Nuit sur le mont chauve (Ночь на лысой горе)

Une nuit sur le Mont Chauve (Ночь на лысой горе) est certainement le chef d’œuvre de Modeste Moussorgski. Le compositeur, mort alcoolique, ruiné et solitaire avait là, avec les Tableaux d’une exposition, joué son va-tout. Composé comme un poème en s’inspirant d’une nouvelle de Nicolas Gogol, Nuit de la Saint-Jean sur le mont Chauve (in Les soirées du hameau), cette pièce porte en elle une dimension dramatique hallucinante. En quelques douze minutes, sont évoquées successivement l’apparition d’esprits des croyances païennes russes, des adorations suspectes, le sabbat des sorcières et le retour au jour au son de la cloche du village. Une pièce sévère, majestueuse qui révèle à la fois l’âpreté de l’âme russe et sa grandeur.
La version la plus jouée est celle que le compositeur Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov a réorchestré en 1908. Certains auront découvert ce morceau grâce au Fantasia de Walt Disney, mais dans mon cas c’est sur la bande originale du film Saturday Night Fever, où la reprise disco n’est pas sans charme…

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Fische der Südsee (Journal des Museum Godeffroy)‎

Le Museum Godeffroy, autrefois installé à Hambourg entre 1861 et 1876, était une petite entreprise familiale née du commerce avec l’Amérique centrale, les Caraïbes et plus tard l’Amérique du Sud. D’origine française, les Rochellois huguenots de la famille Godeffroy se sont installés en Allemagne au bord de la mer, suite à la révocation de l’Édit de Nantes et ont constitué une flotte qui atteindra vite 27 bateaux. Le sieur Johann Cesar IV Godeffroy demandait à ses capitaines de vaisseaux de ramener de chacun de ses voyages tout ce qui pouvait constituer la base d’une connaissance en histoire naturelle et ethnologique. La somme des objets ramenés servit en 1876 à solder les comptes de l’entreprise lors de la banqueroute de celle-ci et les collections furent éparpillées entre plusieurs musées allemands. Il en reste aujourd’hui ce fameux Journal des Museum Godeffroy, riche de table d’illustrations dessinées par les frères Semper ou l’explorateur Andrew Garrett, dont voici 86 planches superbement illustrées, colorées, autour des poissons des mers du sud. Les planches ont été regroupées dans une galerie visible en cliquant sur ce lien, accompagnée par Portico Quartet, avec le morceau Knee-Deep In The North Sea.
Un peu plus tard, seront regroupées ici les planches d’illustration des six tomes compilant les actes du Museum.

Deux poèmes de Labîd ibn Rabî’a

Labid ben Rabi’a (لَبيد بن ربيعة بن مالك أبو عقيل العامِري) est un poète pré-islamique qui a chanté au travers de ses poèmes la beauté de sa terre natale, l’Arabie, et la courage et la valeur de sa tribu, les Beni’Amir ben Sa’sa’a. Né en 560 et mort en 561, il est un des sept poètes classiques dont les mots ont servi à orner les mu’allaqât (la traduction littérale est : “suspendues” car elles étaient suspendues à la Ka’ba de La Mecque).

Photo © Lintmachine

Sèche, ensoleillée, aride, féroce,
sublime et belle dans les roches noires,
blonde de sables doux et de terre,
telle est l’île immense
que les dieux nous ont donnée : un grand trésor.

Carte du monde connu par Muhammad Al-Idrīsī,
extraite du Livre de Roger, orientée avec le sud en haut et la péninsule arabique centrée.

Lions, hyènes et loups,
et léopards et panthères
nous donnent leur peau :
le dattier, l’encens, le tamaris,
soutiennent la vie, et le grenadier
colore nos rêves, et la rosée
arrête la lumière de la lune. A vous
j’offre la vie et, avec amour, ce chant
parce que ma tribu
est la plus glorieuse et la plus grande.

Al Idrissi ou Al-Idrīsī ou encore Charif Al Idrissi, de son nom complet Abu Abdallah Muhammad Ibn Muhammad Ibn Abdallah Ibn Idriss al-Qurtubi al-Hassani (arabe : أبو عبد الله محمد ابن محمد ابن عبد الله ابن ادريس القرطبي الحسني), connu aussi sous le nom latin de Dreses, est un géographe et botaniste andalous, né à Ceuta vers 1100. Il a grandi à Cordoue, et serait mort vers 1165. Il doit sa renommée à la rédaction d’un ouvrage de géographie descriptive intitulé Kitâb Nuzhat al Mushtâq ou Kitâb Rudjâr ou Le Livre de Roger. Ce livre fut rédigé à la demande de Roger II, roi normand de Sicile, pour illustrer et commenter un grand planisphère en argent construit par Al-Idrīsī, qui est probablement mort en Sicile, à cause d’une probable interdiction de revenir dans sa ville natale où il était considéré comme un renégat au service d’un roi chrétien comme Roger II. (article Wikipedia)

Article de Saadane BENBABAALI : Les Mu‘allaqât et autres poèmes arabes préislamiques : autour des traductions de Pierre Larcher sur le site Littérature et culture arabes

Architektôn

Architektôn, littéralement « maître charpentier » : le mot est employé pour la première fois au Vè siècle, dans l’œuvre de l’historien Hérodote, alors que les poèmes  homériques, au VIIiè siècle, ne connaissaient que le tektôn, « menuisier » ou « charpentier », soit l’ouvrier par excellence. Tel quel, le terme suffit à faire comprendre que dans le monde grec l’architecte est issu du milieu des artisans.

Marie-Christine Hellmann, L’architecture grecque
Livre de poche, collection Références


La première mention connue du mot architecte, αρχιτεκτων (αρχι-archi, chef de – et de τεκτων – tekton, charpentier.), apparaît au Ve siècle av. J.‑C. dans le livre d’Hérodote, Histoires (3, 60) décrivant le tunnel de Samos: « l’architecte chargé de ce travail fut le Mégarien Eupalinos, fils de Naustrophos ». Hérodote utilise ce mot pour le constructeur du pont de bateaux permettant de franchir l’Hellespont en -513 (Histoires 4,88): “Darius Ier fut très satisfait de ce pont de bateaux et récompensa richement son architecte, Mandroclès de Samos”. Pour Hérodote, le mot architecte donné à Eupalinos qui est un des “auteurs des trois plus grands ouvrages que possède la Grèce” ou à Mandroclès de Samos n’a pas pour lui le sens qu’il a pris aujourd’hui, c’est plus un technicien de la construction ou un ingénieur. (source Wikipedia)

De Salamandrae Terrestris Vita, Evolutione, Formatione Tractatus [Adolph Friedrich Funk - 1802-1830]

De vita salamandrae terrestris

Voici à nouveau un livre écrit en latin — De Salamandrae Terrestris Vita, Evolutione, Formatione Tractatus — par le naturaliste Adolph Friedrich Funk, datant de 1827 dans lequel sur les trois dernières pages s’étendent de superbes planches d’illustrations représentant la salamandre terrestre (salamandra salamandra) sous toutes ses coutures. Une rare qualité de représentation…

Description de l’Arabie, d’après les observations et recherches faites dans le pays même [Carsten Niebuhr 1733-1815]

Voici deux tomes d’un livre paru en 1779 en français, originellement écrit en danois en 1772 (Beschreibung von Arabien pour le premier volume, Reisebeschreibung von Arabien und anderen umliegenden Ländern pour les deux seconds) par le géographe Carsten Niebuhr et dans le plus pur esprit des Lumières part à la rencontre des peuples vivant sur cette terre, pour en ramener une somme d’informations encyclopédique, dont certains extraits, vus depuis notre époque, ne manquent pas de cocasserie.

Accompagné de son ami naturaliste et élève de Linné Pehr Forsskål, il l’aidera à publier deux livres importants : 

Icones rerum naturalium, ou figures enluminées d’histoire naturelle du Nord [Petrus Ascanius - 1723-1803]

Petrus (ou Peder) Ascanius est un zoologiste norvégien de l’époque de Carl von Linné. Il parcourut les côtes de son pays pour en ramener un inventaire illustré en cinq cahiers de la faune et de la flore des fjords sous le titre Icones rerum naturalium ou figures enluminées d’histoire naturelle du Nord (Copenhague, 1805), disponible à la consultation et au téléchargement sur Google Books. Un vieux livre joliment relié et parfaitement conservé, illustré de gravures aux couleurs resplendissantes. Continue reading

Les piliers d’Ashoka

Pilier d’Ashoka de Lauriya Nandangarh

Ashoka (ou Açoka, अशोक en hindi), troisième empereur de la dynastie Maurya qui s’est installée en Inde juste après le retrait des armées d’Alexandre le Grand, est un des personnages les plus importants de l’histoire de l’Inde car il est considéré comme le premier fédérateur de l’état, autrefois composé de petites principautés. Au IVème siècle av. J.-C., il réussit à instaurer une certaine stabilité dans le royaume et fait graver sur des rochers et des piliers disséminés dans le pays les lois qui gouvernent son pays, ainsi que des récits de conversion au bouddhisme dont il est un des grands prosélytes. Ashoka a laissé son empreinte dans le territoire au point que son emblème se trouve aujourd’hui au cœur du drapeau du pays, dans le symbole du dharmacakra (धर्मचक्र en sanskrit), un des huit symboles auspicieux, représenté par une roue de chariot symbolisant l’enseignement de Bouddha sur le chemin de l’éveil. Le plus célèbre des piliers d’Ashoka est celui de Sārnāth (hindî : सारनाथ), dont il ne reste plus aujourd’hui que le chapiteau, surmonté d’une fleur de lotus renversée (symbole de le vie naissante et fertile) sur lequel repose un abaque ornée de quatre dharmacakra espacés par des petits animaux représentant les quatre points cardinaux. Au-dessus de cet abaque se trouvent quatre lions représentant les quatre vertus du bouddhisme.
Tous les piliers ne sont pas décorés avec autant de détails et pour certains, les (ou le) lions sont manquants. Le plus étrange est assurément celui de Mehrauli qui, malgré sa composition en fer, ne porte aucune trace de corrosion. Continue reading

La vie privée des Anciens par René Ménard

Voici une somme documentaire inestimable et d’une grande qualité sur l’histoire des civilisations. Également abondamment illustrée, la vie privée des anciens écrit par René Ménard est un ouvrage s’intéressant aux aspects sociaux des civilisations, composé à une époque où l’on est plutôt en mal de sensations et où se développe l’orientalisme et les plus grands cabinets de curiosités. En effet, l’ouvrage date de 1880, mais reste une source fiable et radicalement objective sur les comportements intimes des sociétés qui nous ont précédées. René Ménard, historien de l’art, est le parfait exemple du savant a réussi le pont entre deux sciences au travers de l’histoire ; l’art et la sociologie.
Sur Archive.org sont disponibles les quatre tomes de cette superbe œuvre:

  1. Les peuples
  2. La famille
  3. Le travail
  4. Les institutions