Oct 31, 2011 | Arts |
Elle vient de la terre, des profondeurs sacrées de la terre de Grèce et des arcanes du IVè siècle avant Jésus-Christ. Nées des orgies de Dionysos, les Ménades sont des femmes possédées personnifiant les esprits sauvages de la nature. Vêtues de peaux de bêtes, d’un bruyant thyrse et d’un tambourin, elles paradent aux côté des satyres dans les thiases dionysiaques. Toujours ivres, en proie au délire de la transe, elles sont tatouées sur le visage et lorsque le délire le plus extrême les saisit, elles deviennent folles, s’attaquent aux voyageurs qui s’aventurent sur les routes au mois d’octobre et les démembrent pour les dévorer.
Dans la statuaire grecque classique, elle est toujours représentée les bras écartés, entrainés par la danse, les jambes placées de telle sorte qu’on la croit bondissante comme un cabris, les vêtements agités par le mouvement et les cheveux au vent. Celle du sculpteur Scopas porte en elle un grâce toute particulière, sauvage, primitive.
La poitrine fortement tendue vers l’avant, sa tunique est défaite au point que des épaules jusqu’au genou, ce n’est qu’une seule chair, subrepticement interrompue par une ceinture fine et cette chair montre une fesse musclée, tendue par la position et la naissance de la région pubienne sous le voile léger et transparent qui parcourt l’intégralité de son corps. Derrière, une cambrure osée, suggestive, la femme a la tête rejetée en arrière, les yeux révulsés dans une attitude d’abandon total. Sa chevelure relâchée n’a plus cette forme classique bien rangée, mais c’est la chevelure d’une femme en extase. Cette sculpture est d’une audace folle et l’on rêve à ce que pouvait être l’œuvre dans son intégralité ; ses mouvements indiquent qu’elle devait être d’une jolie finesse emportée dans un mouvement dynamique. Il ne nous en reste qu’une belle partie qui laisse toutefois songeur…

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Oct 28, 2011 | Arts |
On dit de l’Aphrodite de Cnide qu’elle est la première représentation nue d’une femme en Occident. Plus qu’une statue en particulier, c’est un modèle de statues posant dans un style à part, défini par le sculpteur Praxitèle dans un mouvement de modernisation des canons de Polyclète. Il existe plusieurs de ces Aphrodite, la plus connue étant l’Aphrodite Braschi conservée à la Glyptothèque de Munich. Ce type de statue montre un appui sur la jambe droite comme dans toute la statuaire du second classicisme, une plastique généreuse et réaliste mettant en avant les plis sensuels de la peau, une torsion de la ligne des épaules qui n’est pas parallèle à celle des hanches, la main gauche tenant un vêtement et la droite cachant son sexe — la main placée devant son sexe, l’a-t-on cru longtemps, désigne le sexe plutôt qu’elle ne le cache, car en effet, le fait de désigner signifie que c’est Aphrodite, déesse de la beauté, de la féminité et de la fécondité.
Selon la légende, Praxitèle exécuta deux mêmes copies, l’une nue, l’autre dite pudique. La première fut vendue à la ville de Cnide (en Turquie), l’autre à Cos. Avec cette statue, c’est à la fois l’histoire de l’art, des mœurs et de la sensualité qui fait un bond énorme…
Photo © Virtuelles Antiken Museum
de l’Archäologisches Institut Göttingen
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Jun 6, 2011 | Livres et carnets |

Enlèvement de Briséis. Achille, sous sa tente, ayant à ses côtés Ulysse et Diomède,
assiste plein de courroux à l’enlèvement de Briséis par Hermès. Chant I. 320–350. Peinture d’une kylix (British Museum)
Quinze mille sept cent fois dans l’Iliade, Homère, laissant l’expiration emporter sa voix sous la dictée de la Muse, énonce son vers ailé soutenu par les six temps forts et soulevé par la mélodie propre des mots. Quinze mille sept cent fois, Homère, dans le même système, change lorsqu’il chante. Chaque mot possède sa propre manière d’entrer dans la ronde des dactyles. Chaque syllabe se place sur le temps, en opposition, à l’attaque, à la fin, dans le phrasé ascendant de la mélodie, ou sur la contrepente, et s’étire sur sa voyelle longue, se resserre sur la brève ; parfois encore, se resserre sur la brève en donnant l’illusion de la longue, ou en marchant à rebours de toutes les règles, parce qu’aucune langue ne se laisse réduire à un schéma, et la langue d’Homère encore moins que celle de ses imitateurs.
Dire le grec ancien avec la quantité des voyelles, le jeu rythmique des syllabes, la mélodie de l’intonation, une échelle harmonique, les silences, où la parole retentit et se recharge, procure les plus grandes joies, parce qu’on y suit le déroutant Homère, qui s’emploie à surprendre son monde. Homère assemble — ce serait même l’étymologie de son nom —, et ce fils du fleuve — Mélésigénès, « fils du fleuve Mélès », d’après les vies anciennes — se contredit dans son perpétuel devenir !
Philippe Brunet
traducteur de l’Iliade — 2010 Seuil
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May 22, 2011 | Arts, Histoires de gens |
Avertissement: billet à haute teneur en mots rares et précieux, sauvés de l’oubli.
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Héritière des grandes galères de l’antiquité, mais ayant nombre de spécificités Byzantines, le Khelandion, ou “chelande”, est une type de navire à rames développé pour embarquer des marchandises en plus de ses troupes et rameurs. Développé au début du VIIIe siècle après J.C., il s’agissait de répondre au problème posé par les grands dromons militaires, qui devaient embarquer leur ravitaillement sur deux “galères-servantes”, les Ousiakos. Le Khelandion devait en fait pouvoir s’en passer et tout embarquer. Représentant le sommet dans la hiérarchie typologique, bon nombre servaient de navires-amiraux aux préfets maritimes Byzantins, Ravenne et Misène par exemple. Les plus vastes mesuraient 80 mètres de long, environ 10 de large, avec deux rangs de rames et cinq rameurs par aviron, en nage “a scaloccio”. Il s’agissaient donc de “dix” rapportées aux standards antiques. Gréés en latin sur trois mâts en général, ils arboraient un armement moins important que sur les Dromons, mais encore dissuadant, réparti sur leur pont complet. Il comprenait en plus des troupes embarqués ( plus de 50 hommes ) de puissantes balistes, faites pour lancer des pots à feu grégeois ( explosif ) et autres pots remplis de serpents qui jetaient l’effroi sur le navire ennemi, mais comprenait aussi son traditionnel siphon lance-flammes à l’avant, un éperon, et pour l’abordage, des dauphins en plomb soutenus par les antennes des mâts destinés à chuter et percer le pont du navire abordé, ainsi que des nacelles pour un à quatre archers suspendus aux mâts.

Un dromon (du grec δρόμων, « coureur », en fait « croiseur ») est un navire long, manœuvrant et rapide mû à la rame et employé dans l’Empire byzantin du VIe au XIIe siècle. Ils furent indirectement développés à partir de la trière antique et étaient propulsés à la fois par rame et par la voile.
Le terme dromon devient courant à partir du VIe siècle en même temps que le terme dromonarioi qui désignait l’équipage mais qui finit par disparaître assez rapidement. Le mot dromonarioi est en effet remplacé par des termes plus précis : élatai (« matelots ») et ératai (« rameurs »). La première mention du terme dromon se trouve dans les chartes de Ravenne du Ve siècle, si l’on ne tient pas compte des mentions en latin. Même si le terme est parfaitement compris par les contemporains de Justinien, ce type de navire n’est pas encore très répandu avant le VIIe siècle. À partir du IXe siècle, le dromon est aussi désigné chelandion, surtout par la population.
Ils pouvaient avoir différentes formes et tailles. Ils faisaient généralement entre 30 et 50 mètres de long et entre 5 et 7 mètres de large et pouvaient emporter jusqu’à 300 personnes (à la fois des soldats et des rameurs). Cependant, les dromons étaient répartis en trois classes de taille, les plus petits étant généralement dénommés monèria et les moyens galéia (ils n’avaient qu’un rang de rame mais étaient très rapides). Les plus grands dromons (appelés meizonès dromônés, chélandia mégala ou encore dynatôtéra) avaient deux rangs de rames mues par une centaine de rameurs et pouvaient emporter environ deux cents hommes d’équipage en plus.
Certains dromons avaient une tour centrale (xylokastron, « château de bois ») près du mât principal, à partir duquel des soldats pouvaient tirer des volées de flèches ou jeter des lances. Chez d’autres, le xylokastron était placé à la proue. La plupart des dromons étaient équipés de « lances-flamme » (syphonopho-rami) qui envoyaient le feu grégeois et de catapultes capables d’envoyer des projectiles de 50 kg à plus de 100 mètres. Beaucoup de dromons étaient aussi blindés avec des plaques de métal pour se protéger des éperonnages.
Vers le début du XIIe siècle, le dromon est petit à petit remplacé par l’ousie puis par l’agrarion, qui semble désigner un bateau à voile sans rames, rond et de fort tonnage, qui devient alors la norme dans la marine de guerre byzantine ; toutefois le terme est toujours utilisé par Robert de Clari dans sa chronique sur la prise Constantinople par les croisés en 1204 et désigne toujours un bateau rapide.

(Antiquité) Soldat de la marine grecque.
Cette infanterie de marine est plus nombreuse dans les premières années du Ve siècle av. J.-C.. quand l’éperonnage ne s’est pas encore imposé en tant que standard dans le combat naval, comme par exemple durant les guerres médiques en 494 a. J.-C. lors de la bataille de Ladé :
« Ils [les gens de Chios] avaient amené […] cent navires qui portaient chacun quarante citoyens, combattants d’élite. »
(Hérodote, Enquêtes, VI, 15)
Issus comme les rameurs de la classe censitaire des citoyens les plus modestes, c’est-à-dire les thètes, les épibates n’ont pas à payer leur équipement de hoplite qui leur est fourni par la cité, au contraire des fantassins combattant sur la seule terre ferme.

L’exhaure désigne, par définition, l’épuisement des eaux d’infiltration principalement employé dans les mines et milieux souterrains. Désigne aussi les installations pour y parvenir.
Du latin exhaurire, « épuiser ».
Pompes d’exhaure et vis d’Archimède — Leonardo da Vinci — Codex Atlanticus
La liburne (du latin liburna, grec ancien λιβυρνίς) est un type de bateau léger qui tire son nom de la Liburnie, province dalmate.
Après les guerres puniques, les Romains construisent des bateaux légers et rapides dont la liburne sur le modèle des bateaux des pirates Illyriens. Après la bataille d’Actium, elle devient le modèle standard utilisé par la marine romaine. Végèce donne sommairement les principes de construction des liburnes et de la coupe des bois. Les liburnes ont de un à cinq rangs de rameurs. Des navires légers de vingt rameurs les pilotent et servent à la reconnaissance navale : ils sont camouflés (littéralement picati ou « peints ») en couleur vert océan.
Institutions militaires de Végèce sur Wikisource.


Mot provençal, derivé du latin nauta, « matelot ».
(Vieilli) Celui, celle qui conduit un navire, une barque.
Synonyme : nocher
Charon, nocher des enfers (détail)
Charles-François HUTIN, marbre, Département des Sculptures, Musée du Louvre
Le navarque (en grec ancien ναύαρχος / nauarkhos, de ναῦς / naus, « le bateau » et ἀρχή / arkhê, « le commandement »), littéralement le « commandant de navire », est le titre militaire donné aux capitaines de vaisseaux de guerre dans la Grèce antique. À Sparte, c’est une magistrature importante donnant le commandement de la flotte. Mais on trouve également des navarques à Athènes.
En Macédoine et dans les royaumes hellénistiques, chez les Séleucides comme chez les Lagides le navarque est l’amiral de la flotte. Ainsi Alexandre le Grand est navarque de la flotte macédonienne au siège de Tyr.
À Rome, le navarque est le commandant d’un escadron de la flotte. Les Byzantins utilisent parfois ce terme pour désigner le capitaine d’un navire.
Sans rapport avec ces fonctions militaires, le navarque est enfin également le responsable d’une liturgie spécifique à Érétrie et dans d’autres cités, dans le cadre de fêtes de la navigation en l’honneur d’Isis et d’autres divinités égyptiennes.

Alexandre le Grand — bataille d’Issos par Philoxénos d’Erétrie
Le pentécontère (grec ancien : πεντηκοντήρ) est un bateau de guerre à 50 rameurs (d’où son nom), auquel il faut ajouter un barreur et peut-être d’autres marins.
Il mesurait environ 35 mètres de long, pour 5 mètres de large.
C’est à l’époque de la « Guerre de Troie » qu’apparaissent les premiers pentécontères ou pentecontores soit aux environs de XIIe siècle av. J.-C..
Ce type de navire disparait avec le développement de la trière, qui s’impose à partir du VIe siècle av. J.-C.

Le rostre (rostrum) est l’éperon d’abordage placé à la proue des galères de combat de l’antiquité.

Du grec ancien τριήρης, de même sens.
Une trière (du grec ancien τριήρης / triếrês), ou trirème, ce dernier terme étant l’appellation latine, est une galère de combat antique, développée à partir de la pentécontère. Plus court que son prédécesseur, c’est un navire équipé d’une voile dans lequel prennent place 170 rameurs étagés sur trois rangs, d’où son nom. Léger et agile, il permet le développement de la manœuvre d’éperonnage grâce au rostre de bronze monté sur sa proue, technique qui donne lieu aux premières batailles à caractère réellement naval.
Les trières apparaissent en Ionie et deviennent le navire de guerre dominant en Méditerranée de la fin du VIe siècle av. J.-C. au IVe siècle av. J.-C. puis à nouveau, du fait de leur efficacité, sous l’empire romain jusqu’au IVe siècle.
La première et plus célèbre bataille navale de l’Antiquité utilisant des trières demeure celle de Salamine en 480 av. J.-C. qui met aux prises la flotte grecque, principalement athénienne, face à l’armada perse numériquement très supérieure. La victoire des Grecs donne un coup d’arrêt à la deuxième expédition achéménide censée venger l’affront de Marathon. D’autres batailles navales sont relatées en détail, notamment la bataille des Épipoles au cours de laquelle Athéniens et Syracusains s’affrontent dans le port de Syracuse en 413 av. J.-C. pendant la guerre du Péloponnèse.
L’équipage est composé de :
- Thranites poussant sur les rames supérieures.
- Zygites poussant sur les rames médianes.
- Thalamites poussant sur les rames inférieures.
Le développement des guerres maritimes avec la technique de l’éperonnage pendant cette période de l’Antiquité sont l’occasion de bâtir des galères de plus en plus grandes, de plus en plus rapides et de plus en plus monstrueuses. L’apothéose de ces surenchères arrive avec la flotte des Ptolémée (flotte Lagide) qui construira des galères à doubles coques. Le nom des galères varie en fonction du nombre de rameurs sur une bordée.
- tétrères (quadrirèmes)
- pentères (quinquérèmes)
- héxères
- heptères
- octères
- nonères
- décère (dekere)
- passé dix rameurs par bordée, on arrive aux galères ‘11’, ’12′, ’13′, ’20′, ’30′, jusqu’à la ‘40’ ou Tesseracontère (Tettakonteros) de Ptolémée Philopator.
Pour plus de renseignements sur ces navires de guerre colossaux, se reporter à la section Antiquité de Navistory.



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Apr 18, 2011 | Arts |
Taillé dans le marbre à l’époque hellénistique à la fin du troisième siècle av. J.-C. et conservé à la Glyptothèque de Munich, le Faune Barberini a de quoi choquer et ce qu’il représente est pour le moins un sujet éloigné de la vie quotidienne, même si on y voit tout de go un jeune homme endormi. En fait, le personnage représenté est un faune, on le sait après examen. En effet, depuis le creux de son dos dépasse une petite queue animale et sur sa tête repose une couronne de lierre. Les traits froncés du visage laissent supposer qu’il dort mal sous l’effet de l’alcool. C’est une véritable ode à la débauche…
Si la position du faune semble représenter un tour de force pour le sculpteur, surtout dans la position du bras qui sert d’oreiller, la jambe droite passe pour ne pas avoir été si hautement relevée à l’origine. On doit cette restauration à l’atelier du Bernin qui, dit-on, en renforça l’aspect érotique. Toutefois, il semble que l’aspect artistique l’emporta sur, dirons-nous, l’indécence de la posture puisque la statue fut acquise par les proches de la famille du pape Urbain VIII (même si les Papes de cette époque n’était pas reconnus pour être des modèles de vertu), la famille florentine Barberini.
Même si la posture peut choquer au premier abord et présenter un aspect un peu particulier, on peut s’attarder sur les reliefs de la puissante musculature donnée par le sculpteur (enfin, si on veut…).




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