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Teseo

Teseo (Thé­sée — HWV 9) est un long opé­ra de Georg Frie­drich Haen­del (j’ai appris il y a peu que le com­po­si­teur alle­mand s’é­tait fait natu­ra­li­ser bri­tan­nique). Long car en 5 actes, ce qui est excep­tion­nel pour l’é­poque. Il n’a été joué que peu de fois depuis que son com­po­si­teur est décé­dé, en rai­son d’une grande com­plexi­té de mise en œuvre. Le thème est clas­sique, une his­toire d’a­mour et de ran­cœur ; le fils Teseo (Thé­sée) et le père Egeo (Égée) se dis­putent l’a­mour d’A­gi­lea tan­dis que la magi­cienne Medea (Médée) est éga­le­ment amou­reuse de Teseo (ouais). Au terme de rebon­dis­se­ments sans fin, le père et le fils se retrou­ve­ront. Créé le 10 jan­vier 1713, c’est un opé­ra écrit en italien.

Deux extraits du Teseo orches­tré par Kon­rad Junghä­nel. Éton­nam­ment, les deux rôles d’hommes, Thé­sée et Égée sont inter­pré­tés par des contre-ténors dans cette ver­sion audio (sur la pho­to, c’est une mez­zo-sopra­no qui tient le rôle de Thé­sée). On ferme les yeux, et on écoute.

Acte I — Aria (Egeo): Ricor­da­ti, oh bella
[audio:Egeo.xol]

Acte II — Ario­so (Medea): Dolce ripo­so, ed inno­cente pace
[audio:Medea.xol]

Pho­to © Haen­del Festspiele

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La route vers l’Orient

Le célèbre mis­sion­naire basque Saint Fran­çois-Xavier (dont le vrai nom est tout de même Fran­cis­co de Jas­so y Azpi­li­cue­ta) a débar­qué sur les côtés du Japon, en août 1549, à Kago­shi­ma dans le but de conver­tir ces terres extrêmes au culte du Dieu unique (et acces­soi­re­ment d’ou­vrir quelques routes com­mer­ciales pro­fi­tables avec ces peuples qui n’é­tant pas chré­tiens se trou­vaient être dans le plus grand dénue­ment spi­ri­tuel, donc sau­vages) avec le suc­cès qu’on connaît puisque les Japo­nais sont pour la plu­part… boud­dhistes shintō. Le pari de conver­tir un peuple dont la reli­gion tient presque de la phi­lo­so­phie ani­miste et qui place en toute chose un esprit doué de volon­té propre était un vrai challenge.
Il reste aujourd’­hui au Japon quelques églises gar­nies de tata­mis, mais il y a tout de même quelques 537 000 japo­nais qui se déclarent aujourd’­hui Kiri­shi­tan (chré­tien).
Jor­di Savall et l’en­semble Hes­pè­rion XXI, ain­si que la Capel­la Reial de Cata­lu­nya se sont asso­ciés pour res­ti­tuer l’am­biance musi­cale de cette période au tra­vers d’une expé­rience met­tant en scène des musi­ciens “occi­den­taux” sur les pièces de musique sacrée et des musi­ciens japo­nais pour les pièces de l’é­poque dite du com­merce Nam­ban ou Nan­ban (ou période du com­merce avec les bar­bares du sud — 南蛮貿易時代).

Nan­ban (南蛮, lit­té­ra­le­ment « Bar­bare du Sud », aus­si retrans­crit Nam­ban) est un mot japo­nais qui désigne à l’o­ri­gine la popu­la­tion d’A­sie du Sud et du Sud-Est, sui­vant un usage chi­nois pour les­quels les peuples « bar­bares » situés dans les quatre direc­tions ont une dési­gna­tion spé­ci­fique en fonc­tion de celle-ci. Au Japon, le mot prend un nou­veau sens pour dési­gner les Euro­péens lorsque ceux-ci arrivent au Japon à par­tir de 1543, d’a­bord du Por­tu­gal, puis d’Es­pagne, puis plus tard des Pays-Bas et d’An­gle­terre. Les Néer­lan­dais, Anglais et Russes sont alors plus sou­vent sur­nom­més Kōmō (紅毛), ce qui signi­fie « che­veux rouges ». Le mot Nan­ban est alors consi­dé­ré comme appro­prié pour les nou­veaux visi­teurs, dans la mesure où ils viennent du Sud par bateau, et dans celle où leurs manières sont consi­dé­rées comme non sophis­ti­quées par les Japo­nais. (Wiki­pe­dia)

Voi­ci une très belle pièce de cet album, com­po­sée par Cristó­bal de Morales, une pièce médi­ta­tive repré­sen­ta­tive de ce superbe tra­vail orches­tré par Jor­di Savall.
Regum cui, invi­ta­to­rium.

[audio:morales.xol]


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L’art nou­veau de la frégate

Au XVIIIè siècle, la marine sort de sa vision empi­rique de la construc­tion des navires et les chan­tiers navals per­fec­tionnent leurs méthodes, en optant pour des bateaux moins déco­rés (les proues et orne­ments en tout genre alour­dis­sants la coque, les pare­ments des sabords, du châ­teau de poupe, des pilastres et des bal­cons, sans par­ler des cou­ron­ne­ments…), que ceux des flottes des XVIè et XVIIè siècle, où le pres­tige d’une armée se mesu­rait à la beau­té de ses ors et à la charge de ses sculp­tures de chêne telles qu’on pou­vait en voir sur les galions.
C’est notam­ment sur les chan­tiers navals de Dept­ford, en Angle­terre, que les pres­ti­gieux navires de la Royal Navy firent place peu à peu à des navires plus légers, moins déco­rés, de plus faible ton­nage et sur­tout beau­coup plus élan­cés : les fré­gates. C’est sur ces chan­tiers qu’on chan­gea éga­le­ment la façon de maillo­ter les carènes. Jus­qu’a­lors, on pro­té­geait la carène avec de la bourre, de la poix et de la chaux, voire du verre pilé et on la maillo­tait avec des clous à tête large. L’in­con­vé­nient de cette méthode, à une époque où les expé­di­tions dans les mers chaudes deviennent mon­naie cou­rante, est que les coquillages et les algues en tout genre se fixent en nombre sur la carène, l’a­lour­dis­sant et le frei­nant. On voit alors appa­raître les pre­mières cou­ver­tures en cuivre, per­met­tant de dimi­nuer la sur­face d’adhé­rence pour les coquillages et ain­si pré­ve­nir du pour­ris­se­ment. On sait alors le suc­cès que connurent ces fré­gates sur toutes les mers du monde…

Toutes les illus­tra­tions pro­viennent du site du Natio­nal Mari­time Museum de Londres.

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De but en blanc

Voi­là bien une expres­sion que j’ai sou­vent uti­li­sée, mais dont je ne me suis jamais posé la ques­tion de l’o­ri­gine. « De but en blanc » signi­fie dans le lan­gage ima­gé de façon abrupte, sou­daine, avec une idée de “droit au but”. Dans la lan­gage de l’ar­tille­rie navale, le but en blanc tra­duit bien cette idée, car le but (ou butte) est le mon­ti­cule sur lequel on pla­çait le canon pour tirer (et non le but à atteindre) et le blanc cor­res­pond au cœur de cible qu’on pei­gnait en blanc pour les exer­cices. « De but en blanc » est donc le che­min le plus court de la tra­jec­toire du canon depuis le canon à la cible. Alors, me direz-vous, existe-t-il une tra­jec­toire plus ou moins courte pour un bou­let de canon ? A prio­ri, on ima­gine mal le bou­let faire une autre tra­jec­toire que celle qui est la plus courte, en pas­sant peut-être par un ou deux virages, un sal­to arrière et une triple axel. En fait, il existe des tirs plus ou moins ten­dus et pour une cible à moyenne por­tée, une infi­ni­té de tra­jec­toires plus ou moins ten­dues. Le but en blanc est une tra­jec­toire opti­male, comme on peut le voir sur la figure 9 de l’illus­tra­tion ci-des­sous, l’in­ter­sec­tion entre la ligne de tir et la ligne de mire natu­relle, cal­cu­lée par rap­port à la charge de poudre uti­li­sée, au poids du bou­let et à la lon­gueur du fût.
Voi­ci éga­le­ment la défi­ni­tion que j’en ai trouvé.

Toutes les illus­tra­tions sont extraites de mon très beau et pas­sion­nant dic­tion­naire de la marine à voile, par Bon­ne­foux et Paris (1856) aux édi­tions de la Fon­taine au Roi (1994), que mes grands-parents m’ont ache­té à Caen en 1996.

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