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Les pen­dules sym­pa­thiques d’A­bra­ham-Louis Breguet

Les pen­dules sym­pa­thiques d’A­bra­ham-Louis Breguet

Abra­ham-Louis Bre­guet n’est pas qu’un simple hor­lo­ger, c’est éga­le­ment un phy­si­cien fran­çais de renom qui s’est illus­tré par la créa­tion des pen­dules sym­pa­thiques. Si le phy­si­cien qu’il était s’est fait de l’hor­lo­ge­rie une spé­cia­li­té, c’est à cause de sa pré­oc­cu­pa­tion tech­nique de pou­voir mesu­rer le temps d’une manière fiable et de mettre à dis­po­si­tion pour ses col­lègues des objets de haute tech­ni­ci­té. Il a par ailleurs par­ti­ci­pé au déve­lop­pe­ment d’un objet que tout le monde porte aujourd’hui ; la montre-bracelet.
Alors certes, ces pen­dules ont vrai­ment quelque chose qui les rend sym­pa­thiques, mais là n’est pas la ques­tion. Ces pen­dules sont dites sym­pa­thiques car elles fonc­tionnent en réa­li­té par couple. La pen­dule fonc­tionne de manière auto­nome mais sa par­ti­cu­la­ri­té consiste à acti­ver une tige tous les jours à minuit. La tige vient se ficher dans une montre logée dans son ber­ceau sur le des­sus de la pen­dule. Cette tige actionne le méca­nisme de la montre qui se remet à l’heure automatiquement.

Le méca­nisme de la montre com­pare alors son heure à celle de la pen­dule et ajuste la fré­quence de bat­te­ment de son balan­cier. Après quelques jours, cette fré­quence est cor­rec­te­ment ajus­tée. Ce méca­nisme consti­tue l’un des pre­miers sys­tèmes à rétro­ac­tion qui ait été éla­bo­ré. En effet, une erreur est mesu­rée et, de la gran­deur de cette erreur, le méca­nisme déduit la cor­rec­tion à appor­ter afin d’annuler la dite erreur. Dans ce cas pré­cis, la cor­rec­tion porte sur la vitesse et ce qui est mesu­ré est l’espace par­cou­ru. L’erreur de vitesse est donc inté­grée. Ain­si, aus­si petite qu’elle soit, son inté­grale ten­drait vers l’infini si la cor­rec­tion était insuf­fi­sante. (source Wiki­pe­dia)

De son vivant, Bre­guet ne fabri­que­ra que cinq hor­loges de ce type.
Les plus notables sont l’hor­loge fabri­quée pour le sul­tan Mah­mud II (1784–1839) et aujourd’­hui conser­vée au musée du Palais de Top­kapı à Istan­bul, celle du Duc d’Or­léans, la plus riche­ment déco­rée et éga­le­ment la pièce d’hor­lo­ge­rie la plus chère ven­due aux enchères (6,8 mil­lions de dol­lars, chez Sothe­by’s en décembre 2012) et enfin celle ven­due au roi des Fran­çais Louis-Phi­lippe Ier, le 23 août 1834, aujourd’­hui conser­vée au Mobi­lier Natio­nal. C’est à mon sens la plus belle pièce, par sa sobrié­té visuelle, ses lignes pures et son esthé­tique intem­po­relle, ain­si que par la finesse de la montre qui se fiche sur le berceau.

Pendule sympathique de Mahmut II - Abraham-Louis Bréguet - Musée de Topkapi - Istanbul

Pen­dule sym­pa­thique de Mah­mut II — Abra­ham-Louis Bré­guet — Musée de Top­ka­pi — Istanbul

Pendule sympathique - Abraham-Louis Bréguet - vendue à l'empereur français Louis-Philippe, le 23 août 1834 - Paris, Mobilier national -  Isabelle Bideau

Pen­dule sym­pa­thique — Abra­ham-Louis Bré­guet — ven­due au roi des Fran­çais Louis-Phi­lippe, le 23 août 1834 — Paris, Mobi­lier natio­nal — Isa­belle Bideau

Pendule Sympathique Breguet du Duc d’Orléans -Abraham-Louis Bréguet

Pen­dule Sym­pa­thique Bre­guet du Duc d’Or­léans ‑Abra­ham-Louis Bréguet

Pendule Sympathique Breguet du Duc d’Orléans (détail) - Abraham-Louis Bréguet

Pen­dule Sym­pa­thique Bre­guet du Duc d’Orléans (détail) — Abra­ham-Louis Bréguet

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Petit glos­saire des gens de la mer

Petit glos­saire des gens de la mer

La mer a géné­ré en son temps des hordes de per­son­nages étranges. Petit glos­saire des gens de la mer.

Willem van de Velde le Jeune - Bataille navale de la guerre anglo-hollandaise

Willem van de Velde le Jeune — Bataille navale de la guerre anglo-hollandaise

Pirate: Le pirate est le per­son­nage mal­fai­sant par défi­ni­tion. Il agit sans ordre d’une nation, mais pour son propre compte dans l’u­nique but de s’en­ri­chir. Il s’at­taque prin­ci­pa­le­ment aux navires bat­tant pavillon de nations puis­santes pour leur arra­cher leur butin, mais par­court aus­si les côtes. Par­mi les plus redou­tés, on compte Black­beard (Barbe-Noire), mais les pirates ont aus­si connu leurs losers. Le plus célèbre d’entre eux est sans conteste Stede Bon­net, qui a vécu à la même époque que le ter­ri­fiant Edward Teach qui trou­va le moyen de se faire piller plu­sieurs fois par Barbe-Noire et à se faire pendre haut et court tan­dis que son enne­mi juré fut déca­pi­té sur son navire La Revanche de la Reine Anne par Maynard.

L’i­mage tra­di­tion­nelle du pirate est née dans les Caraïbes et a géné­ré tout un ima­gi­naire que des écri­vains tels que Ste­ven­son dans l’île au tré­sor ont su exploiter.

Cor­saire: Le cor­saire, à la dif­fé­rence du pirate, est man­da­té par sa nation pour piller les richesses des nations enne­mies. Le cor­saire est por­teur d’une lettre de course qui légi­time son action. Les pre­miers cor­saires fran­çais sont man­da­tés par Fran­çois 1er à une époque où l’hé­gé­mo­nie ibé­rique sur les ter­ri­toires du Nou­veau-Monde devient insupportable.

Fli­bus­tier: Voi­ci l’in­fluence des Pays-Bas dans cette his­toire. Ce terme vient du fla­mand vrij bui­ter, ce qui cor­res­pond à peu près à qui s’en­ri­chit de manière ponc­tuelle, libre et impu­nie. La fli­buste se déve­loppe dans la mer des Caraïbes par des hommes peu scru­pu­leux navi­guant sur des embar­ca­tions légères (sloops, pinasses) et rapides, vivant de rapines et n’ayant géné­ra­le­ment pas l’é­toffe de ces grands que l’on appe­lait pirates. L’o­ri­gi­na­li­té de la fli­buste, c’est l’or­ga­ni­sa­tion sociale très struc­tu­rée et l’é­ta­blis­se­ment d’une base sur la terre ferme.

Bou­ca­nier: Contrai­re­ment à l’i­dée reçue, le bou­ca­nier n’est pas for­cé­ment un marin. Il est sou­vent séden­ta­ri­sé et sert de base arrière à la pira­te­rie et à la fli­buste. Le terme bou­can désigne à l’o­ri­gine la viande de bœuf frot­tée d’é­pices et séchée au-des­sus d’un feu lent sur de longues perches ins­tal­lées sur les plages des petites îles cari­béennes. Éga­le­ment hié­rar­chi­sés, les bou­ca­niers appro­vi­sionnent les marins en vivres, nour­ri­ture et boisson.

Bou­ca­niers et fli­bus­tiers consti­tuent la popu­la­tion des “Frères de la Côte”.

L’é­mer­gence des ces popu­la­tions étranges de mers prend ses racines dans le nou­vel ordre mon­dial géné­ré par la décou­verte de l’A­mé­rique par Chris­tophe Colomb. L’Es­pagne et le Por­tu­gal se par­tagent alors le monde et affrètent des galions pour vider le conti­nent nou­veau de son or. Ce tra­fic est incer­tain et sou­mis au vent. Dans un pre­mier temps, les pirates vont infes­ter les mers et les rivages pour guet­ter ces navires char­gés d’or, mais aus­si d’é­pices et de rhum. Ensuite, c’est sous l’im­pul­sion de la France, des Pays-Bas et de l’An­gle­terre, indi­gnés d’être ain­si écar­tés de cette course à la puis­sance, que la Guerre de Course va s’en­ga­ger. Tout prend nais­sance dans ce creu­set, entre les comp­toirs éta­blis dans les ports et la route mari­time qui mène à l’Eu­rope, dans la mer des Caraïbes, beau­coup moins armée et pro­té­gée que les côtes de l’Es­pagne ou du Portugal.

La dis­tinc­tion entre pirate et cor­saire s’ef­face quelque fois, selon les humeurs des gou­ver­nants. Ain­si, Fran­cis Drake s’en­ri­chit per­son­nel­le­ment et abreuve la cou­ronne d’An­gle­terre de richesses, tan­dis que le frère de la Reine, l’es­pa­gnol Phi­lippe II mugit contre ses dépré­da­tions et finit par perdre la face en 1588 lorsque son Invin­cible Arma­da est défaite par le célèbre cor­saire bri­tan­nique. Pour­tant, celui-ci fini­ra empoi­son­né, consi­dé­ré comme pirate alors que jamais il ne s’est enri­chi au détri­ment de son pays.

Un autre cor­saire célèbre, Sur­couf aura une phrase qui défi­nit bien ce qui se pas­sait sur les mers pen­dant ces longs siècles. A un Anglais qui lui dit: Vous vous bat­tez pour l’argent alors que nous autres sol­dats de la Marine nous nous bat­tons pour l’hon­neur !, il rétor­que­ra: Alors nous nous bat­tons tous les deux pour ce que nous n’a­vons pas….

Quelques liens:

Billet sau­vé de la noyade depuis Emp­ty Quar­ter.

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Un chant d’hiver

Un chant d’hiver

Der­nier jour de l’an­née, une nou­velle année qui se referme. Quoi de mieux qu’un pré­lude pour cela ?
The Fai­ry Queen d’Hen­ry Pur­cell… tiré bien évi­dem­ment du Songe d’une nuit d’é­té de Sha­kes­peare. Je marche à l’en­vers, déci­dé­ment. Dans un cer­tain sens, je suis heu­reux que 2014 se ter­mine pour tout un tas de rai­sons, et heu­reux aus­si que 2015 arrive. Une année en 5 ne peut être qu’une bonne année.

[audio:prelude.xol]
Hen­ry Pur­cell — The Fai­ry Queen — First Music, Prelude
New english voices, Aca­de­mia Bizan­ti­na, diret­tore Otta­vio Dantone

Une nou­velle année qui s’ouvre comme un bou­ton de lilas. J’ai déjà quelques pro­jets per­son­nels qu’il me tient à cœur de réa­li­ser comme par exemple… faire tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire en 2014. Pour commencer.
Je crois bien que c’est la pre­mière année que je me laisse débor­der de cette manière, la pre­mière année où je me dis que je n’ai vrai­ment pas eu le temps de faire ce que je vou­lais. Mes nou­velles res­pon­sa­bi­li­tés vont gran­de­ment m’oc­cu­per dès le 5 jan­vier pro­chain, et le 7 je sou­tiens mon deuxième mas­ter. Après, j’ar­rête, je n’i­rai pas plus loin. Voi­ci déjà 3 ans que je me consacre à mes études et j’ai réel­le­ment l’im­pres­sion d’a­voir lais­sé tout le reste de côté. Ce n’est pas l’en­vie qui m’en manque, mais à pré­sent, j’ai tout sim­ple­ment envie de conti­nuer à explo­rer la vie comme je le fai­sais avant et pour cela j’ai besoin de temps de cer­veau dis­po­nible. C’est sans comp­ter tout le stress géné­ré et dont je n’a­vais pas spé­cia­le­ment besoin, sur­tout cette année.
Alors je laisse 2014 der­rière moi, sans me retour­ner, et je conti­nue. Ce fut l’an­née de mes qua­rante ans que je n’ai vrai­ment pas sen­tis. Qua­rante ans c’est quelque chose quand-même. Mais c’est beau­coup moins que tout ces gens plus jeunes qui passent leur temps à le lais­ser filer sans rien en faire. Avec tout ce qui rem­plit cha­cune de mes années je me dis que je fais comme Daniel Picou­ly — j’a­dore ce que dit ce type mais il me fatigue dès qu’il ouvre la bouche —, j’es­saie de vivre deux vies en n’ou­bliant pas que je n’en ai qu’une seule.

Ces vacances de fin d’an­née m’ont été pro­fi­tables. Parce que je n’ai rien fait, j’ai dor­mi, je me suis repo­sé, j’ai lu un peu, du bout des lèvres, j’ai regar­dé la nature blan­chir au petit matin et écou­té Bach, Pur­cell et Schu­bert plus que de rai­son. Et puis j’ai revu l’a­mi Fran­çois, ce qui m’a rem­pli de joie. Encore une manière d’être dans l’ex­ci­ta­tion intellectuelle.

Il est temps de tout bou­cler, de lais­ser l’an­née se refer­mer tout dou­ce­ment comme on referme un sachet de bon­bons, his­toire de ne pas en être écœu­ré. 2015 devrait démar­rer sur les cha­peaux de roues ; le tout étant de ne pas la lais­ser rou­ler trop vite. Cette année, j’ai­me­rais repar­tir loin, me lais­ser bai­gner par d’autres mers, me lais­ser hap­per par d’autres atmo­sphères, cha­vi­rer au large, mais aus­si, drôle d’en­vie, de par­tir visi­ter l’Al­le­magne… peut-être même l’Au­triche… On ver­ra bien jus­qu’où me mènent mes pas, le prin­ci­pal étant de ne jamais s’arrêter.
2015, une année pour la couleur…

[audio:attoIV.xol]
Hen­ry Pur­cell — The Fai­ry Queen — Acte IV — Now the win­ter come slowly
New english voices, Aca­de­mia Bizan­ti­na, diret­tore Otta­vio Dantone

Pho­to d’en-tête :
La que­relle d’O­be­ron et de Tita­nia par Sir Joseph Noel Paton

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Retour à Ech­ter­nach, patrie de Saint Willibrord

Retour à Ech­ter­nach, patrie de Saint Willibrord

Une simple pho­to un peu jau­nie de moi sur les marches du cal­vaire, sur la Grand Place d’Ech­ter­nach, prise par mon grand-père. Nous sommes, il me semble, en 1985. Il fau­drait que je m’en assure en retrou­vant l’ordre chro­no­lo­gique des pho­tos. 2014, c’est mon fils qui va sur ses douze ans, à peu près l’âge que j’ai sur la pho­to, qui monte sur le cal­vaire. Hasard heu­reux dont je ne me rends compte qu’une fois reve­nu et lorsque je regarde les pho­tos que mon grand-père avait prises à l’é­poque. Culottes courtes, gilet croi­sé, chaus­settes blanches, raie sur le côté ; je me rends compte à quel point je n’é­tais déjà plus du tout dans l’air du temps. Fina­le­ment, j’au­rais pas­sé ces qua­rante der­nières années de ma vie en décalage.

Calvaire Echternach

Romuald au pied du cal­vaire d’Echternach

Ech­ter­nach (Iech­ter­nach en luxem­bour­geois, Eech­ter­noach ou Iech­ter­noach en dia­lecte) est une petite ville d’à peine 5000 habi­tants, nichée dans un repli de la Sûre (D’Sauer) qui fait la fron­tière avec l’Al­le­magne. De l’autre côté du pont, Ech­ter­na­cher­brück, Deut­schland.
Nous sommes à une tren­taine de kilo­mètres de Luxem­bourg, à peine 25 de Trier (Trèves) en Alle­magne. La ville en elle-même n’a pas beau­coup d’at­trait, c’est une ville de moyenne impor­tance, une sorte de poste-fron­tière qui ne res­semble plus beau­coup à ce qu’elle était du temps de sa splen­deur. La Grand Place et la Place du Mar­ché (Markt­platz), mais éga­le­ment l’hô­tel de ville, le Ding­stuhl (ou Den­zelt, ins­tance admi­nis­tra­tive et judi­ciaire), témoigne de la puis­sance pas­sée de la ville. La pré­sence du culte de Saint Willi­brord, saint patron du Luxem­bourg et de la basi­lique fon­dée sur la crypte où il repose est en outre un sym­bole cultu­rel iden­ti­taire fort pour les Luxembourgeois.

Echternach (Luxembourg) - 05 - Eglise Saints Pierre et Paul

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Eglise Saints Pierre et Paul

Echternach (Luxembourg) - 07 - Eglise Saints Pierre et Paul

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Eglise Saints Pierre et Paul

Dans cette petite ville tran­quille, loin des lieux tou­ris­tiques, se trouve une petite église, per­chée en haut d’un rocher et à laquelle on accède par une volée d’es­ca­liers mous­sus. A l’in­té­rieur de l’é­glise Saints Pierre et Paul, entre sobrié­té et poly­chro­mie, on trouve une atmo­sphère calme et colo­rée. Les vitraux modernes dif­fusent une lumière douce et les pein­tures des murs sont peintes dans un style très alle­mand, dans des poly­chro­mies qui donnent une bonne idée de la manière dont était déco­rées les églises naguère. Je reste quelques ins­tants dans ce lieu un peu per­ché, un peu à mi-hau­teur entre les hommes et les dieux, sans être déran­gé par qui que ce soit. Un fes­ti­val a lieu ici tous les ans, un fes­ti­val de musique clas­sique ; l’a­cous­tique semble parfaite.

Echternach - Église Saints Pierre et Paul

Ech­ter­nach — Église Saints Pierre et Paul

Echternach (Luxembourg) - 10 - Rue des écoliers - Shullergaas

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Rue des éco­liers — Shullergaas

Echternach (Luxembourg) - 11 - Place du marché

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Place du marché

En sor­tant de l’é­glise, j’emprunte la rue des éco­liers (Shul­ler­gaas) pour rejoindre la Place du Mar­ché où se trouve le Ding­stuhl. Sur la jolie place se trouve une fon­taine fleu­rie et l’on trouve encore ici quelques arcades sur cette place pavée. La Grand Place, elle, laisse entre­voir ce que pou­vait être la vie de cette ville ne serait-ce qu’au début du XXè siècle.

C’est ici que je retrouve le cal­vaire au pied duquel j’ai été pris en pho­to. Depuis cette rue remonte la rue de la Gare, gare qui n’existe plus depuis sa des­truc­tion en 1974. Le der­nier train de la Sauer­linn (ligne de la Sûre) est par­ti de la gare d’Ech­ter­nach en 1964. Aujourd’­hui, c’est une gare rou­tière qui occupe son ancien empla­ce­ment. Dans cette rue, c’est une longue suc­ces­sion de com­merces, de res­tau­rants aux enseignes par­fois peintes pas tous ouverts, de petits maga­sins de vête­ments, de tabacs que les Alle­mands fron­ta­liers viennent enva­hir à cause du prix du tabac beau­coup plus inté­res­sant que chez eux. La rue se ter­mine par un por­tique, puis par la gare rou­tière, au bord de la Sûre ; un immense par­king attend le pas­sage des cars qui par­courent la région. C’est appa­rem­ment le ren­dez-vous des mar­gi­naux des envi­rons, punks à chiens, clo­chards errants, alcoo­liques que se cachent dans ce lieu d’é­change, entre errance et no man’s land. Un type aux che­veux longs, canette de bière à la main, m’at­tend à la sor­tie des toi­lettes publiques de la gare ; il avait juste envie de par­ler, ce que je fais de bonne grâce.

Echternach (Luxembourg) - 17 - Basilique Saint Willibrord

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Basi­lique Saint Willibrord

Echternach (Luxembourg) - 18 - Basilique Saint Willibrord

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Basi­lique Saint Willibrord

Echternach (Luxembourg) - 23 - Basilique Saint Willibrord - Pierre Richardot

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Basi­lique Saint Willi­brord — Pierre Richardot

Echternach (Luxembourg) - 24 - Basilique Saint Willibrord - Ange et suaire de Véronique, Atelier de Trèves

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Basi­lique Saint Willi­brord — Ange et suaire de Véro­nique, Ate­lier de Trèves

Je remonte la rue pour reve­nir sur la basi­lique Saint Willi­brord qui date du XIè siècle, bâtie sur une église caro­lin­gienne dont la crypte est l’u­nique ves­tige ; c’est ici qu’au­jourd’­hui se trouve le céno­taphe conte­nant les restes du saint pro­tec­teur du Luxem­bourg. C’est une immense bâtisse aus­tère, dans un style roman clas­sique qui ne date que de 1868, et si elle a été détruite en 1944, elle a par la suite été recons­truite à l’i­den­tique et la façade est direc­te­ment ins­pi­rée de celle de Paray-le-Monial. L’in­té­rieur est un inté­rieur de basi­lique inté­grée à une abbaye béné­dic­tine, c’est-à-dire fon­ciè­re­ment aus­tère. Des cartes pos­tales anciennes datant du début du XXè siècle montrent que l’in­té­rieur a été déco­ré de poly­chro­mies et de motifs géo­mé­triques. Aujourd’­hui, tout a dis­pa­ru pour lui rendre un aspect conven­tion­nel. Si le sar­co­phage de Willi­brord a été conser­vé intact, c’est parce que mal­gré l’ef­fon­dre­ment de la basi­lique et le bom­bar­de­ment qui l’a mise à terre, la crypte a été mira­cu­leu­se­ment épar­gnée. Le céno­taphe a été remon­té dans le chœur après sa res­tau­ra­tion en 1868, puis redes­cen­du dans la crypte après la consé­cra­tion suite à la res­tau­ra­tion en 1953. Un petit musée situé dans la sacris­tie me fait m’ar­rê­ter devant deux pièces superbes : Un sta­tue pour le monu­ment de Pierre Richar­dot et un ange et suaire de Véro­nique datant de la fin du XVè siècle réa­li­sé dans l’a­te­lier de Trèves.

Si la ville demeure impor­tante par la consé­cra­tion de Saint Willi­brord comme saint pro­tec­teur du pays, elle est aus­si connue pour sa pro­ces­sion dan­sante, ins­crite sur la liste repré­sen­ta­tive de l’hé­ri­tage cultu­rel imma­té­riel de l’hu­ma­ni­té de l’U­NES­CO. Cette pro­ces­sion, si elle consacre le fait reli­gieux, s’est trou­vé for­te­ment contes­tée par l’Église qui y voyait autre­fois une réma­nence de culte païen. Elle est aujourd’­hui par­fai­te­ment inté­grée à la vie reli­gieuse et cultu­relle de la ville, ras­sem­blant tous les ans plus de 13000 pèle­rins. Cette pro­ces­sion dan­sante se fait dans toute la ville et sa par­ti­cu­la­ri­té réside dans le fait que les dan­seurs sont reliés entre eux par des fou­lards blancs, bro­dés aux armoi­ries de la ville. Le carac­tère jubi­la­toire et dan­sant de cette pro­ces­sion en fait un objet d’é­tude eth­no­gra­phique fas­ci­nant qui la fait remon­ter à un temps immémorial.

Le matin, en arri­vant, je me suis arrê­té dans une supé­rette à l’en­trée de la ville ; c’est ici que j’en­tends pour la pre­mière fois une langue jamais enten­due jusque là. A la caisse, un couple de jeunes s’ex­prime dans cette langue dont on a peine à s’i­ma­gi­ner qu’elle est une vraie langue ; le luxem­bour­geois (lëtze­buer­gesch). Peut-être même est-ce ce dia­lecte d’Ech­ter­nach et qui semble rou­ler sous la langue… ? Je quitte la ville dans cette atmo­sphère un peu mys­tique dont je m’en­robe, immer­gé dans les lieux de spi­ri­tua­li­té et je file vers Vian­den, en frô­lant la fron­tière, en la tra­ver­sant plu­sieurs fois, encore une fois.

Echternach (Luxembourg) - 25 - Rue du Pont

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Rue du Pont

Voir les 25 pho­tos de cette jour­née à Ech­ter­nach sur Fli­ckr.

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Un artiste de la lumière mécon­nu : Orest Ada­mo­vich Kiprensky

Un artiste de la lumière mécon­nu : Orest Ada­mo­vich Kiprensky

Voi­ci un peintre que je ne qua­li­fie­rais pas spé­cia­le­ment de bon peintre. En réa­li­té, Oreste Ada­mo­vitch Kiprens­ky (Орест Адамович Кипренский) est un peintre aca­dé­mique pur, qui se situe dans la caté­go­rie des peintres de la période roman­tique russe. Cet enfant illé­gi­time sort de l’a­ca­dé­mie de Beaux-Arts de Saint-Péters­bourg avec la médaille d’or et se fait connaître avec des scènes de bataille dans les­quels il insère des por­traits ; sa car­rière sera ensuite celle d’un peintre des grands du monde dans lequel il vit. Ses tableaux les plus célèbres res­tent celui du Colo­nel hus­sard Yev­graf Davy­dof et celui du poète Alexandre Pou­ch­kine. Si sa pein­ture est abso­lu­ment conven­tion­nelle, pour ne pas dire un peu rasoir, Kiprens­ky demeure un grand des­si­na­teur, ce qui nous indi­qué par un nombre très impor­tant d’é­tudes, de nus à la san­guine et de pas­tels. Le por­trait de Pyo­tr Ole­nin reste un exemple magni­fique de son art au crayon. Le roman­tisme qui trans­pire de son œuvre fait de lui un cap­teur de son temps, d’un mélange de rigi­di­té dans les atti­tudes et de légè­re­té dans les gestes ; une pein­ture qui n’est pas vrai­ment pas ma tasse de thé mais qui capte des lumières bla­fardes dans les car­na­tions et qui témoigne que la pein­ture n’est que l’art d’at­tra­per la lumière…

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