Jan 23, 2014 | Arts, L'oeil de la caméra |
Voici une expérience tout à fait étonnante de la part de l’Italien Rino Stefano Tagliafierro qui s’est adonné à un exercice assez déconcertant. Il s’est mis en tête d’animer des toiles grâce à l’imagerie numérique, avec juste ce qu’il faut de mouvement pour donner l’impression que le sujet est vivant. C’est assez troublant dans son ensemble puisqu’il a accolé une centaine de tableaux, évoquant aussi bien une certaine idée de l’érotisme que de la folie ; ces mouvements rendent beaucoup plus sensibles les sujets. La musique, inquiétante elle-aussi, donne une certaine idée d’un romantisme très dix-neuvième, dans une cohérence vivement recherchée.
La vidéo s’appelle en toute simplicité Beauty et on peut retrouver ici le nom de toutes les toiles utilisées. A regarder en plein écran de préférence pour se plonger dedans…
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Jan 21, 2014 | Routes croisées |
J’ai bien dû voir tous les matins de l’hiver, tous les soleils se lever, tous les horizons sortir des ténèbres ; je ne crois pas en avoir oublié un seul, sauf peut-être celui du 1er janvier, mais je déteste le 1er janvier. Les années qui commencent sont signes d’incertitude et l’incertitude m’angoisse, même si elle me porte.
Ces petits matins sont mélancoliques par nature, heureux fondamentalement, une parcelle d’éveil à la vie qui rappelle les plus beaux instants de bonheur vécus.
Tout va lentement, j’ai décidé de ne plus me presser ; le temps passe à la lueur des bougies. Le temps, ça se prend.
A compter de demain, j’écris, j’écris pour oublier le passé et faire un appel d’air pour le futur ; le feu ne consomme qu’à l’aide de l’air frais. Je fais du pied à ce qui s’ouvre.
Photo © Magali M
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Jan 18, 2014 | Routes croisées |
Le matin froid se lève, je reste prostré, le nez dans mon bouquin, les bras endoloris par je ne sais quoi. J’entends dans le jardin les tourterelles roucouler comme au premier matin du printemps sur la cheminée, mais l’hiver est encore là et bien là, même si plus rien ne laisse présager qu’il pourra se montrer dans son vrai manteau d’ici mars. La nature reprend de la vigueur ; le gel n’a aucune prise ici.
Je continue d’écumer les pages qui défilent sans lassitude, je n’arrive même pas à me fatiguer. Les jours passent tranquillement, les angoisses de la nuit se dissipent et le soleil me taquine du pied. La clochette de l’arbrisseau me dit qu’il est temps, un vent léger la fait tinter au crépuscule et me susurre à l’oreille qu’il serait peut-être temps de repartir. Cette fois-ci, on ne m’y reprendra pas, je pars avec toute la méfiance du monde, les Thaïs m’ont habitué à ne pas être trop attentif à leur œillades ; personne dans ce monde ne veut naturellement du bien à son prochain, sans raison, sans contrepartie.
La destination se révèle doucement, ce sera à nouveau l’Océan Indien, mais pas le Golfe de Thaïlande. Je crois que d’ici à ce que je retourne en Thaïlande, il y aura du temps et je n’irai à nouveau que dans le nord, à Chiang Mai, et dans le sud de Bangkok. Les îles ne m’intéressent pas, je n’ai que faire des paysages de rêve des plages au sable blanc et au soleil brûlant. Je suis un urbain et un sauvage, un nomade terrien, jouer les lézards sur la plage m’ennuie, même si je dois avouer que se reposer loin de tout à l’autre bout du monde a quelque chose de magique. Mais j’ai autre chose à faire, j’ai une planète à voir.
Je rêve de sauts de puce dans l’Océan Indien. Dix jours à ma disposition pour me gaver d’images et de mots de là-bas, de notes de musique que j’ai entendu dans mon adolescence, tambours et percussions scandées dans des transes douloureuses, odeurs d’épices chatoyantes et couleurs inconnues. Pour l’instant, ce n’est qu’un projet, mais les gens de là-bas vont voir mon visage.
Je rêve aussi de volcans, de routes de sable avalées en scooter, de pentes à se damner, la végétation infernale et toute une fouille de détails où perdre son regard. Le temps d’en parler et j’ai déjà presque la certitude de l’endroit qui me fait rêver…
Photo © Marc-André Jung
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Jan 17, 2014 | Routes croisées |
La lumière de l’hiver ne m’empêche pas d’avancer les yeux ouverts, les yeux couverts de brume, le sourire aux lèvres.
Par la fenêtre du train qui revient de Paris défilent les images superposées au paysage de grisaille, de nuages à la Vermeer, les images des sombres salles de musées dans lesquels, clairsemés, se trouvent encore quelques objets documentés, le chophar, le hanoukkia, d’autres choses encore qui me sont inconnues. J’écoute le guide sans jamais relâcher mon attention, les mains jointes entre mes cuisses, les jeunes assis autour de moi qui m’enveloppent de leur cocon d’attention, ils savent que je suis comme un de leurs, mais différent aussi ; la différence d’âge, d’autres choses aussi, le regard qu’on pose sur la vie, une certaine légèreté qu’ils n’ont plus, ou alors est-ce moi qui suis déjà trop sérieux, trop souciant. Depuis longtemps déjà, je suis devenu quelqu’un de bienveillant, au-delà de tout ce que je pouvais imaginer. J’ai trop haï certainement dans d’autres vies pour me permettre à présent de me montrer aigri.
Les volutes de la Seine emportent mon regard, me plongent dans l’incertitude des jours à venir, mon regard se trouble, je crois que le sommeil me gagne, plus rien ne m’atteint, le sommeil me frôle de son aile doucereuse…
[audio:maktub.xol]
Natacha Atlas : Maktub
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Jan 12, 2014 | Arts |
On ne le dira jamais assez, la nature morte hollandaise est loin d’être innocente dans ses propres paroles ; au contraire, elle est moralisatrice, pesante, presque dictatoriale. Née dans les brumes du protestantisme du nord de l’Europe, elle n’existe que comme un art mécanique de la morale chrétienne qui tend à vous donner des leçons : le temps passe inexorablement, ce qui a été entamé ne peut faire l’objet d’un retour en arrière, la vie est un poison, etc. Que de choses douces et agréables à entendre. Une nature morte, c’est gai et joyeux comme la Leçon d’anatomie du docteur Tulp de Rembrandt, c’est ni plus ni moins qu’une chape de plomb. Sachant qu’il n’existe pas de code définitif de la signification des objets qui s’y trouvent, on est à peu près libre d’y trouver ce qu’on veut.

Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la vigne — 52x68cm — Musée Hallwyl — Stockholm

Willem Claeszoon Heda — Nature morte aux huîtres, Roemer, citron et coupe en argent — 1634 — 43x57cm — Museum Boijmans Van Beuningen — Rotterdam

Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la tartelette — 1635 — 106x111cm — National Gallery of Art — Washington
Ce qui reste toutefois important dans cette peinture, et notamment chez Claesz. Heda, c’est la pureté de la ligne, le traitement de la couleur par palettes variées mais toujours presque monochromatiques, l’infini rendu de la lumière et des ombres, une finesse d’exécution proche de la précision horlogère. Regardons d’un peu plus près ces six toiles du maître hollandais, dont on sait finalement assez peu de choses. Pas d’autoportrait pour la postérité, un titre de président de la prestigieuse corporation artistique, la Guilde de Saint Luc et l’affaire est bouclée.
Les tableaux qui sont présentés ici sont disponibles en haute définition, ainsi que la galerie des détails proposée en-dessous. Ils sont classés par date d’exécution. L’avantage de cette galerie de détails permet d’observer les tableaux comme si vous étiez face à eux.

Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la tourte aux mûres — 1631 — 54x82cm — Gemäldegalerie Alte Meister — Dresde

Willem Claezsoon Heda — Nature morte avec coupe Nautilus — 1654 — Museum of Fine Arts — Budapest

Willem Claeszoon Heda — Festin de jambon — 1656 — 152x111cm — The Museum of Fine Arts — Houston
Galerie de détails
Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la tartelette (Détail sucre) — 1635 — 106x111cm — National Gallery of Art — Washington
Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la tartelette (Détail verre cassé) — 1635 — 106x111cm — National Gallery of Art — Washington
Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la vigne (détail mouche) — 52x68cm — Musée Hallwyl — Stockholm
Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la tourte aux mûres (détail verre et cuiller) — 1631 — 54x82cm — Gemäldegalerie Alte Meister — Dresde
Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la vigne (détail verre) — 52x68cm — Musée Hallwyl — Stockholm
Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la vigne (détail verre et coupe) — 52x68cm — Musée Hallwyl — Stockholm
Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la tourte aux mûres (détail tourte et verre cassé) — 1631 — 54x82cm — Gemäldegalerie Alte Meister — Dresde
Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la tartelette (Détail coupes) — 1635 — 106x111cm — National Gallery of Art — Washington
Willem Claeszoon Heda — Festin de jambon (détail sucre, verre et argenterie) — 1656 — 152x111cm — The Museum of Fine Arts — Houston
Willem Claeszoon Heda — Festin de jambon (détail flute et aiguière) — 1656 — 152x111cm — The Museum of Fine Arts — Houston
Willem Claeszoon Heda — Nature morte à la tourte aux mûres (détail canne et horloge) — 1631 — 54x82cm — Gemäldegalerie Alte Meister — Dresde
Willem Claeszoon Heda — Nature morte avec coupe Nautilus (détail des gris) — 1654 — Museum of Fine Arts — Budapest
Willem Claeszoon Heda — Nature morte aux huîtres, Roemer, citron et coupe en argent (détail huîtres et verre cassé) — 1634 — 43x57cm — Museum Boijmans Van Beuningen — Rotterdam
Willem Claeszoon Heda — Nature morte aux huîtres, Roemer, citron et coupe en argent (détail verre et coupe) — 1634 — 43x57cm — Museum Boijmans Van Beuningen — Rotterdam
Willem Claeszoon Heda — Festin de jambon (détail jambon et argenterie) — 1656 — 152x111cm — The Museum of Fine Arts — Houston
En vrac, voici quelques significations décodées des objets :
- Flûte de Champagne : la fragilité de la vie
- Roemer : fragilité de la vie dûe au temps qui passe (voir ce billet sur une nature morte de Willem Kalf)
- Citron épluché : la nature en voie de corruption
- Aiguière : la richesse qui n’est que vanité
- Verre à moitié plein : le temps qui passe
- Verre renversé : la vie consommée, la mort qui approche
- Verre cassé : la vie qui se brise, donc la mort
- Sucre en poudre : le danger et la douceur
- Canne à poison : le danger et la mort
- Papier roulé : le secret de la nature et de l’existence
- Montre à gousset : le temps arrêté
- L’assiette en équilibre : la fragilité de la vie
- Mouche : la nature en voie de corruption
- Pain : le temps qui passe
- La plupart du temps, ces natures mortes sont composées comme des repas interrompus, ce qui est en soi une métaphore du temps qui s’arrête…
Il est toujours intéressant de constater comment est interprété le mot nature morte dans les autres langues. Prenons des exemples les uns après les autres :
- Anglais : Still life
- Allemand : Stillleben (avec 3 l)
- Hollandais : Stilleven
- Danois : Stilleben
- Alémanique : Stilllääbe
- Français : nature morte
- Italien : Natura morta
- Polonais : Martwa natura
- Portugais : Natureza-morta
- Turc : Natürmort
Peut-on déduire que de la manière dont on envisage ce mot, on se trouve plutôt du côté de la vie ou du côté de la mort ? L’un dit clairement “vie arrêtée”, l’autre dit que tout y est mort…
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