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Les Biblio­thèques Vir­tuelles Humanistes

Les Biblio­thèques Vir­tuelles Humanistes

Voi­ci un site pro­po­sé par l’uni­ver­si­té de Tours, met­tant à dis­po­si­tion des cen­taines d’ouvrages de la Renais­sance numé­ri­sés comme par exemple cet exem­plaire superbe de De archi­tec­tu­ra de Vitruve, le livre qui ins­pi­ra tant Léo­nard de Vin­ci. On trou­ve­ra éga­le­ment une base de don­nées (BaTyR – Base de Typo­gra­phie de la Renais­sance) dans laquelle sont mises à dis­po­si­tion des cen­taines d’images de let­trines et de marques typo­gra­phiques, mais aus­si une belle gale­rie de por­traits gra­vés. Un lieu riche et suave dans lequel il fait bon muser.

De architectura - Vitruve

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Les cahiers dogons

Les cahiers dogons

Les Cahiers Dogons, d’Anto­nin Potos­ki, est un livre que j’ai décou­vert par hasard au détour d’un rayon de biblio­thèque, comme un objet per­du ou inten­tion­nel­le­ment éga­ré par un biblio­thé­caire mali­cieux. C’est un petit livre, une cen­taine de pages, aux édi­tions P.O.L, un objet lit­té­raire éton­nant, sans pré­ten­tion, une simple his­toire d’un homme qui aime aller au Mali et s’immerge dans l’écrasante cha­leur de l’Afrique.

1999. J’ai dor­mi sur le toit, sans drap ni mous­ti­quaire, tout habillé, pieds nus, sur un petit mate­las posé sur une natte. J’ai la tête qui tourne à cause de la cha­leur et du soleil que j’ai déjà trop pris. Il est là, à tra­vers le feuillage du nim à l’ombre duquel j’écris, par petites taches brûlantes.

Ici tout res­pire la cha­leur, ou plu­tôt ne res­pire pas. Les hommes dorment sous le toit épais de la togou­na et notre nar­ra­teur lui, passe ses nuits sur le toit, ten­tant de se rafraî­chir, bai­gné dans une tor­peur assom­mante dont il a du mal à se dépê­trer, mais son ami­tié pour les gens de ce vil­lage au pied de la falaise du Ban­dia­ga­ra le fait res­ter, dans cette zone qui devient tel­le­ment touristique.

J’étais nu sur le toit, le vent souf­flait un air plus chaud que mon corps, comme d’une sèche-che­veux. C’étaient d’énormes masses de cha­leur qui pas­saient sur moi comme des vagues, comme à l’océan lorsqu’on joue à se caler le dos contre le sable pour se sen­tir léché, écra­sé par les rou­leaux et regar­der, d’en-dessous, leur grand bouillon vert. Ici, je me cale face au grand bouillon étoi­lé de la nuit.

Dogon Village

Pho­to © John Spoo­ner

Dans ce pays qui devient célèbre pour la diver­si­té de ses peuples et attire les nou­veaux tou­ristes, des nou­veaux explo­ra­teurs en polo Lacoste qui n’admettent que dif­fi­ci­le­ment trou­ver un blanc (un peu sale et puant) au beau milieu des dogons qu’ils espé­raient sau­vages, le nar­ra­teur ne jus­ti­fie pas sa pré­sence, il s’est sim­ple­ment ins­tal­lé comme un cèpe au pied d’un frêne, admis, adop­té, au point qu’on se demande où on voit un blanc chez eux, il n’y a qu’Antonin ici…

L’impression des Peuls qui arrivent de la plaine, de leur vie nomade, dans un vil­lage de la falaise doit être encore plus forte que la nôtre : ce doit être étrange, mys­té­rieux, un peu effrayant, cette orga­ni­sa­tion, ce peuple qui parle autant de langues qu’il a de vil­lages, qui consent à les embau­cher pour qu’ils s’occupent de ses trou­peaux, qui construit des cités bruis­santes dans les ébou­lis alors qu’eux vivent dans le silence, le dépouille­ment, la pure­té des plaines, de leur dieu musulman.

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Le vam­pire de Ropraz

Le vam­pire de Ropraz

Jacques Ches­sex est très cer­tai­ne­ment trop peu connu. Mais qu’on ne s’y trompe pas ; celui qui fut Prix Gon­court en 1973 pour L’ogre est Suisse (comme ça c’est dit, his­toire d’éviter l’appropriation). Il est d’ailleurs le seul Suisse à avoir obte­nu ce prix, ain­si que le Prix Gon­court de la poé­sie en 2004. Décé­dé en 2009, il a béné­fi­cié d”un regain de popu­la­ri­té après sa dis­pa­ri­tion, c’est en tout cas ce qui me l’a fait connaître et je découvre Ches­sex avec ce petit livre au nom qui sonne comme un coup de toc­sin dans l’hiver des hauts pla­teaux nei­geux, Le vam­pire de Ropraz.
Tout com­mence par la mort d’une jeune fille, une fleur sur la boue, qui sitôt enter­rée ver­ra sa tombe pro­fa­née, son corps atro­ce­ment muti­lé, dévo­ré, par un fou dan­ge­reux qu’on aura tôt fait de sur­nom­mer le vam­pire. La psy­chose s’empare d’un petit vil­lage du pla­teau du Haut-Jorat vau­dois, au nord du Léman, d’autant que le fou mul­ti­plie ses hor­reurs et s’en prend à deux autres jeunes filles, toutes aus­si mortes… Les dénon­cia­tions calom­nieuses com­mencent à cou­rir, on s’en prend aux mar­gi­naux, aux étran­gers, et la folie s’empare aus­si de la petite cam­pagne dans laquelle se répand la vilé­nie comme une traî­née de poudre, exa­cer­bant les ins­tincts les plus bas d’une com­mu­nau­té repliée sur elle-même… on finit par trou­ver un cou­pable qu’on envoie aux fers, puis un temps sau­vé par la psy­chia­trie fait un faux pas et se retrouve à nou­veau sous la vin­dicte popu­laire… Le jeune homme s’enfuit, on perd sa trace…
Le roman de Ches­sex décrit avec une éner­gie simple mais d’une effi­ca­ci­té redou­table la fas­ci­na­tion exer­cée par cet odieux per­son­nage, dont rien ne nous dit s’il est le cou­pable ou non, mais ce qui est le plus fas­ci­nant, c’est la bas­sesse des gens, leur mes­qui­ne­rie, les grandes peurs qui par magie se trans­muent en petites cochon­ne­ries. Dans une langue lim­pide, directe et somp­tueu­se­ment pesée, Ches­sex livre un bijou ter­ri­fiant, basé sur des faits réels, qui n’a rien à envier aux maîtres de la lit­té­ra­ture d’horreur.

Février 1903. Le début de l’année a été très froid, la neige tient sur Ropraz, qui paraît encore plus tas­sé, et oublié, sur son pla­teau bat­tu des vents. Depuis le 1er février la neige tombe sans dis­con­ti­nuer. Une neige lourde, mouillée, sur le ciel sombre, et le vil­lage n’a pas été épar­gné depuis quelques temps. Routes cou­pées, les fièvres, plu­sieurs vaches ont mal vêlé, et le 17, un mar­di, la jeune Rosa, grande fleur fraîche, vingt ans, la peau claire, de grands yeux, de longs che­veux châ­tains, est morte de la ménin­gite dans la ferme de son père, M. Emile Gil­lié­ron, juge de paix et dépu­té au Grand Conseil. C’est un homme consi­dé­rable, sévère, avi­sé, géné­reux. Il a du bien, beau­coup de terre à la ronde, et la souple beau­té de sa fille a fait des troubles puis­sants. De plus elle est bonne chan­teuse, dévouée aux malades, active parois­sienne à l’église mère de Mézières… Des gens rares, comme on voit. Et qui étonnent devant la lai­deur, le vice, la ladre­rie ambiante.

La fin que Ches­sex nous réserve peut paraître fan­tasque, mais ce n’est que pour mieux poin­ter du doigt le fait qu’une socié­té qui engendre des monstres est tout aus­si capable de les vénérer…

Pho­to © Oli­vier Londe

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Que deviennent les per­son­nages de papier… ?

Que deviennent les per­son­nages de papier… ?

Lorsqu’un auteur est décé­dé depuis plus d’un siècle et qu’un inédit appa­raît sans crier gare sur les étals des librai­ries, l’excitation est à son comble — toute pro­por­tion gar­dée. Lorsque cet inédit est en plus un roman inache­vé et qu’un des plus grands spé­cia­listes de cet auteur pro­pose d’achever le roman en ten­tant de res­pec­ter l’esprit de l’auteur, c’est la curio­si­té qui pique avant tout. En l’occurrence, c’est l’auteur de l’île au tré­sor et l’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, l’Écossais Robert Louis Ste­ven­son, qui n’a pas ter­mi­né cette Malle en Cuir (ou la Socié­té Idéale), qua­li­fié de roman de la bohème par Michel Le Bris. L’histoire de ce livre, c’est avant tout l’histoire d’un cata­logue d’enchères dans lequel Le Bris retrouve trace de la vente d’un manus­crit clai­re­ment iden­ti­fié de Ste­ven­son, caché dans les rayons d’une biblio­thèque amé­ri­caine, un nou­velle mer­veille, mais cette fois-ci il manque tout un pan. Véri­table frus­tra­tion au beau milieu de cette décou­verte que tout ama­teur de livres aime­rait faire ; l’histoire de cette décou­verte n’aurait pas déplu à l’auteur…

143 - Plougrescant

Plou­gres­cant, Côtes d’Armor, août 2007

Pas­sée la sur­prise de voir le livre sur l’étal avec son ban­deau annon­çant un inédit de Ste­ven­son, on se demande quelle légi­ti­mi­té porte Le Bris pour ter­mi­ner le livre. Il l’annonce dans sa longue pré­face — de ces pré­faces qu’on a envie de lire et de relire, une œuvre à part entière — par­fai­te­ment pas­sion­nante dans laquelle se dévoile un peu la rela­tion de l’auteur avec Fan­ny Osbourne, la sau­va­geonne amé­ri­caine de dix ans son aînée, et son père Tho­mas, l’ingénieur cal­vi­niste, bâtis­seur de phares, comme son grand-père, Robert. Il ne pré­tend pas venir à la suite de Ste­ven­son, dont il reste un des meilleurs spé­cia­listes, bou­cler l’histoire, mais pro­po­ser une modeste contri­bu­tion qui aurait sans cela empê­ché sa publi­ca­tion avec force frus­tra­tion, dans un style moins enjoué, certes.
Pour appor­ter un peu de sub­stance à l’histoire, Le Bris a été obli­gé d’écrire une bonne par­tie, presque à éga­li­té avec Ste­ven­son. Il m’a sem­blé à un moment qu’il a dû par­tir dans une his­toire qui nous dévoie de ce qu’a vou­lu l’auteur, dans des recoins un peu sca­breux mais on assiste dans les der­nières pages à une dénoue­ment que Ste­ven­son n’aurait pas réfu­té, en y fai­sant inter­ve­nir des évé­ne­ments de la vie per­son­nelle de l’Écossais qui finit sa vie dans les îles Samoa, ce qui rend la somme assez cocasse.
Cinq étu­diants se com­plai­sant dans une vie médiocre, bohème, sans relief, ren­contrent un sixième qui­dam qui leur sug­gère de magni­fier leur vie en ima­gi­nant une socié­té idéale dans une île du Paci­fique, par­tant de rien. Le pro­jet est auda­cieux, mais ils pour­ront y arri­ver avec l’aide du conte­nu d’une malle pleine de lin­gots, que le sixième homme, Black­burn, cherche à se pro­cu­rer auprès d’une vieille châ­te­laine for­tu­née. Le décor est dres­sé. Afin de s’entrainer à cette nou­velle vie qu’ils pro­jettent de vivre, ils décident de par­tir quelques temps sur une île déserte de la côte est de l’Écosse, au milieu des pierres sèches et de la bruyère et pour toute com­pa­gnie un bouc puant…
La suite du roman éla­bo­ré par Le Bris est une véri­table exer­cice de style que Ste­ven­son n’aurait pas dédai­gné, même si, on est met­trait sa main au feu, il avait cer­tai­ne­ment autre chose en tête. Quoi ? C’est là le mys­tère inquié­tant qu’il nous a laissé.
Roman de jeu­nesse, il fait le pont entre le vie euro­péenne de l’auteur et sa future vie aux îles du Navi­ga­teur, bap­ti­sée par Bou­gain­ville et qui devien­dra plus tard les Samoa, mais c’est éga­le­ment un texte superbe, plein d’humour et tou­jours sua­ve­ment émaillé de des­crip­tions inéga­lables et de traits de génie…

Il fai­sait nuit déjà. Les réver­bères étaient allu­més le long du cani­veau, les vitrines des maga­sins éclai­raient les trot­toirs, les gens allaient et venaient sous les lumières crues. Une lueur claire encore, si pâle qu’on aurait dit de l’eau, emplis­sait le ciel à l’occident, et dans les rues tour­nées vers elles ombres et lumières se livraient comme un com­bat de spectres. Les mai­sons décou­paient leurs paral­lé­lo­grammes gris sur les der­niers reflets du jour enfui, les lam­pa­daires leurs ovales jaunes, lumi­nes­cents et sur le pavé rin­cé par les averses se reflé­taient si vive­ment les splen­deurs du ciel gagné par la nuit qu’on aurait cru cir­cu­ler entre les nuages. Sur les trot­toirs mouillés, chaque pro­me­neur mar­chait en double, qu’accompagnait son ombre, et quand à un car­re­four la lumière crue d’un bec de gaz éclai­rait un visage, ou qu’au détour d’une rue une vitrine se décou­pait brus­que­ment sur le ciel, quelque chose de sublime et d’infernal s’imposait à l’esprit avec autant de puis­sance sinon de noblesse que le plus sau­vage pano­ra­ma de mon­tagnes pro­di­gieuses ou d’abyssales vallées.

Par la bouche d’un des étu­diants, Le Bris nous emmène sur les che­mins de l’imaginaire de Ste­ven­son en nous fai­sant nous poser cette ques­tion de lecteur…

Que deviennent les per­son­nages de papier, une fois le roman achevé ?

Robert Louis Stevenson
La malle en cuir ou la socié­té idéale (The Hair Trunk or The Ideal Commonwealth)
Roman inédit inache­vé, fin ima­gi­née par Michel le Bris
Michel Le Bris, Isa­belle Chap­man (Tra­duc­teur)
Gal­li­mard, Du monde entier, 2011

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Le pre­mier écri­vain social

Une devise qui résonne comme un bour­don, et sur­tout qui empêche de se com­plaire dans la paresse de l’esprit.

Gar­dez-vous de l’i­gno­rance et de la misère et de toute leur des­cen­dance, mais sur­tout de la pre­mière. […] Hâte-toi, Baby­lone, […] d’ef­fa­cer son nom qui te condamne plus que lui, toi à ta ruine, comme lui au mal­heur. Ose dire que tu n’es pas coupable ?

Charles Dickens, A Christ­mas carol

Charles Dickens

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