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Dans les bagnes de Malte

Alleway; Mdina, Malta

Mdi­na, Malte — Pho­to © John Has­lam

Les esclaves sont comp­tés tous les soirs, avant d’être enfer­més. Et la crique des galères, au Bor­gu, est fer­mée par une chaîne. Si le nombre n’y est pas, des coups de canon annoncent à la ville le nombre de man­quants, pré­su­més en fuite. Il existe de nom­breuses pri­sons-dor­toirs : les caves-cathé­drales de Saint-Ange­lo, les bag­nos de La Valette, de Bor­gu et de San­glea. Le mot bagno (bagne) vient de Constan­ti­nople. Il fait réfé­rence aux bains publics qui ont été uti­li­sés pour enfer­mer les esclaves sous les Byzantins.

Daniel Ron­deau, Mal­ta Hanina
Gras­set & Fas­quelle, 2012

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Goa, un petit mor­ceau de Portugal

Goa, un petit mor­ceau de Portugal

J’aime ces bouts du monde qui disent autre chose que le pays dans lequel ils sont, qui tra­hissent un pas­sé dou­lou­reux ou heu­reux, mais qui chantent encore les glo­rioles du pas­sé en tapant déli­ca­te­ment du doigt sur la table et semble nous dire encore et tou­jours : « je ne suis pas d’i­ci, mais pas vrai­ment de là-bas non plus ». Immer­sion dans ce qu’il reste de por­tu­gais en Inde, un bout de Por­to à l’autre bout du monde, avec ce petit détour par l’é­tat de Goa et en par­ti­cu­lier dans la ville de Pana­ji (Pan­jim), sous domi­na­tion luso­phone pen­dant près de 450 ans, jus­qu’aux jours de 1961 qui virent ces terres rede­ve­nir indiennes.

india goa fatima restauraunt

Pho­to © Carl Parkes

Il est vrai qu’il res­tait encore quelques coins intacts : les étroites ruelles pavées, au tra­cé hasar­deux, de Fon­tain­has, le plus vieux quar­tier de Pan­jim. On dirait un petit mor­ceau de Por­tu­gal échoué sur la rive de l’o­céan Indien. Des vieilles filles en robe à fleurs lisent le jour­nal du soir sur leur véran­da et bavardent en por­tu­gais. Si vous vous pro­me­nez là en fin de jour­née, vous tom­bez sur des scènes impos­sibles à ima­gi­ner ailleurs en Inde : des vio­lo­nistes jouent du Vil­la-Lobos devant la fenêtre ouverte ; des oiseaux en cage pépient sur des bal­cons style Art nou­veau, don­nant sur des petites piaz­zas pavées sur des car­reaux rouges. Vous ver­rez de vieux bons­hommes en pan­ta­lon de lin fraî­che­ment repas­sé, coif­fés d’un feutre, sor­tir en groupes des tavernes et, la canne à la main, mar­cher d’un pas chan­ce­lant sur les pavés, en lon­geant des files de vieilles Coc­ci­nelles des années cin­quante, toutes cabos­sées et livrées à la rouille. Une dou­ceur médi­ter­ra­néenne pal­pable, presque visible, baigne ces rues.

William Dal­rymple, L’âge de Kali
A la ren­contre du sous-conti­nent indien
Libret­to, 1998

Pho­to d’en-tête © Akshay Cha­re­gaon­kar

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Les sons de la nature

nature sound map

Voi­ci un site qui devrait ravir les ama­teurs de son dans la nature, four­ni par mon e‑ami. Le prin­cipe est simple : dépla­cez-vous sur une carte issue de Google Maps et cli­quez sur les repères verts pour écou­ter les sons pro­po­sés. Une autre manière de voya­ger depuis son salon, en ten­dant sim­ple­ment l’o­reille. Nature sound map.

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Et pour­quoi pas alors un lieu où pour­raient se retrou­ver des Juifs et des musulmans ?

Si un jour vous allez à Istan­bul, vous pour­rez voir à quel point les Turcs musul­mans ont été res­pec­tueux des lieux de prière chré­tiens en les conver­tis­sant en mos­quées lors­qu’en 1453 ils conquirent la Rome d’O­rient, en répan­dant sur le sol de l’eau de rose et en badi­geon­nant d’une simple épais­seur de chaux blanche les repré­sen­ta­tions non conformes à l’es­prit de la reli­gion. Moham­med Aïs­saoui, dans L’étoile jaune et le crois­sant, nous parle de l’Al­gé­rie qui accueillait des Juifs et en par­ti­cu­lier d’O­ran où se trouve une des plus grandes syna­gogues d’A­frique du Nord ; si elle fut confis­quée en 1972, elle fut sim­ple­ment conver­tie en mos­quée, dans le res­pect des confes­sions, ce qui laisse l’au­teur son­geur sur ces lieux qui n’ont pas de mémoire et qui auraient voca­tion à rap­pro­cher les Hommes.

Synagogue d'Oran

Syna­gogue d’Oran

Ain­si, cette grande syna­gogue d’O­ran a été trans­for­mée en mos­quée sans aucune retouche. Ça ne remonte pas à si long­temps — c’é­tait en 1975. Je croyais que les lieux avaient une âme, un esprit. Qu’ils pou­vaient être purs, ou impurs. Je suis éton­né de voir le ven­dre­di une foule de musul­mans entrer dans cette syna­gogue… par­don, dans cette mos­quée. Ain­si, les lieux n’au­raient pas de mémoire. Une syna­gogue peut deve­nir une mos­quée, et ça n’a l’air de gêner per­sonne — alors que vous n’ar­ri­vez pas à faire man­ger un musul­man dans une assiette déjà uti­li­sée par un Juif. Et vice versa.

Intérieur de la synagogue d'Oran

Inté­rieur de la syna­gogue d’Oran

La légende dit que l’on aurait ame­né dans cette syna­gogue des pierres de Jéru­sa­lem. On y met les pieds, on prie, on espère. Des Juifs y ont prié, espé­ré… Puis, des musul­mans y ont prié, espé­ré. Et pour­quoi pas alors un lieu où pour­raient se retrou­ver des Juifs et des musul­mans ? Par­fois les hommes me sidèrent.
A Alger aus­si, des syna­gogues ont été trans­for­mées en mosquées.
Dans les docu­ments retrou­vés aux archives d’O­ran, je lis des phrases qui sur­pren­draient aujourd’­hui, et je sou­ris. Un exemple, déni­ché dans une sorte d’at­las de l’é­poque : « En 1938, la France compte 25 mil­lions de sujets musul­mans. » Ça me fait sou­rire, parce que les nos­tal­giques de l’an­cien empire colo­nial n’y avaient pas pen­sé. « La France compte 25 mil­lions de musul­mans », la phrase effraie­raient cer­tains aujourd’hui…

Moham­med Aïs­saoui, L’étoile jaune et le croissant
Gal­li­mard, 2012

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