Jan 7, 2010 | Livres et carnets |
Lire l’Île au trésor de Robert Louis Stevenson, personnage malingre à la santé fragile, porté à écrire sans fin sous les coups de boutoir de son épouse californienne, la suspecte Fanny Vandergrift Osbourne, lire ce roman d’aventures estampillé culte le soir sous les tentures de mon lit à baldaquin avait quelque chose de magique, c’était un peu comme faire ce que je n’ai pas fait enfant, lire ces romans d’aventures, de James Fenimore Cooper, Mark Twain, Jack London que je n’ai jamais lu parce que l’aventure, moi, vous savez… Non, moi je feuilletais des livres dans lesquels je m’extasiai sur les photos du Taj Mahal, les torii japonais dans la brume ou les neiges éternelles du Kilimandjaro ou alors je regardais encore et encore les photos que mon grand-père avait prises aux Antilles ou à la Réunion, mais les livres d’aventure, je n’ai pas été habitué. Alors je me suis dit qu’un jour, il fallait bien, et j’ai été transporté sur l’île du Squelette avec le jeune Jim Hawkins, le docteur Livesey et le chevalier Trelawney mais également le terrifiant Long John Silver, personnage haut en couleurs, vaniteux, ambitieux, charismatique et obstiné comme un beau diable.

L’Île au trésor, ce n’est pas vraiment un roman d’aventures sur la piraterie, ni même une chasse au trésor, mais une histoire de mutinerie, où une poignée d’hommes menés par Silver vont rivaliser de vilénies pour dégotter les 700.000 livres enterrées par l’horrible Flint ; revirements de situation, coup de théâtre, coups bas, Stevenson est un maître pour raconter cette histoire avec une langue fleurie et imagée à faire rêver les petits garçons, et les grands…
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Le capitaine Smollett se leva de son siège et vida les cendres de sa pipe dans le creux de sa main gauche.
« Est-ce tout ? demanda-t-il .
– C’est mon dernier mot, mille tonnerres ! jura John. Refusez, et la prochaine fois vous aurez affaire aux balles d’ mon mousquet !
– Très bien, dit le capitaine. Maintenant, vous allez m’écouter. Si vous vous présentez ici, un par un, et sans armes, je m’engage à vous mettre tous aux fers et à vous ramener en Angleterre pour y être jugés à la régulière. Si vous refusez mes conditions, laissez-moi vous dire qu’aussi vrai que je m’appelle Alexandre Smollett, et que j’ai hissé les couleurs de mon souverain, je m’engage à vous faire tous rôtir dans les flammes de l’enfer. Vous ne trouverez jamais le trésor. Vous êtes infichus de gouverner le navire — il n’y en a pas un parmi vous qui en soit capable. Vous n’êtes pas de taille à lutter avec nous — Gray, tantôt, a réussi à fausser compagnie à cinq de vos hommes. De plus, maître Silver, votre bateau est en fâcheuse posture ; il se trouve en effet sur une côte sous le vent, et vous allez l’apprendre à vos dépens. Je ne bougerai pas d’ici. Et j’ajoute que ce sont les dernières paroles que vous entendrez de moi. Car, la prochaine fois que je croiserai votre route, je vous collerai une balle dans le dos, par tous les saints. Déguerpissez mon gaillard. Levez le camp, je vous prie, et au pas de course encore. »
Le visage de Silver aurait mérité d’être peint : sous l’emprise de la colère, ses yeux semblaient jaillir de leurs orbites. Il éteignit sa pipe en la secouant violemment.
« Aidez-moi à m’ relever ! s’écria-t-il.
– N’y comptez pas, répondit le capitaine.
– Qui va m’aider à m’ relever ? » rugit-il.
Personne ne broncha. En grognant les pires imprécations, il se traîna jusqu’au porche où il parvint à se redresser et à reprendre sa béquille. Puis il cracha dans la source.
« Voilà c’ que j’ pense de vous ! s’écria-t-il. Avant une heure de temps, j’aurai défoncé vot’ vieux fortin comme une barrique d’ rhum ! Riez, mille tonnerres ! Riez tout votre soûl, car avant une heure vous rirez jaune. Et ceux qui mourront n’ s’ront pas les plus à plaindre !»
L’Île au Trésor, in Œuvres, tome 1
La Pléiade, Traduction Marc Porée
- Chants de marins sur les Gabiers d’artimon
- Illustrations par N.C. Wyeth
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Jan 5, 2010 | Arts, L'oeil de la caméra |
Il en fallait du talent pour transformer l’œuvre de Maurice Sendak en film. Le livre qui a servi de point de départ au film — on ne peut pas vraiment dire que le film soit l’adaptation du livre mais plutôt le fil conducteur — est un classique de la littérature américaine pour enfant et ce qu’en a fait Spike Jonze est un véritable travail de “raconteur d’histoire”.

Le soir même du jour où j’ai visionné le film, je me suis plongé dans le bouquin de Sendak pour tenter de comprendre un peu mieux les brèches ouvertes dans le film, mais là où celui-ci élargit l’horizon, le livre en dit peu, ferme le discours, s’auto-enroule sur sa définition et c’est ce qui me porte à dire que je n’aime pas du tout le livre, que je trouve particulièrement inintéressant, contre-productif et c’est sans parler du graphisme auquel je n’adhère pas.
Il y a vraiment peu de choses à raconter du film parce que c’est le genre d’œuvre qui fait partie des expériences à vivre ; il s’en dégage une sorte de bienfaisance sacrée, entourée de mystères superficiels, d’une belle douceur de vivre que seule l’enfance est à même de porter et de sublimer.
Le tout est porté à merveille par Max, Max Records, parfait beau petit diable qui semble superbement habiter son monde imaginaire, des créatures monstrueuses ingérables et crédibles — seul bémol, le doublage de KW par Charlotte Gainsbourg, à baffer, insupportable, je n’en ferais mon amie pour rien au monde — et une bande originale littéralement géniale, composée par l’ex-petite amie de Jonze, la très provocante et jolie Karen O, chanteuse des Yeah Yeah Yeahs.

Where the wild things are (admirons tous ensemble l’imagination qu’il faut pour traduire ça en Max et les Maximonstres) est un chef d’œuvre dont on ressort difficilement tellement il nous tire vers ce que nous avons de plus intime, de plus intouchable ; notre enfance…
A déguster avec les petits, ça fait un bien fou…
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Jan 4, 2010 | Livres et carnets |

Il y a quelques années de cela, Henri Parisot, grand ami d’Antonin Artaud, traduisait le célèbre poème de Lewis Carroll, Jabberwocky, et en donna certainement la meilleure transcription:
Il était reveneure; les slictueux toves
Sur l’allouinde gyraient et vriblaient;
Tout flivoreux vaguaient les borogoves;
Les verchons fourgus bourniflaient.
«Au Bredoulochs prends bien garde, mon fils!
A sa griffe qui mord, à sa gueule qui happe!
Gare l’oiseau JeubJeub, et laisse
En paix le frumieux, le fatal Pinçmacaque!»
Le jeune homme, ayant ceint sa vorpaline épée,
Longtemps cherchait le monstre manxiquais,
Puis, arrivé près de l’arbre Tépé,
Pour réfléchir un instant s’arrêtait.
Or, tandis qu’il lourmait de suffèches pensées,
Le Bredoulochs, l’oeil flamboyant,
Ruginiflant par le bois touffeté,
Arrivait en barigoulant!
Une, deux! une, deux! Fulgurant, d’outre en outre,
Le glaive vorpalin perce et tranche : flac-vlan!
Il terrasse la bête et, brandissant sa tête,
Il s’en retourne, galomphant.
«Tu as tué le Bredoulochs!
Dans mes bras, mon fils rayonnois!
O jour frableux! callouh! calloc!»
Le vieux glouffait de joie.
Il était reveneure; les slictueux toves
Sur l’allouinde gyraient et vriblaient;
Tout flivoreux vaguaient les borogoves;
Les verchons fourgus bourniflaient.
D’autres traductions ici et une liste assez impressionnante sur ce site.
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Dec 31, 2009 | Arts, Passerelle, Photo |
L’année se referme doucement. L’année 2009 se replie comme une feuille, un in duodecimo infini et disparait au fur et à mesure que les heures frappent sur le cadran. Il est encore un peu tôt pour dire ses vœux mais je prends les devants, en ne vous la souhaitant pas bonne, mais excellente cette future année qui ouvre ses portes. Pour finir et refermer le chapitre, ces superbes séries de photos pleines de blanc, de neige et de nuit polaire, d’horizons glacés et de lumière trouvées grâce à Flak Photo avec de la musique faite exprès pour l’hiver.
[audio:Service_Bell.xol]
Grizzly Bear and Feist — Service Bell

Simon Roberts

Olaf Otto Becker

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Dec 31, 2009 | Histoires de gens, Sur les portulans |
Dans le sud de l’état de l’Ohio, près des rivages d’un affluent de la rivière éponyme et dans le comté d’Adams se trouve une bien étrange construction que n’importe quel œil peu avisé serait à même de prendre pour les accidents d’un parcours de golf. En prenant un peu de hauteur, on se rend compte que ces monticules forment en réalité un ensemble représentant très distinctement un serpent, dont la tête est parfaitement dessinée, ce qui ne laisse aucun doute quant à une éventuelle interprétation. Toutefois, on peut y voir également la possibilité d’un têtard, voire d’un spermatozoïde, ce qui ne serait pas sans aller dans le sens symbolique du tertre.

La première évocation écrite de ce lieu remonte à 1848, sa longueur totale est d’à peu près 420 mètres et les variations de hauteur du monticule sont de 30 à 100 cm. Même s’il est fait mention de ce lieu dans les témoignages oraux des cultures ou traditions Adena, Hopewell et Fort Ancient, et même si après avoir longtemps hésité sur une date possible d’élévation entre 3000 et 1200 av. J‑C. il semblerait, d’après datation au carbone 14 de restes de charbon de bois à proximité du tertre, indiquant que des hommes y ont travaillé, que l’origine du serpent remonte en réalité à une période située aux alentours de 1070 après J.-C. Quoi qu’il en soit, il a été mis en évidence que ce tertre n’est en réalité pas un tumulus, une sépulture, contrairement aux autres élévations de terre situées à proximité et sur lesquelles plusieurs couches de terre ont été superposées afin d’ensevelir d’autres corps à des périodes différentes, comme on peut le voir sur les maquettes visibles sur cette page, mais il semble avoir une fonction symbolique, liée aux croyances des Indiens de l’époque, comme on en trouve encore aujourd’hui chez les Indiens Cherokee.
On peut trouver une explication de cette construction dans l’alignement du serpent avec le point de lever du soleil au solstice d’hiver, mais si la construction a réellement eu lieu aux alentours de 1070, cela correspond également à deux phénomènes astronomiques visibles à l’époque : la supernovæ créée par la nébuleuse du Crabe et le passage de la comète de Halley en 1066, ce qui n’est pas sans rappeler la forme du serpent.
Si le mystère demeure autour de la réelle signification de ce lieu hors du commun, il n’en reste pas moins un des plus grands tertres de ce genre qui n’ait pas été détruit.

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