littérature

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Le Méridional

Aldous Huxley est un auteur à la fois caustique, naïf et très méthodique. Très anglais en fait. Dans son Tour du monde d’un sceptique, en 1926, il file de Port Saïd à Bombay en passant par la Mer Rouge. Une fois arrivé aux Indes, il découvre non pas un monde plein de couleurs, de senteurs […]

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Le Coran bleu de Kairouan

On a beaucoup parlé du Musée du Bardo ces derniers temps pour l’histoire tragique qui s’y est déroulée. Ce musée regroupant certaines des plus belles merveilles du monde méditerranéen à travers les âges, renferme en son cœur quelques pages d’une des plus belles copies du Coran qui existe au monde, une pièce maîtresse de l’art […]

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La terre rouge et les arbres égorgés

Paul Morand revient de Tombouctou, dans une France des colonies où l’ouest de l’Afrique n’est plus qu’une annexe française, ravagée par les maladies et la pire d’entre toutes : l’exploitation à tous les niveaux… Qu’il s’en désole ou pas, Morand profite de ces trois mois de voyage souvent inconfortable — on s’habille tout de même tout […]

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Une ferme à Nha Trang

Lancé dans la lecture d’un quatrième livre du même auteur, Patrick Deville, je plonge à corps perdu, lentement pourtant, avec précaution, dans les univers qu’il développe sous mes yeux. C’est le genre de lecture qui ne se dévore qu’à grandes lampées qu’on garde pourtant longtemps dans la bouche pour en retirer toutes les saveurs, sucrées, […]

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Tombouctou amaigrie et flottante

On lui avait pourtant dit qu’il ne servait à rien de se rendre à Tombouctou, qu’il n’y verrait rien que du sable et du désert, des maisons qui tombent sous le vent et des murs de terre qu’une simple éponge mouillée suffirait à faire plier, mais le voyageur est un baudet, un animal têtu qui […]

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Méprisez quelqu'un pendant des générations et vous avez une bonne chance de le rendre méprisable, jusqu'au jour où, les armes à la main, il reconquiert sa dignité... Il me regarde avec ce sourire informé de ceux qui, pour avoir été trop longtemps privés de dignité, finissent par acquérir une sorte de compréhension ignoble du cœur humain.

Romain Gary, Les trésors de la mer Rouge - Gallimard, 1971

Moka au bar de la Compagnie Maritime des Chargeurs Réunis d’Indochine

L’écriture sur le tard. Une fois n’est pas coutume, j’entends Marc Lévy dire à la radio (Bon Dieu, mais qu’est-ce qu’il fout sur ma station préférée qui m’avait habitué à mieux) qu’ayant commencé à écrire à quarante ans, ce n’est pas si tard que ça. Quarante ans. Commencer à écrire ? Et si on a commencé […]

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Prendre des risques à cette époque…

Je me suis lancé dans la lecture de Paul Morand avec le majestueux ouvrage nommé tout simplement « Voyages », édité dans la collection Bouquins de Robert Laffont. Morand, que je ne connaissais pas, a une écriture très lyrique, enveloppée et un peu pompeuse, une belle écriture d’une autre époque et c’est ce Morand qui part sur […]

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Que voyaient-ils donc ? Qu'espéraient-ils ? Ils marchaient dans une robuste euphorie, le pas énergique. Le divin était tout pour eux, il en devenait palpable. Que l'on fasse tourner un moulin à prière, que l'on allume une lampe à beurre, et quelque chose se mettait en mouvement. Des aïeuls ratatinés et de minuscules matriarches appuyaient leurs fronts contre les portes des temples et caressaient les écharpes votives qui y étaient accrochées. Le souffle perpétuel de leur prière « Om mani padmé hum » exhalait un soupir pareil à un lent battement de cœur. Certains se prosternaient de tout leur long dans un grand tintement de bracelets, lançant leurs corps par terre vers leurs mains étendues, puis ils se relevaient, avant de s'allonger encore, faisant ainsi parfois le tour des temples ou du monastère entier, les paumes criblées d'ampoules, les cheveux maculés de boue, dans un état de grâce au-delà des réalités terrestres.

Colin Thubron, L’ombre de la route de la soie - Traduit de l’anglais par Katia Holmes - Gallimard, 2006

La route se fit dépouillée. Plus rien ne venait l'adoucir ou la balafrer. Quand on parvenait au sommet d'une côte, on découvrait l'immobilité lunaire de collines arrondies que frôlait un maigre soleil, et des vallées érodées jusqu'au gris aluminium ou tapissées du feutre gris-vert d'une herbe mourante. Et de ces espaces déserts où rien ne peut vivre, c'est certain, surgirent les Kuchis, tel un mirage : des nomades perchés sur leurs chameaux à l'air délicat, parmi les troupeaux de chèvres et des chiens au poil blond et à la queue coupée. Des hommes émaciés au visage noirci, avec de grandes cataractes de barbe au menton. Ils passèrent sans un regard, comme en rêve — le leur ou le nôtre.

Colin Thubron, L’ombre de la route de la soie, traduit de l’anglais par Katia Holmes, Gallimard, 2006
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