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La pre­mière femme nue

On dit de l’Aphro­dite de Cnide qu’elle est la pre­mière repré­sen­ta­tion nue d’une femme en Occi­dent. Plus qu’une sta­tue en par­ti­cu­lier, c’est un modèle de sta­tues posant dans un style à part, défi­ni par le sculp­teur Praxi­tèle dans un mou­ve­ment de moder­ni­sa­tion des canons de Poly­clète. Il existe plu­sieurs de ces Aphro­dite, la plus connue étant l’A­phro­dite Bra­schi conser­vée à la Glyp­to­thèque de Munich. Ce type de sta­tue montre un appui sur la jambe droite comme dans toute la sta­tuaire du second clas­si­cisme, une plas­tique géné­reuse et réa­liste met­tant en avant les plis sen­suels de la peau, une tor­sion de la ligne des épaules qui n’est pas paral­lèle à celle des hanches, la main gauche tenant un vête­ment et la droite cachant son sexe — la main pla­cée devant son sexe, l’a-t-on cru long­temps, désigne le sexe plu­tôt qu’elle ne le cache, car en effet, le fait de dési­gner signi­fie que c’est Aphro­dite, déesse de la beau­té, de la fémi­ni­té et de la fécondité.
Selon la légende, Praxi­tèle exé­cu­ta deux mêmes copies, l’une nue, l’autre dite pudique. La pre­mière fut ven­due à la ville de Cnide (en Tur­quie), l’autre à Cos. Avec cette sta­tue, c’est à la fois l’his­toire de l’art, des mœurs et de la sen­sua­li­té qui fait un bond énorme…

Pho­to © Vir­tuelles Anti­ken Museum 
de l’Ar­chäo­lo­gisches Ins­ti­tut Göttingen

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Chau­vet, la grotte des rêves perdus

Pho­to © Alain Cachat

Un dimanche soir calme, j’entre dans la salle de spec­tacle du Figuier Blanc où m’at­tend un grand écran de plus de qua­torze mètres de lon­gueur, il y fait frais comme à l’en­trée d’une grotte. Si je suis ici, c’est pour voir ce film de Wer­ner Her­zog (oui, le même Her­zog qui tour­na Aguirre, Fitz­car­ral­do et Nos­fe­ra­tu) dont j’ai enten­du par­ler par hasard. Il se trouve que le sujet en est la Grotte Chau­vet, décou­verte en 1994, dont le mobi­lier et les pein­tures parié­tales ont été esti­més entre 31000 et 38000 ans, de l’au­ri­gna­cien au gra­vet­tien — le sujet m’est cher. A titre de com­pa­rai­son, la grotte de Las­caux est, elle, esti­mée à 17000 ans. Chau­vet est deux fois plus ancienne !

Le tra­vail de Wer­ner Her­zog a été de res­ti­tuer l’am­biance magique, voire mys­tique de cette grotte qui s’é­tend sur 400 mètres de long à l’in­té­rieur d’une falaise, dont la par­tie paléo­li­thique orien­tée plein sud s’est effon­drée, en sur­plomb d’un ancien bras de l’Ar­dèche, à deux pas du Pont d’Arc au lieu-dit la Combe d’Arc. La grotte a ain­si été pro­té­gée de l’ex­té­rieur jus­qu’à sa décou­verte. Plus de quatre cents repré­sen­ta­tions d’a­ni­maux, de mains posi­tives, et une seule repré­sen­ta­tion mi-humaine mi-ani­male ornent les parois de cette cavi­té natu­relle, jus­qu’à la salle du fond où le taux de CO2 reje­té par les racines des arbres est trop impor­tant pour qu’on puisse y res­ter trop long­temps sans risques pour la san­té. Le sol n’a pas été com­plè­te­ment explo­ré encore et l’é­tat de conser­va­tion excep­tion­nel de la grotte sera main­te­nu tel quel puis­qu’elle ne sera jamais ouverte au public. C’est d’ailleurs la rai­son pour laquelle Her­zog a eu l’au­to­ri­sa­tion de fil­mer pour fixer tout cela sur la pel­li­cule et en faire un peu plus qu’un film. Cer­taines scènes sont fil­mées en 3D avec des gros plans impres­sion­nants sur le sol ou les pein­tures, ce qui accen­tue for­te­ment le volume de la pierre, et sa dimen­sion sacrée. Limi­tés à des plages d’une heure par jour et contraints d’y évo­luer en équipes res­treintes, l’é­quipe de tour­nage a lais­sé der­rière elle un témoi­gnage fort, une vision large d’un mor­ceau d’humanité.


Grotte Chau­vet : sec­to­ri­sa­tion de la grotte.
Rele­vés topo­gra­phiques : Le Guillou et Mak­sud (2001)
© Paleo

L’in­té­rêt de cette grotte réside dans son incroyable état de conser­va­tion et dans la mul­ti­tude de ses repré­sen­ta­tions. Depuis Chau­vet, on sait par exemple que le lion des cavernes qui vivait à cette époque ne por­tait pas de cri­nière, car une des repré­sen­ta­tions figure un couple lion/lionne et le mâle est clai­re­ment iden­ti­fié par la pré­sence du scro­tum. On peut par ailleurs entendre dans ce film Jean Clottes (dont j’ai déjà lon­gue­ment par­lé sur le Per­ro­quet Sué­dois) par­ler de ses deux concepts liés à la spi­ri­tua­li­té du paléo­li­thique, la flui­di­té et la per­méa­bi­li­té. Flui­di­té entre les espèces, dans la pen­sée du Sapiens paléo­li­thique, les genres se confondent aisé­ment, l’Homme vit au milieu de la nature et la dis­tinc­tion est faible entre les élé­ments qui la consti­tue, homme/femme/animal/arbre/pierre/ciel par exemple. Per­méa­bi­li­té entre les mondes, entre le monde des esprits caché der­rière la roche, les deux mondes s’in­ter­pé­nètrent. Ces deux concepts dif­fi­ciles pour nos pen­sées judéo-chré­tiennes per­mettent de mieux com­prendre la situa­tion et le pour­quoi de ces pein­tures rupestres.

Dif­fi­cile de ne pas admi­rer ce tra­vail plu­sieurs fois mil­lé­naire, qui tend à prou­ver que si l’homme qui vivait ici il y a 40000 ans était certes entou­ré d’un envi­ron­ne­ment mini­mal, très natu­rel, il n’en était pas moins capable du plus haut niveau d’abs­trac­tion qui soit dans l’é­chelle de l’é­vo­lu­tion, c’est-à-dire la pen­sée reli­gieuse, laquelle a per­du­ré dans sa forme cha­ma­nique pen­dant plus de trente mille ans et sur­vit encore aujourd’­hui dans cer­tains endroits du monde. De quoi rendre les grandes reli­gions modestes…

Liens :

  1. Inter­view de l’in­ven­teur de la grotte, Jean-Marie Chau­vet
  2. La faune de la grotte Chau­vet (Vallon-Pont‑d’Arc, Ardèche) : pré­sen­ta­tion pré­li­mi­naire paléon­to­lo­gique et taphonomique
  3. Immé­diat et suc­cessif : le temps de l’art des cavernes
  4. Loca­li­sa­tion de la Grotte Chau­vet sur Google Maps
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Can­tates pro­fanes de Bach (BWV 207a & BWV 208)

Auguste III de Pologne (1755)
par Pie­tro Anto­nio Rota­ri (1707–1762)

BWV 208 : Was mir behagt, ist nur die muntre Jagd, dite « can­tate de la chasse ».
Bach com­po­sa cette can­tate à l’oc­ca­sion du trente et unième anni­ver­saire du duc Chris­tian de Saxe-Weis­sen­fels, le 23 février 1713. C’est une musique de ban­quet jouée dans la soi­rée après une grande jour­née de chasse du duc de Schloss Neuen­burg (Frey­burg), dans le Jäge­rhof à Weißenfels.
Le texte est de Salo­mon Franck. Le poète se réfère à la mytho­lo­gie clas­sique: Diane, la déesse de la chasse (sopra­no), Endy­mion (ténor), Pan (basse) et Palès (sopra­no) louent les princes chrétiens.
Aria (sopra­no) : Schafe kon­nen sicher weiden

[audio:BWV208.xol]

BWV 207a : Auf, schmet­ternde Töne der mun­tern trompeten
Com­po­sée à Leip­zig, pro­ba­ble­ment en 1735 pour l’an­ni­ver­saire de l’é­lec­teur Auguste III de Pologne.
Choeur : Auf, schmet­ternde Töne der mun­tern trompeten

[audio:BWV207a.xol] Read more

Nova Pal­mae

Le 7 octobre 1593, est fon­dée une ville pour com­mé­mo­rer la vic­toire de la Répu­blique de Venise sur l’Em­pire Otto­man à la bataille de Lépante. Le 7 octobre est éga­le­ment le jour de la Sainte Jus­tine, sous le patro­nage de laquelle la ville de Pal­ma­no­va est placée .

Son plan en étoile à neuf branches, cal­qué sur le modèle bas­tion­né du tra­cé de for­ti­fi­ca­tions à l’i­ta­lienne, uti­lise les der­nières inno­va­tions en matière d’ar­chi­tec­ture mili­taire et ins­pi­re­ra bon nombre de construc­tions ulté­rieures, et nombre d’ar­chi­tectes, dont un cer­tain Vau­ban. L’au­teur de cette perle qui, vu du ciel, est un pur témoi­gnage d’har­mo­nie archi­tec­tu­rale est un cer­tain Vin­cen­zo Sca­moz­zi (por­trait d’une excep­tion­nelle beau­té peint par Vero­nese ci-des­sus), qui en plus de son acti­vi­té d’ar­chi­tecte était éga­le­ment scé­no­graphe pour le théâtre. Une de ses plus belles créa­tions est le Tea­tro all’An­ti­ca de Sab­bio­ne­ta.
Aujourd’­hui, la ville n’a qua­si­ment pas chan­gé de physionomie.


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