Dec 30, 2012 | Histoires de gens |

Tout ce qu’on peut lire dans le regard d’une princesse… une femme qui n’est pas comme les autres, une femme qui porte en elle la fierté et la noblesse de son rang et qui pourtant n’en est pas moins ni plus femme que n’importe quelle autre.
Cette femme est une princesse Loingalani photographiée en 1967 sur les bords du Lac Turkana (anciennement LacRudolf) au Kenya par le documentariste et photographe Peter Beard.
Cliquez dessus pour la voir en grand. Photo trouvée chez Le Clown Lyrique.
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Apr 7, 2010 | Livres et carnets, Sur les portulans |
L’aventure de Théodore Monod dans le Sahara, celle qui donne naissance au célèbre livre Méharées est avant tout une aventure scientifique. En cours de lecture, on se rend compte que l’intention n’est pas d’écrire un traité sur le désert, ni même un roman épique, et encore moins un livre qui serait le témoin d’une époque ou d’un exploit. C’est en fait un recueil de notes, une collection ordonnée d’une équipée scientifique dans un des milieux les plus hostiles qui soit sur Terre ; le style en est souvent enlevé, d’une précision et d’une rapidité absolument efficace.
3,11 m x 1,60 m, soit 5m² ; une cellule d’anachorète marin, à bord du Grimsby 877, en août 1923. Partout coquillages, étoiles de mer, bocaux, tubes, flacons, cuvette, tout un bric-à-brac océanographique, auquel viennent fraternellement se mêler, aux coups de roulis, quand on vient en travers pour filer ou virer le chalut, des livres mouillés, des paperasses gluantes, de l’eau de mer sale et des bottes en caoutchouc.

Canyon du Tassili — Photo © Josef Giral
Avec un langage d’une parfaite clarté, il dépeint ces paysages formant son quotidien, avec une certaine poésie confinant au mysticisme. Ses descriptions sont poignantes et plongent au cœur de ce milieu étonnant qui contrairement aux idées reçues n’est pas fait que de sables et n’est pas toujours écrasé par la chaleur implacable d’un soleil au zénith.
Sinistre pays. Le premier arbre — un petit acacia — est à quarante-cinq kilomètres d’ici. La terre nettoyée, décharnée jusqu’à l’os, pulvérisée au souffle des siècles, est morte. Le vent, qui siffle sur les dunes couronnées d’une légère buée de poussière, chante un cycle révolu et le repos définitif d’un sol qui ne connaîtra plus la pluie.
Mais lorsque le soleil est là, il est l’élément dominant, versant sans consistance face à l’autre problématique de la vie dans le désert ; le besoin d’eau. On en transpirerait presque à l’autre bout des pages.…
Au milieu du jour, la fournaise flamboie ; le ciel est tout décoloré tant il est lumineux ; la chaleur, torride, s’abat d’un soleil vertical en nappes brûlantes ; elle monte du sable incandescent et des pierrailles surchauffées. Impossible alors de poser le pied nu par terre, quand le sol peut atteindre 80°C. Ma gandoura sent le brûlé, le linge où vient de se promener le fer de la repasseuse. Nulle ombre sur l’horizon, invariablement plat et monotone, où l’air chaud palpite et où le mirage étale les flaques d’impossibles et décevantes lagunes.

Sahara — Photo © LOPE
Surtout, malgré une réputation d’homme austère et peu causant, l’archétype imbécile du protestant aride, il nous apparaît au travers de son texte suavement drôle et cabot, un tantinet sarcastique, mais toujours d’un esprit d’à-propos très bien amené.
Pas de lit, bien entendu. C’est un engin d’air non agité — celui de la chambre, ou de la tente — pas de plein vent. Je sais qu’il existe des lits pliants, dits de camp (“Modèle renforcé pour les Explorateurs”, spécifie le catalogue), mais ce sont de pauvres ferrailles : a‑t-on idée d’une affaire comme ça dressée sur un reg ?
Cas spéciaux : 1. Le sol inondé ? C’est bien rare et le lit-escalade, voire le lit flottant, ne sont pas d’usage courant. 2. Le cram-cram ? Oui à l’occasion, mais alors, ce n’est plus vraiment le Sahara. 3. Les bêtes ? — Quelles bêtes ? — Mais les “méchantes” (sic). — Inutile, depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes, et qui dorment, ils le font au Sahara, à même le sol. Nous ferons comme eux.
Dans le sable, c’est délicieux, bien que la matière ne soit nullement compressible et qu’il faille prévoir le logement de la tête du fémur et de la tête iliaque. Dans le reg dur, ou dans les cailloux, c’est parfois moins voluptueux.

Dans ce livre, les références bibliques sont légions, comme autant de points d’orgues venant apportant un éclairage nouveau à l’expédition scientifique de la méharée, et colorent le texte d’informations qui se télescopent avec la réalité. Ça donnerait presque envie de plonger dans l’Ancien Testament.
L’Ahmet est chaud en été. Il est aussi aéré. Vents de sable, re-vents de sable, re-re-vents de sable et ainsi de suite. Cela manque décidément de fantaisie : un vent de sucre en poudre, d’écailles de harengs, de pépins de cornichons, à la bonne heure, mais toujours et seulement de grains de quartz à la longue, cela se fait monotone.
Fin du monde ou début ? Genèse ou Apocalypse ? La terre, radeau ivre, plonge dans un chaos décoloré.
De l’érudition à en perdre la tête, et de l’humour, toujours…
[…] Je viens de découvrir dans la falaise une vaste grotte aux parois abondamment illustrées par des artistes préhistoriques ; des silhouettes d’animaux, des corps féminins stéatopyges, comme disent les ethnologues, ou, pour parler avec Jean Temporal, “ayant les parties du derrière pleines et moufflètes” […]
Si le livre de Monod est une ode à la joie du désert né d’un fort esprit scientifique, c’est avant tout un livre qui réhabilite les longues étendues de sable et cherche à balayer les préjugés. S’il trouve des coprolithes de crocodiles et des hameçons dans les amas de ruines de certains oueds, c’est pour prouver que la constitution géologique de l’endroit a un jour été quasiment identique à certains lieux européens. S’il parle du sel en grande quantité que l’on trouve sur certaines plaines, c’est pour mieux réfuter l’idée que le Sahara a un jour été une mer et rappeler que c’est le sel qui va à la mer et non la mer qui apporte le sel. Enfin, il dit que le désert n’est pas toujours chaud, que le sable gèle et que ses pieds prennent l’onglée et ses talons se crevassent sous l’effet du froid… On y apprend également, que les noyades dans le désert ne sont pas choses rares car les pluies y sont violentes que les rares ravines ont tôt fait de se transformer en lit de torrents. Les sales bêtes ? Rares sont ceux qui meurent de morsures de serpent ou de piqûres de scorpion.
Au-delà de l’anecdote, la thématique qui soutient souvent le texte, c’est la seule chose avec laquelle il faut compter, c’est l’eau. L’eau, source de vie, élément indispensable, objet de tous les combats, mais aussi souvent source de mort. Les puits sont souvent faits d’eau sale, croupie, souillée, affublée de nombre de qualificatifs aussi bigarrés que plaisant, c’est sans parler de l’eau “piquante”, “pourrie”, des puits souillés par les déjections animales, quand ce n’est pas carrément de cadavres.
Méharées, un grand livre qu’il faut prendre le temps de lire à l’ombre d’un palmier, sur le sable chaud, ou froid, selon l’envie du moment…
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Mar 9, 2010 | Livres et carnets, Sur les portulans |
Sir Wilfred Patrick Thesiger a eu une chance folle. Tandis que son père Wilfred Gilbert exerce sa qualité de diplomate en Éthiopie au début du XXème siècle auprès du roi Ménélik II, le petit Wilfred Patrick nait dans une hutte traditionnelle aux alentours d’Addis-Abeba (አዲስ አበባ, nouvelle fleur en amharique). En 1930, après des études britanniques tout ce qu’il y a de plus conventionnelles, il retourne sur les terres abyssines pour la couronnement du nouveau Negusse Negest éthiopien, Ras Tafari Mekonnen, couronné sous le nom de Hailé Sélassié Ier (ቀዳማዊ ኃይለ ሥላሴ), où il est invité d’honneur. C’est de ce retour sur cette terre d’origine et d’une mission chez les féroces Danakils que naîtra une carrière d’explorateur bien remplie.
Durant cette période, il rapportera une ensemble de photographies d’un lieu absolument unique au monde, Lalibela (ላሊበላ). Située à 2 630 mètres d’altitude, la ville porte le nom du Négus de l’époque, Gebra Maskal Lalibela (1172 — 1212) qui avait fait du lieu sa capitale, remplaçant ainsi la belle et antique Aksoum (አክሱም). Le lieu n’a pas été choisi au hasard. On sait que le peuple éthiopien est en grande majorité de confession chrétienne orthodoxe, se disant à la fois fils de Makeda, Reine de Saba et du Roi Salomon. Aussi, sous la pression de l’expansion arabe sous le règne des Fatimides, Jérusalem est de plus en plus difficile à atteindre et ce lieu sera la nouvelle Jérusalem (la Jérusalem noire) en raison de sa topographie. Symboliquement, elle représentera la Terre Sainte.
En tout, ce sont onze églises construites de part et d’autre du Yordanos (on y entend Jourdain) dont les plus célèbres sont celles de Saint-Georges (Bete Giyorgis), Bete Medhane Alem et Bete Emmanuel. Leur particularité est d’avoir été creusées à même le roc sous le niveau du sol, ce qui implique le déplacement de milliers de tonnes de pierre. Elles ont toutes été percées dans ces immenses blocs, ce qui en fait le plus grand ensemble monolithique fonctionnel au monde. Si certaines sont construites dans un style traditionnel orthodoxe, d’autres comme Bete Emmanuel, la plus massive, reprennent une ornementation typiquement axoumite.
Thesiger a rapporté de ce lieu et d’Afrique quelques photographies (1960). Lalibela sur Google Maps.

Beta Giyorgis vu d’en haut

Beta Giyorgis vu d’en bas

Sculptures et polychromies de Bete Maryam

Sculptures et polychromies de Bete Maryam

Bet Medhane Alem
Les deux premières photos © Aluka, les trois suivantes © A. Davey.
Wilfred Thesiger, Visions d’un nomade, Plon, 1987, coll. Terre humaine.
Billet suivant: Sana’a et Shibam, au pays des mangeurs de qât, Wilfred Thesiger le nomade #3
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Mar 1, 2010 | Histoires de gens, Sur les portulans |
Wilfred Thesiger, sage parmi les sages, homme aux semelles de vent parmi les hommes a parcouru pendant des années le sable brûlant du Kenya et de l’Éthiopie et ses lieux interdits, à la rencontre de ceux qui vivaient il y a encore quelques années sans avoir connu d’autres hommes que ceux de leur tribu — et ceux contre qui ils combattaient. Samburu, Kalenjin, Kikuyu, Rendile et Turkana, des noms qui chantent les grands hommes de la vallée du Rift et du Maasai Mara ou du Tanganyka, le lac le plus poissonneux du monde, des hommes longilignes, agressifs, belliqueux et fins, beaux et rebelles comme des femmes dont les traditions veulent qu’ils s’habillent avec les attributs féminins jusqu’à l’âge sacré de leur circoncision et portent dans les cheveux les plumes des petits oiseaux qu’ils ont tué avec leurs traits et un arc tout ce qu’il y a de plus artisanal. Tous les quatorze ans, un nouveau cycle de la vie commence et se fête dignement dans le berceau de l’humanité, qui est une des régions les plus giboyeuses d’Afrique.


Photos extraites de son livre Visions d’un nomade, chez Plon, 1987, coll. Terre humaine.
Billet suivant : Églises monolithiques de Lalibela, Wilfred Thesiger le nomade #2
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Feb 18, 2010 | Arts, Chambre acoustique |

[audio:tomora.xol]
Ballaké Sissoko est un musicien malien, joueur de kora, instrument traditionnel composé d’une énorme demi-calebasse surmontée d’un manche sur lequel sont tendues 21 cordes. Instrument à la sonorité profonde et franche, c’est l’instrument de prédilection des ethnies Mandingues (Afrique de l’Ouest).
Le musique de Sissoko est purement traditionnelle et plonge ses racines dans les plus anciennes mélodies rythmiques des petits villages maliens. L’extrait proposé ici provient de l’album Tomara (2005) et dernièrement, on a pu entendre Sissoko avec Vincent Segal sur l’album Chamber Music, une pure merveille.
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