Nov 17, 2013 | Arts, L'oeil de la caméra, Sur les portulans |
Second volet de ces Chroniques turques de Pialat. Aujourd’hui Byzance et une balade le long de la muraille branlante de Théodose dont il ne reste presque plus rien aujourd’hui. On y a voit la muraille telle qu’on ne la verra plus, même si ses pierres qui se détachent sont un spectacle bien triste. De coupoles en marbres de l’époque chrétienne, l’errance se fait souffrance et nostalgie, rendue plus prégnante par les mots de Stefan Zweig. Parfois imparfait dans le tournage et tourné en noir et blanc, ce film est plein de charme et de tendresse.
Byzance
de Maurice Pialat
France/1964/11′/35 mm
Avec la voix de André Reybaz. (more…)
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Nov 16, 2013 | Arts, L'oeil de la caméra, Sur les portulans |
Entre 1962 et 1964, le cinéaste Maurice Pialat a tourné une série de six films à Istanbul sous la forme de courts métrages. Loin de la vision idéale servie aux touristes, ces petits films montrent un Istanbul déjà loin, dans une période d’entre-deux. Calme et reposant, ce premier film en couleur, Bosphore, raconte la vie de ce bras de mer autour duquel s’organise la vie stambouliote.
Le Bosphore
de Maurice Pialat
France/1962/14′/35 mm
Avec la voix de André Reybaz. (more…)
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Nov 4, 2013 | Histoires de gens, Livres et carnets |
« Je ne suis pas aventurier ou mercenaire. Je suis l’homme d’un rêve, et on ne change pas de rêve pas plus qu’on ne change de peau »
Si toutefois un jour vous croisez la route de cet homme, au hasard de vos lectures, dites-vous que vous êtes face à un des plus étranges personnages qui soit. Vous en trouverez un portrait échevelé, longue moustache portée comme des oripeaux de guerrier barbare, col de fourrure épaisse, gants blancs et sabre effilé dans Corto Maltese en Sibérie, mais vous le trouverez aussi au cœur d’un roman ténébreux de Joseph Kessel, Les temps sauvages, en ombre chinoise, tapi dans l’obscurité au côté de Semenov et de Koltchak. Celui qui parle de Nikolai Robert Maximilian von Ungern-Sternberg avec le plus de majesté et qui en brosse un portrait d’illuminé sauvage, de chef de guerre impitoyable et sanguinaire, c’est le géologue Ferdynand Ossendowski, que nous avons déjà rencontré plusieurs fois sur ce blog, au travers de son livre monumental Bêtes, Hommes et Dieux, et s’il en parle avec autant de véracité, c’est que contrairement aux autres, lui l’a rencontré dans son antre. Les deux hommes mus par un but commun, échapper aux Bolchéviks, se sont serrés les coudes jusqu’à temps que le baron fou connaisse le destin funeste que lui avait prédit un chaman mongol.

Roman von Ungern-Sternberg
en uniforme de général de l’armée impériale en 1917
Comme je passais le seuil, un homme vêtu d’une tunique mongole en soie rouge se précipita sur moi comme un tigre, me serra la main d’un air pressé, puis se laissa tomber sur le lit qui se trouvait d’un côté de la tente.
— Dites-moi qui vous êtes. Nous sommes entourés par les espions et les agitateurs, s’écria-t-il d’un voix criarde où perçait la nervosité.
L’homme ne me quittait pas du regard. Il ne me fallut qu’un instant pour le dévisager et cerner son caractère : une petite tête et de larges épaules ; des cheveux blonds en désordre ; une moustache rousse en brosse, un visage émacié comme celui des vieilles icônes byzantines. Dans cette physionomie, un détail occultait tous les autres : un grand front avancé qui surmontait des yeux d’acier, perçants, fixés sur moi comme ceux d’un animal au fond d’une caverne. Aussi brève qu’ait été mon observation, elle m’avait suffit pour comprendre que j’avais devant moi un homme dangereux, prêt à commettre sans tergiverser l’irréparable. Bien que le danger fut évident, je n’en oubliais pas son attitude insultante.
Issu d’une vieille famille noble de la Baltique remontant au XVème siècle et toujours représentée, le baron fou (ou baron sanglant, ou baron noir) est un personnage que la folie a pris tandis qu’il menait les Armées Blanches avec le Général (tout aussi fou, mais beaucoup moins excentrique) Grigori Mikhaïlovitch Semenov et lorsqu’il prit la décision de la rupture avec son supérieur, l’Amiral Alexandre Vassilievitch Koltchak. Ungern-Sternberg conduira un corps indigène composé de Mongols, Bouriates, Kalmouks, Kazakhs, Bachkirs et de Japonais qu’il tiendra d’une main de fer, il se convertit au bouddhisme tibétain et tentera même de remettre sur son trône l’empereur mongol Bogdo Khan. Se rêvant l’exterminateur des Bolchéviks en Russie, il se voyait la réincarnation de Gengis Khan et arborait fièrement une posture panmongoliste. Pourchassé par les Rouges qui en avaient une peur bleue, le baron blanc finit exécuté au terme d’une parodie de procès… Ne reste que le souvenir d’un fou dans les chants des Mongols des steppes…

Roman von Ungern-Sternberg aux alentours de 1919
en uniforme mongol tandis qu’il est à la tête
de la terrifiante « Division sauvage »
Les prophéties se sont réalisées. Environ cent trente jours après notre séparation, le baron fut capturé par les bolcheviks, à la suite de la trahison de ses officiers. Il fut exécuté à la fin du mois de septembre.
Baron Ungern von Sternberg… Comme un orage sanguinaire du Karma vengeur, il passa sur l’Asie centrale. Qu’a-t-il laissé derrière lui ? L’ordre du jour sévère qu’il adressa à ses soldats et qui se terminait par les paroles de la révélation de saint Jean :
— Que personne n’arrête la vengeance qui doit frapper le corrupteur et le meurtrier de l’âme russe. La révolution doit être arrachée du monde. Contre elle, la révélation de saint Jean nous a prévenus en ces termes : « Et la femme était vêtue de pourpre et d’écarlate, parée d’or, de pierres précieuses et de perles ; elle avait à la main une coupe d’or pleine des abominations et de la souillure de ses impudicités. Et sur son front était écrit ce nom mystérieux : la grande Babylone, la mère des débauches et des abominations de la terre. Je vis cette femme enivré du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus. »
C’est un vrai témoignage humain qu’il laissait là, un témoignage de la tragédie russe, une témoignage peut-être de la tragédie mondiale.
Mais il restait une autre trace, plus importante encore.
Dans les yourtas mongoles, près des feux des bergers, Bouriates, Mongols, Dzongars, Kirghiz, Kalmouks et Thibétains racontent la légende née de ce fils de croisés et de corsaires : « Du Nord est venu un guerrier blanc qui appela les Mongols, les conviant à briser leurs chaînes d’esclavage, qui tombèrent sur notre sol délivré. Ce guerrier blanc était Gengis Khan réincarné ; il a prédit la venue du plus grand de tous les Mongols, qui répandra la belle foi de Bouddha, la gloire et la puissance des descendants de Gengis, d’Ugadaï et de Kublaï Khan. Et ce temps viendra ! »
L’Asie s’est réveillée et ses fils prononcent d’audacieuses paroles.
Il serait bon, pour la paix du monde, qu’ils se montrassent les disciples des sages créatures. Qu’ils suivent Ugadaï et le sultan Baber plutôt que de se ranger sous les auspices des mauvais démons de Tamerlan le Destructeur.
Ferdynand Ossendowski, Bêtes, hommes et dieux
A travers la Mongolie interdite, 1920–1921
Editions Phebus Libretto
A lire, ce très bon article sur Libération, Le baron perché.
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Oct 29, 2013 | Livres et carnets |
Il y avait bien longtemps que je n’avais présenté ces livres merveilleux illustrés par le génialissime Prisse d’Avennes, qui illuminent de leurs couleurs puissantes les plus belles pages de l’Égypte ancienne. Un volume de texte, deux volumes d’illustrations, tous les trois disponibles sur le site de Gallica.
Histoire de l’art egyptien d’après les monuments… / par Prisse d’Avennes,… ; Texte par P. Marchandon de la Faye
Histoire de l’art égyptien d’après les monuments, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la domination romaine / par Prisse d’Avennes ; ouvrage publié sous les auspices du Ministère de l’instruction publique, des cultes et des beaux-arts ; texte par P. Marchandon de La Faye (1)
Histoire de l’art égyptien d’après les monuments, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la domination romaine / par Prisse d’Avennes ; ouvrage publié sous les auspices du Ministère de l’instruction publique, des cultes et des beaux-arts ; texte par P. Marchandon de La Faye (2)
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Oct 18, 2013 | Arts, Sur les portulans |
Vertige de la liste minoen par Fernand Braudel.
A la grande époque de l’art crétois — celle des seconds palais —, avant la période mycénienne qui figera toute cette liberté, le naturalisme est triomphant : bêtes et plantes sont partout sur les murs ou au flanc des vases de céramique ; un brin d’herbe, une touffe de crocus ou d’iris, un jet de lys blancs sur l’ocre d’un vase ou sur le rouge pompéien d’un stuc mural, des roseaux qui se marient et un motif continu, presque abstrait, un rameau d’olivier fleuri, les bras tordus d’un poulpe, des dauphins, une étoile de mer, un poisson bleu ailé, une ronde d’énormes libellules, autant de thèmes en soi, mais jamais traités avec la minutie botanique des herbes ou des violettes de Dürer. Ils sont le décor irréel d’un monde irréel ou un singe bleu cueille des crocus, un oiseau bleu se perche sur des rochers rouges, jaunes, bleus, jaspés de blanc, où fleurissent des églantiers ; un chat sauvage guette à travers des branches de lierre aériennes un oiseau innocent qui lui tourne le dos, un cheval traîne le char de deux jeunes déesses souriantes… La céramique se prête comme la fresque à cette fantaisie inventive. Il est curieux de voir le même thème végétal ou marin traité de mille façons différentes, sur tant de vases multipliés par le tour du potier et exportés par centaines. Comme si le peintre, chaque fois, exigeait le plaisir de la création.
Fernand Braudel : Les Mémoires de la Méditerranée (préhistoire et antiquité)
Livre de poche, collection Références
Éditions de Fallois, 1998
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