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Dernières nouvelles du mondeLa table de Peutinger et l’idée romaine de la distance
Dépliez-la sur une table trop courte et elle déborde de partout : six mètres quatre-vingt-deux de long pour trente-quatre centimètres de haut, un ruban de parchemin qui ne ressemble à aucune carte que l’œil moderne ait appris à lire. Aucun continent n’y a la forme qu’on lui connaît.
Timgad, ville neuve plantée dans les Aurès
On ne fonde pas une ville comme on fonde un village. On la trace. Timgad est née d’un coup de style, un jour de l’an 100, sur un plateau caillouteux où rien, avant elle, ne portait de nom latin — et il a fallu près de dix-huit siècles de sable pour que ce coup de style s’efface, puis un siècle et demi de pioches françaises pour qu’on le redessine.
Utique avant Carthage : la doyenne oubliée des colonies phéniciennes
Le vent qui traverse les oliviers d’Utique n’a plus l’odeur du sel. Douze kilomètres séparent aujourd’hui l’éperon calcaire où s’accrochent les ruines de la ligne bleue de la Méditerranée, et il faut un effort d’imagination assez violent pour replacer, sous les labours et les serres agricoles, le golfe où mouillaient les navires tyriens.
Gjirokastër, la Méditerranée vue de dos
Il y a des villes qui regardent la mer et des villes qui lui tournent le dos. Gjirokastër fait les deux à la fois. Accrochée au flanc du Mali i Gjerë, à trois cents mètres au-dessus d’une vallée qui file vers le sud, elle est séparée de l’Adriatique par une seule chaîne de montagnes.
Cyrène et Carthage aux confins de la Grande Syrte
Entre les ruines blondes de Cyrène et les vestiges puniques de Carthage s’étendent aujourd’hui près de mille kilomètres de côte libyenne : une bande de sable, de sebkhas et de vent où plus rien ne signale la frontière qui sépara pendant trois siècles deux mondes méditerranéens.
Motyé, la cité punique engloutie et retrouvée en Sicile
Le bateau glisse sur une eau qui ne dépasse jamais l’épaule. De part et d’autre, des rectangles d’eau rose et blanche s’étendent jusqu’à l’horizon, coupés par les ailes immobiles de moulins à toits rouges. Sous la coque, par endroits, on devine une ligne plus sombre, rectiligne, qui file vers le large avant de se perdre dans le miroitement de la lagune : une route.
Palmyre romaine avant Zénobie : caravanes, taxes et dieux locaux
On ne pense à Palmyre qu’à travers une femme et une ruine. La reine qui défia Rome, les colonnades qui gisent aujourd’hui dispersées dans le sable et les communiqués de guerre. Mais avant Zénobie, avant même que quiconque songe à défier Rome, il y eut deux siècles d’une tout autre histoire.
Vingt-deux signes, l’alphabet phénicien
Dans une salle du Musée national de Beyrouth, un couvercle de calcaire porte, courant le long de son rebord, une ligne de signes gravés d’une main sûre. Il faut se pencher pour la suivre : elle part sur la tranche, tourne l’angle, se poursuit sur le plat. C’est une malédiction.
Catacombes du pourtour méditerranéen
On descend toujours de la même façon. Quelques marches taillées à même le banc de roche, une fraîcheur qui monte à la rencontre du visage avant même qu’on l’ait cherchée, l’odeur — cette odeur de cave, de pierre humide et de temps arrêté, qui est la même à Rome, à Syracuse, à Sousse, à Milos.
Gadir, ou la Méditerranée au bord de l’océan
Comptoir tyrien avant d’être ville espagnole : histoire longue d’une île qui vendit au monde le métal du bout du monde
Ibn Battûta : le bassin méditerranéen d’un voyageur de Tanger
Le vent de Tanger sent l’iode et la poussière de calcaire. En juin, la lumière tombe droit sur les terrasses blanches et la mer, en contrebas, n’a pas encore la couleur qu’elle prendra en août : elle est d’un bleu plat, presque gris, traversé de courants que les pêcheurs lisent comme des routes.
Alexandrie engloutie : archéologie d’une capitale par le fond
En 331 avant notre ère, Alexandre trace sur le sable le plan d’une ville qu’il ne verra jamais achevée, et la mer, qui devait faire sa fortune, finit par en prendre la meilleure part.
Felouques et dahabiehs : les voiles d’Assouan
Au soir, quand la chaleur se retire de la pierre, une felouque se détache de la rive d’Assouan et prend le large entre les îles. Le reïs, debout à l’arrière, tient l’écoute d’une main et la barre d’un pied nu ; il attend, sans hâte, ce moment précis où la voile cesse de battre et se remplit d’un coup.
Byzance féminin : impératrices, abbesses, courtisanes
On monte à la galerie de Sainte-Sophie par une rampe, pas par un escalier. C’est le premier renseignement que donne le bâtiment, et il est d’ordre social : les marches supposent qu’on grimpe avec ses jambes, la rampe suppose qu’on est porté.
Gizeh, port fluvial
Le tirage albuminé d’Antonio Beato montre une eau immobile, des palmiers doubles — ceux du rivage et ceux du reflet —, et au fond, à peine dessinée dans la brume argentique, la masse triangulaire d’une pyramide. La légende dit : crue du Nil. Elle dit aussi : offert au roi George V.














