Ce tout petit tableau (33 x 22,5 cm) de Canaletto est exposé actuellement au Musée Jacquemart-André pour l’exposition Canaletto-Guardi. Il fait partie d’un petit lot de peintures exceptionnellement prêté par la Couronne du Royaume-Uni puisqu’il fait partie des collections personnelles de la Reine d’Angleterre. Il n’y aura peut-être pas dans cette vie d’autre opportunité de le voir exposé. Cette vue (veduta) est rare à plus d’un titre puisqu’on le sait, Canaletto avait pour sujet de prédilections ces vues de Venise que lui commandaient les riches visiteurs de Venise. Cette scène d’intérieur est donc une quasi exception. D’autre part, il est à noter que la scène se déroule lors d’une cérémonie religieuse, ce qui n’est pas le fond de commerce du peintre, et en l’occurrence, c’est la célébration du Vendredi Saint. Ce qui nous permet de savoir cela, c’est la présence sous le baldaquin visible dans le fond, d’un sarcophage reliquaire représentant le saint Sépulcre que l’on sort de son tabernacle le jeudi saint à la veille de Pâques.
Dans cette perspective exagérée qui permet de voir la basilique dans son ensemble, comme au travers d’un objectif grand-angle, on peut comprendre que le peintre a souhaité exprimer l’impression de grandeur donnée par l’espace du bâtiment religieux. On voit aussi qu’il a volontairement souhaité rendre la chaleur des lieux et de la lumière venant de chandelles en masquant ce qui fait principalement l’intérêt du lieu ; les mosaïques. Celles-ci sont à peine visibles, mais en revanche, la lueur des bougies se réverbérant sur la croix et le fil de l’encensoir créent une sensation de proximité et d’intimité, exacerbée par la lumière se réfléchissant sur la moitié supérieure des corps des fidèles.
De ce qui doit être une cérémonie pleine de ferveur se dégage au final une étrange ambiance silencieuse, solennelle, chaleureuse…
Quittant la place du Duomo dont les cloches se mettent à valser dans tous les sens, je descends la Via de Calzaioli qui mène vers l’autre cœur de la ville, la Piazza della Signoria avec son Palazzo Vecchio, majesteux édifice de pierre moyenâgeux bardé d’écussons. Dans cette rue donc, je vois un visage dont je n’avais pas souvenir, une Florence de façade, semi-vitrine de luxe des quartiers riches, mais je me rabroue un peu vite en me disant que depuis le Moyen-Âge, cette ville a toujours été riche, sinon la création artistique n’y aurait pas été si foisonnante. Dans cette rue donc, je tombe sur un bâtiment somptueux, une sorte d’oratoire carré aux façades remplies de statues enchâssées dans leur niche finement ciselée. C’est Orsanmichele. Orsanmichele doit son nom étrange au fait qu’il est construit sur l’emplacement de l’ancien Saint-Michel-au-jardin (San Michele in orto ou Orto San Michele et donc par élision, Or’ San Michele) et ce n’est pas vraiment une église, mais plutôt un oratoire qui a servi également d’entrepôt et donc de marché au grain. L’intérieur contient un tabernacle assez riche que l’on doit à Orcagna, mais ce qui est surtout remarquable, ce sont toutes ces statues de saints qui ornent sa façade qui sont en réalité les saints protecteurs des corporations de marchands de la ville (on en revient à ce que je disais tout à l’heure). Certaines d’entre elles ont été réalisées par Donatello, Ghiberti et Giambologna. Le bâtiment lui-même, malgré son aspect monolithique, semble d’une légèreté impressionnante au regard des dentelles de sculptures qui ornent les niches et les arcades.
Il y avait bien longtemps que je n’avais pas écouté un bel album de jazz, quelque chose qui nécessite que je tende l’oreille et que j’arrête mes travaux de peinture pour me poser et tout laisser en plan. Il y a des musiques si belles que le temps s’arrête et vous transporte ailleurs le temps d’une mélodie. Le week-end dernier, j’ai passé une partie de ma journée à peindre et à écouter FIP. C’est là que j’ai découvert ce très bel album du jazzman Keith Jarrett, que je ne connaissais en réalité que de nom. Le morceau a duré 26 minutes, vous comprendrez pourquoi j’avais besoin de m’arrêter… c’est du Köln Concert de 1975 dont il est question… C’est simplement exceptionnel, surtout au vu des conditions dans lesquelles cet album est né, dans une improvisation totale à partir de quatre notes.
[audio:koln1.xol]
Keith Jarret — The Köln Concert (1975)
Ecm Records
Dès mon arrivée, j’ai l’impression d’arriver dans un autre monde. Un personnage campe fermement sur le quai de la gare, le regard sévère, les pieds solidement ancrés sur le sol, les bras croisés. C’est comme un rappel qu’ici encore, la vie est rythmée par la religion…
Je jette un coup d’œil à l’architecture un rien futuriste de l’édifice qui date de 1934 et je me vois projeté des années en arrière, lorsque nous sommes arrivés avec notre petit groupe dans cette même gare, au même endroit. J’avais simplement 20 ans de moins.
En sortant du bâtiment, on se trouve nez à nez avec la très majestueuse église Santa Maria Novella dans laquelle se trouvent de petits trésors de la peinture renaissante. Pour l’instant, l’heure est à la prise de pouvoir, je veux aller déposer ma valise à l’hôtel. Il se trouve à deux pas de la gare dans une ruelle interdite à la circulation, la via Faenza.
Sur un mur, quelqu’un me demande si je vis bien. Oui, tout se passe bien pour l’instant, merci.
Dans la veine des compositeurs un peu confidentiels se trouve un homme qui fut en son temps un compositeur prodigue, même si son rôle resta plutôt anecdotique. En effet, Antonio Bertali ne reçut que le titre de maître de chapelle au cours de sa carrière. Tandis que les compositeurs allemands ou autrichiens de l’époque avaient tendance à s’expatrier vers l’Italie pour y recevoir une formation des plus grands maîtres, Bertali, lui, décida de quitter sa Vérone natale pour rejoindre Vienne et se mettre au service de l’empereur Ferdinand III. Si son œuvre s’est perdue pour partie dans la nature, il reste tout de même un des fondateurs des bases de l’opéra italien. Voici une très belle sonate docue en trois mouvements, extraite de l’album Valoroso produit en 2004, sous la direction de Philippe Pierlot avec le Ricercar Consort. A écouter sans modération.