Jul 10, 2014 | Arts, Sur les portulans |

Prince scythe tendant l’arc d’Héraclès. Trésor de Kul-Oba, vase en électrum — Musée de l’Ermitage — Saint-Petersbourg. Deuxième moitié du IVè siècle avant notre ère.
Dans la Table des Nations, le patriarche Ashkenaz est le fils de Gomer, lui-même fils de Japhet, lui-même un des trois fils de Noé (ai-je déjà dit qu’il fallait lire l’Ancien Testament pour sa richesse ?). Si Japhet est l’ancêtre des peuples vivant au nord de la méditerranée, Gomer (גמר), l’aîné de ses fils, est l’ancêtre du peuple cimmérien (Κιμμέριοι en grec, Gimirraya en assyrien — rien à voir avec Conan le Barbare), apparenté aux Thraces installés en Tauride et dont le nom est à l’origine du mot Crimée. Plus généralement, on attribue à Gomer la parenté des peuples européens de l’ouest. Ashkenaz donc, fils de Gomer, est un nom qu’on connait pour désigner les Juifs d’Europe de l’est et du nord, et pour les distinguer des Séfarades, les Juifs d’Europe du sud et du Maghreb, mais avant de désigner ces peuples, il est à l’origine d’un autre mot : il a donné en grec Σκὐθαι (Skúthai), Ishkuza ou Askuzai en assyrien, et dans le langage moderne, il s’est apparenté au nom du peuple des Scythes. Ces guerriers redoutables, dont l’aire d’expansion s’étend de l’actuelle Ukraine à l’ouest jusqu’aux contreforts du Tadjikistan et de la Bactriane à l’est, demeurent connus pour leur orfèvrerie très riche, notamment par la découverte de fabuleux trésors d’or caché dans des tumulus funéraires. On attribue au peuple d’Ashkenaz la parenté des peuples scandinaves et russes.
Tombé par hasard sur la représentation ci-dessus d’un archer, reproduit sur le vase en électrum du trésor trouvé dans le kourgane de Kul-Oba, je n’ai pu faire autrement que de m’extasier sur la finesse d’exécution de cet homme, dont le geste s’est transmis à travers les âges, d’autant que ce vase date de la seconde moitié du IVè siècle avant notre ère, ce qui révèle un haut niveau de technologie. Ce qui me semble le plus frappant, c’est la maîtrise parfaite de la gravure en bas-relief, excessivement bien rendue dans l’ordonnancement des postures anatomiques dans le corps de cet archer représenté de profil. Ce vase représente en tout quatre scènes.
- Une scène montrant un homme avec les doigts dans la bouche de l’autre, indiquant clairement les soins de dentisterie connus à cette époque.
- La deuxième scène montre un homme en train de pratiquer un bandage sur la jambe d’un guerrier blessé.
- La troisième montre deux soldats en armes assis l’un en face de l’autre. L’un des deux semble être un prince.
- La quatrième représente cet archer, en réalité un prince scythe qui fait référence non pas au mythe chrétien des origines du peuple mais au mythe grec, impliquant Héraclès :
Lorsque le héros Héraclès se fut accouplé avec le monstre Échidna, cette dernière mit au monde trois garçons. Puis vint le moment pour Héraclès de continuer sa route. Mais le jour du départ, Échidna demanda à son amant ce qu’elle devrait faire de leurs enfants, une fois parvenu à l’âge d’homme. Héraclès prit l’un de ses deux arcs et son baudrier qu’il donna à Échidna. Il ajouta que celui des trois qui parviendrait à positionner le baudrier et à bander l’arc comme lui-même le faisait, deviendrait le roi du pays. Les deux autres frères devraient alors s’exiler. Arrivé à l’âge d’homme, Échidna rassembla ses trois enfants, Agathyrsos, Gélonos et Scythès. Le test pouvait alors commencer. Seul Scythès parvint à réussir les deux épreuves. Comme l’avait exigé Héraclès, Échidna donna le pouvoir suprême au vainqueur, tandis que ses deux autres enfants s’exilèrent. À ce moment, Scythès donna son nom à cette région et à son peuple. (source Wikipedia)
J’ai trouvé également cet extrait du livre de Fatih Cimok rapportant une autre légende, rapportée par Hérodote dans son Enquête, une légende pour le moins cocasse…
Le pharaon Psammétique I (663–609 avant notre ère) les paya pour qu’ils ne dévastent pas son pays.
Lors de leur retour, les Scythes pillèrent Ashkelon, un acte qui, d’après Hérodote, provoque la malédiction de la déesse qui les infligea d’une maladie appelée “maladie féminine”, c’est-à-dire l’homosexualité, dont “souffrent encore leurs descendants” ; cette histoire a pu inspirer la remarque de Samuel (I Sm 5:6) que Dieu a infligé des hémorroïdes aux Philistins d’Ashdod pour avoir profané l’Arche d’Alliance.
Fatih Cimok, Anatolie biblique, de la Genèse aux Conciles
A Turizm Yayınları, İstanbul, 2010
Le dentiste — Trésor de Kul-Oba, vase en électrum — Musée de l’Ermitage — Saint-Petersbourg
Dessin — Trésor de Kul-Oba, vase en électrum – Musée de l’Ermitage – Saint-Petersbourg
Le guérisseur — Trésor de Kul-Oba, vase en électrum — Musée de l’Ermitage — Saint-Petersbourg
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Jul 6, 2014 | Arts |
Si toutefois on cherche la plus grande œuvre sur toile au monde, il ne faudra pas regarder du côté du Louvre, ni même des scuole vénitiennes, mais dans une église peu visitée de la Sérénissime, la petite Chiesa di San Pantaleone Martire (Eglise de Saint Pantalon — ou Pantaleon — martyr), coincée entre deux façades du Dorsoduro et sur laquelle on peut encore voir les trous de boulin sur le pignon.
L’église n’est pas bien grande mais son plafond a été magnifié par un peintre baroque mineur de Venise, Gian Antonio Fumiani, dont l’histoire est presque aussi tragique que celle du Saint dont il s’est fait le porte-parole. Entre 1680 et 1704, c’est-à-dire pendant 24 ans, il va peindre une toile, ou plutôt plusieurs toiles jusqu’à en recouvrir totalement le plafond ; l’œuvre mesure au total 50mx25m. Un travail colossal qui donne à l’église une perspective hors du commun.

Gian Antonio Fumiani — Apothéose de Saint Pantaléon — Chiesa di San Pantalon martire — 1680 à 1704 — Venise
La partie verticale du plafond surplombant la colonnade est rehaussée du plafond plat sur lequel est peint un trompe‑l’œil donnant l’impression que la surface circonscrite au-dessus des arches est prolongée vers le ciel d’une partie ouverte, donnant elle-même vers un ciel comme seuls savaient en peindre ces artistes vénitiens. Les personnage sont peints en contre-plongée d’une manière absolument écrasante. La scène au-dessus du chœur représente le saint descendant les marches (très escarpées) d’un palais et le ciel du plafond fait apparaitre les anges descendus du firmament pour accompagner l’apothéose du Saint vers le paradis dans une mise en scène étourdissante.

Gian Antonio Fumiani — Martyre de Saint Pantaléon — Chiesa di San Pantalon martire — 1680 à 1704 — Venise
Le saint dont il est question ici, Pantaléon de Nicomédie, vécut sous l’empereur romain Maximien dont il fut le médecin, et dénoncé comme étant chrétien, il fut supplicié, puis décapité. C’est de ce personnage que naîtra l’icône peu flatteuse de Pantalon qu’on retrouve dans les aventures de la Commedia dell’arte.
On peut trouver également dans cette église une autre toile, beaucoup plus modeste, mais signée Veronese, représentant le saint guérissant un enfant ; une toile datant de 1587–1588.

Paolo Veronese — Miracle de Saint-Pantaléon — Chiesa di San Pantalon martire 1588 — Venise
Fumiani, artiste malheureux, fit une chute du haut de l’échafaudage tandis qu’il terminait sa toile. Il ne la vit jamais terminée et fut enterré dans l’église même.
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Jul 5, 2014 | L'oeil de la caméra |
Il est sorti comme ça, tout discrètement, une semaine où les navets étaient à l’honneur, et c’est à peine si on en a entendu parler. Isao Takahata vient de sortir son dernier film en France, Le conte de la princesse Kaguya (Kaguya-hime). Contrairement à ses précédents films, celui-ci n’est pas une animation colorée dans le droit style du studio Ghibli comme on a pu le voir dans Pompoko par exemple, un de ses films les plus colorés, à la fois engagé et très traditionaliste, mais un chef‑d’œuvre épuré à l’extrême ; tout ici est dessiné au fusain, image par image et coloré au pastel, puis monté dans une volonté claire de faire au plus simple. Les habitués des animations Ghibli y perdront peut-être leur latin, mais ce qui en ressort est un film qui finalement s’affranchit vraiment du conte pour enfant et reste cruel comme savent l’être les contes traditionnels japonais.

Un coupeur de bambou trouve un jour dans la bambouseraie du village, une toute petite fille à l’intérieur d’une grosse pousse. Il la recueille et très vite elle grandit, beaucoup plus rapidement qu’une petite fille normale, et son père adoptif, convaincu que cette fillette lui a été envoyée pour qu’il en fasse une princesse, va l’extraire de sa pauvreté et du village dans lequel elle grandit pour qu’elle devienne la plus grande princesse de la cour. A l’aide d’or et de tissus qu’il trouve également dans la bambouseraie, il va la faire se parer des plus beaux atours du Japon afin qu’elle puisse trouver le plus beau parti de la région. Seulement, la jeune fille reste une petite fille de la campagne et elle ne songe qu’à s’amuser et à courir en tous sens. Devant la pression de son père, elle finira par abdiquer et à faire ce qu’on attend d’elle.

Isao Takahata par Nicolas Guérin
Dans ce film un peu long (ce qui me fait dire aussi que 2h17 c’est un peu long pour une animation pour des enfants), on est finalement assez troublé de voir à quel point cette jeune fille aux pouvoirs surnaturels résiste dans un premier temps, abdique ensuite, pour finalement se rendre compte que son attitude désinvolte n’a fait que semer le trouble et la mort autour d’elle. Pourtant, il est impossible de lui reprocher quoi que ce soit, tant elle est belle et mutine. Celle qui deviendra la princesse Kaguya finira par refuser la mission qui était la sienne et ne pourra faire autrement que de retourner de là où elle vient.
Loin de la farce burlesque de Pompoko ou du tragique allégorique du Tombeau des lucioles, ce film reste comme une perle fine, dont le dessin emporté est comme un pied-de-nez à la haute technologie utilisée en dépit du bon sens. Un très beau film qui nécessite une écoute silencieuse.
Une version du conte du Coupeur de bambou.
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Jul 4, 2014 | Söylenmek |
Impossible de dire quand ça s’arrête, ni quand ça reprend, ni quand ça ralentit ou que ça se termine, ni quand ça feint de repartir et que ça s’arrête.
L’envie de voyage est comme certaines périodes de la vie, l’air de rien ; il est alors impossible de se poser pour réfléchir ou pour quoi que ce soit d’autre.
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