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Jour­nal de bord période #3

Jour­nal de bord période #3

Dimanche 5 octobre

Tou­jours en état de léthar­gie flot­tante, un ukiyo‑é qui n’a rien de japo­nais. Des moments où je me dis que la ran­cœur est un poi­son, tan­dis que la ran­cune est une source de vie… A condi­tion de ne pas en consom­mer trop. Tout est affaire de mesure, de vide à rem­plir entre les inter­stices afin d’ar­ri­ver à un cer­tain équilibre.

Ne sachant com­ment me faire per­ver­tir devant la télé­vi­sion, j’opte pour un retour en arrière ; Chan­tons sous la pluie, de Gene Kel­ly. Stan­dard, la prise de risque est mini­male. Je ne sais pas pour­quoi, j’é­tais per­sua­dé que c’é­tait Fred Astaire qui accom­pa­gnait Gene Kel­ly, mais je n’ar­ri­vais pas à le recon­naître avec sa tignasse rousse. Pour cause, c’est Donald O’Con­nor qui tient le rôle ; rien à voir. J’é­tais per­sua­dé ne l’a­voir jamais vu ce film, mais au fur et à mesure que je le regar­dais (d’un seul œil, il est vrai), je me suis sou­ve­nu pré­ci­sé­ment du soir où je l’a­vais regar­dé avec mes grands-parents, il y a des années de ça. C’est tout-de-même un film cruel pour le rôle de Lina Lamont, joué par Jean Hagen. C’est un film sur la médiocrité.

Lun­di 6 octobre

Lire Les conqué­rants de Mal­raux tan­dis que Hong Kong s’embrase (modé­ré­ment, il est vrai) n’est pas réel­le­ment ano­din. Est-ce que je l’ai fait exprès ? Non, certes non.

Hong­kong. L’île est là sur la carte, noire et nette, fer­mant comme un ver­rou cette rivière des Perles sur laquelle s’é­tend la masse grise de Can­ton, avec ses poin­tillés qui indiquent des fau­bourgs incer­tains, à quelques heures à peine des canons anglais. Des pas­sa­gers, chaque jour, regardent sa petite tache noire comme s’ils en atten­daient quelque révé­la­tion, inquiets d’a­bord, angois­sés main­te­nant, et anxieux de devi­ner quelle sera la défense de ce lieu dont dépend leur vie — le plus riche rocher du monde.

André Mal­raux, Les conqué­rants, 1928

Rien au plan­ning aujourd’­hui, si ce n’est du temps pour répondre à l’ap­pel à pro­jet. Du temps, délayé dans l’es­pace, selon la loi de Parkinson.

Fin de jour­née, il pleut des vaches qui pissent, et le vent s’emmêle les pin­ceaux. Le retour de bâton de l’é­té indien est un peu rude.

Mar­di 7 octobre

Mes mains s’en­gour­dissent de froid, deviennent sèches comme des tranches de jam­bons à l’air libre, même si mes cica­trices ont lais­sé place à une nou­velle peau, plus lisse, plus ferme. Les tra­vaux s’es­tompent, la pein­ture revient à l’hon­neur. Dans mes malles, j’ai accu­mu­lé tout un maté­riel que je n’ar­rive pas à uti­li­ser ; les pas­tels et les godets d’a­qua­relle n’ar­rivent à pas sor­tir de leur gangue. Je deviens fai­néant pour cer­taines choses et la ten­dance à l’é­par­pille­ment n’y est pas pour rien.

Je crois que la publi­ci­té est en train de tuer le site de Libé­ra­tion. Des bugs d’af­fi­chage empêchent l’af­fi­chage des articles. Le tra­vail des média­plan­neurs et des publi­ci­taires est en train de ron­ger l’es­pace public qui ne s’en rend même pas compte. Libé en dif­fi­cul­té est en train de mou­rir ; je n’ai plus envie. mais heu­reu­se­ment, les oiseaux se mettent à chan­ter, et l’État Isla­mique conti­nue d’a­van­cer. Je me demande quand-même pour­quoi per­sonne n’in­ter­vient, et sur­tout pour­quoi cet enfoi­ré d’al Assad ne bouge pas le petit doigt. Qu’est-ce qui passe réellement ?

Pen­dant ce temps-là, Hong Kong s’es­souffle, les mani­fes­tants rentrent chez eux dépi­tés, les com­mer­çants se plaignent du manque à gagner. La Chine ne bou­ge­ra pas de sitôt.

Mer­cre­di 8 octobre

Ter­mi­né Les conqué­rants de Mal­raux, dans une ultime suée, dans un ultime sur­saut de cha­leur moite, de chi­noises ténèbres et d’ombres malsaines.

Nous tra­ver­sons la rue : « bis­trot Nam-long», c’est en face. Café silen­cieux, au pla­fond les petits lézards beiges font la sieste. Deux domes­tiques, por­tant des pipes à opium et des cubes de por­ce­laine sur les­quels les fumeurs posent leurs têtes, se croisent dans l’es­ca­lier ; devant nous les boys dorment, nus jus­qu’à la cein­ture, les che­veux dans le bras replié. Éten­du, seul sur un banc de bois noir, un homme regarde devant lui, balan­çant dou­ce­ment la tête. Lors­qu’il voit Gérard, il se lève. Je suis un peu éton­né : j’at­ten­dais un per­son­nage gari­bal­dien ; c’est un petit homme sec, aux doigts noueux, aux che­veux plats déjà gri­son­nants cou­pés en rond, à tête de Guignol…

André Mal­raux, Les conqué­rants, 1928

D’une autre main, j’ai (re)commencé le livre d’Antoine Sfeir, L’islam contre l’islam, L’interminable guerre des sun­nites et des chiites que j’a­vais com­men­cé dans un moment d’en­nui, dans le train, sans vrai­ment de convic­tion ; mais j’ai rele­vé la tête à l’é­vo­ca­tion des pre­miers mots de son avant-propos :

Chaque fois que l’homme s’est sen­ti supé­rieur à un autre, cela a abou­ti à une tra­gé­die ; chaque fois qu’un clan, une tri­bu a convoi­té les biens et les richesses d’un autre clan ou d’une autre tri­bu, cela a fini par un massacre.
Chaque fois que la force s’est expri­mée, elle l’a fait au détri­ment de l’in­di­vi­du, des peuples et du droit ; mais chaque fois que le droit a vou­lu s’im­po­ser, il s’est mon­tré impuis­sant face à la force.
Chaque fois que l’homme, dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té, s’est pris pour Dieu ou s’en est pro­cla­mé le porte-parole, ce fut la catastrophe.
Rien n’a chan­gé au cours des siècles.

Antoine Sfeir, L’islam contre l’islam, L’interminable guerre des sun­nites et des chiites, 2013

Il est déjà l’heure de par­tir. Une vie s’est déjà dérou­lée dans cette matinée.

Jeu­di 9 octobre

Je regarde mes objets avec une cer­taine cir­cons­pec­tion et finis par me deman­der depuis quand ils sont là ; un sty­lo, non un porte-mine en bois sur lequel il est écrit “Hard­muth”, ache­té en Tur­quie, dans une petite rue d’Is­tan­bul non loin de la Nuruos­ma­niye, repose sur ma table de nuit, inno­cem­ment. Je m’en sers pour prendre des notes dans les marges des livres lus pen­dant que la nuit se creuse, lais­sant les traces de mon pas­sage bien visible. Une petite cas­se­role en fer blanc, peinte cou­leur ver­millon, un jouet qui vient du fond des âges, de mon âge, qui fait par­tie de mon enfance, de ma vie. Je la revois sur le bord de la bai­gnoire chez ma mère, en sen­tant encore l’o­deur du sham­pooing à la pomme, du plas­tique du rideau de douche ; c’est alors tout un monde qui se redé­ploie autour de ce petit objet qui a ensuite été pro­prié­té de mon fils et qui l’ac­com­pa­gnait aus­si lors de ses bains ; puis elle a finit sur un bal­con, à pour­rir aux quatre vents, dans la terre et les pots de fleurs. Un coup de lave-vais­selle, un coup de papier de verre pour reti­rer l’oxy­da­tion qui s’est dépo­sée au fond, et l’ob­jet figure à nou­veau sur mon bureau, en forme de petit vide-poche ; je trou­ve­rai bien de quoi mettre dedans… Un petit objet qui me rend heureux.

Retour à Paris ce soir, en petit comi­té. Jean-Jacques et Carole déjà assis à la table de la ter­rasse du café, des regards affec­tueux, aimants, le retour dans une ambiance pro­tec­trice et bien­fai­sante ; voi­là ce que veux dire pour moi la fac. La contrainte est bien loin. Bien évi­dem­ment, il y a le tra­vail à four­nir, les bou­quins à lire, jus­ti­fier au bout d’un moment que ces bons moments pas­sés à boire des jus de fruit ou des verres de vin en ter­rasse sont bel et bien la récom­pense et à la fois le moteur du tra­vail effec­tué, et bien­tôt ren­du. Sou­te­nance en jan­vier, dans les tous pre­miers jours, une pre­mière ver­sion à rendre d’i­ci le mois pro­chain, ça com­mence à se pré­ci­ser, à deve­nir assez tan­gible, et Jean-Jacques qui se tourne vers moi et me dit avec un air grave auquel je ne crois plus…

Après on peut faire plein de choses avec ce mas­ter recherche.… Conti­nuer sur une écri­ture de thèse… ou bien inter­ve­nir à l’Université.

Pas tom­bé dans l’o­reille d’un sourd, tiens…

Il fait bon ce soir, près de 20°C, je bois en ter­rasse un verre de Domaine Les Salices et un jus de tomate, rien à voir, je suis en plein dans la dis­tance. Beau­coup de bruit, comme tou­jours, dans cette rue de Réau­mur, mais il fait bon et en cette période de l’an­née, il vaut mieux en pro­fi­ter pen­dant que c’est encore pos­sible. On est encore dans le règne des pos­sibles. Ce sont des petits moments de libé­ra­tion dans lequel je m’ex­trais de mon quo­ti­dien, un quo­ti­dien doux que je recons­truis au fil des jours. Un balade en scoo­ter à Paris, des gens qui passent, pres­sés ou non, des intel­li­gences et des par­cours de vie avec des jambes, des êtres à qui on assi­gne­rait faci­le­ment des récits pour les enfer­mer dans nos propres repré­sen­ta­tions, une troupe de Maliens passent avec des ins­tru­ments faits de bric et de broc, un bala­fon por­ta­tif en boîtes de conserve, une kora et des chants, de la joie et un arrêt sur images au croi­se­ment d’une rue qui ne cesse de s’a­gi­ter. Une paren­thèse vitale, un mor­ceau de miné­ral pré­cieux extrait de la gangue de la montagne.

Ven­dre­di 10 octobre

Moment d’é­cri­ture, la ses­sion d’hier soir m’a redon­né du cou­rage et je sais que mon écri­ture devient per­ti­nente ; ce n’est plus qu’une ques­tion de jours, tout va aller très vite main­te­nant. Je convoque des auteurs cano­niques, des auteurs dont on m’a don­né la trace et dans les pas des­quels je vais mar­cher, d’autres auteurs encore qui sont les miens, qui sont le fruit de mes recherches et que je compte intro­duire dans cet espace. J’ai carte blanche ; peu importe le che­min, pour­vu que j’ar­rive quelque part. Je n’ai qu’une seule consigne ; être curieux, me débar­ras­ser de ori­peaux de la pen­sée conve­nue, sor­tir du che­min et mar­cher dans la marge, pen­ser dans l’é­cart, dans les inter­stices et sur­tout ne pas me lais­ser enfer­mer dans des dia­lec­tiques aux­quelles plus per­sonne ne croit. En fait, la consigne, c’est moi-même qui me la suis don­née. Tout ceci n’est ren­du pos­sible que dans un contexte amou­reux, il faut déga­ger de l’a­mour de tout ce tra­vail. Ce n’est que l’a­mour qui rend pos­sible ce tra­vail, je le sais depuis le jour de ma sou­te­nance de mas­ter pro.

Ce que je retiens pour l’ins­tant de ma lec­ture d’An­toine Sfeir sur la Chi’a : ijti­hâd (اِجْتِهاد, effort de réflexion), qu’on peut tra­duire par l’o­bli­ga­tion d’in­ter­pré­ta­tion des écrits et des paroles de l’islam.

J’ai failli ache­ter deux livres, celui d’Edwy Ple­nel (Pour les Musul­mans) et un essai de paléo­pa­tho­lo­gie (Méde­cin des morts de Phi­lippe Char­lier), mais j’en ai trou­vé un troi­sième que j’ai pré­fé­ré immé­dia­te­ment aux deux autres, choix cor­né­lien : Tym­pans et por­tails romans de Michel Pas­tou­reau. Hop, dans ma besace.

Ma semaine se ter­mine dans l’ex­ci­ta­tion intellectuelle.

Same­di 11 octobre

Poé­sie chi­noise. Fran­çois a envoyé une bou­teille à la mer pour m’in­vi­ter à une belle soi­rée, dont je par­le­rai une fois qu’elle sera pas­sée, pour des rai­sons qui me sont propres. Renouer avec lui, un vrai bon­heur et ne plus m’en­fon­cer dans la honte. Il est temps pour moi de rebon­dir. Vive­ment ce jour de renaissance.

Pho­to d’en-tête © Joop Dor­res­tei­jn

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Le jeune Saint Jean-Bap­tiste au bélier de Cara­vage et l’i­gnu­do de Michel-Ange

Le jeune Saint Jean-Bap­tiste au bélier de Cara­vage et l’i­gnu­do de Michel-Ange

Cara­vage, que d’autres, moins intimes pré­fé­re­ront appe­ler par son vrai nom, Miche­lan­ge­lo Meri­si, a peint ce tableau aux alen­tours de 1602. De dimen­sions modestes (129 x 94 cm), l’œuvre a été com­man­dée par le riche Ciria­co Mat­tei et fait par­tie d’un ensemble de sept pein­tures repré­sen­tant Jean-Bap­tiste à dif­fé­rents moments de sa vie. Cer­tains d’entre eux sont consi­dé­rés comme ayant une ori­gine contro­ver­sée, n’é­tant peut-être pas peints par le maître lui-même. Le modèle est connu, c’est un jeune gar­çon du nom de Cec­co, qu’on retrouve dans plu­sieurs des toiles du peintre, comme par exemple le Bac­chus (1596) ou la voca­tion de Saint-Mat­thieu (ca. 1599).

Michelangelo Merisi da Caravaggio - le jeune Saint Jean-Baptiste au bélier - 1602 - 129 x 95 - Rome, Musei Capitolini, Pinacoteca

Miche­lan­ge­lo Meri­si da Cara­vag­gio — le jeune Saint Jean-Bap­tiste au bélier — 1602 — 129 x 95 — Rome, Musei Capi­to­li­ni, Pinacoteca

La licence artis­tique repré­sente sou­vent Jean-Bap­tiste avec ses deux attri­buts : la peau de bête et le bâton croi­sé, mais ici Cara­vage décide de retour­ner à la tra­di­tion du Livre en n’a­dop­tant pas la peau de mou­ton mais la peau de cha­meau. Quant au bâton croi­sé, il n’est pas pré­sent, ou plu­tôt il n’est qu’é­vo­qué au tra­vers d’un mor­ceau de bois gros­sier qu’on retrouve coin­cé sous le pied gauche du saint. C’est sur ces points qu’on peut dire que l’œuvre du Cara­vage n’est plus une œuvre sacrée, mais trans­ver­sale entre sacré et pro­fane. Ce qui frappe éga­le­ment, c’est que la repré­sen­ta­tion tra­di­tion­nelle de Jean-Bap­tiste le fait être accom­pa­gné d’un agneau, sym­bole du mar­tyre du Christ à venir, « l’a­gneau de Dieu » étant le sur­nom même de Jean-Bap­tiste. En l’oc­cur­rence, ce n’est pas un agneau mais bel et bien un bélier. On soup­çonne alors Cara­vage d’a­voir vou­lu faire un pont entre les deux tes­ta­ments avec l’é­vo­ca­tion du bélier du sacri­fice d’A­bra­ham. Ain­si, il rap­proche la figure du frère du Christ et Isaac, fils d’A­bra­ham. Mais le bélier porte en lui un autre sym­bole ; celui de la débauche. La posi­tion du jeune homme enla­çant cet ani­mal à la ver­tu dou­teuse peut être inter­pré­tée comme un sym­bole de luxure, bien loin du sacré sup­po­sé du thème pic­tu­ral. On peut arguer éga­le­ment que la pré­sence d’un bélier, le décor sombre mais buco­lique du fond du tableau, ain­si que la che­ve­lure hir­sute du per­son­nage fait plus pen­ser à une scène orgiaque de mytho­lo­gie qu’à une scène reli­gieuse. On se demande d’ailleurs pour­quoi on trouve un mor­ceau de tis­su blanc, peut-être un drap, inter­ca­lé entre son étole et son corps. La feuille de rai­sin est autant un sym­bole de sacri­fice, rap­pe­lant le rachat du pêché ori­gi­nel… que la vigne de Dio­ny­sos… Autant de petits indices qui laissent sup­po­ser qu’on n’est pas vrai­ment en pré­sence d’une œuvre rele­vant du sacré.

Michelangelo Merisi da Caravaggio le jeune Saint Jean-Baptiste au bélier (composition) - 1602 - 129x95 - Rome, Musei Capitolini, Pinacoteca

Miche­lan­ge­lo Meri­si da Cara­vag­gio le jeune Saint Jean-Bap­tiste au bélier (com­po­si­tion) — 1602 — 129x95 — Rome, Musei Capi­to­li­ni, Pinacoteca

En ce qui concerne la pein­ture elle-même, on remarque que la tableau se joue sur des lumières à la fois plus dif­fuses, moins tran­chées que dans cer­tains des plus grands tableaux de Cara­vage, comme jus­te­ment la voca­tion de Saint-Mat­thieu qui reste un chef-d’œuvre du clair-obs­cur. On reste ici sur une palette très orange, avec une étole cen­sée être rouge tirant sur le ver­millon, et une car­na­tion en lumière jaune. L’har­mo­nie de teinte reste très ser­rée entre la peau du Saint, la laine et les cornes de l’a­ni­mal, l’é­tole et le fond.

En ce qui concerne la com­po­si­tion, on peut déga­ger trois grandes lignes, des obliques par­tant du bas du côté gauche et qua­si­ment paral­lèle. La plus basse suit le mou­ve­ment de la jambe droite, la seconde le bas­sin et la cuisse gauche, et la plus haute le creux du bras gauche replié sur lequel il prend appui jus­qu’au bras droit enser­rant le col de l’a­ni­mal. Un autre grand ligne est une oblique par­tant du genou, remon­tant sur la hanche et enfin l’o­mo­plate. Le tout com­pose les lignes prin­ci­pales d’un hexa­gone central.

Une autre grande ligne sépare le tableau en deux, pas­sant par l’or­teil du saint, sa hanche et l’œil du bélier, une grande ligne direc­trice qui pose l’axe prin­ci­pal du sujet et une fois de plus fait prendre au bélier une place pri­mor­diale dans le sujet.

En ce qui concerne la posi­tion du sujet, on en retrouve trace dans une œuvre anté­rieure, pré­ci­sé­ment dans une des plus grandes œuvres de la chré­tien­té ; le pla­fond de la cha­pelle Six­tine peint par Miche­lan­ge­lo Buo­na­rot­ti, datant de 1509. La posi­tion du jeune Saint Jean-Bap­tiste est une cita­tion directe d’un des per­son­nages com­po­sant le groupe de la Sibylle d’E­ry­thrée, un ignu­do (nu). Ce per­son­nage, repré­sen­té ci-des­sous, pos­sède une mus­cu­la­ture puis­sante, comme presque tous les per­son­nages de cette fresque, mais il a en plus subi une rec­ti­fi­ca­tion, une dimi­nu­tion du volume de son bras droit. On observe que celui-ci est repré­sen­té dans une posi­tion par­fai­te­ment impro­bable ; la tor­sion entre ses hanches et ses épaules ne pro­duit pas de tor­sion des muscles du buste et des abdo­mi­naux.  On sait que Michel-Ange avait pris le par­ti de peindre ces per­son­nages comme des figures idéales. Cara­vage, lui, prô­nait une bonne pein­ture qui imite la nature, une repro­duc­tion fidèle et non pas une idéa­li­sa­tion de la forme. Ain­si, cette scène est-elle cer­tai­ne­ment un pied-de-nez à Michel-Ange plu­tôt qu’une cita­tion directe en forme d’hom­mage, sen­ti­ment ren­for­cé par le sou­rire nar­quois et le regard fron­tal (pour ne pas dire effron­té) du modèle, qui semble comme se moquer du peintre de la cha­pelle Sixtine.

Michelangelo Buonarotti - Ignudo - Chapelle Sixtine - 1509 - 756x1180

Miche­lan­ge­lo Buo­na­rot­ti — Ignu­do — Cha­pelle Six­tine — 1509 — 756 x 1180

Cet ignu­do se situe très exac­te­ment entre les scènes de Noé ren­dant grâce à Dieu et le Déluge, dans le pre­mier quart gauche du plafond.

Michelangelo Buonarotti - Chapelle Sixtine - Plafond - 1509

Miche­lan­ge­lo Buo­na­rot­ti — Cha­pelle Six­tine — Pla­fond — 1509

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Jour­nal de bord période #2

Jour­nal de bord période #2

Dimanche 28 septembre

Depuis que j’ai fêté mon anni­ver­saire qui semble avoir mar­qué un tour­nant, on me regarde étran­ge­ment, comme si ce pas avait consis­té en une dizaine d’an­nées sup­plé­men­taires, m’a­vait trans­por­té dans une autre dimen­sion dans laquelle on ne peut être que dif­fé­rent. C’est tout juste si on m’a­vait accep­té dans un autre club, celui des véné­rables, des res­pec­tables, mais rien n’a chan­gé pour moi, je suis tou­jours le même — avec un an de plus. Ça change quelque chose pour toi ? Rien pour moi, je ne me sens pas plus vieux. Je t’emmerde. Oui mais quand-même, ça doit faire quelque chose, non ? Non, je t’as­sure, laisse-moi tran­quille, il n’y a rien qui a chan­gé. Mes os vieillissent, ma peau se tanne, mes che­veux blan­chissent, mais regarde-moi bien, ça fait com­bien de temps que c’est comme ça, hein ? Tu ne m’as pas bien vu avant le 10 sep­tembre. Ou alors tu ne m’as jamais vu.

Une dévia­tion m’a fait pas­ser par des lieux de mon enfance, des lieux asso­ciés à des sou­ve­nirs ternes de jours ennuyeux à Car­rières-sur-Seine. Ces ambiances me ter­ro­risent, elles me jettent à la figure mes défaillances, ce que je n’ai pas su faire en temps et en heure. Ça ne dure pas long­temps, mais c’est ici que se nichent mes faiblesses.

Lun­di 29 septembre

Il y a des jours comme ça où on ne se réveille pas vrai­ment de toute la jour­née, ou alors seule­ment au moment de se cou­cher. Des jours qui ne servent à rien. J’ai fait quoi aujourd’­hui ? Je suis inca­pable de le dire, inca­pable aus­si de me sou­ve­nir ce que j’ai fait il y a ne serait-ce que deux jours. La mémoire me fait-elle défaut ? Mon grand âge ? Celui qui vous emmerde ?

J’ai rêvé — ou alors j’ai bel et bien vu — un tatouage au bas du dos, qui se découvre avec une che­mise qui se relève imperceptiblement.

Mar­di 30 septembre

Je crois bien que nous y sommes ; voi­ci arri­vé le moment où je suis lan­cé dans le livre de Mal­raux, Les conqué­rants. Pre­mier tome des œuvres com­plètes, Pléiade. Ces livres ont quelque chose, une odeur déjà, le papier sent le billet de banque — propre, sec, rin­cé, sté­ri­li­sé — et glisse sous les doigts, on ose à peine le tou­cher, de peur qu’il ne se froisse. Une page fine comme ça risque de faire laid dans un si bel ouvrage. Je me demande com­bien de vies il faut pour pou­voir lire là ces mil­liers de pages accom­pa­gnées de tant de notices et de notes, d’ap­pen­dices, d’adden­da, de repères biblio­gra­phiques, ce sont des livres de grands pour les grands. J’a­vais Pas­cal, j’ai main­te­nant une pléiade de Pléiade. Sin­gu­lier, ne se conjugue pas. Nom propre ?

Il fait brouillard ce matin — pas seule­ment dans ma tête — , on n’y voit guère à vingt mètres. Soi­rée d’hier chaude et plu­vieuse — pour cette lati­tude —, soir d’o­rage tro­pi­cal. On m’a habi­tué à aimer ces images, à sen­tir l’air du dehors, à me repaître des ambiances d’ailleurs. L’hu­mi­di­té remonte et fait de moi un ado­ra­teur du chaud et du moite. Qui l’eût cru, moi qui me croyait du froid. C’est l’A­sie qui remonte, mais ça ne dure­ra pas. La grève géné­rale est décré­tée à Can­ton.

Je monte au pre­mier étage par une sorte d’é­chelle. Per­sonne. je m’as­sieds et, dés­œu­vré, regarde : une armoire euro­péenne, une table Louis-Phi­lippe à des­sus de marbre, un cana­pé chi­nois en bois noir et de magni­fiques fau­teuils amé­ri­cains, tout héris­sés de manettes et de vis. Dans la glace, au-des­sus de moi, un grand por­trait de Sun Yat­sen, et une pho­to­gra­phie, plus petite, du maître de céans. Par la baie arrive, avec un gré­sille­ment et le son de la cli­quette d’un mar­chand de soupe, la forte odeur des graisses chi­noises qui cuisent…

André Mal­raux, Les conqué­rants, 1928

Pas besoin de par­tir en Chine, Mal­raux y est. Par contre, on aurait dû lui inter­dire les vir­gules. L’a­bus de vir­gules est mau­vais pour la san­té. Mal­raux était un grand malade. Et il y a tou­jours quel­qu’un qui se cache dans l’ombre.

J’ai retrou­vé un texte que j’a­vais écrit sur un autre blog, quelque chose qui m’a fait mar­rer. C’é­tait le 9 sep­tembre 2011.

Mer­cre­di soir, je suis allé à Paris. J’ai filé avec mon scoo­ter vers la capi­tale, visière ouverte, le vent dans le nez, il ne fai­sait pas encore nuit. Un soir comme un mor­ceau de liber­té à déchi­que­ter avec les dents, s’en repaître jusqu’à en sen­tir la vie cou­ler au bout des doigts… Ça fai­sait deux ans que j’attendais ce moment. A défaut d’avoir tout fait pour entrer ici pour y faire mes études, j’aurais au moins eu la satis­fac­tion de me dire que j’ai sui­vi les cours du soir d’histoire de l’art de l’école du Louvre. 
Arri­vé presque en retard, débou­lant dans le car­rou­sel per­du au milieu du cou­loir qui des­cen­dait et des­cen­dait, arri­vé devant deux files qui s’engouffraient dans le hall de l’amphithéâtre der­rière les portes vitrées et la lumière jaune, vitreuse, crayeuse comme la pierre des fon­da­tions de ce châ­teau. Dans la foule qui se mas­sait vers l’unique point d’entrée là où plus loin les gardes-chiourmes véri­fiaient que tout le monde avait bien sa carte, se tenaient des gens comme moi, la tren­taine, d’autres plus jeunes qu’on croyait sor­tis de l’université, d’autres qui res­sem­blaient à des com­mer­ciaux, cos­tards che­mise cra­vate mor­do­rée et pompes poin­tues, d’autres pas tout jeunes, cer­tai­ne­ment piqués par la soif d’apprendre au creux d’une retraite un peu oisive, des femmes, beau­coup de femmes, des belles et des très belles, des grandes avec des seins fiers et des petites lunettes cer­clées de métal argen­té, des hanches larges et des fesses rebon­dies, d’autres haut per­chées sur de hauts talons, veste de tailleur et jeans ser­rés, coupe au car­ré stricte, regard d’aigle et bouche fine, fer­mée à toute pro­po­si­tion, une fille qui s’appelle Rachel, et qui com­mence à accu­ser son âge, un autre qui s’appelle Natha­lie et empeste le par­fum bon mar­ché, André lui est nor­vé­gien et fait des sudo­kus en atten­dant que ça se passe, tan­dis que son ami fait débraillé, a le che­veu gras et sent l’alcool…

Enfin la foule entre et peut s’engouffrer et je découvre une salle aux dimen­sions impres­sion­nantes toute entière tour­née vers une estrade colos­sale où trônent cinq ou six fau­teuils, une femme seule sur le côté gauche, blonde che­veux tirés en arrière, stricte, par­fai­te­ment froide et mono­li­thique, d’un coup d’œil j’ai tout à coup l’impression qu’il ne reste pas une seule place de libre der­rières ces pupitres rele­vés et éclai­rés d’un dis­crète lumière jaune d’œuf. Je trouve enfin une place sur le côté, en bout de ran­gée, à côté d’une fille aux che­veux bou­clées, pas un regard échangé.

Puis la lumière s’est éteinte. 20h15, pas une minute de plus, ne res­taient plus que les lumières des pupitres, confé­rant à la salle une ambiance stu­dieuse, une onde de plai­sir tra­ver­sa la salle bon­dée et la voix de la confé­ren­cière, Cathe­rine Schwab, conser­va­trice du musée de Saint-Ger­main-en-Laye, s’éleva pour pro­non­cer cette messe tant attendue.

J’ai pris des tonnes de notes sur les réfé­rences uti­li­sées et les lieux pris pour exemple, me gavant de tout ce que je pou­vais prendre, auri­gna­cien, mag­da­lé­nien… plein les yeux, plein les oreilles. Le tout dans une ambiance stu­dieuse et déten­due, par­fai­te­ment ryth­mée par une confé­ren­cière abso­lu­ment dans son élément.
Une heure et demi plus tard, pra­ti­que­ment à la minute près, les portes se sont ouvertes, lais­sant le flot vider l’arène, cra­chant à cette heure inha­bi­tuelle cette foule de part et d’autre de Rivo­li encore bruyante et ner­veuse. Le Louvre et sa pyra­mide pro­je­tait une lumière dis­crète dans la nuit, la lune pour témoin.
Je retourne len­te­ment à ma ban­lieue en trai­nant la savate, n’évitant pas le luxe mal­propre et gros­sier des Champs-Ély­sées où flotte une tenace odeur de pois­son frit et où se pavanent de sombres ado­les­cents sur­vol­tés dans des limou­sines de loca­tion, der­rière les vitres tein­tées, théâtre des tur­luttes vites faites…

Arri­vé chez moi, un hibou enchante la nuit de son par­ler lancinant.

En écou­tant la radio ce soir en ren­trant du bou­lot, je me demande si je suis le seul à avoir lu Romain Gary cette année non pas à cause du cen­te­naire de sa nais­sance et du tapage qu’on fait autour, mais en lisant un autre livre qui le mentionnait…

Mer­cre­di 1er octobre

Sep­tembre a filé à toute vitesse. Ce mer­cre­di aus­si, la tête pas­sée dans mes papiers, au télé­phone pour conclure des affaires. Je crois que pour une fois, je n’ai rien fait d’autre que me concen­trer sur mon tra­vail, en soli­taire. Il me semble tou­te­fois que je deviens effi­cace au point de ne plus pas­ser qu’un mini­mum de temps sur un mini­mum de tâches.

Jeu­di 2 octobre

Ai-je le droit de dire que je prends un cer­tain plai­sir à lire Mal­raux ? Un type qui mal­gré ses faits d’armes était cer­tai­ne­ment un vrai salaud dou­blé d’un pleutre ? En fait, je n’en sais rien, je ne connais pas ce mon­sieur et pour tout dire, je crois que ça m’in­dif­fère tota­le­ment. Il berce mes mati­nées de sa prose ardente, c’est tout ce qui compte pour l’ins­tant. Un jour, j’ar­ri­ve­rai peut-être à le détes­ter à sa juste valeur.

A tra­vers le ligne 1 du tram­way, j’en­tends par­ler, turc, d’autres langues, de cou­leurs de tous les pays ; en arri­vant à la gare ça sent le maïs grillé et les bro­chettes d’a­gneau. L’es­pace d’un ins­tant, je ferme les yeux dans ce lieu que je connais bien pour l’a­voir arpen­té pen­dant mes années de fac, et je me sens tout à coup trans­por­té dans le tram­way d’Is­tan­bul, au bord du Bos­phore, à Eminönü… Mais ce n’est qu’un moment qui s’es­tompe tout à coup. Tout s’ef­face et je me fonds dans d’autres réalités.

Same­di 4 octobre

Une des nuits les plus longues de cette année. Dor­mi près de 11 heures presque d’af­fi­lée, plu­sieurs fois réveillé, mais pas vou­lu me lever, alors j’ai dor­mi autant que j’ai pu d’un bon som­meil répa­ra­teur. Rien fou­tu de la jour­née pour cou­ron­ner le tout. J’ai sim­ple­ment regar­dé Les sen­tiers de la per­di­tion de Sam Mendes. Et puis je me suis plon­gé là-dedans, parce que je n’a­vais envie de rien d’autre :

Caravage l'oeuvre complet

Pho­to d’en-tête © Vanes­sa Arn

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Gas­pare Van­vi­tel­li, védu­tiste pré­coce venu de Hollande

Gas­pare Van­vi­tel­li, védu­tiste pré­coce venu de Hollande

L’homme est connu sous plu­sieurs noms ; Cas­par van Wit­tel naît à Ames­foort, en Hol­lande en 1653 et meurt à Rome en 1736, connu alors sous le nom de Gas­pare Van­vi­tel­li, et Gas­pa­ro degli Occhia­li. Exi­lé volon­taire depuis son plat pays avec sa famille, il s’ins­talle à Rome et entre­prend alors un tour des plus belles villes d’I­ta­lie, qu’il peint avec fer­veur, expor­tant son savoir faire acquis auprès des maîtres hol­lan­dais de la pein­ture des pay­sages pour l’ap­pli­quer sur les vues qu’il tra­verse. On le consi­dère, à juste titre, comme le père du védu­tisme ita­lien au tra­vers de ses œuvres pic­tu­rales venant de Venise. Si Van­vi­tel­li, qui s’est payé le luxe d’i­ta­lia­ni­ser son nom, n’a­vait jamais fait le voyage, on se demande si les peintres Bel­lot­to, Guar­di et sur­tout Cana­let­to auraient ren­con­tré le suc­cès qu’on leur connaît. D’autre part, son fils Lui­gi a été nom­mé par le Pape alors qu’il n’a­vait que 28 ans, archi­tecte offi­ciel de Saint-Pierre de Rome. Une influence ita­lienne non négligeable.

Van­vi­tel­li est sur­tout connu pour ses études de San­ta Maria del­la Salute, des des­sins superbes, simples lavis sur du papier qua­drillé et jau­ni, d’une force expres­sive hors du commun.

 

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L’ai­guière aux oiseaux ou aiguière de Saint-Denis (Mr 333)

L’ai­guière aux oiseaux ou aiguière de Saint-Denis (Mr 333)

L’ai­guière aux oiseaux est un vrai tré­sor issu des échanges liés à l’his­toire médi­ter­ra­néenne. Elle est men­tion­née par le moine béné­dic­tin Dom Michel Féli­bien dans son His­toire de l’ab­baye royale de Saint-Denys en France, en  1706, mais bien aupa­ra­vant, on retrouve trace de cet objet déjà aux pre­miers temps de l’é­di­fi­ca­tion de la basi­lique puisque dans les œuvres-mêmes de l’ab­bé Suger, on en retrouve men­tion, dès la fin du XIè siècle. Si on ne sait pas vrai­ment d’où elle vient, ni dans quelles condi­tions elle est arri­vée en France, on se doute tout de même qu’elle a pu être offerte en cadeau ou plus pro­ba­ble­ment volée ou sor­tie d’E­gypte lors d’un pillage au milieu du XIè siècle. Ce que nous indique son cou­vercle en or, faus­se­ment de style orien­tal puis­qu’on sait de source sûre qu’il a été fabri­qué en Ita­lie, c’est que l’ob­jet a voya­gé jus­qu’à Saint-Denis en pas­sant par un ate­lier d’or­fè­vre­rie de haut rang, cer­tai­ne­ment dans le sud du pays. Orné de fili­granes tor­sa­dés, de rosettes et de minus­cules entre­lacs de type « ver­mi­cel­li », ce cou­vercle épouse l’ouverture en amande du bec ver­seur et « chris­tia­nise » l’objet. (source Qan­ta­ra)

L’his­toire de son arri­vée jus­qu’à Saint-Denis demeure un mystère.

Aiguière aux oiseaux - Musée du Louvre - cristal de roche

Aiguière aux oiseaux — Musée du Louvre — cris­tal de roche (Mr 333)

Ce qui fait de cet objet une rare­té, c’est non seule­ment sa matière, puis­qu’il a été réa­li­sé dans du cris­tal de roche, d’un seul bloc. De dimen­sion modestes, haute de 24cm et à peine large de 13,5cm, le décor réa­li­sé sur son flanc en forme de poire repré­sente des oiseaux sty­li­sés enrou­lés autour de motifs flo­raux d’ins­pi­ra­tion per­sane. Même l’anse n’est pas rap­por­tée et fait par­tie du même bloc. La voir ain­si tou­jours soli­daire du corps prin­ci­pal plus de 1000 ans après sa créa­tion en fait une pièce tout-à-fait excep­tion­nelle, même si la par­tie supé­rieure taillée en ronde bosse repré­sen­tant cer­tai­ne­ment un oiseau ou un bou­que­tin, située sur le haut de l’anse a disparu.

Dom Michel Félibien - Trésor de Saint-Denis (1706) - Planche issue de l'Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys en France - détail

Dom Michel Féli­bien — Tré­sor de Saint-Denis (1706) — Planche issue de l’His­toire de l’ab­baye royale de Saint-Denys en France — détail

La tech­nique uti­li­sée par les artistes cai­rotes de la période fati­mide est une taille par abra­sion par des maté­riaux per­met­tant une grande pré­ci­sion (sable et dia­mant) dans une pierre d’une dure­té de 7 (le dia­mant étant à 10). Même si ce n’est pas évident au pre­mier coup d’œil, la pièce de cris­tal de roche est creu­sée de l’in­té­rieur, évi­dée par abra­sion, ce qui repré­sente un tra­vail de longue haleine et de pré­ci­sion. A son point le plus fin, l’é­pais­seur au col n’est que de 3mm et il aura fal­lu à l’ar­tiste pas­ser un outil dans un gou­let de moins de 2cm de large. On remarque aus­si que la symé­trie de la pièce n’est pas par­faite, cer­tai­ne­ment parce que l’ar­tiste a été contraint par la forme de la pierre initiale.

La période de fabri­ca­tion remonte très cer­tai­ne­ment au der­nier quart du Xè siècle et elle porte au col une ins­crip­tion en cou­fique signi­fiant “béné­dic­tion, satis­fac­tion et [mot man­quant] à son pos­ses­seur”. Source Wiki­pe­dia.

On retrouve la men­tion de la pré­sence de cet objet dans le tré­sor de Saint-Denis sur cette gra­vure de Dom Michel Féli­bien, sous le nom de vase d’A­lié­nor, mais on recon­naît bien sa forme, l’oi­seau et le bec, ain­si que son cou­vercle en or por­tant chaînette.

Dom Michel Félibien - Trésor de Saint-Denis (1706) - Planche issue de l'Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys en France

Dom Michel Féli­bien — Tré­sor de Saint-Denis (1706) — Planche issue de l’His­toire de l’ab­baye royale de Saint-Denys en France

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