Pas de plan donc, aucune idée de l’endroit où j’allais, je finis par me retrouver au détour d’une rue qui n’arrêtait de pas de monter dans Divan Yolu Caddesi, l’avenue qui descend jusqu’à l’hippodrome et j’arrive sur la place de Mehmet Akif Ersoy Parkı, aux abords de la petite mosquée Firuz Ağa Camii. Deux heures plus tard, après avoir mangé sur le pouce un kebap, je me suis rendu sur la place pour avoir une première impression, histoire de savoir si je devais revenir, ou pas. Tout était déjà sec comme si l’orage n’avait jamais eu lieu. Tout était silencieux, il n’y avait que le vent dans les drapeaux tendus tout autour de la place qui claquaient légèrement. Aucune voiture ne passe ici, au mieux quelques taxis, parfois un bus et au loin le tramway qui descend Divan Yolu. C’est calme et c’est ainsi que je découvre pour la première fois la ville-phare. Je traine du côté des grilles fermées de la Mosquée Bleue (Sultanahmet Camii) et regarde avidement les détails de ce monument qui est un peu le symbole du Proche-Orient à mes yeux, ses lourdes grilles en fonte, l’entrée de la cour fermée par une immense porte de bronze, finement ouvragée, surmontée d’un texte en arabe et d’un magnifique muqarna. Je m’approche des trois anciens vestiges de la Spina, que je contourne, tombe sous le charme des monuments de la place, le Rectorat et son portail typiquement ottoman, la façade du Musée des Arts turcs et islamiques avec son balcon fascinant, ne vois pas la fontaine de Guillaume II qui pourtant trône en bonne place et que je ne découvrirai que le lendemain, à la lumière du jour, et devant laquelle je m’arrêterai avec circonspection tellement le style me parait moderne ; pour cause, elle fut offerte par l’Empereur Guillaume II d’Allemagne en 1895 au Sultan. Elle est pourtant belle et s’intègre parfaitement au reste de la place. Les mosaïques dorées qui ornent l’intérieur du dôme sont de toute beauté.
De l’autre côté de la place se tient l’autre bijou d’Istanbul, celui qui occupera le viseur de mon appareil photo à tout bout de champ ; Ayasofya (Sainte-Sophie). Illuminée, tendue vers le ciel, majestueuse plus que belle, imposante plus qu’élancée, elle laisse supposer par l’extérieur ce qu’elle est à l’intérieur.

Je disais plus haut qu’il ne reste rien de l’hippodrome, sauf une chose : la Sphendonè. Évidemment, ça ne fait pas partie des jolies choses à voir, vu son état de délabrement, mais je suis allé par derrière pour voir ce qu’il en restait, je suis allé toucher la pierre, sentir le bruit des sabots des chevaux vibrer sous ma main… La totalité des colonnes qui ornaient sa façade ont été remployées pour la construction de la mosquée de Soliman (Süleymaniye Camii), mais on imagine encore assez bien la taille que pouvait avoir ce monument. Sur cette carte datant de 1572 (Braun and Hogenberg, Civitates Orbis Terrarum, map I‑51), on voit bien ce qu’il reste de l’hippodrome et ce qu’on peut en voir aujourd’hui, ainsi que les vestiges de la Spina.

Au prochain épisode, je vous emmène dans les bas-fonds d’Istanbul, dans le vieux quartier front de mer de Sultanahmet, là où les maisons s’écroulent et que les rats traversent la rue, parfois coursés par un chat affamé.