Oct 5, 2009 | Livres et carnets |
NonNonBâ est un manga qui puise ses racines dans une société japonaise qu’on connaît mal puisque l’action de cette œuvre massive (400 pages) se déroule au cœur des années 30. L’auteur de cette histoire provinciale dont l’action se situe à Tottori dans le sud du Japon, Shigeru Mizuki, est né en 1922 et le petit garçon qui en est le personnage principal, Shige-chan (parfois même Gégé) ne font qu’une seule et même personne.
NonNonBâ (Mémé) une grand-mère très pauvre vendant quelques menus services de maison contre un peu d’argent, le gîte et le couvert et dont la fonction première est de prier. Son activité, c’est la prière ; les gens la rétribuent pour qu’elle adresse des prières aux esprits ; ainsi, elle connaît particulièrement bien l’éventail des monstres et autres esprits (Yôkai(1) — 妖怪) innombrables que peut compter l’imaginaire shintô.
Ce livre, plutôt que de raconter une histoire avec un début et une fin, raconte plutôt deux épisodes de l’enfance de l’auteur autour de la rencontre, de la séparation, de l’émoi amoureux et de l’amitié, mais aussi du deuil. Côtoyer les esprits par le truchement de NonNonBâ permet de rendre la réalité un peu moins difficile, au milieu de ces esprits farceurs et facétieux, de cet univers des choses qui existent, même si on ne les voit pas.

On sent dans cette œuvre le souffle de la tradition orale, mais également des conventions sociales parfois lourdes et héritées de périodes sombres qui ont plongé l’Archipel dans l’obscurantisme depuis le Moyen-Âge, car c’est de là que viennent les yôkai, de ces temps reculés. On y entr’aperçoit également des sujets graves, comme les vendeurs d’enfants.
Les personnages, eux, sont plus qu’attachants. Shige-chan est un petit bonhomme sympathique qui se bat avec ses copains contre une bande rivale, et qui ne parle pas aux filles, parce que ça rend faible. Toutefois, ses amitiés seront féminines. L’école, c’est pas vraiment son truc, et il préfère passer son temps à dessiner, raconter des histoires et peindre. Pour cela, il demande à NonNonBâ de l’aider à voir certains esprits pour pouvoir les dessiner. Il est entouré d’un père absolument avant-gardiste, irresponsable et déphasé, qui n’hésite pas à dire à son fils qui fait mine de vouloir se tuer après une déception amoureuse Moi je suis pour laisser mes enfants faire ce qu’ils veulent… et à sa femme tu devrais plutôt le laisser faire… Et d’une mère qui semble combler le manque total de discernement de son époux. Toutefois, elle n’aura de cesse de soutenir le souhait de son fils de dessiner.
Une œuvre drôle et sensible, qui ne fait pas l’économie des rudesses de la vie et n’hésite à tirer un trait sur une société qui derrière ses lourdeurs fait la part belle à l’imaginaire.
Notes:
1) désigne un « être vivant, forme d’existence ou phénomène auxquels on peut appliquer les qualificatifs extraordinaire, mystérieux, bizarre, étrange et sinistre ». Source Wikipedia.
NonNonBâ sur du9.org
Tottori sur Google Maps
http://maps.google.fr/maps/ms?ie=UTF8&hl=fr&msa=0&msid=112761017533873934992.00047408d64edb3254246&ll=35.546474,134.198341&spn=0.113134,0.261269&t=k&z=12
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Oct 1, 2009 | Arts, Chambre acoustique |
Comme une révélation pour moi, je me suis réveillé un soir avec le chant des planètes. Le compositeur anglais Gustav Holst, à l’origine de cette œuvre sublime qu’est Les Planètes, réveille dans cet opus un sensationnel sentiment de légèreté et de joie. Composée entre 1914 et 1917, sa conception et son dévoilement au public correspond avec la fin de la Première Guerre Mondiale. Ainsi la fille du compositeur rapporte :
« Ils trouvèrent les clameurs de Mars presque insupportables après quatre années d’une guerre qui se poursuivait. […] Mais c’est la fin de Neptune qui fut inoubliable, avec son chœur de voix féminines s’évanouissant au loin, jusqu’à ce que l’imagination ne pût faire la différence entre le son et le silence. »

Les 7 planètes à écouter sur Deezer:
- Mars (celui qui apporte la guerre)
- Venus (celle qui apporte la paix)
- Mercure (le messager ailé)
- Jupiter (celui qui apporte la gaieté)
- Saturne (celui qui apporte la vieillesse)
- Uranus (le magicien)
- Neptune (le mystique)
A noter simplement que Pluton n’a été découverte qu’en 1930, comme étant la dernière planète du système solaire, requalifiée depuis 2006 comme objet transneptunien.

Partitions libres sur IMSLP.
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Sep 29, 2009 | Sur les portulans |
Une énorme tempête de poussières rouges venue du désert s’est abattue, mercredi 23 septembre, sur l’est de l’Australie, affectant particulièrement la vie des habitants de Sidney. […] Les services de secours ont fait état d’un grand nombre de cas de problèmes respiratoires. La visibilité ne dépassait pas deux à trois mètres dans certains endroits, a constaté la police. […] Considérée comme la pire du genre depuis les années 1940, cette tempête de sable s’est étendue sur 600 kilomètres, jusqu’à la côte de l’Etat du Queensland, au nord-est du pays, et pourrait même atteindre la Nouvelle-Zélande, selon des experts. (Source Le Monde).
On a beau dire, mais c’est quand-même rudement joli.

Toutes les photos de ce Red Dust, sur Flickr. A voir également sur le Sidney Morning Herald, et ici aussi.
Via PopAvenue et Pruned.
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Sep 28, 2009 | Arts |
Auto Union regroupait autrefois quatre constructeurs d’automobiles allemands, dans un consortium destiné à contrer l’opulence de Mercedes en pleine expansion, pendant les années 30. Ainsi Audi, DKW, Horch et Wanderer se retrouvent sous la même coupe. Des années après, il n’en reste plus qu’un qui reprendra d’ailleurs le logo d’origine du consortium.
Sur Autounion1939, on trouvera des reproductions des superbes brochures commerciales de l’époque.


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Sep 25, 2009 | Sur les portulans |
A environ 7 kilomètres de la départementale qui relie Périgueux aux Eyzies-de-Tayac en Dordogne, après avoir sillonné une route serpentant au travers de petits hameaux et de forêts épaisses, après avoir descendu des pentes et monté des côtes sans fin, on finit par arriver au sommet d’une colline verdoyante au sommet de laquelle se lance une ultime route, après un champ gavé d’oies grises apeurées. On finit par arriver devant une bouche large béante transperçant la colline ; une ouverture inquiétante et sombre dans laquelle on ne s’imagine pas trouver ce qui s’y cache. Nous sommes sur la commune de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac.

Dehors, la température est étouffante, avoisinant les 36°C ; au fur et à mesure que l’on approche de l’ouverture, un voile de fraîcheur vient caresser la peau et emplir les narines d’un odeur âcre de terre humide. Les murs ont une texture étrange, bardés de rondeurs sortant de parois à l’aspect argileux. Après l’entrée, derrière un mur de béton incongru, une excavation en forme de puits, délimitée par une margelle est indiquée comme étant une nécropole gauloise. Le trou est rond mais n’a pas de fond ; on n’y voit guère que de l’obscurité du dedans.
On s’assoit sur les petits bancs d’un train électrique sans âge qui démarre en cahotant ; une simple lumière accroché à l’arrière du train sur une perche et une autre à l’avant suffisent à éclairer la galerie dans laquelle on s’enfonce sans autre forme de procès ; une sorte de terreur inconnue me parcourt l’échine face à ce lieu qui m’absorbe dans toute sa noirceur. La température me glace ; 13°C, température constante, moyenne arithmétique des températures annuelles extérieures. Le train s’enfonce dans l’obscurité profonde. Ici on a pris le parti de préserver les lieux, aucun fil électrique ne court sur le sol, aucun spot accroché au mur, tout est laissé tel quel à part ces rails qui nous emmènent dans l’inconnu. Les murs et leurs rondeurs, ce sont des accumulations de moellons de silex pris dans une roche très friable, argileuse, molle comme de la craie mouillée ; en d’autres temps ici, tandis que plus de la moitié de la France n’était qu’océans, l’eau coulait sous pression, creusant à l’envi d’immenses galeries, des circonvolutions étranges et fantaisistes. Le niveau de l’eau a baissé et ces galeries sont restées pour être visitées par les premiers hommes que la terre a porté. On arrive dans une première galerie sur les murs de laquelle sont dessinés par de simples traits fins des mammouths se faisant face ou se suivant, un peu plus loin, on peut voir des striures verticales, serrées et nombreuses ; ce sont les traces des griffes des ours qui sont venus jusqu’ici pour se réfugier.
Au plafond, des graffitis qu’on pourrait croire récents, mais ils datent du XVè ou du XVIè siècle, peinturlurés malproprement dans ce lieu de mémoire.
On fait demi-tour ; la déception me happe, je n’ai pas envie que le voyage se termine déjà, mais on ne fait que se faire aiguiller dans une autre direction pour repartir de plus belle par une pente impressionnante, à toute vitesse, dans le noir le plus total, c’est un vrai dédale, plus de deux kilomètres séparent le lieu où nous nous rendons de l’ouverture ; on se dit qu’aucun homme sensé ne se rendrait dans un endroit aussi reculé, quel que soit sa motivation ou son inspiration du moment. Un coude part sur la droite et nous descendons encore. L’atmosphère oppressante me grise, une étrange sensation d’ivresse m’envahit ; l’air semble pourtant sain malgré une hygrométrie constante de 98%.
Le sol est marron, fait d’une ocre compacte comme de la terre battue, boueuse. De chaque côté de notre sillon, des niches creusées dans ce sol friable (des bauges), des sortes d’immenses paniers à chien… qui sont en réalité les litières des ours qui se sont frayés un chemin jusqu’ici pour hiberner tranquillement. De chaque côté le sol semble monter tandis que le petit train continue son chemin ; on a en fait creusé le sol qui se rapproche du plafond, jusqu’à ne plus en être distant que de 75cm… Nous nous enfonçons, le train ralentit, le moteur est coupé et on nous demande de descendre. Légère protestation, mais si vous venez, vous allez voir…
Nous sommes sous le grand plafond.

J’ai le souffle coupé… Au-dessus de ma tête, des dizaines d’animaux ont été dessinés, enchevêtrés, au charbon ou au dioxyde de manganèse, sous un plafond que les hommes de l’époque ne pouvait toucher qu’en étant allongés sur le dos. Une image me frappe immédiatement ; un cheval est reproduit grandeur nature ; celui qui a mis tout son cœur et son savoir-faire d’artiste n’a jamais pu voir son œuvre comme je la vois aujourd’hui, avec un tel recul. L’émotion me transporte littéralement.
Au-dessus de moi, ce sont des dizaines d’animaux aux contours noirs, enchevêtrés, certains grands comme une largeur d’empan, d’autres grandeur nature.
Cet endroit, aussi profond soit-il a été maintes et maintes fois visités par des personnes plus ou moins bien intentionnées. Les dessins ont été recouverts de graffitis, d’inscription diverses, témoignages ridicules de passages successifs comme autant de défis ridicules envers soi-même et le respect du temps passé. Tout ici a été nettoyé, restauré religieusement pour offrir ce spectacle surgi de l’autre côté de la naissance du Christ, exceptée cette inscription représentant une croix sous laquelle ont été inscrites les trois lettres IHS, signifiant que le lieu a été exorcisé ; ces dessins d’animaux ne pouvaient être que l’expression d’un culte horrible dédié à Satan et à Vénus (sic) — pourquoi Vénus ? va comprendre…
Ceux qui viennent ici voir du spectaculaire, du grandiose, des couleurs et du fantastique seront forcément déçus. Ici est le règne de la plus belle des œuvres humaines.
Ici se termine le tunnel, mais sur la gauche, au fond, un puits, profond d’une douzaine de mètres, au fond duquel parait-il — ce n’est pas moi qui irait vérifier — se trouve dessinée la tête d’un homme. C’est toujours le même rituel ; sur les parois et les plafonds des grottes — transversalement donc — , des animaux, les représentations des humains dans les puits. Un mystère total. Je reste ébahi devant ces dessins d’une simplicité enfantine, mais d’une grande précision — on y voit même avec une parfaite netteté sur un des mammouths, la présence claire de ce petit clapet anal en cuir destiné à les protéger du froid — et au-delà de toutes les questions qui se posent inévitablement, que sont-ils venus faire au fond de cette galerie, à deux kilomètres de l’entrée, et surtout pourquoi ont-ils dessiné ces animaux ?, on est saisi par l’immensité de ce qui se trouve sous nos yeux ; le spectacle n’est pas grandiose, il est tout simplement émouvant et nous rappelle combien nous venons de loin et combien également notre connaissance a à s’enrichir avec humilité de ces œuvres dont nous maîtrisons si peu les significations.
Malgré tout, la grotte est relativement récente, l’ornement est daté à — 13000 ans, en plein Magdalénien.
Pour en savoir un peu plus : Journey to Ancient Civilizations.
Localisation Google Maps.
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