XXV. Récit des jours passés au bord de la route
Sur le bord de la route. Toujours un peu à l’écart. (more…)
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Celui qui a déjà voyagé se reconnaîtra dans ces mots de Robert Byron, alors sur le départ pour l’Oxiane au travers du Liban, puis de la Syrie ; il se reconnaîtra dans ce qu’on attend de lui quand il voyage, car il voyage forcément avec les poches pleines de devises étrangères bonnes à être soutirées contre le moindre service, comme si l’effort financier que représente un voyage n’était pas perçu par ceux qu’on visite, dans les pays où l’on voyage, parce que l’ailleurs d’où l’on vient est forcément un eldorado. Difficile parfois de faire passer le message lorsque la misère est présente et parfois lourde à supporter, mais cela fait partie du jeu, même si c’est profondément agaçant d’être sans arrêt sollicité. C’est le prix à payer (en plus) pour courir le monde…
- Vous avez des affaires à Téhéran, monsieur ?
— Non.
— Alors qu’est-ce que vous faites, monsieur ?
— Je fais un voyage en Syrie.
— Vous êtes un officier de marine, monsieur ?
— Non.
— Alors qu’est-ce que vous êtes, monsieur ?
— Je suis un homme.
— Quoi ?
— HOMME.
— Je comprends. Touriste.Même le mot voyageur est désuet. Et non sans raison : il serait trop élogieux. Le voyageur des temps anciens était celui qui partait, avide de savoir, et que les indigènes accueillaient à bras ouverts, fiers de montrer ce qui faisaient leur originalité. En Europe, les relations basées sur ce type de reconnaissance mutuelle ont depuis longtemps cessé d’exister. Mais en Europe, le « touriste » n’a plus rien d’un phénomène : il fait partie du panorama et, dans neuf cas sur dix, il n’a guère d’argent à dépenser en plus de ce qu’il a déjà dépensé pour accomplir son « tour ». Ici, il reste une erreur de la nature. Si vous venez de Londres et que vous vous trouvez en Syrie pour conclure une affaire, c’est que vous êtes riche. Si vous faites un aussi long trajet sans obligation, c’est que vous êtes très riche. Personne ne se souciera de savoir si vous aimez l’endroit, ou s’il vous ennuie, ni ne songera à vous demander le pourquoi de l’un ou de l’autre : un touriste est un touriste, comme une gale est une gale — un parasite obligé de l’espère humaine, une vache qu’on trait pour son lait, un hévéa qu’on saigne pour son caoutchouc.
Robert Byron, Route d’Oxiane,
Payot et Rivages, 2002
Photo d’en-tête © Christian Bachellier
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Autrefois, je n’aimais pas beaucoup lire les préfaces, dont je ne voyais pas forcément l’intérêt. Le texte original est forcément plus intéressant, et puis j’étais souvent dans la perspective d’un gain de temps maximum, alors la préface, hop, on zappe.
Pourtant, certaines d’entre elles sont de véritables petits bijoux et en commençant Route d’Oxiane de Robert Byron, je suis tombé sur ces mots qu’a écrit un certain Bruce Chatwin, dans une préface solaire, d’une efficacité redoutable, reprenant lui-même des morceaux de textes de Byron, comme dans cet extrait :
[…] les spécialistes argueront que, si Byron a pu faire montre de qualités lyriques certaines dans ses descriptions, il n’a jamais été un « érudit » — et ils auront, en un sens, raison. Mais, bien souvent, il transcende la banale science par sa mystérieuse faculté de juger l’état d’avancement d’une civilisation à son architecture, et de traiter les édifices anciens et les hommes d’aujourd’hui comme deux aspects d’une même continuité historique. Déjà dans The Byzantine Achievement, écrit à l’âge de vingt-cinq ans, on trouve quatre lignes qui en disent à peu près autant sur le schisme entre l’Eglise d’Occident et celle d’Orient qu’une rangée de gros volumes :
L’existence de Sainte-Sophie est atmosphérique ; celle de Saint-Pierre puissamment, immédiatement, matérielle. L’une est une église pour Dieu ; l’autre est une salle de réception pour ses représentants. L’une est dédiée à la réalité, l’autre à l’illusion. En fait Sainte-Sophie est grande et Saint-Pierre bassement, tragiquement, petite.
Bruce Chatwin, préface, août 1980,
in Robert Byron, Route d’Oxiane,
Payot et Rivages, 2002
Né en 701 et mort 761, Wang Wei est un esthète chinois qui a vécu pendant la période Tang.
Évidemment, la poésie chinoise de cette époque regorge de nombreux représentants, comme d’ailleurs les époques suivantes, mais ce Wang Wei est un personnage à part car il est à l’origine d’un style de représentation qui perdurera longtemps dans la tradition chinoise. C’est lui qui inventera le paysage monochromatique dessiné à l’encre de Chine en lavis.
Wang Wei est également le premier à avoir théorisé puis mis en pratique l’effacement lié à la distance, rendant les objets éloignés de moins en moins perceptibles.
Avec lui, c’est tout un pan de l’esthétique chinoise qui prend corps, un pan qui fait du paysage un personnage à part entière et qui inscrit le mystère du paysage comme un thématique qui se niche dans les plis de la nature.
Série de huit « Neige sur le Yangtzé »
Quatre paysages basés sur le pli…
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