Sep 1, 2010 | Passerelle |

Photo © Julien Fourniol
Retour des Atlantiques, la fleur au fusil et des larmes de joie dans les yeux. J’étais parti en pensant mitrailler, écrire, filmer, lire, et je n’ai pas fait la moitié de ce que je m’étais prévu.
Rien écrit. Deux pages, autant dire rien.
Je n’ai pas photographié, ou très peu en fin de séjour sur les côtes bretonnes entre chien et loup lorsque la vie prenait fin sur le littoral.
Je me suis reposé. Après avoir fait filer le sable entre mes doigts de pied, j’ai eu un besoin de rochers et de petits cailloux.
Je n’ai rien fait du tout.
Beaucoup lu. C’est sympa les vacances avec moi. La plupart des livres que j’avais emmené ont été lus mais j’ai quand-même écumé toutes les librairies que j’avais à proximité. Librairie des Pertuis à Saint-Pierre d’Oléron, à deux pas de la maison des aïeules où git la dépouille de Loti, librairie du renard à Paimpol, librairie le bel aujourd’hui à Tréguier, librairie Gwalarn à Lannion, je les ai toutes visitées, dépouillées, et je suis revenu, une fois de plus avec quatre fois plus de livres qu’au départ.
J’ai mangé des moules poisson-rouge, chorizo et poivrons, sauce tomate et vin blanc.
J’ai diné chez Sophie, dans sa maison face à la baie, bu ses paroles, écouté chanter sa voix douce.
Je me suis laissé pousser la barbe et puis je l’ai rasée, elle me chatouillait.
J’ai bronzé, je me suis laissé dorer au soleil.
J’ai lu les cartes marines.
J’ai rêvé. J’ai parlé en songe à mon grand-père, c’était chaud et doux. J’ai su alors que ce serait une autre fois sans lui.
C’était des vacances, je n’étais pas là, je me suis vraiment absenté, il fallait bien ça. A présent, j’ai du mal à remettre les pieds dans les étriers, mais je suis revenu avec un nouveau travail, une rage de dents, des migraines ophtalmiques et quelques mots griffonnés sur mon carnet :
Tout ce silence ondule sur toi, comme de longues herbes.
Tu me fais me sentir poète.
A présent, plus rien ne sera pareil.
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Aug 6, 2010 | Passerelle |
Je prends un petit peu d’avance car m’est avis que ces prochains jours ne seront pas de tout repos et que même si je ne croule plus sous les dossiers — loin s’en faut — il me reste encore pas mal de choses à faire, des procédures à écrire, des petites choses à montrer aux gens qui vont me succéder, des consignes à passer. Pour cette fois, je vais préparer mes valises quelques jours en avance, ainsi que toutes les petites affaires que je vais emporter, livres, carnets, appareils photo… Mon projet étant de partir le soir même du jour des vacances, le 6 août. Ma voiture a trouvé judicieux de crever à l’arrière, elle ira donc faire un petit tour au garage avant le départ ; de toute façon je sentais bien qu’elle voulait aller se faire chouchouter avant de partir, la coquine.
Cette fois-ci, je pars tranquille, personne au boulot ne m’appellera, je n’aurais plus l’angoisse de la production à venir et de la publication le 23… Terminé tout ça. Je pars donc en congés, et je ne bloguerai pas, mais j’ai décidé de mettre à profit le fait que je parte pour élargir mon horizon et publier des choses avec mon nouveau téléphone transgénique. (more…)
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Jul 29, 2010 | Histoires de gens, Livres et carnets |
Nasr Eddin Hodja ne prend pas de vacances. Au contraire, il est toujours d’attaque…

Photo © Turkish Cultural Foundation
Nasr Eddin a été invité par un marchand qui voudrait se targuer dans la ville de l’avoir eu à sa table. Le Hodja a accepté car la femme de cet homme a la réputation d’être très belle et de faire admirablement la cuisine.
A la fin d’un succulent repas, quand on en est à se laver les mains, le marchand interpelle son hôte :
— Ô Nasr Eddin ! Toi qui as des lumières sur toute chose, dis-moi si à ton avis il y a des excuses qui blessent plus que l’offense.
Nasr Eddin ne répond pas mais sans crier gare il lui administre une formidable claque sur le cul.
— Par Allah ! fais l’autre en sursautant, tu as perdu la tête !
— Je te présente mes excuses, dit Nasr Eddin l’air confus, j’ai cru que c’était les fesses de ton épouse.
Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja,
trad. J.-L. Maunoury, Phébus Libretto, 1990
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Jul 27, 2010 | Arts, Livres et carnets |
Étonnamment, j’aime peu les artistes qui croquent des sujets vivants, les dessins invariablement mouvants de ces artistes de la chair m’ennuient.
Florian Afflerbach, lui, est un dessinateur de lieux, de bâtiments, il recense les styles, les trient par genre et par fonction, va même jusqu’à croquer des voitures, mais il le fait avec une telle maestria qu’on le lui pardonnerait (presque)…



Via Artskills.
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Jul 27, 2010 | Arts, Photo |
Steve Duncan est un doux dingue qui adorent trainer ses guêtres dans les souterrains les plus sordides à la recherche de la lumière des profondeurs. Collecteurs d’égouts, rivières souterraines, pipelines et autres tuyaux et couloirs désaffectés n’ont pas de secret pour ce photographe des longues expositions. Un univers suintant et magique au creux de nos villes, un rien angoissant…
L’article de Paul Hond sur Columbia Magazine.


A l’autre extrémité des labyrinthes de pierre creusés dans le sol meuble de nos villes, on voit se dessiner dans la nature les circonvolutions des grands fleuves. En l’occurrence ici sur Pruned le fleuve Yukon et la Porcupine River. J’ai suivi ainsi sur Google maps plusieurs des plus grands fleuves de la Terre. Tous suivent un parcours qui n’est en rien du au hasard et en ceci la construction des canaux souterrains s’en rapproche énormément. Si les seconds sont artificiels et généralement rectilignes ils imitent les rivières et souvent les canalisent, tentent de les diriger et d’en infléchir le cours, souvent pour des besoins liés au réseau de distribution ou d’évacuation des eaux usées, et son parcours a des raisons bien particulières, tout comme le fleuve qui suit les accidents de son parcours en partant du point le plus haut et se soumettant par la force des choses à la gravité, tombant vers le point le plus bas, la mer.
L’Homme, en maitrisant le flux des cours d’eau, en le retenant pour ses barrages, en le déviant pour ses besoins d’irrigation ou de consommation, imite la nature et s’y conforme.
Les caprices de la nature et le catastrophisme qu’elle inspire ont donné lieu à une nouvelle forme de tourisme : la chasse aux inondations, une pratique éprouvante pour les nerfs qui consiste à visiter les sites les plus touchés par le débordements des lits de rivières. Tourisme, sport ou voyeurisme ?
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