XXIV. Changement(s)
Rien de tel que de s’asseoir sur la place du village pour se reposer un peu et se marrer un bon coup avec les copains. N’est-il point ? (more…)
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Rien de tel que de s’asseoir sur la place du village pour se reposer un peu et se marrer un bon coup avec les copains. N’est-il point ? (more…)
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Mdina, Malte — Photo © John Haslam
Les esclaves sont comptés tous les soirs, avant d’être enfermés. Et la crique des galères, au Borgu, est fermée par une chaîne. Si le nombre n’y est pas, des coups de canon annoncent à la ville le nombre de manquants, présumés en fuite. Il existe de nombreuses prisons-dortoirs : les caves-cathédrales de Saint-Angelo, les bagnos de La Valette, de Borgu et de Sanglea. Le mot bagno (bagne) vient de Constantinople. Il fait référence aux bains publics qui ont été utilisés pour enfermer les esclaves sous les Byzantins.
Daniel Rondeau, Malta Hanina
Grasset & Fasquelle, 2012
J’aime ces bouts du monde qui disent autre chose que le pays dans lequel ils sont, qui trahissent un passé douloureux ou heureux, mais qui chantent encore les glorioles du passé en tapant délicatement du doigt sur la table et semble nous dire encore et toujours : « je ne suis pas d’ici, mais pas vraiment de là-bas non plus ». Immersion dans ce qu’il reste de portugais en Inde, un bout de Porto à l’autre bout du monde, avec ce petit détour par l’état de Goa et en particulier dans la ville de Panaji (Panjim), sous domination lusophone pendant près de 450 ans, jusqu’aux jours de 1961 qui virent ces terres redevenir indiennes.

Photo © Carl Parkes
Il est vrai qu’il restait encore quelques coins intacts : les étroites ruelles pavées, au tracé hasardeux, de Fontainhas, le plus vieux quartier de Panjim. On dirait un petit morceau de Portugal échoué sur la rive de l’océan Indien. Des vieilles filles en robe à fleurs lisent le journal du soir sur leur véranda et bavardent en portugais. Si vous vous promenez là en fin de journée, vous tombez sur des scènes impossibles à imaginer ailleurs en Inde : des violonistes jouent du Villa-Lobos devant la fenêtre ouverte ; des oiseaux en cage pépient sur des balcons style Art nouveau, donnant sur des petites piazzas pavées sur des carreaux rouges. Vous verrez de vieux bonshommes en pantalon de lin fraîchement repassé, coiffés d’un feutre, sortir en groupes des tavernes et, la canne à la main, marcher d’un pas chancelant sur les pavés, en longeant des files de vieilles Coccinelles des années cinquante, toutes cabossées et livrées à la rouille. Une douceur méditerranéenne palpable, presque visible, baigne ces rues.

Photo © Dileepan Ramanan
William Dalrymple, L’âge de Kali
A la rencontre du sous-continent indien
Libretto, 1998
Photo d’en-tête © Akshay Charegaonkar
Read moreVoici un site qui devrait ravir les amateurs de son dans la nature, fourni par mon e‑ami. Le principe est simple : déplacez-vous sur une carte issue de Google Maps et cliquez sur les repères verts pour écouter les sons proposés. Une autre manière de voyager depuis son salon, en tendant simplement l’oreille. Nature sound map.
Read moreSi un jour vous allez à Istanbul, vous pourrez voir à quel point les Turcs musulmans ont été respectueux des lieux de prière chrétiens en les convertissant en mosquées lorsqu’en 1453 ils conquirent la Rome d’Orient, en répandant sur le sol de l’eau de rose et en badigeonnant d’une simple épaisseur de chaux blanche les représentations non conformes à l’esprit de la religion. Mohammed Aïssaoui, dans L’étoile jaune et le croissant, nous parle de l’Algérie qui accueillait des Juifs et en particulier d’Oran où se trouve une des plus grandes synagogues d’Afrique du Nord ; si elle fut confisquée en 1972, elle fut simplement convertie en mosquée, dans le respect des confessions, ce qui laisse l’auteur songeur sur ces lieux qui n’ont pas de mémoire et qui auraient vocation à rapprocher les Hommes.
Ainsi, cette grande synagogue d’Oran a été transformée en mosquée sans aucune retouche. Ça ne remonte pas à si longtemps — c’était en 1975. Je croyais que les lieux avaient une âme, un esprit. Qu’ils pouvaient être purs, ou impurs. Je suis étonné de voir le vendredi une foule de musulmans entrer dans cette synagogue… pardon, dans cette mosquée. Ainsi, les lieux n’auraient pas de mémoire. Une synagogue peut devenir une mosquée, et ça n’a l’air de gêner personne — alors que vous n’arrivez pas à faire manger un musulman dans une assiette déjà utilisée par un Juif. Et vice versa.
Intérieur de la synagogue d’Oran
La légende dit que l’on aurait amené dans cette synagogue des pierres de Jérusalem. On y met les pieds, on prie, on espère. Des Juifs y ont prié, espéré… Puis, des musulmans y ont prié, espéré. Et pourquoi pas alors un lieu où pourraient se retrouver des Juifs et des musulmans ? Parfois les hommes me sidèrent.
A Alger aussi, des synagogues ont été transformées en mosquées.
Dans les documents retrouvés aux archives d’Oran, je lis des phrases qui surprendraient aujourd’hui, et je souris. Un exemple, déniché dans une sorte d’atlas de l’époque : « En 1938, la France compte 25 millions de sujets musulmans. » Ça me fait sourire, parce que les nostalgiques de l’ancien empire colonial n’y avaient pas pensé. « La France compte 25 millions de musulmans », la phrase effraieraient certains aujourd’hui…
Mohammed Aïssaoui, L’étoile jaune et le croissant
Gallimard, 2012