Oct 8, 2013 | Livres et carnets |
L’homme était historien et fait partie du patrimoine national turc. Il parlait comme nul autre de sa ville, de son pays et décida un jour d’écrire une encyclopédie sur la ville qui l’avait vu grandir. Reşat Ekrem Koçu y est né alors que la Turquie est encore ottomane et vivra l’avènement du kémalisme pendant ses jeunes années. C’est Orhan Pamuk dans son roman de souvenirs İstanbul qui a redonné ses lettres de noblesses à ce petit-fils de pacha qui a passé une grande partie de sa vie à recueillir dans les journaux ce qui faisait le suc de sa vie et a tenté de le collecter dans cette gigantesque œuvre. C’est toutefois une İstanbul décadente et en perdition qu’il dépeint, c’est la ville de la fin d’un empire et c’est la raison pour laquelle son œuvre est empreinte d’une sourde nostalgie, ce sentiment unique de vertige et de douleur mélancolique que l’on ne ressent qu’à İstanbul, le hüzün.
A l’origine, ce projet titanesque aurait pu tenir en quarante ou cinquante volumes, mais il ne réussit à en écrire que onze, et n’y parvint qu’en vivant dans la misère jusqu’à la fin de sa vie, perclus de dettes, ruiné. Koçu était homosexuel et vivait très mal cet état de fait dans l’İstanbul qui était la sienne ; combats de rues, ragots et histoires sordides d’assassinats et de tortures émaillent son œuvre ténébreuse, mais pas autant que ses longues descriptions des jeunes hommes rencontrés dans les rues et dont il n’avait de cesse de dépeindre la beauté.
Il ne parvint qu’à rédiger son encyclopédie que jusqu’à la lettre G. Retrouvez ici les 5 premiers tomes de cette İstanbul Ansiklopedisi.
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Oct 7, 2013 | Carnets de route (Osmanlı lale), Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Turquie) |
Épisode précédent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 11 août) : Patara et Xanthos, les grandes cités lyciennes
Bulletin météo de la journée (dimanche) :
- 10h00 : 41.1°C / humidité : 61% / vent 9 km/h
- 14h00 : 42.2°C / humidité : 61% / vent 17 km/h
- 22h00 : 38.3°C / humidité : 72% / vent 9 km/h
C’est le jour du départ pour Antalya. dernière expédition pour retourner sur la route, direction la Cappadoce. Cette fois-ci, je ne prends pas l’avion, mais le car et j’avoue que je suis un peu angoissé. De toute façon, dès lors que je ne connais pas, je suis angoissé, il y a toujours quelque chose qui m’inquiète et qui me tord le ventre au point que je comprends mieux pourquoi je me sens parfois aussi épuisé lorsque je voyage. Bien loin de ne pas profiter, je suis toujours à l’affût, de peur de manquer quelque chose, de me dire que je ne pourrai jamais vivre le choses qu’une seule fois et que si je rate, c’est fichu. Les sens en éveil, je m’épuise vite.
Je fais ma valise et je vais prendre mon dernier petit déjeuner en compagnie des Allemands. Avec du recul, je n’étais pas très heureux d’être dans cet hôtel, même si je n’y ai passé que très peu de temps au final et je me rends compte que tout ceci n’a pas d’importance, malgré le fait que la nuitée n’était pas donnée. Je pars sans regret et je file vers Kalkan et Kaş, direction l’est pour retrouver Antalya. Je dois rendre la voiture au loueur et retourner ensuite à la gare routière (Otogar) et pour cela, j’ai pas mal de temps, rien ne presse, le car part à 21:00 et je dois rendre la voiture à 19:30. Une heure et demie pour rejoindre la gare routière, c’est plutôt confortable.

Je me perds avec la voiture dans Kalkan, dans les petites rues pentues et pavées qui descendent vers la mer sans arriver à la moindre plage ; il n’y a que des impasses et je me finis par me retrouver dans une rue que je n’arrive pas à remonter tellement elle monte. La voiture patine et ne veut plus avancer… Je sors et je regarde les pneus ; ils sont lisses ! Je fulmine contre le loueur, son tacot et ses pneus merdiques. J’ouvre le coffre, sors ma valise et redescends la rue en marche arrière. Ensuite je prends mon élan en faisant chauffer le moteur et je réussis à remonter la portion la plus dangereuse. Le moment le plus sympa, c’est quand je dois remonter la valise sur les pavés, sur une pente que même à pied j’ai du mal à gravir et en plein soleil… Une bonne suée dès le matin et je repars de Kalkan un peu en colère. Je m’arrête à Kaş pour le déjeuner, à l’heure du muezzin, dont le chant s’intensifie ou s’étouffe avec les rafales de vent. La mer (Akdeniz) est déchaînée, dans un mauvais jour ; le vent n’est pas en reste. Je trouve quand-même Kaş plus vivante que Patara, qui semble comme en léthargie, sur le point de s’éteindre. Un hôtel sur les hauteurs est complètement abandonné, c’est dire à quel point les beaux jours sont derrière. (more…)
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Oct 2, 2013 | Arts, Chambre acoustique |
Entraînante, enivrante à l’extrême, la musique soufie dont les rythmes lancinants parviennent à cheviller l’émotion au corps, est une musique variée, dont l’aire d’expansion s’étend de la Turquie au Pakistan. Du Qawwalî de la Chishtiyya (Inde et Pakistan) au Sama’ des Mevlevis (Turquie) en passant par le Sûfyâna kâlam (Iran) et le Cem des Alevis (Turquie) jusqu’au Mugham d’Asie Centrale, la particularité de cette musique est son inscription dans un rituel religieux dont la transe est le moyen principal de connaître l’extase. La musique est une quête de spiritualité profonde qui passe par des expériences collectives. Le dikr (évocation) consistant à répéter sans cesse le nom de Dieu (ou d’Allah) est le principe de base de cette religion à part dans l’Islam. En effet, si le soufisme est rattaché à la sphère d’influence de l’Islam, elle est considéré par la communauté musulmane comme une croyance pré-islamique, voire païenne. Dans le mevlevisme (mouvement inspiré par Djalâl ad-Dîn Rûmî et auxquels sont rattachés les derviches tourneurs), le cœur de la croyance est l’amour spirituel porté à son paroxysme ; c’est la raison pour laquelle on appelle souvent le soufisme « religion de l’amour ». Retrouvez de nombreux artistes de la musique soufie sur thesufi.com.

Cérémonie du Sama’ mevlevi des derviches tourneurs (derviş)
Photo © Emmanuele Contini
Photo d’en-tête © Vladimer Shioshvili
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Oct 2, 2013 | Livres et carnets |
Tout ce qui est original risque d’être mal accueilli par cette baleine lourde et déroutante — le public.
Robert Louis Stevenson
Lettre à Sidney Covin,
datée du 28 septembre 1890
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