ciel de plomb aux cou­leurs vio­la­cées. Les lumières des villes alen­tours et de cette immense ville qu’est l’aé­ro­port de Rois­sy, les cou­leurs criardes des champs de col­za, tout ceci annonce le retour à la réalité.

Les vols en avion m’an­goissent tou­jours, je me sens tou­jours un peu fébrile lorsque le com­man­dant de bord annonce au micro que les hôtesses doivent se pré­pa­rer au décol­lage, que les réac­teurs vrom­bissent sur le tar­mac. Les rails de glis­se­ments des volets s’al­longent pour lais­ser tom­ber les volets qui vont per­mettre à l’a­vion de décol­ler du sol et finissent par retour­ner à leur empla­ce­ment lorsque nous serons à une alti­tude suf­fi­sante. A l’at­ter­ris­sage, les mêmes volets res­sortent pour offrir une plus grande por­tance et agran­dir la sur­face de la voi­lure. Une fois à terre, les spoi­lers se dressent pour pla­quer l’a­vion au sol et lui per­mettre de frei­ner lorsque les inver­seurs de pous­sée prennent le relais pour sou­la­ger le sys­tème de frei­nage. J’aime pour­tant regar­der les ailes bou­ger au gré des bour­rasques, se plier et trem­bler sous les dif­fé­rences de pres­sion. En quelques mots, j’aime me faire un peu peur, jamais vrai­ment ras­su­ré de m’en­vo­ler, et pour­tant tou­jours content de prendre l’air, parce qu’au bout du vol, c’est une autre réa­li­té qui s’ouvre.

Voi­ci un petit mon­tage vidéo de ces atter­ris­sages et décol­lages pen­dant le mois de mai 2013, accom­pa­gné de la musique envoû­tante de Mer­can Dede avec un titre superbe, Nar‑i Can, sur l’al­bum Nar (Dou­ble­moon, 2002).

 

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Haad Cha­lok­lum, Tsu­na­mi hazard zone

Haad Cha­lok­lum, Tsu­na­mi hazard zone

Haad Cha­lok­lum. Petite sta­tion bal­néaire tout au nord de Ko Phan­gan, der­nier point sur la route ouest de l’île. Pour conti­nuer à l’est, trois pos­si­bi­li­tés ; il faut reve­nir sur Thong Sala par la route, c’est-à-dire tout au sud, ou alors prendre un taxi-boat pour rejoindre les plages plus à l’est. Der­nière solu­tion, tra­ver­ser la bar­rière mon­ta­gneuse qui découpe l’île en deux sur sa par­tie la plus sep­ten­trio­nale, quitte à affron­ter une forêt inhos­pi­ta­lière et dense que, par­tout, on vous décon­seille for­te­ment de péné­trer. C’est dire si Cha­lok­lum fait figure de bout du monde. Un bout du monde bat­tu par le vent char­gé d’eau qui se déverse en trombes sur cette petite anse où les pêcheurs de cala­mars ont élu domi­cile pour leur activité.

4 - Carnet de Thaïlande - 01 - Haad Chaloklum

4 - Carnet de Thaïlande - 03 - Haad Chaloklum

Sur la côte, on vous pré­vient gen­ti­ment que vous êtes dans une zone sou­mise aux tsu­na­mis et qu’en cas de pro­blèmes, un sys­tème de sirène vous alerte et vous enjoint de rejoindre à toute vitesse les hau­teurs. Le décor est plan­té. On est ici sou­mis au dan­ger de la mer, de la nature toute puis­sante dans un décor de rêve, à l’ombre des coco­tiers et sur le sable fin, dans une eau qui frise les 30°C.

4 - Carnet de Thaïlande - 05 - Haad Chaloklum

4 - Carnet de Thaïlande - 07 - Haad Chaloklum

Cha­lok­lum, c’est deux ou trois rues bor­dées de com­merces tenus dans des cabanes en tôle ondu­lée, des épi­ce­ries qui ne disent pas leur nom, des baraques de pêcheurs, quelques petits res­tau­rants qui ne paient pas de mine et au milieu de tout ce petit monde, un temple, le Wat Cha­lok­lum. Impres­sion­né par les lieux de ce petit endroit sans pré­ten­tion, je n’ai même pas osé entrer ; cer­tai­ne­ment parce que j’é­tais trem­pé comme une soupe, rin­cé par une averse qui sem­blait ne jamais vou­loir s’ar­rê­ter. C’est aus­si la pre­mière fois que je suis confron­té de plein fouet à cette reli­gion que je connais mal et qui adore, en plus d’un Boud­dha omni­pré­sent, des mil­liers d’êtres spi­ri­tuels aux qua­li­tés pas toutes recommandables.

La mer a cette tris­tesse des len­de­mains de jours d’ex­cès, lorsque la pluie revient ; la plage garde les stig­mates d’une nuit trop agi­tée, à la limite de la nau­sée. Une simple balan­çoire accro­chée à un pal­mier pen­ché au-des­sus du sable semble attendre qu’on joue avec elle, comme une petite fille aban­don­née. L’a­gi­ta­tion de la houle empêche visi­ble­ment les bateaux de sor­tir, alors que tout sem­blait si ani­mé lorsque je suis pas­sé ici avant de rejoindre l’hô­tel. Pour­tant ici, le sol sèche vite après la pluie, mais l’a­gi­ta­tion de la mer tra­hit que la nature est bien plus per­verse qu’une simple ondée, qu’elle est bien plus per­ni­cieuse qu’il n’y paraît.

4 - Carnet de Thaïlande - 08 - Haad Chaloklum

Sur le front de mer, des claies sont sus­pen­dues à un mètre du sol sur un ter­rain où rien ne pousse. Si je ne les avais pas vues la veille, je n’au­rais jamais su ce qu’on y fai­sait ; ce sont en fait des cadres de bois sur les­quels on tend des filets de pêche tout fins et sur les­quels sèchent les cala­mars frai­che­ment péchés et salés. Une odeur de mort flotte dans l’air. J’i­ma­gine par­fai­te­ment les pauvres petites bêtes sécher au soleil tor­ride de Thaï­lande, leurs sucs gout­tant dans le sol meuble au fur et à mesure de leur lente des­sic­ca­tion pour finir sur les mar­chés ambu­lants de Bang­kok, fins comme des cartes à jouer trans­lu­cides, cro­quants comme des chips de pomme de terre.

4 - Carnet de Thaïlande - 09 - Haad Chaloklum

4 - Carnet de Thaïlande - 34 - Haad Chaloklum

Assise sur le rebord en béton, une femme que la soixan­taine a cueillie plus rapi­de­ment qu’elle ne l’a­vait ima­gi­né, a lais­sé ses chaus­sures der­rière elle pour regar­der la mer cla­po­ter sous les pon­tons, à l’ombre d’un jac­quier impo­sant mena­çant de lais­ser tom­ber ses énormes fruits aux mil­liers de petits piquants. Elle semble si triste et si sereine à la fois qu’elle attire inévi­ta­ble­ment sur elle une ombre de sympathie.

4 - Carnet de Thaïlande - 32 - Haad Chaloklum

4 - Carnet de Thaïlande - 13 - Haad Chaloklum

Dans une petite épi­ce­rie au bord de la route, j’a­chète des petits citrons verts qu’on appelle ici manao (มะนาว, Citrus auran­tii­fo­lia), des feuilles de com­ba­va (มะกรูด, Citrus hys­trix) et des ciga­rettes de tabac rou­lé qu’on appelle che­roots. On trouve de tout et de rien dans ce petit han­gar sur­char­gé d’é­ta­gères, de la cas­se­role en fer blanc au paquet de mou­choirs, en pas­sant par des fruits et légumes à l’as­pect pas tou­jours reconnaissable.

4 - Carnet de Thaïlande - 16 - Haad Chaloklum

4 - Carnet de Thaïlande - 23 - Haad Chaloklum

Dans l’en­ceinte du temple, il com­mence à pleu­voir des trombes, l’a­verse bat son plein tan­dis que les mon­tagnes envi­ron­nantes s’en­tourent de nuages épais aus­si sta­tiques que des boud­dhas endor­mis. Je trouve refuge sous un abri qui est en réa­li­té une salle de mas­sage en plein air. Un vieux bon­homme avec un balai à la main m’in­vite à me mettre à l’a­bri dans son antre autour de laquelle sont accro­chés par des fils de fer des épi­phytes logées dans des petits pots en alu­mi­nium, don­nant au lieu un air aérien et tro­pi­cal. Tout autour de l’en­ceinte du temple sont dis­po­sées des niches où reposent les sou­ve­nirs des ancêtres accom­pa­gnés le plus sou­vent d’une petite pho­to enca­drée, fai­sant pla­ner une onde de res­pec­ta­bi­li­té sur les lieux, déjà empreints de la quié­tude qui sied aux lieux de croyances. Un moine replet passe tran­quille­ment sous son para­pluie pour aller fer­mer les volets du temple avant de retour­ner tout aus­si tran­quille­ment de là où il est arri­vé, pas­sant à côté d’un kiosque où dorment de mau­vais gar­çons mous­ta­chus accom­pa­gnées de chiens tout aus­si mau­vais qui semblent faire la révé­rence à l’homme habillé de safran. Le vieux du salon de mas­sage me parle en me mon­trant la pluie, sem­blant me dire que ça ne s’ar­rête pas. Effec­ti­ve­ment, ça ne s’ar­rête pas et je me décide enfin à retour­ner à l’é­pi­ce­rie où je trou­ve­rai un pon­cho plas­tique fabri­qué au Vietnam.

4 - Carnet de Thaïlande - 24 - Haad Chaloklum

4 - Carnet de Thaïlande - 27 - Haad Chaloklum

4 - Carnet de Thaïlande - 20 - Haad Chaloklum

Dans un des petits res­tau­rants d’une autre rue, je m’at­table pour déjeu­ner d’un tom kha kaï et d’un pad thaï pré­pa­rés dans une cui­sine de for­tune à côté de la chambre du bébé, une chambre aveugle et chao­tique. Le fils qui n’a pas cinq ans va ache­ter des fruits à l’é­pi­ce­rie d’en face, tan­dis que la petite fille, plus jeune encore, s’ex­ta­sie devant un karao­ké qui passe à la télé. A la fin du repas, le père me pro­pose de me rame­ner à Haad Salad avec sa voi­ture pour un prix tout à fait modeste.

4 - Carnet de Thaïlande - 29 - Haad Chaloklum

Le temps s’é­tire à Haad Cha­lok­lum tan­dis que la plage attend sage­ment les ravages d’un tsu­na­mi. Il n’y a rien à faire ici à part regar­der le temps pas­ser et la pluie s’é­cra­ser en grosses gouttes sur les feuilles d’un beau vert tendre des bana­niers. De temps en temps, on entend les noix de coco tom­ber dans un bruit sourd de toute leur hau­teur dans l’herbe grasse où paissent des buffles gras. Même les chiens s’en­nuient ferme, l’œil à moi­tié fer­mé pen­dant qu’ils dorment sur le bord de la route, et par­fois même au beau milieu des car­re­fours. Il va fal­loir que j’ap­prenne à goû­ter de ce temps qui ne s’é­coule pas d’une manière connue.

4 - Carnet de Thaïlande - 36 - Haad Chaloklum

Voir toutes les pho­tos de Haad Cha­lok­lum sur Fli­ckr.

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Le monde tour­noyant de Thong Sala

Le monde tour­noyant de Thong Sala

Thong Sala. Thong Sala (ท้องศาลา), à l’ouest de la petite île de Ko Phan­gan, accro­chée à la mer du Golfe de Thaï­lande comme un esca­la­deur déses­pé­ré à la falaise qui sur­plombe la mer. La pre­mière fois que j’ai mis les pieds ici, c’é­tait un après-midi, un ter­rible après-midi d’o­rage. A peine y avais-je mis les pieds que le ciel s’est frac­tu­ré pour se déver­ser en trombes tro­pi­cales sur les rues mal bitu­mées de cette petite ville fai­sant office de centre admi­nis­tra­tif d’une île qui semble dépour­vue de tout, sauf de pois­sons et de cala­mars. Pas très éten­due, elle me fait l’im­pres­sion d’une ville fou­traque, hasar­deuse, sans vrai­ment de sens, avec des fils élec­triques par­tout dans les airs et plus de scoo­ters que d’ha­bi­tants, des vieux hip­pies imbi­bés de Chang Beer et de jeunes toxi­cos tatoués comme des frises incas.

3 - Carnet de Thaïlande - 14 - Baan Thongsala

3 - Carnet de Thaïlande - 15 - Baan Thongsala

3 - Carnet de Thaïlande - 11 - Baan Thongsala

La pre­mière fois que je suis arri­vé au Pan­tip Mar­ket, prin­ci­pa­le­ment actif le soir et la nuit, je me suis dit qu’il n’é­tait pas ques­tion que je déjeune quoi que ce soit qui vienne d’i­ci. Car­casses de canard accro­chées par les pattes, macé­rant tran­quille­ment dans leurs cages de verre en plein soleil, odeurs de pois­sons tailla­dés insou­te­nables, sus­pen­dus en plein air, de grillades de bou­lettes d’une viande à l’o­ri­gine indé­ter­mi­née… Fina­le­ment, je me lais­se­rai ten­ter par les petites assiettes de pad thaï pré­pa­rées sur place, avec sucre en poudre, piment et giclée de jus de citron vert sur des caca­huètes écra­sées qui feront le prin­ci­pal de mon séjour ici, mais aus­si par les bro­chettes de bou­lettes de pou­let qui, à peine ingé­rées, me lais­se­ront presque mort sur le bord du trot­toir, à me prendre les tripes d’un mal étrange qui se ter­mi­ne­ra aux toi­lettes dans un fra­cas inima­gi­nable. L’o­deur asso­ciée au Pan­tip Mar­ket, c’est celle du rance et de l’a­va­rié, mais c’est comme à peu près comme tout, j’i­ma­gine, on finit par s’y faire.

3 - Carnet de Thaïlande - 08 - Baan Thongsala

3 - Carnet de Thaïlande - 25 - Baan Thongsala

Ce pre­mier jour où les rues sont bat­tues par une pluie qui semble ne jamais devoir s’ar­rê­ter, je suis pris en otage sous les tôles ondu­lées d’un han­gar où l’on vend des vête­ments de toutes les cou­leurs fluo­res­centes qu’il est pos­sible d’i­ma­gi­ner, sans quoi que ce soit pour me pro­té­ger de la pluie. Il fait une cha­leur de four­naise sous les tôles et l’air ne cir­cule qua­si­ment pas. La pluie par­vient à peine à dis­si­per l’at­mo­sphère lourde et grasse. Je réus­sis à m’en­fuir d’i­ci après avoir ache­té un bal­lon en rotin pour mon fils, du baume du tigre et un pen­den­tif en forme de médaille où prie en silence un boud­dha debout.

3 - Carnet de Thaïlande - 13 - Baan Thongsala

Un de ces jours, je mange dans ce mar­ché de nuit, sous la grande halle qui sert à se pro­té­ger des averses aus­si fré­quentes que mas­sives, du pou­let épi­cé et du jus de mangue gla­cé. Une jeune fille à peine en âge d’a­voir des enfants débar­rasse et net­toie les tables avec sa petite fille dans les jambes, à peine haute comme deux pommes. L’en­droit est bruyant et sale ; un vieux baba chante du Bob Mar­ley avec sa gui­tare en pas­sant au milieu des tables, et un har­mo­ni­ca en tra­vers de la bouche, qu’il ne sait visi­ble­ment pas uti­li­ser. Je me rends compte qu’il n’y a pas un seul Thaï sous ce han­gar ; je n’ai rien à faire ici, ce n’est pas mon monde et je ne veux sur­tout pas être assi­mi­lé à cette foule dans laquelle je ne me recon­nais pas. Je quitte cet endroit qui doit cer­tai­ne­ment don­ner l’illu­sion à tous ces Amé­ri­cains et Alle­mands qu’ils sont ici au cœur de la Thaï­lande authen­tique, tou­jours dans l’entre-soi, même à l’autre bout du monde.

3 - Carnet de Thaïlande - 17 - Baan Thongsala

Thong Sala, c’est un port « inter­na­tio­nal » dans lequel trône un navire mili­taire, enfer­mé dans une rade, à dix mètres de la plage. Je rentre dans la nuit en taxi, accom­pa­gné du chant des cra­pauds qui s’é­go­sillent dans les ténèbres et d’une lumière bleue accro­chée aux mon­tants du pick-up trans­for­mé en taxi-brousse, don­nant à la nuit un air magique et irréel.

3 - Carnet de Thaïlande - 22 - Baan Thongsala

Voi­là, c’est ça Thong Sala. Ce n’est pas grand-chose, juste une petite ville pus grosse que les autres, d’où partent des petits bateaux depuis son port inter­na­tio­nal pour rejoindre Ko Samui, Ko Tao, et même le parc natio­nal de Mu Ko Ang Thong. Il n’y a rien à voir ici. Quelques petits temples sans inté­rêt, la mer du Golfe de Thaï­lande qui s’é­tend sur l’ho­ri­zon, des mar­chés où prend à la gorge l’o­deur insou­te­nable des cala­mars séchés et de pois­sons que je n’o­se­rais pas appro­cher, mais ce qu’on vient cher­cher à Thong Sala, c’est autre chose, et ce n’est pas ce qu’y viennent y cher­cher tous ces vieux Alle­mands à la peau buri­née par le soleil, atten­dant leur méla­nome sous les feuilles de bana­niers ; on vient y cher­cher les pro­duits de pre­mière néces­si­té pour ensuite retour­ner dans son para­dis caché de tous, une fois de temps en temps.

3 - Carnet de Thaïlande - 19 - Baan Thongsala

C’est la nuit que Thong Sala a le plus de charme, parce qu’en­fin, char­mante comme un enfant, il est plus agréable encore d’at­tendre qu’elle se soit endor­mie pour pro­fi­ter de son silence.

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Jours élas­tiques à Haad Salad

Jours élas­tiques à Haad Salad

Ko Phan­gan (Pha Ngan) est une petite île plan­tée au beau milieu du Golfe de Thaï­lande, à deux pas de sa grande sœur Ko Samui, plus connue, plus cos­sue, moins en retrait. Phan­gan, c’est un havre de paix qu’une bande d’a­bru­tis a ten­té de trans­for­mer en ter­rain de jeu pour fêtards noc­turnes, alcoo­li­sés et les neu­rones bom­bar­dés à l’ecs­ta­sy, lors de ces immenses fêtes don­nées sur les plages du sud de l’île, les fameuses full moon par­ties qui ont lieu tous les 28 jours… Alors pour­quoi aller se ter­rer là-bas si c’est pour vivre ça ? L’île est grande et pas for­cé­ment très acces­sible par­tout. Le sud n’est pas l’île (on pour­rait presque dire ça de la France aus­si…). Non, Phan­gan c’est aus­si une île qui vit au rythme de la mer, jamais vrai­ment pres­sée, tou­jours un peu lente…

2 - Carnet de Thaïlande - 02 - Haad Salad

2 - Carnet de Thaïlande - 07 - Haad Salad

2 - Carnet de Thaïlande - 08 - Haad Salad

J’ai pas­sé quelques jours dans cette petite anse qui porte le nom étrange de Haad Salad, qui pour­rait évo­quer un légume vert qui ne pousse pas for­cé­ment sous ces lati­tudes, mais pas du tout, c’est un topo­nyme comme un autre, un petit bourg au bord d’une route qui fait le tour de l’île et par lequel on accède des deux côtés. On arrive par le vil­lage où l’on trouve quelques com­mer­çants, des loueurs de scoo­ters et de petits res­tau­rants qui ne paient pas de mine. De l’autre côté, on arrive par une grande côte que les scoo­ters pour­tant bien puis­sants ont du mal à gravir.

2 - Carnet de Thaïlande - 10 - Haad Salad

2 - Carnet de Thaïlande - 11 - Haad Salad

2 - Carnet de Thaïlande - 13 - Haad Salad

C’est ici que j’ai posé mes valises, dans un petit hôtel dont je ne fais pas la pro­mo­tion, de peur qu’il soit trop cou­ru par la suite. Des bun­ga­lows sont accro­chés à la col­line dans un jeu d’é­qui­li­briste par­fois auda­cieux, tan­dis qu’un petit immeuble en béton, mais pas suf­fi­sam­ment grand pour être vrai­ment déran­geant, sur­plombe la petite baie coral­lienne de toute sa hau­teur et offre une vue à la fois sur la forêt et sur le large. Près de la plage, une grande cahute fait office de res­tau­rant, grande ouverte sur le ciel, les pal­miers et par­fois même le bruit des vagues rame­né par le vent.

La jour­née, je nage par­mi des petits pois­sons aux noms incon­nus, des our­sins noirs et des holo­thu­ries grosses comme des mol­lets, et par­mi les algues, un pois­son énorme qui se cache tant bien que mal, avec une grosse bouche en cœur et une épine sur le dos. Cer­tains de ces petits pois­sons sont exces­si­ve­ment agres­sifs ; ils tentent de vous atta­quer (toutes pro­por­tions gar­dées) pour vous signi­fier que le pneu qui gît par cin­quante cen­ti­mètres de fond est en réa­li­té leur habi­tat et qu’ils y gardent leur pro­gé­ni­ture bien à l’a­bri. Mal­gré son atti­tude un peu ner­veuse, il recule quand je tends la main vers lui. Le midi, je déjeune d’un pad thaï bien sucré sous un ciel qui se couvre de franges d’un beau gris fon­cé, connu sous nos lati­tudes sous le nom de « ciel de merde ».

2 - Carnet de Thaïlande - 16 - Haad Salad

Lorsque je reviens d’une balade à Baan Thong­sa­la, alors que la nuit est déjà tom­bée, je m’ac­croche tant bien que mal à l’ar­rière du pick up car je le vois évi­ter les flaques d’eau monu­men­tales qui se sont for­mées sur la route après l’a­verse de la jour­née. Sur le bord de la route, on vent de l’es­sence dans des bou­teilles de whis­ky bon mar­ché sous des petits étals en bam­bou éclai­rés par une ampoule soli­taire jusque tard dans la nuit. Sou­vent même, il n’y a per­sonne pour sur­veiller. Lais­sez une pièce dans la boîte et tirez-vous le réser­voir plein. Des buffles gras­souillets se com­plaisent dans leurs champs sous la pluie battante.

2 - Carnet de Thaïlande - 19 - Haad Salad

2 - Carnet de Thaïlande - 14 - Haad Salad

Intri­gué par des petites lumières qui s’al­lument sur l’ho­ri­zon, j’a­pos­trophe le chauf­feur qui me dit que ce sont des pêcheurs au large qui uti­lisent la lumière pour faire remon­ter leurs futures prises à la sur­face. Il est inca­pable de me trou­ver le mot en anglais pour me dire ce qu’ils pêchent mais ce ne sont pas des pois­sons, il me fait des signes que je ne com­prends pas ; d’un com­mun accord, nous pré­fé­rons en res­ter là pour gar­der la face… Je pense à des cre­vettes, mais je doute que ce soit ça…

2 - Carnet de Thaïlande - 21 - Haad Salad

Toutes sortes d’a­ni­maux vivent ici en toute tran­quilli­té au beau milieu d’une nature pim­pante que per­sonne ne vient révo­lu­tion­ner. Des iguanes, des tout petits lézards frin­gants, un élé­phant, des oiseaux hauts sur pattes avec le cou bien droit qui font de drôles de bruits et que j’i­ma­gine être des mai­nates, une arai­gnée grande comme la main ouverte pen­due à un pan­neau d’af­fi­chage, atten­dant son dîner en me regar­dant pas­ser, un chien à trois pattes ado­rable qui cherche les caresses et qui vient me cher­cher à chaque fois que je des­cends sur la plage, que je fini­rai par appe­ler avec une tonne d’i­ma­gi­na­tion « trois pattes », des petits cor­niauds ridi­cules qui se grattent tous les temps avec la patte arrière, des papillons énormes, noirs, blancs, insaisissables…

2 - Carnet de Thaïlande - 24 - Haad Salad

Tan­dis que je dîne mol­le­ment d’un cur­ry vert, vau­tré sur les cous­sins du res­tau­rant, les ser­veurs tirent les bâches du res­tau­rant pour pro­té­ger l’a­van­cée de la gale­rie d’une éven­tuelle grosse averse noc­turne. J’ai pris l’ha­bi­tude de ne pas m’in­quié­ter de la météo ; ici, même une grosse averse signi­fie qu’elle sera balayée pour le pro­chain rayon de soleil qui arrive aus­si vite que les nuages s’enfuient.

Au petit matin, une dou­ceur humide vient cares­ser l’ombre de la ter­rasse ; le pay­sage est trem­pé d’une pluie légère, lus­trant les col­lines ver­doyantes, ver­nis­sant les feuilles dans une ambiance dégou­li­nante de tro­pique esso­rée. La marée est plus haute que d’ha­bi­tude, lèche à cer­tains endroits les cahutes du bord de la plage et les contre­forts de cet ancien repaire de pirates. Des vagues hautes viennent se fra­cas­ser contre la bar­rière de corail qui ferme l’anse dans un bruit ron­ron­nant qui monte jus­qu’à mon hamac. Sur la plage, des jeunes gar­çons dépe­naillés, la tête cou­verte par un large cha­peau de paille effi­lo­chée ratissent le sable, chassent les feuilles que le vent a fait tom­ber pen­dant la nuit.

2 - Carnet de Thaïlande - 27 - Haad Salad

Par­fois le matin, l’eau est trou­blée par les vagues, retour­nant le sable avec légè­re­té, la marée monte de plus en plus haut. Ce n’est pas la Médi­ter­ra­née ici, on est bel et bien au bord de l’o­céan mal­gré la double enclave que construit le Golfe de Thaï­lande et la petite anse au nord de l’île… Mal­gré un temps un peu bous­cu­lé, la mati­née passe vite à lézar­der sur une plage déser­tée ou dans l’eau que je finis par trou­ver un peu plus fraîche que ce que j’a­vais ima­gi­né ; on reste quand-même dans des ordres de gran­deur qu’on n’o­se­rait pas ima­gi­ner sur une plage du Roussillon…

Un petit che­min remonte à tra­vers le jar­din d’un hôtel pour rega­gner le petit bourg com­mer­çant, un che­min de terre rouge ravi­né par les averses où s’ac­cu­mulent des déchets char­riés par la der­nière pluie. D’i­ci je prends sou­vent un taxi choi­si au hasard pour rega­gner Baan Thong­sa­la par les routes inondées.

2 - Carnet de Thaïlande - 30 - Haad Salad

2 - Carnet de Thaïlande - 43 - Haad Salad

Un matin, je me réveille tôt, signe que je suis enfin repo­sé ; il fait chaud et les vagues s’é­crasent dans un bruit sourd sur la bar­rière de rochers et sur la plage à pré­sent. Un soleil humide perce la couche de brume lai­teuse. « Trois pattes » a dor­mi toute la nuit sur mon bal­con ; quelques caresses et il s’en­fuit pour rejoindre la plage.

En repen­sant à ce que j’ai vu la veille à Thong­sa­la, je m’in­quiète de voir une Thaï­lande encore un peu maî­tresse d’elle-même se faire vam­pi­ri­ser par une armée de fan­tômes. Juste de retour des choses, elle leur suce le sang par le petit trou du porte-mon­naie. Des Euro­péens enva­hissent les moindres recoins avec leurs bou­teilles de bière et leurs dol­lars plein les poches, se perdent dans un pays cha­leu­reux qui les pompent ; on ne s’é­tonne pas vrai­ment de voir de vieux Alle­mands ou des Néer­lan­dais errer le regard per­du dans les ruelles sombres et cras­seuses à la recherche d’une assiette de pad thaï jetée dans un contai­ner. Ils ont pen­sé pou­voir vivre ici, sous un soleil cui­sant, parce qu’i­ci on peut vivre dehors sans mou­rir de froid, mais ce qui les tue est bien plus per­ni­cieux, c’est la sen­sa­tion de toute puis­sance du colon qui se trouve bien vite rame­né à ce qu’il est en réa­li­té… une merde d’é­lé­phant… et encore ! Avec celle-ci, on peut faire du papier…

2 - Carnet de Thaïlande - 32 - Haad Salad

La veille, les bateaux de pêche avec leurs petits lumi­gnons verts et jaunes sont res­tés au large toute la jour­née. Ce sont des pêcheurs de cala­mars. Cette nuit, les oiseaux ont bavar­dé jusque tard. Je passe ma mati­née dans l’eau, masque et tuba sur le nez, fais la connais­sance d’un petit tri­dacne (béni­tier) aux lèvres vertes pul­peuses qui don­ne­raient presque envie de l’embrasser à pleine bouche, mais aus­si d’un petit pois­son qui nage à recu­lons pour se cacher dans une coquille ronde ; étrange sym­biose natu­relle. Sur la plage tan­dis que le soleil décline, je me fais mas­ser par un Kha­toey (กะเทย), en tout bien tout hon­neur, pour une poi­gnée de bahts, qui a réus­si à me dénouer défi­ni­ti­ve­ment les muscles du dos… Les chiens eux, se délassent sur le sable qu’ils creusent pour se blot­tir dans la frai­cheur d’une fin de jour­née haras­sante où ils se sont mor­dillés gen­ti­ment pour défendre leur bout de plage.

2 - Carnet de Thaïlande - 44 - Haad Salad

2 - Carnet de Thaïlande - 49 - Haad Salad

Les grandes fleurs blanches des fran­gi­pa­niers dis­til­lent dans l’air leur par­fum suave, m’in­di­quant que je vais devoir finir par par­tir en empor­tant ça avec moi. Le temps ici s’est ralen­ti, je ne fais que man­ger, dor­mir, bou­qui­ner un peu, nager dans une eau tur­quoise au beau milieu de pois­sons qui ne songent à rien. Moi qui ne suis pas un être d’eau, je passe le plus clair de mon temps à faire la planche dans une eau aus­si chaude que l’air, les yeux tour­nés vers le ciel. Je ne ramè­ne­rai rien d’autre d’i­ci que des sou­ve­nirs tendres, les caresses atten­dues d’un chien qui a per­du sa patte, les cris des geckos le soir tan­dis que mon assiette se rem­plit de mo manao (porc épi­cé au citron vert), de samous­sas tendres au pou­let et de jus de mangue fraiche. Et de quelques mojitos…

2 - Carnet de Thaïlande - 33 - Haad Salad

2 - Carnet de Thaïlande - 34 - Haad Salad

Pois­sons fleurs, pois­sons rayés, pois­sons plats, pois­sons far­ceurs, our­sins sur les­quels j’au­rais réus­si à mar­cher, me plan­tant un pic à bro­chettes sous la plante du pied, pois­sons ogives, pois­sons cache-cache… Inca­pable de mettre un nom sur toute cette faune, j’in­vente des noms comme le fai­saient les anciens, au plus proche de ce que je découvre…

Mis­ter Sim et Mis­ter Sia se sont assis ma table quelques ins­tants pour papo­ter dans un anglais approxi­ma­tif qui nous a tout de même per­mis d’é­chan­ger un peu sur leur vie ici. Ils vivent ici à l’an­née avec femme et enfants qui s’é­brouent dans les arrière-cours de l’hô­tel. Quand ils me demandent d’où je viens, ils ne savent pas où se situe la France. Paris ? Ah Paris !!! Le par­fum, la Tour Eif­fel, l’argent… Oui, mais non… Paris ce n’est pas ça, même si d’i­ci ça y res­semble. Mieux vaut les lais­ser avec ces images puis­qu’ils n’i­ront cer­tai­ne­ment jamais, pour leur plus grand bien…

2 - Carnet de Thaïlande - 38 - Haad Salad

Quand je par­ti­rai d’i­ci, la fille de la récep­tion tien­dra à s’oc­cu­per de tout, taxi jus­qu’à Thong­sa­la, billets pour le bateau qui me ramène à Samui, et jus­qu’au taxi qui me per­met­tra de rejoindre l’aé­ro­port. Je n’au­rai rien à faire, sinon à payer…

Haad Salad ne s’ef­face pas de mon sou­ve­nir, la petite anse enser­rée entre les col­lines plon­geant dans l’eau chaude et calme reste pré­sente au creux de moi, ses odeurs et ses bruits de cigales, les geckos râlant dans la nuit sous le por­trait du roi Rama V, les fran­gi­pa­niers et les arbres du voya­geurs éten­dant leurs longs bras au-des­sus des petites che­mins qui regagnent les chambres… Un petit rêve dans lequel on ne se pré­oc­cupe de rien, sinon d’être bien, loin de tout, loin du tumulte des grandes villes, loin des avions qu’on n’en­tend plus.

Haad Salad…

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