Villard de Honnecourt nous vient tout droit du début du XIIIè siècle, de sa Picardie natale. Sa profession était magister latomus, c’est-à-dire maître d’œuvre, profession dans laquelle on reconnaît le titre de dessinateur, architecte, chef de chantier et compagnon du devoir. Villard n’avait en soi rien d’exceptionnel, si ce n’est que l’homme était un voyageur, un artiste et certainement une personne reconnue dans la profession des bâtisseurs de cathédrales, mais il nous a laissé un témoignage de son art dans son carnet, car l’homme était dessinateur de talent, laissant une trace des monuments qui lui ont plu, expérimentant diverses techniques pour dessiner les proportions d’un corps humain ou appliquer des moyens mnémotechniques. On y trouve également des recettes, des planches naturalistes et des scènes religieuses.
Le carnet contenait à l’origine une centaine de pages au format 14×22, mais il n’en reste plus qu’une soixantaine aujourd’hui, parfaitement conservés à la Bilbiothèque Nationale de France. Continue reading
Tag Archives: moyen-âge
Mots d’un vocabulaire oublié VIII
Avertissement: billet à haute teneur en mots rares et précieux, sauvés de l’oubli.
Bucrane
Un bucrane (sans accent circonflexe) désigne un motif gravé représentant le crâne d’un bœuf dont les cornes sont enguirlandées de feuillages et que l’on trouve comme ornements de frises dans les ordres grecs. Les bucranes, ornements canoniques de l’ordre dorique depuis la Renaissance, sont placés ordinairement dans les métopes, ou intervalles qui séparent deux triglyphes. Leur signification est supposée rappeler les victimes offertes en sacrifice aux dieux. Il était encore beaucoup utilisé à la Renaissance.
Les bucranes se retrouvent très fréquemment dans les sépultures préhistoriques.
- Paléolithique supérieur.- Le site de Saint-Germain-la-Rivière en France où le défunt, recroquevillé sous un caisson de dalles en pierre, est accompagné d’un bucrane et de ramures (Otte 2003)
- Néolithique. – Manifestations religieuses ou l’on retrouve encore des modelages de bucranes et des chevilles osseuses de bovidés associés aux sépultures (Otte 1993)
À Rome, le bucrane se retrouve déjà sur les mausolées patriciens de l’époque républicaine (tombeau de Cecilia Metella) et reste en usage jusqu’à l’époque d’Hadrien. Selon F. Lemerle, il rapelle le sacrifice traditionnel (suovetaurile) qui accompagne les obsèques.
À la Renaissance, ce motif ne commence à être utilisé que par Michele Sanmicheli (Porta Nuova de Vérone, 1535). C’est Fra Giovanni Giocondo (1511), et après lui Serlio et Vignole qui, dans leurs commentaires-traduction du De architectura de Vitruve, associent le bucrane à l’ordre dorique.
Motif d’ornement sculpté : bucrane et deux études de statues (?) de femmes drapées. Oppenord Gilles-Marie (1672-1742)
© RMN / Madeleine Coursaget. Encre brune, lavis gris, pierre noire. Musée du Louvre, Département des Arts Graphiques
Chrestomathie
Du grec ancien χρηστομάθεια, khrêstomátheia (« savoir utile »).
Anthologie de textes d’auteurs réputés classiques, notamment assemblée pour l’apprentissage d’une langue.

Chrysographie
Du grec ancien chrysos, or et graphein, écriture.
Art d’écrire en lettres d’or.
Burney MS 13, f. 1, British Library
Dactyle
Le dactyle (du grec ancien δάκτυλος dáktulos, « doigt ») est un pied, c’est-à-dire un élément métrique (un module rythmique) de la poésie grecque et latine au départ puis, par extension, de toutes les poésies dont le mètre est rythmique ou accentuel et non syllabique.
Il est composé d’une syllabe longue (ou accentuée pour les métriques accentuelles) suivie de deux syllabes brèves (ou atones). On symbolise le tout ainsi : _UU. Le dactyle est donc de rythme descendant, puisqu’il attaque par un temps fort. Par exemple, fōns ĕrăt (suivi d’une voyelle), en latin, forme un dactyle, de même que sándige en allemand. Dans le second cas, ce n’est pas la quantité syllabique qui compte mais l’opposition entre la voyelle tonique et les voyelles atones. La dénomination grecque de « doigt » résulte probablement1 d’une analogie avec les phalanges d’un doigt. La première phalange, plus longue, est suivie par deux phalanges plus courtes.
Note : en scansion, la marque de quantité vocalique (macron pour la longue et brève) compte pour la syllabe entière et non la seule voyelle qui la porte.
« Pseudo-Sénèque » : longtemps considéré comme un buste du philosophe stoïcien, ce portrait pourrait représenter un poète archaïque, peut-être Hésiode.
Copie romaine d’un original hellénistique, British Museum
Ecoinçon
Un écoinçon est un ouvrage de menuiserie ou de maçonnerie formant l’encoignure de l’embrasure d’une baie.
Dans le style gothique, on trouve cet élément aux angles des roses ou des rosaces formant des ouvertures de verrières décorées avec des écoinçons ajourés.
Un écoinçon est aussi une partie d’un tapis qui est située aux coins du champ.
© RMN / René-Gabriel Ojéda. Lavis bistre, plume (dessin)
Bayonne, musée Bonnat
Gnomon
Le mot gnomon est un mot latin qui veut dire aiguille de cadran solaire, venant du grec gnômôn qui désignait une règle ou ce qui sert de règle. Par dérivation un gnomon est le nom du plus simple cadran solaire : un bâton planté verticalement dans le sol, ou même encore plus simple : l’homme lui-même.
Le gnomon a donné son nom à la science des cadrans solaires : la gnomonique, ainsi qu’à la personne qui conçoit et réalise des cadrans : le gnomoniste.
Le Trésor de l’hôtel de Cluny
Même si lorsqu’aujourd’hui on traverse le département de la Saône-et-Loire, on s’imagine être tombé dans un de coins les plus reculés de France, il faut avoir à l’esprit que c’est un des départements français dans lequel on trouve le plus d’ouvrages d’art roman et parmi les villes de ce département, on trouve Tournus, Mâcon, Paray-le-Monial, Autun et surtout Cluny qui fut le siège d’un puissant ordre bénédictin et le lieu de construction de la plus grande cathédrale romane jamais construite (190 mètres de long, 59 et 73 mètres au transept, 30 mètres sous les voûtes établies sur trois niveaux et enfin une coupole qui domine à 40 mètres à la croisée du grand transept) dont il ne reste aujourd’hui presque plus rien, l’Abbatiale de Cluny III.
Au Moyen-Âge, tous les ordres monastiques, dont on sait que la plupart d’entre eux étaient suffisamment à l’aise financièrement pour acquérir la plupart des biens fonciers du Royaume, possédaient à Paris un « hôtel », sorte de pied-à-terre permettant d’avoir toute latitude pour approcher le siège du pouvoir sans faire des allers et retours avec l’autre bout de la France. Le Musée national du Moyen-Âge tel qu’il existe aujourd’hui et que je connaissais autrefois sous le nom de Musée de Cluny est en fait l’hôtel des abbés de Cluny (le plus ancien hôtel particulier de Paris), construit au XIIIè siècle contre les vestiges du plus ancien témoignage du passé gallo-romain de la capitale, les Thermes de Lutèce, dont on peut voir encore à ce jour les murs en façade et les collections exposées dans ce qui était autrefois le frigidarium. Si ce bâtiment est devenu le musée du moyen-âge, c’est parce qu’Alexandre Du Sommerard, grand collectionneur du XIXè siècle s’y établit afin de conserver ses collections d’œuvres de cette époque. L’État a acquis ses biens et les conserve depuis sa mort.
Visiter le musée de Cluny, c’est se plonger dans un monde coloré et lointain, dans une riche collection d’orfèvrerie dont on peut admirer les pièces dans une salle rectangulaire confinée, dans une collection de vitraux superbes et récemment restaurée, au beau milieu des anciennes statues des rois de Juda et d’Israël qui ornaient autrefois la façade de Notre-Dame de Paris, détruites par les Communards en 1873 (prises pour les statues de Rois de France), et qui ont été retrouvées en 1977 sous terre lors du percement du parking de la Chaussée d’Antin, mais également les tapisseries de la Dame à la Licorne, les rondels (petits vitraux blanc et jaune d’or) de Jean Fouquet et des partitions anciennes…
L’intégralité des photos prises en mai dernier sur Flickr (je le précise tout de même, à toutes fins utiles, toutes les photos sont de moi).
Localisation sur Google Maps.
Les batailles d’Alexandre le Grand
Datant de la fin du XVè siècle, le manuscrit enluminé Peniarth MS 481D relate les grandes batailles d’Alexandre le Grand et contient une trentaine de miniatures peintes dans le plus pur style flamand. C’est un des plus beaux livres conservés à la National Library of Wales d’Aberystwyth (Llyfrgell Genedlaethol Cymru).
Via le twitter de Bibliodyssey
Cette ville est un autre monde, dedans, un monde florissant (4ème partie)
En étudiant les visages de Paris à travers l’histoire, depuis les prémisses de son existence, avant même que Paris ne soit Lutèce(1), lorsque le Parisis, bassin limoneux fertile de la vallée séquanienne était exploité par les Parisii(2) pour sa pierre, son calcaire blanc que l’on trouve jusque dans les murs du château de Versailles, et cela jusqu’à nos jours, on voit tout à coup se dessiner l’organisation d’une ville autour de son centre, établi autour des anciens thermes de Cluny et de l’île de la Cité. Il en aura fallu de l’audace pour s’installer sur cette grande île au milieu du fleuve, à une époque où le génie civil n’était pas vraiment au faîte de sa gloire et où le fleuve était régulièrement pris dans les glaces qui en fondant détruisaient avec une impressionnante constance les ponts de bois, et cela jusqu’au XVIè siècle. Mais le lieu revêtait un caractère stratégique particulier et bien vite l’endroit fut construit, fortifié et placé au centre de la vie de cette nouvelle ville. Son emplacement sur le fleuve en fit vite un lieu de passage privilégié tout d’abord pour le commerce fluvial. De riches marchands trouvent leur compte dans cette activité et les industriels tirent parti du flux de la Bièvre pour établir mégisseries, tanneries et autres activités textiles. Les ponts sont mis à profit pour la construction de moulins qui fourniront la farine nécessaire à la cuisson du pain au four banal (le four est à l’époque centralisé pour des questions d’imposition, et le plus connu se trouvait alors… rue du Four). Également, la présence des ponts permet de renforcer les échanges entre le nord et le sud et hostelleries et auberges font leur beurre avec les commerçants et les voyageurs de passage. La vie prend forme et très vite Paris devient la plus grande ville du monde occidental.
Île de la Cité – Frères Limbourg – Mois de Juin – Les Très Riches Heures du Duc de Berry
Faiseurs de lumière I
Au creux des reins de cette période sensuelle qu’est le Moyen-Âge se nichent des hommes qui avaient le don des belles choses et qui ont passé leur vie à employer leur don exceptionnel pour le dessin et la peinture afin d’illustrer la vie de leur époque, les événements qui ont marqué l’histoire et les récits et les hauts-faits des Grands Hommes. Concrétion des arts graphiques de cette période qu’on appelle la Première Renaissance, l’Enluminure recèle toutes les splendeurs et les plus belles techniques d’une période plus romantique qu’il n’y paraît. Les instruments et les couleurs eux-mêmes sont porteurs de noms fantasmatiques ; calame, vélin, lettrine, sépia, azurite et orpiment…
Voici un tour d’horizon des plus belles œuvres et des plus grands faiseurs de lumière de cette forme d’art graphiquement et naturellement haute en couleurs.
Cette ville est un autre monde, dedans, un monde florissant (3ème partie)
J’ai découvert dans l’Atlas de Paris au Moyen-Âge une petite gravure représentant l’hôtel de Vauvert au cœur de Paris, à l’emplacement de ce qui est aujourd’hui le Jardin du Luxembourg. Vauvert est une autre forme de « Val Vert », indiquant clairement un endroit boisé et plutôt agréable. L’expression « aller au Diable Vauvert » remet cette image idyllique en cause. En cherchant l’origine de cette expression, j’ai trouvé autant d’explications que de sources, toutes différentes quand à sa signification et son origine, un grand n’importe quoi auquel je ne veux pas donner caution. Toutefois, si la linguistique nous emmène sur des chemins hasardeux, l’histoire, elle, semble être d’accord avec les faits et nous raconte une histoire qui si elle ne nous laisse aucune certitude, nous donne une idée de l’origine des mots.
Cette ville est un autre monde, dedans, un monde florissant (2ème partie)
Paris n’a pas toujours été un lieu prestigieux dont l’image rayonne aux quatre coins du monde, qui décentralise ses musées en province et dans les émirats arabes, qui fait de l’Avenue des Champs-Élysée la plus belle avenue du monde (en réalité la plus vulgaire, et de loin) ou qui devient capitale de la mode. Au Moyen-Âge, lorsque la ville devient la plus grande ville du monde occidental, c’est un véritable coupe-gorge et un lieu de perdition, mais remis dans son contexte de l’époque, Paris est loin d’être une ville riche. Les nobles s’entassent dans les palais, jamais bien loin du roi, tandis que les notables et les bourgeois développent les villages de Paris (Saint-Laurent, Saint-Germain des Prés, Saint-Marcel, etc.) avec l’argent florissant du commerce et de l’industrie – finalement, rien de nouveau. Au milieu de tout ce beau monde, une belle proportion de la population vit dans la misère la plus crasse, et comme dans toute situation de crise, les réseaux mafieux s’installent, la prostitution s’institutionnalise, le crime se propage…

Loin de Pigalle, des abords du bois de Boulogne (de cette banlieue dont le nom vient du ban, la loi seigneuriale, et la lieue, l’unité de mesure qui définit l’espace à partir du centre de la ville sur lequel s’étend l’autorité du seigneur) et de la rue Saint-Denis, en remontant dans le passé, on trouve des hauts-lieux de la prostitution aux noms évocateurs. Parmi les plus connus, on citera la rue de Glatigny sur l’île de Cité, le fameux Val d’Amour, qui fut à l’origine de l’expression “fille de Glatigny”, mais on trouve également trace dans une ordonnance du prévôt de Paris, datée de 1367, d’un état de la situation qui force les autorités à prendre des mesures et tentent de circonscrire les filles de joie dans leurs périmètres, sans grand effet :
Que toutes les femmes prostituées, tenant bordel en la ville de Paris, allassent demeurer et tenir leurs bordels en places et lieux publics à ce ordonnés et accoutumés, selon l’ordonnance de Saint Louis. C’est à savoir : à L’Abreuvoir de Mascon (à l’angle du pont Saint-Michel et de la rue de la Huchette), en La Boucherie (voisine de la rue de la Huchette), rue Froidmentel, près du clos Brunel (à l’est du Collège de France aboutissant au carrefour du Puits-Certain), en Glatigny (rue nommée Val d’Amour dans la Cité), en la Court-Robert de Pris (rue du Renard-Saint-Merri), en Baille-Hoë (près de l’église Saint-Merri et communiquant avec la rue Taille-Pain et à la rue Brise-Miche), en Tyron (rue entre la rue Saint-Antoine et du roi de Sicile), en la rue Chapon (aboutissant rue du Temple) et en Champ-Flory (rue Champ-Fleury, près du Louvre). Si les femmes publiques, d’écris ensuite cette ordonnance, se permettent d’habiter des rues ou quartiers autres que ceux ci-dessus désignés, elles seront emprisonnées au Châtelet puis bannies de Paris. Et les sergents, pour salaire, prendront sur leurs biens huit sous parisis…
Source Insecula.
On reconnait aisément des rues au nom évocateur : rue Taille-Pain et rue Brise-Miche, qui n’ont rien à voir avec le métier de boulanger. Aujourd’hui encore certaines rues portent des noms qui ne sont que la déformation respectable de noms fleuris : La rue des Poitevins, hormis quelques noms sans intérêt (Gui le queux, Gérard aux Poitevins, etc.) a porté successivement et cela jusqu’au XVè siècle les noms de rue du Pet, rue du Petit-Pet et rue du Gros-Pet. Tout un poème. La rue du Pélican s’est appelée rue Purgée, mais surtout Rue du Poil-au-con. L’actuelle rue Marie Stuart s’appelait autrefois rue du Tire-Boudin (pas besoin de dire que le boudin en question n’est nullement bourré de viande de porc) et rue du Tire-Vit, elle aurait apprécié, j’en suis certain.
Une partie de l’actuelle rue de Beaubourg (ce nom même, ironique, indiquait que cette partie de la ville a longtemps eu mauvaise réputation) a porté le nom de rue Trace-Putain, et la rue du Petit-Musc (nom évocateur qui pourrait faire penser au parfum) s’appelait en réalité rue Pute-y-musse (pute s’y cache).
Hildegard
Hildegarde de Bingen recevant une vision sous forme d’une flamme, vision qu’elle s’empresse de retranscrire dans ses Scivias
Audio clip: Adobe Flash Player (version 9 or above) is required to play this audio clip. Download the latest version here. You also need to have JavaScript enabled in your browser.
Hildegard von Bingen
O dulcis electe – O Nobilissima Viriditas
Catherine Sergent & Catherine Schroeder
Hildegarde de Bingen est une religieuse bénédictine du XIIème siècle. Parfaitement consacrée à la vie religieuse et ayant prononcé ses vœux perpétuels à l’adolescence, elle reçoit à 38 ans le titre d’abbesse de Disibodenberg. Plus tard, elle consignera les visions qu’elle a depuis toute jeune dans plusieurs ouvrages et fondera successivement les abbayes de Rupertsberg et d’Eibingen qui lui sont toutes les deux consacrées (mais n’existent plus aujourd’hui). En plus d’être une femme exceptionnelle à la foi ardente, elle est d’une extrême bonté envers les plus nécessiteux. Également écrivain, elle est considérée comme étant une des plus grandes compositrices de musique médiévale et toute son œuvre est empreinte de l’acte fondateur, la révélation, et colorée du combat éternel entre le vice et la vertu. Son tout dernier talent consiste à avoir créé une langue et un alphabet qu’elle sera la seule à avoir utilisé.
Cette ville est un autre monde, dedans, un monde florissant (1ère partie)
Je n’aime pas spécialement Paris, du moins, je pensais ne pas vraiment l’aimer. Je n’aime pas beaucoup les gens qui y vivent car par esprit de clanisme, ils s’enferment dans un vision ténue des choses, qui généralement ne va pas au-delà du boulevard périphérique, quand ce n’est pas aux grands boulevards. Je déteste cette mentalité qui fait sentir au banlieusard qu’ici on ne compte pas les distances en mètres mais en stations de métro. C’est ma petite guerre personnelle.
Mais Paris, c’est aussi un passé d’une incroyable richesse ; née sur les restes d’une ancienne cité romaine dont les axes principaux existent encore ; le cardo, nord-sud, correspond à la rue Saint-Jacques et au boulevard Saint-Michel et le decumanus, est-ouest, à la rue Soufflot. Les plus anciens bâtiments issus de cette vie antique remontant au Ier siècle s’y cachent encore, comme les arènes ou les thermes de Cluny. On imagine mal à quel point ce Paris d’aujourd’hui porte en lui encore les stigmates de sa vie passée, notamment du Moyen-Âge qui a été la période pendant laquelle son expansion a été la plus forte, et donc son urbanisme. Les mouvements qui ont le plus changé son visage ont été l’assèchement des régions marécageuses de la rive droite dont on dit à tort qu’elle correspond à l’actuel Marais. En réalité, le Marais d’aujourd’hui correspond à la couture du Temple, et qui est en fait la dernière partie non défrichée de ce quartier, assaini depuis longtemps déjà. On peut aussi parler de l’enfouissement de la Bièvre, rivière secondaire qui balafrait le quart sud-est de la ville et qui a été pendant de longues années un déversoir pollué pour les industries de la tanneries et servant de dépotoir aux boucheries établies sur les quais, mais également de l’établissement de Paris comme ville phare, véritable pôle d’attrait avec la construction des fortifications de Philippe Auguste puis plus tard de l’enceinte de Charles V.
Matthaüs Merian, un graveur suisse, dessinera dans son atelier bâlois en 1615 un plan de Paris d’une incroyable précision tant topographique qu’historique et sur lequel dans le coin inférieur gauche, il gravera ces vers qui résonnent comme la promesse d’un monde à découvrir coûte que coûte.
Cette ville est un autre monde
Dedans, un monde florissant,
En peuples et en biens puissants
Qui de toutes choses abonde.
Matheus Merian Basiliensis, 1615
Liens:
- D’autres plans anciens de Paris sur cette page
- Une copie en couleur du Plan de Merian
- Un autre plan important, celui de Truchet et Hoyau, dit Plan de Bâle fait en 1550
- Paris sous Charles V
- Paris en 1383



















