Vénus et autres Vénus

Moins connues que leurs consœurs, elles sont néanmoins représentatives de leur époque et d’un art hautement avancé, capable d’invention et d’une stylisation très poussée. Revue de détail de ces femmes venues de la préhistoire, qu’on a souvent appelé “Vénus” pour rendre hommage à la beauté intrinsèque de la femme, mais qui sont plus généralement des odes à la fertilité. (suite de l’article Sept femmes (Vénus du gravettien))

La Vénus impudique de Laugerie-Basse

Laugerie-Basse se trouve sur la route entre Rouffignac et Les Eyzies, dans la vallée de la Vézère où l’on peut passer des jours à s’extasier sur certains des plus beaux sites préhistoriques (Lascaux, La Madeleine, Combarelles, Font-de-Gaume, etc.) lorsqu’ils sont encore ouverts au public. Cette vénus a été appelée impudique en raison de l’incision profonde marquant la forme de la vulve. Peu formée, élancée, (ce qui laisse penser qu’on a plutôt affaire à une adolescente qu’à une femme mûre) c’est la première “Vénus” a avoir été mise au jour, en 1864. Sculptée dans l’ivoire, elle mesure 8cm de haut.

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La Ménade de Scopas

Elle vient de la terre, des profondeurs sacrées de la terre de Grèce et des arcanes du IVè siècle avant Jésus-Christ. Nées des orgies de Dionysos, les Ménades sont des femmes possédées personnifiant les esprits sauvages de la nature. Vêtues de peaux de bêtes, d’un bruyant thyrse et d’un tambourin, elles paradent aux côté des satyres dans les thiases dionysiaques. Toujours ivres, en proie au délire de la transe, elles sont tatouées sur le visage et lorsque le délire le plus extrême les saisit, elles deviennent folles, s’attaquent aux voyageurs qui s’aventurent sur les routes au mois d’octobre et les démembrent pour les dévorer.
Dans la statuaire grecque classique, elle est toujours représentée les bras écartés, entrainés par la danse, les jambes placées de telle sorte qu’on la croit bondissante comme un cabris, les vêtements agités par le mouvement et les cheveux au vent. Celle du sculpteur Scopas porte en elle un grâce toute particulière, sauvage, primitive.

La poitrine fortement tendue vers l’avant, sa tunique est défaite au point que des épaules jusqu’au genou, ce n’est qu’une seule chair, subrepticement interrompue par une ceinture fine et cette chair montre une fesse musclée, tendue par la position et la naissance de la région pubienne sous le voile léger et transparent qui parcourt l’intégralité de son corps. Derrière, une cambrure osée, suggestive, la femme a la tête rejetée en arrière, les yeux révulsés dans une attitude d’abandon total. Sa chevelure relâchée n’a plus cette forme classique bien rangée, mais c’est la chevelure d’une femme en extase. Cette sculpture est d’une audace folle et l’on rêve à ce que pouvait être l’œuvre dans son intégralité ; ses mouvements indiquent qu’elle devait être d’une jolie finesse emportée dans un mouvement dynamique. Il ne nous en reste qu’une belle partie qui laisse toutefois songeur…

La première femme nue

On dit de l’Aphrodite de Cnide qu’elle est la première représentation nue d’une femme en Occident. Plus qu’une statue en particulier, c’est un modèle de statues posant dans un style à part, défini par le sculpteur Praxitèle dans un mouvement de modernisation des canons de Polyclète. Il existe plusieurs de ces Aphrodite, la plus connue étant l’Aphrodite Braschi conservée à la Glyptothèque de Munich. Ce type de statue montre un appui sur la jambe droite comme dans toute la statuaire du second classicisme, une plastique généreuse et réaliste mettant en avant les plis sensuels de la peau, une torsion de la ligne des épaules qui n’est pas parallèle à celle des hanches, la main gauche tenant un vêtement et la droite cachant son sexe — la main placée devant son sexe, l’a-t-on cru longtemps, désigne le sexe plutôt qu’elle ne le cache, car en effet, le fait de désigner signifie que c’est Aphrodite, déesse de la beauté, de la féminité et de la fécondité.
Selon la légende, Praxitèle exécuta deux mêmes copies, l’une nue, l’autre dite pudique. La première fut vendue à la ville de Cnide (en Turquie), l’autre à Cos. Avec cette statue, c’est à la fois l’histoire de l’art, des mœurs et de la sensualité qui fait un bond énorme…

Photo © Virtuelles Antiken Museum
de l’Archäologisches Institut Göttingen

“Evviva il coltellino !!”

Depuis que les paroles de l’apôtre Paul dans l’épitre aux Corinthiens, dans leur interprétation la plus orthodoxe, avaient condamné les femmes à ne pas parler, à ne pas s’exprimer au sein des églises, les enfants et les hautes-contres étaient les seuls à pouvoir interpréter les pièces baroques d’auteurs aussi célèbres que Haendel ou Caldara, dont, pour la plupart, la fonction était de service les offices (comme les cantates de Bach) à l’intérieur des églises, la musique de chambre à proprement parler n’existant alors pas réellement.

Au centre, Carlo Broschi, plus connu sous le nom de Farinelli,
peint par Jacopo Amigoni

La période baroque, concentrée sur le XVIIè siècle et une partie du XVIIIè, est une période musicale, qui, notamment en Italie, est vécue comme une succession de surenchères artistiques de virtuosité amenant les compositeurs à développer en volutes et phrases musicales dignes des rhétoriques les plus subtiles leurs pièces dont sont friands les cours royales d’Europe. Continue reading

Tigres, femmes, joueurs de mah-jong et fumeurs d’opium

Lorsque Joseph Kessel nous emmène à Hong-Kong, il ne nous laisse pas à la gare avec nos valises en nous donnant rendez-vous dans le hall d’un quelconque hôtel de seconde zone, ce n’est pas le genre, il nous emmène là où ceux avec qui il a voyagé l’ont emmené, dans les lieux éloignés des touristes, là où on n’oserait pas mettre les pieds sans avoir contacté au préalable son ambassade.

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Il nous emmène sur les hauteurs de l’île, vers la tour qui surplombe la ville et attire le regard. On apprend que celui qui a fait construire ces jardins n’est autre que l’inventeur du fameux baume du tigre, Aw Boon Haw, un Birman expatrié en Chine qui avait vite compris que pour vendre, il fallait maîtriser les médias et la publicité. Il acheta donc plusieurs journaux et développa un véritable empire à la Murdoch, largement soutenu par le commerce de l’opium dont il était un des piliers.

La visite des jardins qu’il fit construire démontre que l’homme n’avait pas forcément bon goût.

La tour qui, d’abord, avait fixé mon attention, n’avait en elle-même rien d’extraordinaire. Par contre, ce qui se trouvait aux alentours semblait relever d’un cauchemar burlesque et monstrueux.
C’était une vaste propriété, mais disposée en hauteur, parce qu’elle s’accrochait, comme tout domaine à Hong-Kong, au flanc du roc abrupt. On y accédait par un premier escalier assez raide, qui partait de la route pour aboutir à la terrasse d’une grande et somptueuse maison d’habitation, cernée de fleurs et munie d’une piscine. Après quoi, l’on débouchait sur un terre-plein et aussitôt la folie commençait.
Car de là, dans un fouillis au premier abord inextricable, partaient en toutes directions sentiers et pistes, gradins et degrés, arcades et galeries, allées et rampes qui, grimpant, descendant, tournant en spirales, se mêlant, s’enchevêtrant, revenant au point de départ, composaient un dédale informe, un labyrinthe aplati contre une paroi de falaise. Et derrière chaque pierre, sous chaque arbre, le long de chaque escalier, entre les colonnes, dans les pavillons et les kiosques innombrables, au fond des arcades, au milieu des massifs de fleurs, debout, assis, agenouillés, couchés, tordus, lovés, gesticulant, ricanant, grimaçant, menaçant, peints, sculptés, taillés dans le fer-blanc, la porcelaine, l’os, le bois, la cire, l’argile, le plâtre, le stuc, monochromes, polychromes, isolés en groupes, en masses, en foules, grouillaient, fourmillaient d’une existence frénétique et silencieuse, des personnages humains et bestiaux, des divinités,d es monstres, des démons et des symboles.
Les dragons énormes dressaient leur gueule flamboyante au-dessus de l’herbe qui tapissait une éminence.
Un troupeau d’éléphants, trompes, oreilles, épaules et défenses confondues dans un affrontement immobile, servait de soubassement à une grande galerie ouverte, divisée par des colonnes.
Dans les niches, logeaient des squelettes sur lesquels souriaient des visages extatiques, et des guerriers barbus, et des sorciers à long bonnet en pointe, et des rois couverts de parures, et des hideuses femmes nues, dont le ventre était lourd de fécondités malsaines.
Plus loin, un lapin démesuré en porcelaine blanche semblait sortir de plantes grasses. Sous des arbres s’ébattaient des singes de plâtre aux museaux outranciers. Puis tout à coup, l’on voyait sur une pelouse un vieux monsieur chinois à jaquette verte adresser une sourire de Musée Grévin à une jeune fille en robe de brocart.
Et à mesure que l’on montait, montait sans fin, le long des sentiers qui se croisaient, se nouaient et se dénouaient autour de l’axe du rocher, on découvrait sans cesse de nouveaux asiles, des nouveaux refuges — grottes en rocaille, socles contournés, kiosques d’une préciosité horrible, pavillons posés de guingois pour un peuple de peintures, de statues, de figurines incroyables par leur nombre, leur variété, leur violence, leur laideur, leur obscénité.
Des arbustes, des buissons torturés, des plantes infléchies contre nature, toute une végétation naine, artificiellement plantée et formée, mise au jour comme par supplice, entourait, encadrait ce monde en miniature de monstres, de succubes, d’animaux humains, d’hommes-chiens, oiseaux, serpents,  limaces, lézards, cet univers d’êtres innommables.
C’était un chaos, un enfer, un panthéon, un pandémonium, une mythologie de cauchemar. Tout y faisait songer aux fruits de la fièvre, du délire, de la démence.

Aw Boon Haw passe pour avoir été un personnage odieux, un tyran. C’est en tout cas le portrait qu’en fait Harry Ling, le compagnon de route de Kessel.

Au physique : trapu, massif, le cou bref, un masque immobile. Des yeux d’une acuité presque insoutenable. Un mangeur terrifiant.
Au moral : un tyran capricieux, n’ayant que deux passions : les affaires et les femmes. D’une prodigalité sans limites, pour l’ostentation, pour « la face ». D’une monstrueuse avarice pour ceux qui le servaient.

L’œil s’amuse du portrait fait de son épouse, que la photo vient renforcer…

[La photographie] représentait, au milieu de deux compagnes plus jeunes et au sourire charmant, une femme d’âge mûr, très petite et très râblée. Le visage était rond, aplati et le nez camus chevauché de lunettes à montures métallique. Mais il y avait sur tous les traits et, singulièrement, dans le vaste front bombé et dans une bouche ferme et précise, l’expression d’une intelligence profonde et d’une énergie presque dure.

Hong-Kong tel que nous le brosse Kessel, est une ville sombre et bruyante, crasseuse, boueuse et n’a rien avec l’idée qu’on s’en fait aujourd’hui. En 1957, c’est encore une ville puzzle que l’administration britannique a du mal à contenir. Tout y est interdit, la prostitution, l’opium, et même le mah-jong dont le bruit fait par les tuiles plaquées contre les tables envahit les rues, mais en réalité, tout y prospère avec la force d’un tigre, surtout lorsqu’on pose des billets sur les paupières des policiers. Fait étrange, l’ancienne citadelle de Kowloon City est une véritable zone de non-droit qui n’appartient à personne. Tous les truands et assassins s’y rassemblent et lorsque la police y cherche quelqu’un, elle commissionne d’autres assassins pour le rabattre jusqu’aux portes de la ville. En 1987, lorsqu’elle commence à être détruite, sa densité de population est de 1 923 076 habitants au km², ce qui en fait le quartier le plus densément peuplé du monde.

Avant d’arriver au village isolé de Rennie Mills (aujourd’hui Tiu Keng Leng) et son cortège de vieux nationalistes nostalgiques de Tchang Kaï-Chek dont le nom est écrit à la chaux en immenses lettres blanches dans la colline, où les femmes ont encore les pieds compressés dans d’immondes bandelettes, nous arrivons dans les ruelles boueuses d’une ville morte, hantée par les fumeries d’opium — la « boue étrangère », trafic organisé — qui dévore les corps et transforme les villes en refuges d’ombres.

Je montai dans l’une des voiturettes. Georges — très léger — et le fumeur d’opium, dont le corps n’était qu’un sac d’ossements, se tassèrent dans l’autre.
Les rickshaws, d’un bref coup de reins, détachèrent les roues de l’ornière boueuse et prirent leur élan. Ils semblaient avancer sans peine d’une allure régulière, rythmée, aisée. Leurs pieds nus ne faisaient qu’un bruit très faible.
Course irréelle, course de songe… Le clair-obscur des rues… Les misérables maisons blanchâtres… Des ombres humaines allant où et pourquoi ? Des troupes d’enfants tapis contre les murs comme de petits animaux traqués ou perdus… Soudain un marché en plein air, illuminé de quinquets, avec ses vendeurs hâves, haillonneux. Et puis de nouveau la pénombre… des terrains vagues… et encore des bâtisses. Et la nuque ployée du rickshaw… ses bras liés aux brancards, aussi rigides, aussi maigres. Et le son léger, cadencé, des pieds nus…

De cette histoire somme toute une peu sordide, on retiendra l’ambiance passablement irréelle des maisons closes de luxe, où les femmes de toute la Chine viennent vendre leurs charmes, dans un pays qui n’a déjà plus d’yeux que pour ses financiers…

De cette race, le filles les plus belles se trouvaient dans la maison de danse où Harry m’avait amené. Grandes pour la plupart et toutes admirablement faites, harmonieuses dans chaque attitude et des mouvements si souples et déliés, que les os mêmes semblaient participer à la suave mollesse de leur chair, elles avaient des visages d’un modelé à la fois ferme et comme fondant, la fraîcheur lisse des pétales — couleur d’ambre clair — et une chevelure de nuit étincelante. Elles ne portaient pas les jupes ouvertes à mi-cuisse et les vestes multicolores que l’on voyait ailleurs, mais leurs robes étaient si ajustées, et d’étoffes si délicates, qu’elles donnaient, à cause de la lumière sous-marine, l’impression de ruisseler sur ces corps ciselés de sirènes.

Joseph Kessel, Hong-Kong et Macao. 1957
Folio Gallimard, collection voyages.

Toutes les photos sont extraites du magazine LIFE

L’irrésistible Mrs Frances “Fanny” Abington et le facétieux Sir Joshua Reynolds

I never saw a part done so excellent in all my life, for in her acting she has all the simplicity of nature and not the least tincture of the theatrical…

On entendit un homme un jour parler d’elle en ces termes. Fanny Abington était une actrice célèbre en son temps, une femme de spectacle, mal mariée à un homme trop âgé, son propre professeur de musique. Sir Joshua Reynolds, lui, était un peintre fameux, spécialiste du portrait et premier directeur de la Royal Academy et accessoirement, le maître de Joseph Mallord William Turner.

Joshua Reynolds avait une prédilection pour les portraits des gens de cour. Le traitement de la lumière est chez lui absolument exceptionnel. Sa façon de traiter les carnations en fait un des plus grands spécialiste du portrait.

On le voit également dans ce triple portrait des dames Waldegrave. Le détail du grain de peau des sœurs est particulièrement bien rendu et l’on se rend compte que celle de gauche devait certainement avoir la peau vérolée. Chez les deux autres femmes, ce n’est que débauche de cous et de poitrines blanches…

Il semblerait que Reynolds fut ami avec Mrs Frances “Fanny” Abington, qui selon les sources, était actrice, selon d’autre une prostituée devenue courtisane après avoir joué quelques grands rôles. Regardez bien la succession des peintures et la tendresse avec laquelle il la représente au fur et à mesure de ces toiles. D’abord en actrice sortant de derrière le rideau…

En jeune fille timide et provocante…

Le regard et l’air mutin de Frances Abington est ici terriblement révélateur d’une complicité entre le peintre et son modèle…

Sur cette toile particulièrement aérienne, les traits fins de l’actrice sont magnifiés, le traitement du rendu est beaucoup moins classique que les autres peintures.

Cette toile en définitive, est la plus belle de toute. La lumière tamisée, l’air un peu absent de cette belle femme et la posture presque négligée, assise face au dossier du siège, un doigt élégamment posé sur la lèvre, et surtout, le regard légèrement décalé par rapport au peintre… Comme s’il la surprenait dans l’intimité de ses pensées profondes. C’est je pense un tableau révélateur du fait que les relations entre Reynolds et Mrs Abington étaient plus qu’amicales…

On remarquera également cette étude particulièrement touchante, une superbe pièce du peintre…

Яков, Pipilotti et à peu de choses près, les autres…

J’avais déjà eu, il y a quelques temps de cela, l’occasion de m’énerver contre les artistes contemporains qui ont perdu en route toute la signification intrinsèque comme représentation de la nature, en le dévoyant et en en faisant un auto-représentation de la modernité, comme si finalement, l’art se représentait lui-même. On voit l’absurdité de la chose. Je m’étais énervé parce que j’avais eu l’occasion de voir des œuvres contemporaines qui me semblaient ne rien avoir à dire. Et ce week-end, je me suis rendu à nouveau au Centre Pompidou, voir les nouvelles œuvres de l’exposition permanente, ainsi qu’accessoirement l’expositionelles@centrepompidou.

Je vais certainement passer pour un réactionnaire alors que j’ai passé une partie de mes jeunes années à défendre l’art contemporain, ce qui même à l’orée du XXIè siècle ne va pas de soi, mais cette exposition est réellement merdique. Je n’ai jamais vu ça. Je suis désolé pour les femmes qui ont exposé ici, mais c’est tout tout simplement navrant. En plus de la tonitruante et nauséabonde ORLAN, j’ai assisté à une débauche inutile d’œuvres incompréhensibles, illisibles sans la notice, ou alors par un esprit supérieur, ce qui inviterait clairement à laisser croire que celui qui la reçoit est un imbécile. C’est cela le problème. L’œuvre est livrée ou non avec le mode d’emploi, mais quoi qu’il en soit, celui-ci est indispensable. Si la plupart des chefs d’œuvres de l’art ne sont pas forcement compréhensibles par le plus grand nombre, ils sont au moins appréhensibles aisément, c’est à dire qu’aucune barrière ne vient freiner leur lecture. Un art qui a besoin de justifier sa démarche, c’est du vent, c’est une construction intellectualiste qui se vide de son signifiant, une complexe machine qui ne produit rien. Une perte de temps manifeste.
Ce que les artistes d’aujourd’hui ont du mal à comprendre, c’est qu’un objet d’art doit pouvoir vivre à l’extérieur d’un musée. A l’intérieur, ils sont mis en scène, mais doivent avoir leur vie propre. Sortie de son musée, la victoire de Samothrace reste belle, tout comme les Noces de Cana de Veronese ou la Joconde. Pas besoin d’un musée. En revanche la plupart des choses exposées dans ce centre Pompidou ne valent rien en dehors de l’endroit où elles se trouvent. Déjà à l’intérieur, c’est loin d’être évident et c’est d’autant plus triste que cette exposition donne une bien piètre image des femmes artistes contemporaines.
Tout me porte à croire que ne sont artistes ceux qui ont su entrer dans le cercle restreint des plasticiens à haute teneur en plasticité, mais à faible valeur nutritionnelle pour l’art lui-même.
J’ai toutefois un bemol à apporter à cette critique sévère : la présence de l’artiste vidéaste suisse Pipilotti Rist qui à elle seule réussit à enchanter une exposition qui fout mal au crâne par son installation douce et parfaitement réalisée.

Dans les collections permanentes, j’ai redécouvert également les œuvres constructivistes de Yakov Georgievich Chernikhov, juste quelques croquis simples et contrastés, dignes d’une grande exposition.

Heureusement que parfois, au milieu du chaos, on distingue la beauté des jolies choses, comme le chant un peu rauque d’une jolie femme, et heureusement que là-haut, on peut voir le soleil se coucher sur Paris et ses hautes églises…

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Portrait d’une inconnue

Avec cette iconographie russe que je commence à bien connaître, j’avance prudemment, je décortique doucement les codes de ce dix-neuvième siècle incertain, écarté entre Moscou et Saint-Pétersbourg, entre un peuple affamé confiné dans un campagne soumise la plupart du temps sous des mètres de neige et une bourgeoisie et une aristocratie qui n’ont pas hésité à attirer à elles les plus grands écrivains et artistes pour synthétiser le raffinement de l’identité russe.

Kramskoy_Portrait_of_a_Woman

Ce portrait (1883) peint par Ivan Kramskoi (Иван Николаевич Крамской), un peintre très en vogue à la fin du dix-neuvième siècle s’appelle Portrait d’une inconnue et fait partie des peintures mystérieuses qui ont eu un réel rôle dans la création à leur époque. En plus d’avoir entretenu le mythe de son absolu inconnuité, Kramskoi a peint une inconnue parfaitement sensuelle ; joues rosées et pleines, fines lèvres rehaussées de rouge, sourcils fins et regard lascif. Son air à la fois hautain et détaché, sa posture dans la voiture et ses habits riches (regardez le manchon cousu de rubans de velours bleu et les fourrures de son col) ont attiré sur elle les regards… et le scandale, car un visage sans nom et un air si provocant ne peuvent être que celui d’une prostituée. Peut-être, mais c’est en tout cas, selon certains, ce tableau qui inspira Tolstoï dans la conception d’Anna Karenine (Анна Каренина – 1887). Aujourd’hui encore, on retrouve une reproduction de cette toile sur la plupart des éditions du livre.

Hildegard

Hildegarde de Bingen recevant une vision sous forme d’une flamme, vision qu’elle s’empresse de retranscrire dans ses Scivias

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Hildegard von Bingen
O dulcis electe – O Nobilissima Viriditas
Catherine Sergent & Catherine Schroeder

Hildegarde de Bingen est une religieuse bénédictine du XIIème siècle. Parfaitement consacrée à la vie religieuse et ayant prononcé ses vœux perpétuels à l’adolescence, elle reçoit à 38 ans le titre d’abbesse de Disibodenberg. Plus tard, elle consignera les visions qu’elle a depuis toute jeune dans plusieurs ouvrages et fondera successivement les abbayes de Rupertsberg et d’Eibingen qui lui sont toutes les deux consacrées (mais n’existent plus aujourd’hui). En plus d’être une femme exceptionnelle à la foi ardente, elle est d’une extrême bonté envers les plus nécessiteux. Également écrivain, elle est considérée comme étant une des plus grandes compositrices de musique médiévale et toute son œuvre est empreinte de l’acte fondateur, la révélation, et colorée du combat éternel entre le vice et la vertu. Son tout dernier talent consiste à avoir créé une langue et un alphabet qu’elle sera la seule à avoir utilisé.