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Barat­tages #1

Barat­tage [baʁa­taʒ] n. m. — 1845 ; de barat­ter ♦ Action de barat­ter (la crème) pour obte­nir le beurre.
Barat­ter [baʁate] v. tr. — 1583 ; « s’a­gi­ter » XIIè ; peut-être du scan­di­nave barât­ta « com­bat », ou du préf. bar- expri­mant l’op­pos., et lat. actiare de agere « agir » ♦ Battre (la crème) dans une baratte.

Barattage du lait aigri en pays berbère (photo M. Gast)

Barat­tage du lait aigri en pays ber­bère (pho­to M. Gast)

Je n’a­vais pas assez d’es­pace, alors j’en ai créé. Il me fal­lait un endroit où dépo­ser quelque chose de l’ordre de la pen­sée ins­tinc­tive, de la pure imma­nence de la pen­sée, que je ne savais pas où mettre et qu’il fal­lait que j’ex­prime quelque part ; une onde me mur­mure qu’il faut que j’en fasse quelque chose, que ce que j’é­cris un peu dans la marge prenne un peu plus d’am­pleur ; c’est ici l’endroit.

J’ai appe­lé cette sec­tion barat­tage avec plu­sieurs références.
Le barat­tage est une action ances­trale dont on ne connait plus le sens aujourd’­hui. Deman­dez à n’im­porte qui dans la rue com­ment on fabrique du beurre, je ne suis pas cer­tain qu’on vous réponde cor­rec­te­ment et dans l’ordre que c’est fait à par­tir du lait (de vache), dont on extrait la crème qu’on bat dans une baratte, là où se séparent la matière grasse et le babeurre… On en perd le sens, mais cela signi­fie qu’on en perd aus­si le geste. Les plus ter­riens d’entre nous ont déjà vu une baratte à manche ou une baratte mobile dans une bro­cante ou chez un parent qui conserve encore des outils fami­liaux, voire ances­traux, mais on serait bien en peine aujourd’­hui de repro­duire ces gestes d’al­chi­mistes par les­quels on créé une matière aus­si com­mune dans la cui­sine que le beurre.

Baratte indiennes (batte-beurre) - Musée de Bâle (Wirz 1938-1939)

Baratte indiennes (batte-beurre) — Musée de Bâle (Wirz 1938–1939)

Le second sens que j’ai vou­lu y mettre fait réfé­rence au barat­tage de la mer de lait (amri­ta­man­tha­na), qui est une des scènes prin­ci­pales qu’on peut trou­ver gra­vée sur les murs d’Ang­kor Vat et qu’on retrouve comme un mythe fon­da­teur de la cos­mo­go­nie hin­douiste. Mythe prin­ci­pal et fon­da­teur, pour dire mon atta­che­ment à la parole fon­da­trice et mytho­lo­gique. Là encore, les mythes ne sont plus tel­le­ment pris au sérieux, à part par les eth­no­logues et les his­to­riens des religions.
Enfin, la troi­sième réfé­rence, c’est celle qui concerne les peuples nomades. Le barat­tage est une action ins­tan­ta­née repro­duite par les peuples nomades et les peuples qui gardent une forte tra­di­tion pas­to­rale. On trait le lait qu’on laisse repo­ser une nuit et on en fait du beurre ou du yaourt. C’est un geste ances­tral et uni­ver­sel de trans­for­ma­tion de la matière, qui contient en lui une foule de signifiants.
Pour finir, l’i­dée que le mot barat­tage puisse venir d’un mot scan­di­nave (barât­ta) qui signi­fie “com­bat” est une notion presque exci­tante si on y place un sens dans lequel on y voit un com­bat de l’homme contre le lait pour lui faire subir une trans­for­ma­tion. La notion est là.

Barattage de la mer de lait - Angkor Vat

Barat­tage de la mer de lait — Ang­kor Vat

Voi­là l’es­prit dans lequel je créé cette sec­tion dont je numé­ro­te­rai les actes ; ce que je compte faire ici est de trans­crire un cer­tain nombre de tra­vaux que je compte mener tout long de cette année. Il se trouve que ces der­niers jours, j’ai eu toute lati­tude pour réflé­chir à un cer­tain nombre de choses qui me tra­vaillent depuis quelques temps et que j’ai envie de mettre en mots, puis en forme.

A lire sur le barat­tage : Les mots et les actes Barat­ter, allu­mer le feu. Ques­tion de texte et d’ensemble tech­nique par Marie-Claude Mahias, ain­si que ce très bon article sur l’a­li­men­ta­tion et les lai­tages en par­ti­cu­lier sur le site de l’Ency­clo­pé­die Ber­bère (E.B., G. Camps, J.-P. Morel, G. Hano­teau, A. Letour­neux, A. Nou­schi, R. Fery, F. Demou­lin, M.-C. Cham­la, A. Louis, A. Ben Tan­fous, S. Ben Baa­ziz, L. Sous­si, D. Cham­pault et M. Gast), deux articles dont sont extraites les pho­tos illus­trant ce billet.

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Cités-jar­dins : de la cam­pagne anglaise à la ban­lieue de Paris

Cités-jar­dins : de la cam­pagne anglaise à la ban­lieue de Paris

Ebenezer Howard

Ebe­ne­zer Howard

Le concept de cité-jar­din nous vient de l’imagination fer­tile et de l’observation de la dif­fi­cul­té de mettre en place une poli­tique sociale de l’urbaniste bri­tan­nique Ebe­ne­zer Howard. L’homme part s’installer aux États-Unis et se confronte au milieu rural et agri­cole en tra­vaillant dans les champs, puis à Chi­ca­go juste après le grand incen­die de 1871, où il assiste à la recons­truc­tion de l’espace urbain et où il fait la connais­sance de Fre­de­rick Law Olm­sted, un archi­tecte pay­sa­giste qui sera à l’origine de Cen­tral Park en plein cœur de New-York. Le véri­table tour­nant de son his­toire prend forme à son retour au Royaume-Uni ; en trou­vant un emploi de rédac­teur des rap­ports offi­ciels du Par­le­ment, il passe une grande par­tie de son temps à rédi­ger des rap­ports sur les comi­tés et les com­mis­sions. Dans une Angle­terre peu habi­tuée à trai­ter la ques­tion du loge­ment aus­si bien que la ques­tion sociale, il se rend bien compte, depuis sa posi­tion, que le pays est bien mal en point pour trai­ter ces ques­tions. (more…)

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Jaya­var­man VII, le roi au sou­rire bienveillant

Jaya­var­man VII, le roi au sou­rire bienveillant

Exposition Angkor au Musée Guimet - statue de Jayavarman VII

Sta­tue de Jaya­var­man VII

Der­nier grand roi des Khmers, Jaya­var­man VII est l’homme qui a fait du boud­dhisme mahāyā­na la reli­gion offi­cielle de son empire, mais c’est avant tout l’homme à qui nous devons les superbes réa­li­sa­tions des temples mon­tagnes à Ang­kor Thom, de Preah Khan, Ban­teay Kdei et Ta Prohm. Mais sur­tout, c’est à lui que nous devons le superbe Bayon sur lequel on peut voir les énormes visages qui fas­cinent tant, sculp­tés sur les tours à quatre faces. Éton­nam­ment, on retrouve ce sou­rire énig­ma­tique sur la plu­part des repré­sen­ta­tions sta­tuaires du grand roi bâtis­seur, le sou­rire de la féli­ci­té dont il a contri­bué à dif­fu­ser la doc­trine, un sou­rire qu’on ne peut ima­gi­ner que bien­veillant à l’é­gard de son peuple.

Ci-des­sous, quelques unes des pho­tos prises au Musée Gui­met lors de l’ex­po­si­tion qu’on peut admi­rer jus­qu’au 27 jan­vier 2014.

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Une année qui se referme

Voi­là. 2013 reste der­rière. 2014 s’ouvre tout doucement.
Étran­ge­ment, avec les années, les chiffres jouent contre nous et on peut dif­fi­ci­le­ment faire sem­blant de savoir que les choses ne se font pas pro­gres­si­ve­ment. Non, ça tombe d’une seul coup, c’est une révo­lu­tion, aux deux sens du terme ; on boucle quelque chose le soir du 31 décembre, comme on boucle sa valise pour par­tir sur le champ. On ferme le rideau métal­lique en sachant qu’on ne revien­dra pas. C’est un peu triste en somme.

Quais d’Üskü­dar au cou­chant — Istan­bul — mai 2013

L’an­née qui arrive est faite d’in­cer­ti­tudes ; on sait rare­ment ce qui va s’y pas­ser, même si on a une vague idée de ses pro­jets (ce qui n’est presque pas mon cas) et ce n’est pas une vision noire des choses que de dire que l’é­qui­libre se fait entre les joies et les peines, le bon­heur n’é­tant sou­vent qu’un entre-deux moments. (more…)

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Die Aben­teuer des Prin­zen Ach­med de Lotte Rei­ni­ger (1926)

Die Abenteuer des Prinzen Achmed de Lotte Reiniger (1926) - Les aevntures du Prince Ahmed

Se dire que ce film d’a­ni­ma­tion a 87 ans est tout de même hal­lu­ci­nant. Tour­né en 1926 par la réa­li­sa­trice Lotte Rei­ni­ger, entiè­re­ment réa­li­sé en ani­ma­tion de sil­houettes, il dure envi­ron 66 minutes et a été tour­né en 24 images par seconde, soit près de 100.000 images. Les aven­tures du Prince Ahmed est un des tableaux qui com­posent les Mille et une nuits et à ce titre, est une ani­ma­tion d’une rare finesse et d’une beau­té féé­rique. C’est éga­le­ment le plus vieux film d’a­ni­ma­tion connu et existant.

Lotte Reiniger

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