Sorting by

×

Le phare du bout du monde

Pho­to © Julien Four­niol

Retour des Atlan­tiques, la fleur au fusil et des larmes de joie dans les yeux. J’é­tais par­ti en pen­sant mitrailler, écrire, fil­mer, lire, et je n’ai pas fait la moi­tié de ce que je m’é­tais prévu.
Rien écrit. Deux pages, autant dire rien.
Je n’ai pas pho­to­gra­phié, ou très peu en fin de séjour sur les côtes bre­tonnes entre chien et loup lorsque la vie pre­nait fin sur le littoral.
Je me suis repo­sé. Après avoir fait filer le sable entre mes doigts de pied, j’ai eu un besoin de rochers et de petits cailloux.
Je n’ai rien fait du tout.
Beau­coup lu. C’est sym­pa les vacances avec moi. La plu­part des livres que j’a­vais emme­né ont été lus mais j’ai quand-même écu­mé toutes les librai­ries que j’a­vais à proxi­mi­té. Librai­rie des Per­tuis à Saint-Pierre d’O­lé­ron, à deux pas de la mai­son des aïeules où git la dépouille de Loti, librai­rie du renard à Paim­pol, librai­rie le bel aujourd’­hui à Tré­guier, librai­rie Gwa­larn à Lan­nion, je les ai toutes visi­tées, dépouillées, et je suis reve­nu, une fois de plus avec quatre fois plus de livres qu’au départ.
J’ai man­gé des moules pois­son-rouge, cho­ri­zo et poi­vrons, sauce tomate et vin blanc.
J’ai diné chez Sophie, dans sa mai­son face à la baie, bu ses paroles, écou­té chan­ter sa voix douce.
Je me suis lais­sé pous­ser la barbe et puis je l’ai rasée, elle me chatouillait.
J’ai bron­zé, je me suis lais­sé dorer au soleil.
J’ai lu les cartes marines.
J’ai rêvé. J’ai par­lé en songe à mon grand-père, c’é­tait chaud et doux. J’ai su alors que ce serait une autre fois sans lui.
C’é­tait des vacances, je n’é­tais pas là, je me suis vrai­ment absen­té, il fal­lait bien ça. A pré­sent, j’ai du mal à remettre les pieds dans les étriers, mais je suis reve­nu avec un nou­veau tra­vail, une rage de dents, des migraines oph­tal­miques et quelques mots grif­fon­nés sur mon carnet :

Tout ce silence ondule sur toi, comme de longues herbes.
Tu me fais me sen­tir poète.

A pré­sent, plus rien ne sera pareil.

Read more

Le jour du départ…

Je prends un petit peu d’a­vance car m’est avis que ces pro­chains jours ne seront pas de tout repos et que même si je ne croule plus sous les dos­siers — loin s’en faut — il me reste encore pas mal de choses à faire, des pro­cé­dures à écrire, des petites choses à mon­trer aux gens qui vont me suc­cé­der, des consignes à pas­ser. Pour cette fois, je vais pré­pa­rer mes valises quelques jours en avance, ain­si que toutes les petites affaires que je vais empor­ter, livres, car­nets, appa­reils pho­to… Mon pro­jet étant de par­tir le soir même du jour des vacances, le 6 août. Ma voi­ture a trou­vé judi­cieux de cre­ver à l’ar­rière, elle ira donc faire un petit tour au garage avant le départ ; de toute façon je sen­tais bien qu’elle vou­lait aller se faire chou­chou­ter avant de par­tir, la coquine.

Cette fois-ci, je pars tran­quille, per­sonne au bou­lot ne m’ap­pel­le­ra, je n’au­rais plus l’an­goisse de la pro­duc­tion à venir et de la publi­ca­tion le 23… Ter­mi­né tout ça. Je pars donc en congés, et je ne blo­gue­rai pas, mais j’ai déci­dé de mettre à pro­fit le fait que je parte pour élar­gir mon hori­zon et publier des choses avec mon nou­veau télé­phone trans­gé­nique. (more…)

Read more

L’ex­cuse et l’offense

Nasr Eddin Hod­ja ne prend pas de vacances. Au contraire, il est tou­jours d’attaque…

Pho­to © Tur­kish Cultu­ral Foundation

Nasr Eddin a été invi­té par un mar­chand qui vou­drait se tar­guer dans la ville de l’a­voir eu à sa table. Le Hod­ja a accep­té car la femme de cet homme a la répu­ta­tion d’être très belle et de faire admi­ra­ble­ment la cuisine.
A la fin d’un suc­cu­lent repas, quand on en est à se laver les mains, le mar­chand inter­pelle son hôte :
— Ô Nasr Eddin ! Toi qui as des lumières sur toute chose, dis-moi si à ton avis il y a des excuses qui blessent plus que l’offense.
Nasr Eddin ne répond pas mais sans crier gare il lui admi­nistre une for­mi­dable claque sur le cul.
— Par Allah ! fais l’autre en sur­sau­tant, tu as per­du la tête !
— Je te pré­sente mes excuses, dit Nasr Eddin l’air confus, j’ai cru que c’é­tait les fesses de ton épouse.

Sublimes paroles et idio­ties de Nasr Eddin Hod­ja,
trad. J.-L. Mau­nou­ry, Phé­bus Libret­to, 1990

Read more

Flo­rian Affler­bach, le perfectionniste

Éton­nam­ment, j’aime peu les artistes qui croquent des sujets vivants, les des­sins inva­ria­ble­ment mou­vants de ces artistes de la chair m’ennuient.
Flo­rian Affler­bach, lui, est un des­si­na­teur de lieux, de bâti­ments, il recense les styles, les trient par genre et par fonc­tion, va même jus­qu’à cro­quer des voi­tures, mais il le fait avec une telle maes­tria qu’on le lui par­don­ne­rait (presque)…

Via Arts­kills.

Read more

Visions sou­ter­raines de Steve Dun­can et autres cir­con­vo­lu­tions fluviales

Steve Dun­can est un doux dingue qui adorent trai­ner ses guêtres dans les sou­ter­rains les plus sor­dides à la recherche de la lumière des pro­fon­deurs. Col­lec­teurs d’é­gouts, rivières sou­ter­raines, pipe­lines et autres tuyaux et cou­loirs désaf­fec­tés n’ont pas de secret pour ce pho­to­graphe des longues expo­si­tions. Un uni­vers suin­tant et magique au creux de nos villes, un rien angoissant…
L’ar­ticle de Paul Hond sur Colum­bia Maga­zine.

A l’autre extré­mi­té des laby­rinthes de pierre creu­sés dans le sol meuble de nos villes, on voit se des­si­ner dans la nature les cir­con­vo­lu­tions des grands fleuves. En l’oc­cur­rence ici sur Pru­ned le fleuve Yukon et la Por­cu­pine River. J’ai sui­vi ain­si sur Google maps plu­sieurs des plus grands fleuves de la Terre. Tous suivent un par­cours qui n’est en rien du au hasard et en ceci la construc­tion des canaux sou­ter­rains s’en rap­proche énor­mé­ment. Si les seconds sont arti­fi­ciels et géné­ra­le­ment rec­ti­lignes ils imitent les rivières et sou­vent les cana­lisent, tentent de les diri­ger et d’en inflé­chir le cours, sou­vent pour des besoins liés au réseau de dis­tri­bu­tion ou d’é­va­cua­tion des eaux usées, et son par­cours a des rai­sons bien par­ti­cu­lières, tout comme le fleuve qui suit les acci­dents de son par­cours en par­tant du point le plus haut et se sou­met­tant par la force des choses à la gra­vi­té, tom­bant vers le point le plus bas, la mer.
L’Homme, en mai­tri­sant le flux des cours d’eau, en le rete­nant pour ses bar­rages, en le déviant pour ses besoins d’ir­ri­ga­tion ou de consom­ma­tion, imite la nature et s’y conforme.
Les caprices de la nature et le catas­tro­phisme qu’elle ins­pire ont don­né lieu à une nou­velle forme de tou­risme : la chasse aux inon­da­tions, une pra­tique éprou­vante pour les nerfs qui consiste à visi­ter les sites les plus tou­chés par le débor­de­ments des lits de rivières. Tou­risme, sport ou voyeurisme ?

Read more