Sep 16, 2012 | Arts |
Au travers des différentes lectures, compte-rendus de fouilles ou articles de revues décortiquées ces derniers temps, je me suis rendu compte que la présence de phallus dans les abris notamment de la Dordogne était beaucoup plus réduite que celle des vulves.
Bien évidemment, il existe certainement des sources fiables permettant d’en faire le descriptif et d’en décrire l’utilité ou la fonction, mais dans le domaine des représentations sexuelles, on trouve des choses très diverses qui parasitent les interprétations.
Alors on peut se demander, pourquoi plus de vulves que de phallus ? (more…)
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Sep 14, 2012 | Arts |

Parmi les premières représentations graphiques qu’on peut trouver datant de l’Aurignacien, on assiste à la naissance d’un art de représentation avec la présence de vulves gravées dans des blocs ou directement sur la parois. Parfois associées à la présence d’un phallus, quelque fois à un animal comme dans l’abri de la Ferrassie en Dordogne. On verra dans ces gravures des représentations de la fertilité ou plus simplement de la conscience de la différenciation sexuelle. Jusque là, rien d’exceptionnel dira-t-on. (more…)
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Dec 30, 2011 | Livres et carnets |

L’École d’Athènes (détail) par Raphaël (1511)
in la Chambre de la Signature (les Stanze) des musées du Vatican.
Traînant invariablement dans les rayons des librairies à la recherche de quelque chose qui me plairait et dont je ne disposerais encore pas, je suis tombé sur un coffret regroupant quelques uns des livres les plus connus de Stefan Zweig. N’ayant lu de lui que le Joueur d’échecs il y a de ça une vingtaine d’années, je me trouvai assez satisfait du fait qu’il n’en fasse pas partie. Alors j’ai cédé à la tentation et je me suis immédiatement mis à la lecture du premier volume, la Confusion des sentiments (Verwirrung der Gefühle), écrit en 1927. C’est indéniable, les auteurs de langue allemande ont quelque chose que les autres n’ont pas, ce goût prononcé du raffinement littéraire, de la phrase qui ne termine pas même avec un point, de l’extrême précision des mots comme si pour eux écrire un livre revenait à ciseler une plaque de cuivre des plus infinis détails. J’ai retrouvé chez lui ce que j’avais trouvé chez Thomas Mann dans la Mort à Venise. En dehors du thème principal, l’amitié fusionnelle de deux hommes qu’un professeur, au soir de sa vie, confesse comme étant l’événement qui le fit abandonner sa vie de débauche pour une vie entièrement consacrée aux choses de l’esprit, j’y vois également une ode sublime à l’exaltation intellectuelle et à la place du maître, qu’en d’autres temps on appelait pédagogue. Dans ce passage parfaitement dosé, on assiste à l’exaltation intellectuelle que procure l’intervention professorale, aussi bien chez le maître que chez les élèves, avec la même intensité que si on parlait d’une étreinte… jusqu’aux derniers mots. On trouvera également dans ce livre des mots superbes sur l’adultère.
C’est alors seulement, lorsque les étincelles se mirent à crépiter, que le professeur intervint brusquement, calma la confrontation devenue trop violente, en ramenant avec adresse la discussion à son objet, mais en même temps pour lui imprimer, par une impulsion secrète, un puissant élan spirituel s’élevant jusqu’à l’infini ; et ainsi il fut subitement au centre de ce jeu de flammes dialectiques, lui-même plein d’une allègre excitation, aiguillonnant et modérant à la fois ce combat de coqs entre les opinions, maître de cette vague déferlante d’enthousiasme juvénile et lui-même emporté par elle. Appuyé à la table, les bras croisés sur la poitrine, il regardait l’un, puis l’autre, souriant à celui-ci, encourageant celui-là discrètement à la riposte, et son œil brillait du même feu que la veille : je sentais qu’il était obligé de se maîtriser pour ne point leur ôter à tous, d’un seul coup, la parole de la bouche. Mais il se contenait avec violence ; je le voyais à ses mains, qui pressaient toujours plus fortement sa poitrine comme les douves d’un tonneau ; je le devinais à ses commissures frémissantes, qui retenaient avec peine le mot déjà palpitant. Et subitement, ce fut plus fort que lui ; il se jeta avec ivresse dans la discussion, à la façon d’un plongeur ; d’un geste énergique de sa main brandie, il coupa en deux le tumulte, comme fait la baguette d’un chef d’orchestre : aussitôt tous se turent, alors il résuma les arguments, à sa manière harmonieuse. Et tandis qu’il parlait, resurgissait son visage de la veille ; les rides disparaissaient derrière le jeu flottant des nerfs, son cou et sa silhouette se tendaient en un geste hardi et dominateur et, abandonnant sa posture courbée de guetteur, il s’élança dans le discours, comme dans un flot torrentiel. L’improvisation l’emporta : et je commençai à comprendre que, d’un tempérament froid lorsqu’il était seul, il était privé, dans un cours théorique ou dans la solitude de son cabinet, de cette manière enflammée qui, ici, dans notre groupe compact, fasciné et retenant son souffle, faisait exploser une barrière intérieure ; il avait besoin (oh, que je le sentais !) de notre enthousiasme pour en avoir lui-même, de notre intérêt pour ses effusions intellectuelles, de notre jeunesse pour ses élans de jeunesse. Comme un joueur de cymbalum se grise du rythme toujours plus sauvage de ses mains frénétiques, son discours devenait toujours plus puissant, plus enflammé, plus coloré et plus ardent ; et plus notre silence était profond (malgré soi on percevait dans l’espace les respirations contenues), plus son exposé s’envolait, plus il était captivant et plus il s’élançait comme un hymne. En ces minutes-là tous nous lui appartenions, à lui seul, entièrement possédés par cette exaltation.
Et de nouveau, lorsqu’il termina soudain, en évoquant un passage du discours de Goethe sur Shakespeare, notre excitation retomba d’un coup. Et de nouveau, comme la veille, il s’appuya épuisé contre la table, le visage blême, mais encore parcouru par les petites vibrations et les frémissements de nerfs, et dans ses yeux luisait étrangement la volupté de l’effusion qui durait encore, comme chez une femme qui vient de s’arracher à une étreinte souveraine.
Traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Bournac et Alzir Hella
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Nov 3, 2010 | Eclairs de génie |
Fanny Hill, or Memoirs of a Woman of Pleasure, ou Mémoires d’une fille de joie est considéré comme le premier roman érotique. Écrit en 1749 par John Cleland tandis qu’il purgeait une peine de prison pour dettes, il renvoya son auteur en prison pour incitation à la débauche. Il fut interdit aux États-Unis jusqu’en 1966.
Il semblerait que l’auteur ait clairement fait un jeu de mots avec le nom du personnage principal puisque Fanny, c’est la vulve et Hill, un mamelon ou le Mont de Vénus. Tout un programme…
Le texte est intégralement disponible sur Gallica. Pour la petite histoire, Edouard-Henri Avril l’illustra et se spécialisa par la même occasion dans l’illustration érotique, d’un goût parfois douteux… On pourra lire également le texte d’Apollinaire sur l’œuvre.

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Jul 19, 2010 | Arts, Histoires de gens |

Galswinthe, fille d’Athanagild, roi des Wisigoths d’Hispanie, a vécu au VIème siècle, était reine des Francs et de Neustrie et femme du roi mérovingien Chilpéric Ier. Son nom signifie en gothique « Énergique dans la foi » et l’on trouve son nom orthographié sous les formes Galsuintha, Gailesuinda et Gelesuinta.
Son histoire, tragique, c’est l’évêque Grégoire de Tours qui nous la raconte (Histoire des Francs, livre IV, 28, 592 — traduction Robert Latouche.)
Ce que voyant le roi Chilpéric demanda sa sœur Galswinthe bien qu’il eût déjà plusieurs épouses ; il fit promettre par les ambassadeurs qu’il délaisserait les autres pour peu qu’il méritât d’avoir une femme digne de lui et de souche royale. Le père, accueillant ces promesses, lui envoya sa fille comme il avait fait pour sa précédente avec de grandes richesses, car Galswinthe était plus âgée que Brunehilde. Lorsqu’elle fut arrivée chez le roi Chilpéric, elle fut accueillie avec beaucoup d’honneurs et associée à lui par le mariage. Il éprouvait aussi pour elle un grand amour, car elle avait apporté avec elle de grands trésors. Mais son amour pour Frédégonde qu’il avait eue auparavant comme femme provoqua entre eux un grand différent. Elle avait déjà été convertie à la foi catholique et ointe de chrême. Or comme elle se plaignait constamment au roi d’avoir à supporter des injures et de ne jouir auprès de lui d’aucune considération, elle demanda la permission de rentrer librement dans sa patrie en laissant les trésors qu’elle avait apportés avec elle. Le roi feignant de nier la chose, l’apaisa par de douces paroles. Finalement il la fit égorger par un esclave et on la trouva morte dans son lit. […] Quant au roi, après avoir pleuré la morte, il reprit après quelques jours Frédégonde qu’il épousa […].
En l’occurrence, si la reine Galswinthe a connu des déboires qui ne l’ont pas pour autant inscrite en haut du tableau, je ne suis pas pour autant insensible au tableau d’Eugène Philastre fils, un peintre mineur à peu près inconnu dont la plus grande œuvre est conservée au musée de Soissons… Le tableau est un peu pompier, et son état de conservation laisse à désirer, mais en y regardant de plus près, on découvre un vrai trésor ; le corps de Galswinthe. Rarement on a représenté le corps d’une femme en peinture avec autant d’expression, à tel point qu’on pourrait presque le sortir du cadre et le faire poser pour un photographe moderne. Le traitement du mouvement, le torse en avant, bombé par le manque d’air, un bras replié sur la main qui lui enserre le cou, l’autre lâchement ballante ; tout indique que déjà elle s’abandonne à la mort. Le regard de la reine est déjà vide et ses lèvres entr’ouvertes laissent supposer qu’elle est en train de rendre son dernier souffle. Pourtant dans cette mort, on y voit — peut-être le fantasme du peintre* — une carnation claire, une peau parcourue par une chair de poule que l’on peut voir fleurir jusque sur le sein dont l’aréole est tendue, le pubis est projeté en avant, une jambe allongée, l’autre repliée, tout veut nous faire croire qu’elle se débat pour ne pas mourir. En réalité, je me pose la question de savoir si le peintre ne s’est pas exprimé de telle sorte que son modèle est plutôt perdu dans les affres du plaisir que dans la torture d’une mort naissante. On aurait voulu évoquer le vulgaire meurtre d’une reine qu’on y serait certainement allé avec un peu plus d’emphase et de manières… Mais je me trompe peut-être.
* Non, pas le mien…
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