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Dernières nouvelles du mondeLes îles des Princes, l’archipel des disgrâces
Le ferry part de Kabataş et met une heure et demie à traverser la mer de Marmara, ce qui est peu pour changer de monde. On laisse derrière soi le tumulte d’Istanbul, ses klaxons, ses seize millions d’habitants agglutinés sur deux continents, et l’on avance vers un chapelet de neuf îles couchées dans l’eau grise, dont quatre seulement se visitent.
Volubilis, Rome au bout du Maroc
La route de Meknès à Volubilis ne prévient pas. On roule une trentaine de kilomètres au nord de la ville impériale, entre des champs d’orge et des oliviers alignés comme une troupe au repos, et rien n’annonce que l’on approche d’un bout du monde.
Naucratis, le comptoir des Grecs dans le delta du Nil
Il y a des noms qui font plus de bruit que les lieux qu’ils désignent. Naucratis en est un. On l’énonce et l’on croit entendre le grincement des cordages, le heurt des amphores contre le flanc des barques, le grec ionien mêlé à l’égyptien sur un quai grouillant.
Byzance avant Constantinople : une modeste cité grecque du Bosphore
On oublie toujours qu’avant d’être le nombril du monde, Byzance a été un port de pêcheurs accroché à un promontoire, entre deux mers qui ne voulaient pas se ressembler. Le Bosphore, à cet endroit, se resserre comme une gorge : quelques encablures séparent l’Europe de l’Asie, et le courant y descend de la mer Noire avec une vigueur qui a longtemps découragé les marins peu aguerris.
Fernand Braudel et l’invention d’une histoire au temps long de la Méditerranée
Il faut commencer par un homme sans mer. Un baraquement de la Baltique, un hiver allemand, des châlits superposés, l’odeur de laine mouillée et de tabac gris. L’Oflag X‑C de Lübeck est un camp de représailles : on y regroupe les officiers français jugés indociles, les gaullistes, les évadés repris.
Mistra, la dernière capitale byzantine dans le Péloponnèse
On arrive à Mistra par le mauvais côté, c’est-à-dire par le bon. La route qui monte de Sparte traverse d’abord une plaine que l’on n’attendait pas si verte : des orangers en rangs serrés, des oliviers gris qui bougent à peine, des câpriers accrochés aux murets, et sur tout cela une lumière de fin d’après-midi qui pose les ombres bien à plat.
Trois tombeaux et pas un seul corps
Kathleen Martinez était avocate pénaliste à Saint-Domingue quand elle a décidé de traiter la disparition d’une femme morte depuis deux mille ans comme une affaire non résolue. Elle le dit elle-même, sans se forcer : elle n’a jamais eu de première formation d’archéologue, sa discipline c’est le droit criminel, et elle a pris Cléopâtre comme on prend un dossier.
Une lampe aux origines multiples
Un seau de perles posé par terre. Le premier bruit de l’atelier n’est pas celui du verre. C’est celui des perles. Un seau de plastique bleu, presque plein, posé contre le pied de l’établi. Quand la main y plonge pour en tirer une poignée, cela fait le son d’un ressac très court, très sec — un chuintement minéral qui s’arrête net.
Trois objets dans la pyramide de Khéops
Un crochet de cuivre, une boule de pierre, un fragment de cèdre : le seul butin jamais tiré de l’intérieur de la Grande Pyramide. Récit d’une dispersion qui va d’une nuit de 1872, à la bougie, jusqu’à une boîte à cigares oubliée dans les réserves d’un musée écossais.
Palimpsestes sacrés : ces édifices qui ont changé de dieu
Il existe une catégorie de bâtiments qui ne se laissent jamais réduire à une seule histoire. On y entre pour prier un dieu et l’on y devine, sous la chaux, sous les tapis, derrière les rideaux, la trace obstinée d’un autre.
Uluburun : le navire qui a coulé avec tout un monde à son bord
Vers 1320 avant notre ère, un bateau de quinze mètres sombre au large de la côte lycienne avec dix tonnes de cuivre, une tonne d’étain, du verre bleu cobalt, de l’ivoire d’hippopotame, de l’ambre de la Baltique et un scarabée d’or au nom de Néfertiti.
La Lycie, Kekova et Simena, ou la plus belle nécropole du monde
Il faut arriver à Kekova par la mer. C’est la seule entrée digne de ce nom, la seule qui respecte la logique du lieu. On embarque à Üçağız ou à Kaş, sur l’un de ces caboteurs de bois qu’on appelle ici gulet, et très vite le monde se réorganise : la côte se hérisse, se découpe, se replie sur elle-même en une succession de criques et de presqu’îles.
La pourpre de Tyr : Douze mille coquillages pour un gramme et demi
L’histoire commence par un chien, ce qui est déjà un mauvais présage pour la rigueur historique. Le chien appartient à Melqart — Héraclès pour les Grecs, qui ont toujours eu la manie de traduire les dieux des autres comme on traduit une facture.
Tous les empereurs romains d’Orient #2
İznik fait des carreaux. C’est une petite ville turque au bord d’un lac plat, on y vend des assiettes à touristes sous les platanes, et il y a autour d’elle une muraille romaine de cinq kilomètres, avec ses tours et ses portes triples, qui enferme aujourd’hui des vergers. On entre en ville par un arc de triomphe. Il n’y a rien derrière.
Tous les empereurs romains d’Orient #1
Il reste du monastère de Stoudios quatre murs et un sol. On y entre par une porte de grillage, dans un quartier d’Istanbul où les chats sont maigres et où personne ne monte, et l’on tombe sur une basilique sans toit dont le pavement de marbre continue de dessiner, sous l’herbe sèche, des cercles et des tresses que plus personne ne foule. C’est le plus vieux bâtiment chrétien de la ville. Il a servi mille ans.













