Uluburun
Le navire qui a coulé avec tout un monde à son bord
Vers 1320 avant notre ère, un bateau de quinze mètres sombre au large de la côte lycienne avec dix tonnes de cuivre, une tonne d’étain, du verre bleu cobalt, de l’ivoire d’hippopotame, de l’ambre de la Baltique et un scarabée d’or au nom de Néfertiti. Trois mille trois cents ans plus tard, un plongeur d’éponges le retrouve. Récit de la plus grande fouille sous-marine jamais entreprise, et de ce qu’elle nous apprend sur la première mondialisation de l’histoire.
Un plongeur d’éponges au large de Kaş
L’été 1982, sur la côte méridionale de la Turquie, un jeune plongeur d’éponges nommé Mehmed Çakır travaille les fonds au large d’Uluburun — le « Grand Cap » —, une avancée rocheuse et nue qui plonge dans la mer à quelques milles au sud-est de Kaş. Le métier est ancien, dangereux, et déjà moribond : les éponges se raréfient, les scaphandriers descendent de plus en plus profond, et les accidents de décompression ont laissé dans les villages de la région leur cortège d’hommes cassés. Çakır descend ce jour-là à plus de quarante mètres. Sur la pente sous-marine, entre les rochers, il aperçoit des objets qu’il ne sait pas nommer. De retour à bord, il en parle à son capitaine avec les mots qu’il a : il a vu, dit-il, des « biscuits de métal avec des oreilles ».
La formule est restée. Elle est d’une précision de poète. Ce que Çakır a vu, ce sont des lingots de cuivre dits « en peau de bœuf » — des plaques rectangulaires d’une trentaine de kilos, aux quatre coins étirés en anses, qui évoquent effectivement une peau de bête écartelée ou un biscuit muni d’oreilles pour la prise. La forme est caractéristique du commerce méditerranéen du Bronze récent, et les capitaines des bateaux d’éponges de Bodrum avaient été formés à la reconnaître. Depuis les années 1970, l’Institut d’archéologie nautique — l’INA, fondé par l’Américain George Bass, pionnier absolu de la discipline — menait dans la région un patient travail de sensibilisation auprès des plongeurs professionnels : on leur montrait des dessins d’amphores, de lingots, d’ancres de pierre, et on leur demandait de signaler ce qu’ils croisaient. Des dizaines d’épaves ont été localisées ainsi, par le bouche-à-oreille des hommes de la mer. Aucune ne vaudra celle-là.
Le capitaine de Çakır fait son rapport au musée de Bodrum. À l’automne 1982, une équipe de l’INA plonge sur le site pour vérification, puis y retourne l’été suivant. Le verdict tombe vite : à une profondeur comprise entre 44 et 61 mètres, sur une pente rocheuse abrupte, gît la cargaison d’un navire du XIVe siècle avant notre ère. C’est-à-dire l’épave la plus ancienne jamais découverte à cette date — elle le restera longtemps —, contemporaine de Toutânkhamon, des palais mycéniens et de l’empire hittite à son apogée. Un bateau qui naviguait quand Troie était encore debout.
Il faut mesurer ce que cela signifie. Les textes du Bronze récent — les archives d’Ougarit, les lettres d’Amarna, les tablettes hittites — parlent abondamment de commerce maritime, de cargaisons de cuivre, de cadeaux échangés entre rois. Mais les textes sont des mots, et les mots arrangent toujours un peu la réalité. Uluburun, c’est la réalité elle-même, saisie en flagrant délit : un navire marchand complet, avec sa cargaison intacte, ses objets de bord, les affaires personnelles de son équipage, figé au fond de la mer au milieu de son dernier voyage. Les archéologues parlent de « capsule temporelle ». L’expression est usée, mais ici elle est exacte au sens propre : tout ce qui se trouvait à bord ce jour-là s’y trouve encore, et rien d’autre.
Onze étés sous la mer
La fouille commence en 1984 sous la direction de George Bass, puis passe dès l’année suivante entre les mains de son élève Cemal Pulak, archéologue turc formé au Texas, qui y consacrera l’essentiel de sa carrière. Elle durera onze campagnes, jusqu’en 1994. Les chiffres donnent le vertige : 22 413 plongées, plus de 6 600 heures passées au fond, sans un seul accident grave. C’est, à ce jour, l’une des plus longues et des plus méticuleuses opérations d’archéologie sous-marine de l’histoire.
Car le site est hostile. La cargaison repose entre 44 et 61 mètres de profondeur — aux limites extrêmes de la plongée à l’air comprimé. À ces profondeurs, la narcose à l’azote guette : les plongeurs décrivent un état cotonneux, une euphorie dangereuse, l’ivresse des profondeurs qui ralentit la pensée précisément là où il faudrait qu’elle soit la plus vive. Chaque plongée est limitée à une vingtaine de minutes de travail effectif, deux fois par jour, suivies de longs paliers de décompression. L’équipe installe au-dessus du site une cloche de plongée téléphonique — une sphère d’air où les plongeurs peuvent, en cas de problème, se réfugier et parler avec la surface — et un campement à flanc de falaise, sur le cap lui-même, accroché aux rochers comme un nid d’hirondelles. Des générations d’étudiants en archéologie nautique du monde entier y passeront leurs étés, vivant à la verticale de l’épave, descendant chaque matin vers le Bronze récent comme on descend à la mine.
Le travail sous-marin lui-même relève de l’horlogerie. Chaque objet est photographié, dessiné, triangulé avant d’être déplacé. Les lingots de cuivre, soudés entre eux par trente-trois siècles de concrétions, doivent être dégagés au ciseau, parfois au marteau pneumatique, sans en briser un seul. Le sable est aspiré par des suceuses à air, tamisé, et le tamis livre des merveilles minuscules : perles, graines, arêtes de poisson, fragments d’or. Sur la pente, la cargaison s’est répandue en glissant : le navire a heurté le rocher, s’est couché, a dévalé. Reconstituer l’ordre du chargement à partir de ce chaos incliné est un puzzle en trois dimensions que Pulak et son équipe mettront des décennies à résoudre — les publications continuent de paraître aujourd’hui.
De la coque elle-même, il ne reste presque rien : le taret, ce mollusque foreur qui est aux bois immergés ce que la termite est aux charpentes, a dévoré l’essentiel. Mais le peu qui subsiste, protégé sous les lingots, suffit aux spécialistes. Le navire était construit en cèdre — le fameux cèdre du Liban, celui des textes égyptiens et de la Bible, le bois noble des chantiers navals levantins. Sa coque était assemblée « à franc-bord », les bordages joints par des tenons chevillés dans des mortaises : une technique sophistiquée, sans membrure porteuse, où la coque forme une coquille autostructurée. C’est la plus ancienne attestation de cette méthode, qui dominera la construction navale méditerranéenne pendant deux millénaires, jusqu’aux navires romains. Le bateau mesurait environ quinze mètres, jaugeait une vingtaine de tonnes, portait un mât unique à voile carrée. À bord, vingt-quatre ancres de pierre — des blocs percés, d’un type levantin —, dont le poids total dépasse trois tonnes : on en perdait souvent, il fallait de la réserve. Et, calé entre la cargaison et les bordages, du fagot de broussailles servant de fardage, pour protéger le bois des lingots. Le détail a fait frissonner plus d’un helléniste : dans l’Odyssée, quand Ulysse construit son radeau pour quitter l’île de Calypso, Homère précise qu’il le garnit de broussailles. Le poète, en composant ses vers quelque cinq siècles après le naufrage, décrivait des gestes de charpentier que l’épave d’Uluburun documente à la lettre.
Dix tonnes de cuivre, une tonne d’étain
Le cœur de la cargaison, c’est le métal. Trois cent cinquante-quatre lingots de cuivre en peau de bœuf, auxquels s’ajoutent plus d’une centaine de lingots plano-convexes en forme de galette : environ dix tonnes de cuivre pur. Les analyses isotopiques sont formelles — ce cuivre vient de Chypre, dont les mines du massif du Troodos alimentaient alors toute la Méditerranée orientale. Le nom même de l’île finira par se confondre avec celui du métal : Kypros, cuprum, cuivre. Dans les archives diplomatiques de l’époque, le royaume chypriote apparaît sous le nom d’Alashiya, et son roi écrit au pharaon des lettres où il s’excuse de ne livrer « que » cinq cents talents de cuivre, invoquant une épidémie qui a frappé ses ouvriers. Uluburun transportait l’équivalent de ces correspondances royales : du cuivre d’Alashiya par tonnes, empilé en quatre rangées transversales dans la cale, en quinconce, comme des tuiles.
À côté du cuivre, l’étain : environ une tonne, également sous forme de lingots en peau de bœuf et de barres. La proportion frappe immédiatement les métallurgistes — dix pour un, soit très exactement la recette du bronze classique, neuf parts de cuivre pour une part d’étain. Ce navire ne transportait pas des métaux : il transportait du bronze en kit. De quoi couler, a‑t-on calculé, onze tonnes d’alliage — assez pour équiper en armes et en armures cinq mille soldats. Au XIVe siècle avant notre ère, le bronze est la haute technologie universelle : les épées, les socs, les statues des dieux, les vaisselles des palais. Un chargement pareil est l’équivalent, toutes proportions gardées, d’un cargo de semi-conducteurs aujourd’hui.
Or l’étain pose depuis toujours une énigme. Il n’y en a pratiquement pas en Méditerranée. D’où venait donc le composant indispensable de toute la civilisation du Bronze ? La question a occupé les archéologues pendant un siècle, et c’est l’épave d’Uluburun qui a fini par livrer la réponse, en 2022, grâce aux progrès de l’analyse des isotopes de l’étain. L’étude, publiée dans Science Advances par l’équipe de Wayne Powell et Michael Frachetti, a établi que les deux tiers environ de l’étain du bord provenaient des gisements de Kestel, dans les monts Taurus, en Anatolie — à une semaine de marche de la côte. Mais le tiers restant venait de beaucoup, beaucoup plus loin : de la mine de Mušiston, dans les montagnes d’Asie centrale, aux confins de l’actuel Ouzbékistan et du Tadjikistan. À plus de trois mille cinq cents kilomètres du port d’embarquement.
Arrêtons-nous sur ce chiffre. Il signifie qu’au XIVe siècle avant notre ère — mille ans avant Alexandre, mille cinq cents ans avant que le mot « route de la soie » ait un sens —, du minerai extrait par de petites communautés pastorales des hautes vallées d’Asie centrale descendait de caravane en caravane, de vallée en vallée, à travers l’Iran et la Mésopotamie, jusqu’aux ports du Levant, où il était fondu en lingots standardisés et chargé sur des navires à destination de l’Égée. Ce que révèle l’étain d’Uluburun, c’est l’existence d’un réseau continental d’échanges, articulé non pas seulement par les empires, mais par une myriade d’acteurs modestes — bergers-mineurs, colporteurs, intermédiaires — dont aucune archive ne conserve les noms. La route de la soie avait un ancêtre : une route de l’étain, plus ancienne d’un millénaire, et le hasard d’un naufrage en Lycie en est le seul témoin matériel direct.
L’inventaire d’un monde
Mais réduire Uluburun à sa cargaison métallique serait passer à côté de l’essentiel. Car ce qui fascine, dans l’inventaire dressé par Cemal Pulak, c’est sa diversité géographique. Chaque matière première du bord a une origine différente, et leur simple juxtaposition dans une même cale dessine la carte d’un monde.
Il y a d’abord le verre : environ cent soixante-quinze lingots bruts, en forme de galettes tronconiques, d’un bleu cobalt profond, avec quelques exemplaires turquoise et lavande. Ce sont les plus anciens lingots de verre intacts jamais retrouvés. Le verre est alors une matière de luxe, un quasi-joyau, produit dans les ateliers d’Égypte et de Mésopotamie et exporté brut vers les ateliers qui le refondront en flacons, en perles, en incrustations. Les analyses ont montré que la composition de ces lingots correspond exactement à celle des verres bleus égyptiens de la XVIIIe dynastie et des perles mycéniennes : la chaîne de production, du lingot levantin au bijou de Mycènes, est reconstituée d’un bout à l’autre. Les lettres d’Amarna mentionnent d’ailleurs des livraisons de mekku et d’ehlipakku — des termes qui désignaient, on en est désormais à peu près sûr, précisément ce verre brut dont Uluburun portait cent soixante-quinze exemplaires.
Il y a ensuite la résine. Près de cent cinquante jarres dites « cananéennes » — ces récipients de terre cuite à deux anses, ancêtres directs de l’amphore grecque —, contenant pour la plupart de la résine de térébinthe : environ une demi-tonne de cette gomme odorante tirée du pistachier térébinthe, que les textes égyptiens appellent sonter et qui se brûlait comme encens dans les temples. L’Égypte en consommait des quantités considérables ; les scènes d’offrande des tombes thébaines montrent le pharaon présentant aux dieux des coupelles de résine enflammée. Une demi-tonne de parfum sacré, donc, voyageant à côté du métal des armes — la cale d’Uluburun tenait ensemble le temple et l’arsenal.
Il y a le bois : des billes d’ébène africain, ce que les Égyptiens nommaient hebeny — le mot est passé tel quel dans nos langues —, bois noir du Soudan et de l’Afrique orientale, remonté par le Nil, réservé au mobilier des rois. On en faisait des trônes, des coffrets, des lits funéraires ; le mobilier de Toutânkhamon, presque exactement contemporain du naufrage, en offre des exemples éclatants.
Il y a l’ivoire, sous ses deux espèces : défenses d’éléphant et dents d’hippopotame — plus d’une douzaine de ces dernières, ce qui rappelle opportunément que l’hippopotame vivait alors dans les marais du Levant, où il ne s’éteindra que vers l’âge du Fer. À bord également, des carapaces de tortue, dont on faisait des caisses de résonance pour les luths ; des coquilles d’œufs d’autruche, transformées en vases précieux ; des opercules de murex, utilisés en parfumerie ; de l’orpiment jaune d’Anatolie, colorant et poison ; des dizaines de milliers de perles de faïence, d’agate, de cornaline.
Et puis il y a l’ambre. Des perles d’ambre balte — l’analyse spectrographique est formelle, c’est bien de la succinite de la mer du Nord ou de la Baltique —, descendues de l’Europe septentrionale par les routes continentales, à travers les cultures danubiennes, jusqu’à l’Égée. Sur un seul et même bateau, l’Asie centrale (l’étain), l’Afrique tropicale (l’ébène, l’ivoire), la Baltique (l’ambre), Chypre (le cuivre), l’Égypte (le verre, l’or), le Levant (la résine, les jarres), l’Anatolie (l’étain du Taurus, l’orpiment). Il faudrait attendre les caraques portugaises du XVIe siècle pour retrouver, dans une seule cale, un pareil condensé de continents.
Le tamis des archéologues a même livré le garde-manger et les épices : coriandre, nigelle, sumac, carthame, amandes, pignons, figues, olives, raisins, grenades — des grenades entières, dont les graines se sont conservées. On imagine l’odeur de cette cale par gros temps : la résine, le cuivre, la saumure, les fruits mûrs. Les inventaires archéologiques ont ceci de troublant qu’ils finissent, à force de précision, par ressusciter des sensations.
Le scarabée de Néfertiti et le plus ancien livre du monde
Parmi les milliers d’objets remontés, deux ont acquis une célébrité particulière, et ils la méritent.
Le premier est un petit scarabée d’or massif, long de quelques centimètres, gravé au nom de Néfertiti — la grande épouse royale d’Akhenaton, le pharaon hérétique d’Amarna. C’est, à ce jour, le seul scarabée d’or connu au nom de la reine. Sa présence à bord a fait couler beaucoup d’encre, et pour cause : elle fournit un ancrage chronologique — le navire a coulé pendant ou après le règne d’Akhenaton, soit dans le dernier tiers du XIVe siècle — mais elle pose surtout une question délicieuse. Que faisait le nom de Néfertiti au fond d’une cale marchande ? L’objet a été retrouvé dans un lot d’or de récupération : bijoux cananéens cassés, pendentifs tordus, fragments destinés à la refonte. Le scarabée de la reine voyageait donc comme métal au poids, déchu de sa fonction d’amulette royale, promis au creuset. On a suggéré qu’après la damnatio memoriae qui frappa la famille d’Amarna, les objets au nom des « hérétiques » avaient perdu toute valeur symbolique et s’étaient dispersés dans les circuits de la ferraille précieuse. Il y a quelque chose de vertigineux dans ce destin : le nom de la femme la plus célèbre de l’Égypte, sauvé de la refonte par un naufrage, et rendu à l’histoire par un plongeur d’éponges.
Le second objet est plus discret encore, et peut-être plus émouvant. C’est un diptyque de buis : deux tablettes de bois articulées par des charnières d’ivoire, dont les faces internes, creusées, étaient destinées à recevoir une couche de cire sur laquelle on écrivait au stylet. Refermé, l’objet tient dans la main. C’est, en l’état de nos connaissances, le plus ancien « livre » du monde — le plus ancien support d’écriture articulé jamais retrouvé, l’ancêtre direct du codex, donc de tous nos livres. Homère, encore lui, mentionne dans l’Iliade une « tablette pliée » porteuse de « signes funestes » — celle que Bellérophon transporte sans savoir qu’elle contient sa propre condamnation. Les commentateurs anciens doutaient que l’écriture existât au temps des héros ; le diptyque d’Uluburun, contemporain de la Troie historique, leur donne tort. La cire a disparu, et avec elle le texte. On ne saura jamais ce qui s’écrivait à bord : manifeste de cargaison, lettre de créance, correspondance commerciale. Le premier livre de l’histoire nous est parvenu, mais pas sa première page.
Autour de ces deux vedettes gravite une constellation d’objets singuliers : un calice d’or à la forme parfaite ; un gobelet de faïence en tête de bélier ; une statuette de bronze plaquée d’or figurant une déesse levantine, le bras levé en geste de protection — la divinité tutélaire du navire, croit-on, censée le garder du naufrage, et dont l’échec professionnel aura du moins servi l’archéologie ; des sceaux-cylindres mésopotamiens, dont un vieux de plusieurs siècles déjà au moment du naufrage, héritage de famille ou antiquité de collection ; une trompette d’ivoire ; des poids de balance par dizaines.
Ces poids méritent qu’on s’y attarde, car ce sont eux qui disent le plus précisément ce qu’était ce bateau. On en a retrouvé près de cent cinquante, dont dix-neuf zoomorphes — taureau couché, canard tourné, mouche, sphinx —, de petits chefs-d’œuvre de bronze qui tenaient dans une paume. Ils se répartissent en plusieurs jeux complets, étalonnés sur les standards pondéraux du Proche-Orient, principalement le sicle syrien. Plusieurs jeux, donc plusieurs marchands : les spécialistes déduisent de ces ensembles qu’au moins deux négociants voyageaient à bord avec leurs balances personnelles, prêts à peser l’or et à convertir les unités d’un port à l’autre. Le change, la conversion, la commensurabilité des valeurs : tout l’appareillage mental du commerce international existait déjà, en bronze poli, dans les coffres de ce navire.
Les hommes du bord
Qui étaient-ils ? L’épave ne livre ni squelettes ni noms, mais les objets personnels parlent. Les jarres, les lampes à huile, les ancres, les poids, la statuette protectrice, la vaisselle du bord : tout cela est levantin, cananéen, syrien. Le port d’attache du navire se trouvait presque certainement sur la côte du Levant — les meilleurs candidats sont Tell Abu Hawam, l’ancêtre portuaire de Haïfa, au débouché de la plaine de Megiddo, ou plus au nord Minet el-Beida, le port d’Ougarit, la grande cité marchande de la côte syrienne dont les archives, retrouvées par ailleurs, décrivent exactement le type d’armateurs capables de monter une expédition pareille. L’équipage parlait donc vraisemblablement une langue sémitique du Nord-Ouest, priait des dieux levantins, mangeait à la mode cananéenne.
Mais il y avait d’autres passagers. Le mobilier du bord comprend un lot d’objets mycéniens qui ne relèvent pas de la cargaison : de la vaisselle d’usage, des épées et des poignards égéens, des sceaux, des perles de verre en relief typiquement mycéniennes, des rasoirs. Deux jeux à peu près complets d’effets personnels. Cemal Pulak en a tiré l’hypothèse, aujourd’hui largement admise, que deux Mycéniens voyageaient à bord — non comme marins, mais comme passagers de marque : des émissaires, des agents accompagnant la cargaison vers sa destination égéenne, peut-être chargés d’en garantir la livraison à quelque palais de Grèce continentale. Et l’inventaire réserve un dernier raffinement : une épée d’un type qu’on ne connaît ni au Levant ni en Égée, mais dans les Balkans ou en Italie du Sud, ainsi qu’un sceptre-masse de pierre d’un type danubien. Un troisième homme, venu de plus loin encore, mercenaire ou aventurier des marges septentrionales du monde mycénien ? L’archéologie s’interdit d’écrire des romans, mais elle laisse ici la porte entrouverte, et il serait discourtois de ne pas s’y glisser un instant : sur quinze mètres de pont, entre les jarres de résine et les lingots, se côtoyaient des Cananéens, deux Grecs et un homme du Nord, chacun avec ses dieux, sa langue et son couteau.
La destination, elle, ne fait guère de doute. La composition de la cargaison — métaux bruts, verre brut, matières premières de luxe — correspond trait pour trait à ce que les ateliers palatiaux mycéniens importaient ; les objets finis égéens sont rares à bord, signe que le navire allait vers l’Égée et non l’inverse. Quant à la route, elle suit la logique des vents et des courants, qui imposait en Méditerranée orientale un grand circuit antihoraire : du Levant, on remontait vers Chypre, puis on longeait la côte anatolienne vers l’ouest — la Lycie, précisément —, avant de basculer vers Rhodes, les Cyclades et la Grèce continentale ; le retour se faisait par la Crète et la Libye, porté par d’autres vents. Uluburun a sombré sur le segment lycien de ce circuit, dans des parages réputés dangereux où le vent du large jette les navires contre les caps. Une saute de vent, une nuit sans lune, un cap mal doublé : la mer n’a pas changé de méthodes.
Une querelle d’historiens réglée par le fond de la mer
Uluburun a d’ailleurs tranché — ou du moins puissamment relancé — l’un des grands débats de l’histoire économique ancienne. Pendant une bonne partie du XXe siècle, sous l’influence de Karl Polanyi et de son école, on a soutenu que le « commerce » n’existait pas à proprement parler dans les sociétés du Bronze : pas de marché, pas de marchands libres, seulement des échanges administrés par les palais et les temples, de la redistribution étatique déguisée en négoce. Les Mycéniens, dans cette vision, ne commerçaient pas : ils recevaient et envoyaient des cadeaux royaux, point. À l’opposé, George Bass, dès sa fouille de Cape Gelidonya en 1960 — cette autre épave du Bronze récent, trouvée à quelques dizaines de milles à l’est d’Uluburun —, défendait l’existence d’entrepreneurs privés levantins sillonnant la Méditerranée pour leur propre compte, ancêtres directs des Phéniciens. On l’avait beaucoup contredit : Gelidonya était un petit bateau de chaudronnier-ferrailleur ambulant, disait-on, un cas marginal dont on ne pouvait rien conclure.
Puis Uluburun est arrivé, et le dossier a changé d’échelle. Voilà un navire levantin — les ancres, la vaisselle du bord, la statuette protectrice ne laissent aucun doute sur la nationalité de l’armement — transportant vers l’Égée une cargaison digne des inventaires d’Amarna. La lecture « polanyienne » y voit la preuve d’un commerce d’État : seule une administration royale pouvait réunir dix tonnes de cuivre chypriote. La lecture de Bass y voit au contraire la confirmation que les circuits, même alimentés par les palais, étaient opérés par des professionnels levantins autonomes — et les archives d’Ougarit, avec leurs grandes maisons marchandes traitant d’égal à égal avec la couronne, plaident dans son sens. La vérité, comme souvent, est probablement mixte : une économie où le don royal, la commande palatiale et l’initiative privée s’emboîtaient sans se confondre, où le même bateau pouvait porter à la fois le cadeau d’un roi et la pacotille d’un second couteau. Les deux Mycéniens du bord surveillaient peut-être la part du palais ; les jeux de poids multiples suggèrent que d’autres, à côté, faisaient leurs propres affaires. Trois mille ans avant les compagnies des Indes, la frontière entre diplomatie, monopole d’État et négoce privé était déjà une zone grise — et déjà rentable.
Ce débat n’est pas une coquetterie académique. Il engage la manière dont on se représente les sociétés anciennes : machines hiérarchiques intégralement pilotées d’en haut, ou tissus d’acteurs multiples que les États chapeautent sans les absorber ? L’étude de 2022 sur l’étain a apporté à cette seconde vision un renfort inattendu venu des montagnes d’Asie centrale : la mine de Mušiston, ont montré Frachetti et son équipe, n’était contrôlée par aucun empire — elle était exploitée par de petites communautés pastorales, en marge de tout appareil d’État, qui négociaient leur minerai de proche en proche jusqu’aux plaines. Un tiers de l’étain du plus prestigieux chargement royal du Bronze récent provenait donc, en dernière analyse, de bergers indépendants. Les palais consommaient le système ; ils ne le possédaient pas.
Un monde de rois qui s’écrivent
Pour comprendre ce que transportait vraiment ce navire, il faut ouvrir les archives de l’époque — et par chance, elles existent. À Amarna, la capitale éphémère d’Akhenaton, on a retrouvé à la fin du XIXe siècle près de quatre cents tablettes d’argile : la correspondance diplomatique du pharaon avec les autres rois du Proche-Orient et ses vassaux du Levant. Écrites en akkadien, la langue internationale du temps, ces lettres décrivent un monde étonnamment familier : un club de grandes puissances — Égypte, Hatti, Babylone, Mitanni, Assyrie, Alashiya — dont les souverains s’appellent « mon frère », échangent des ambassadeurs, négocient des mariages dynastiques et surtout s’envoient des cadeaux somptueux qui sont la forme polie du commerce. Le roi de Babylone réclame de l’or « en quantité, car chez mon frère l’or est comme la poussière » ; le roi d’Alashiya expédie du cuivre par centaines de talents ; tous se plaignent de la mesquinerie des envois reçus avec une mauvaise foi réjouissante, qui rappelle que la diplomatie a toujours été l’art de quémander avec hauteur.
La cargaison d’Uluburun s’insère exactement dans ce cadre. Sa valeur — dix tonnes de cuivre, une tonne d’étain, le verre, l’ivoire, l’or — excède ce qu’on imagine d’une simple aventure commerciale privée ; plusieurs spécialistes, dont Pulak lui-même, penchent pour un envoi royal, un « cadeau » d’État expédié par un souverain levantin ou par l’Égypte à un roi de l’Égée mycénienne, les deux émissaires grecs du bord faisant office de convoyeurs. D’autres tiennent pour une entreprise marchande opérant sous licence palatiale, comme celles que décrivent les archives d’Ougarit, où de grands négociants — on connaît leurs noms, Sinaranu, Rap’anu — armaient des navires pour la Crète avec l’aval du roi et des exemptions de taxes. L’historien Eric Cline, qui a fait du Bronze récent sa spécialité, résume honnêtement l’état du dossier : on ignorera sans doute toujours qui a envoyé ce bateau, et pour qui. L’épave garde son connaissement par-devers elle — il était peut-être écrit sur la cire du diptyque.
Ce qui est certain, en revanche, c’est la date. La dendrochronologie — l’étude des cernes du bois, appliquée notamment au bois de fardage et à une brindille fraîchement coupée retrouvée à bord — combinée à la typologie des céramiques mycéniennes et au scarabée de Néfertiti, converge vers un naufrage aux alentours de 1320 avant notre ère, à une décennie près. Le monde qui a englouti ce navire avait encore un siècle et demi à vivre. Vers 1200–1180, tout le système s’effondre en une génération : les palais mycéniens brûlent, Ougarit est rasée, l’empire hittite se volatilise, l’Égypte se replie — la fameuse « crise du Bronze récent », cette énigme historique majeure où se mêlent invasions des Peuples de la mer, sécheresses, séismes et effets de dominos systémiques. Cline y a consacré un livre au titre efficace, 1177 avant J.-C. : le jour où la civilisation s’est effondrée, et sa thèse centrale éclaire rétrospectivement Uluburun : c’est précisément parce que ce monde était si interconnecté, si dépendant de flux lointains — l’étain d’Asie centrale, le cuivre de Chypre, le grain d’Égypte —, qu’il s’est effondré en bloc quand les routes se sont rompues. La cale d’Uluburun, avec ses matières venues de sept régions du monde, est à la fois le portrait de cette splendeur connectée et le diagnostic de sa fragilité. Toute mondialisation porte en elle la carte de son propre démantèlement.
Bodrum, le château où dort la cargaison
Pour voir Uluburun aujourd’hui, il faut aller à Bodrum — l’antique Halicarnasse, la ville d’Hérodote, ce qui ne gâte rien quand on part sur les traces d’un naufrage historique. Le trésor est conservé dans le château Saint-Pierre, la forteresse que les chevaliers Hospitaliers de Rhodes édifièrent au XVe siècle à l’entrée du port, en pillant au passage les blocs du Mausolée, l’une des Sept Merveilles du monde. Le lieu est déjà, en soi, un palimpseste : des pierres du IVe siècle avant notre ère remployées dans des murailles croisées, lesquelles abritent désormais une cargaison du XIVe siècle avant notre ère. Trois mille ans d’histoire méditerranéenne empilés dans un seul monument, face à une marina où s’alignent les goélettes de croisière.
Le château héberge depuis les années 1960 le musée d’Archéologie sous-marine de Bodrum, création conjointe de la République turque et de l’INA de George Bass, et le plus important établissement du genre en Méditerranée. Rouvert après une longue campagne de restauration au début des années 2020, il consacre à Uluburun ses salles maîtresses. On y trouve les lingots en peau de bœuf empilés comme dans la cale, les jarres cananéennes, les lingots de verre dont le bleu n’a rien perdu, le calice d’or, les poids zoomorphes, le diptyque, le scarabée de Néfertiti sous sa vitrine — et une reconstitution grandeur nature du navire, gréé, chargé, qui permet de mesurer d’un coup d’œil ce que quinze mètres de bois voulaient dire face à la haute mer. La scénographie a l’intelligence de montrer aussi la fouille elle-même : photographies des plongeurs suspendus dans le bleu au-dessus des rangées de lingots, plans de triangulation, outils. Car Uluburun est une double histoire — celle d’un naufrage de l’âge du Bronze, et celle de l’obstination de quelques centaines de personnes qui, pendant onze étés, ont passé six mille heures au fond de la mer pour le raconter.
Le visiteur pressé par les plages manque généralement le reste du musée, et il a tort : les salles voisines abritent l’épave de Cape Gelidonya — la première fouille sous-marine scientifique de l’histoire, menée par Bass en 1960, elle aussi un navire de commerce du Bronze récent, plus modeste, qui fut en quelque sorte la répétition générale d’Uluburun — ainsi que l’épave byzantine de Yassıada et la « princesse carienne » et son sarcophage. À lui seul, ce château résume la naissance d’une discipline : c’est ici, sur cette côte, entre plongeurs d’éponges et archéologues texans, que l’archéologie sous-marine est passée en une génération de la chasse au trésor à la science exacte.
Quant au site du naufrage lui-même, il est vide désormais — tout a été remonté, jusqu’au moindre pépin de grenade —, mais la Turquie a eu une idée dont on ne sait si elle relève du tourisme ou de la poésie expérimentale : une réplique de l’épave, lingots factices compris, a été immergée dans la baie de Kaş, à profondeur raisonnable, à l’intention des plongeurs sportifs. On peut donc aujourd’hui plonger sur une copie du plus ancien naufrage du monde, à quelques milles de l’original. Kaş, l’ancienne Antiphellos lycienne, est du reste devenue l’une des capitales méditerranéennes de la plongée, et il y a une justice discrète à ce que la petite ville doive une part de sa prospérité au bateau qui s’est brisé devant sa porte il y a trente-trois siècles. Le cap d’Uluburun, lui, n’a pas changé : un éperon de calcaire pelé, sans route, sans maison, battu par le même vent qui a perdu le navire. Les lieux du drame sont restés fidèles au poste.
Le reste d’un naufrage
Il y a un paradoxe fondateur de l’archéologie maritime, et Uluburun en est l’illustration la plus pure : le naufrage est une catastrophe pour ceux qui le vivent et une bénédiction pour ceux qui l’étudient. Tout ce qui est arrivé à bon port a disparu — fondu, consommé, brûlé, dispersé, recyclé. Le cuivre livré est devenu épées, puis les épées sont devenues socs, puis rouille. La résine livrée est partie en fumée vers les narines des dieux. Seule la cargaison perdue demeure. L’histoire du commerce ancien s’écrit presque exclusivement à partir de ses échecs, et notre connaissance la plus intime de l’économie du Bronze récent, nous la devons à une nuit de gros temps et à un timonier malchanceux dont nous ne saurons jamais le nom. Les historiens de la Méditerranée ont appris de Braudel à chercher, sous l’écume des événements, les structures lentes — les routes, les vents, les échanges, la longue durée. Uluburun est exactement cela : un événement de quelques minutes — un choc, une gîte, l’eau qui monte — qui a fossilisé une structure séculaire. L’instantané d’un flux.
Et quel flux. On a pris l’habitude de dater la « première mondialisation » des grandes découvertes, ou au mieux de la pax mongolica. Uluburun oblige à réviser sévèrement ce calendrier. Voici un navire du XIVe siècle avant notre ère dont la cargaison agrège des matériaux venus de la Baltique, d’Asie centrale, d’Afrique tropicale, d’Égypte, de Chypre, du Levant et d’Anatolie ; dont l’équipage est polyglotte ; dont les marchands manient des jeux de poids convertibles entre plusieurs standards internationaux ; qui transporte l’équivalent d’une lettre de change en métal et peut-être la correspondance qui va avec, sur le premier livre connu de l’humanité. Aucun des hommes du bord n’avait vu la Baltique ni le Zeravchan ; aucun mineur de Mušiston n’a jamais su que son étain finirait par armer des héros achéens. C’est la définition même d’un système-monde : personne n’en voit l’ensemble, et pourtant chacun y tient sa place. Il aura fallu vingt-deux mille plongées pour que quelqu’un, enfin, en voie l’ensemble — avec trois mille trois cents ans de retard.
Reste une dernière leçon, plus intime. Ce navire nous est connu dans un détail que n’atteindra jamais aucune biographie ancienne : nous savons ce que ses hommes mangeaient (des olives, des figues, des grenades, du poisson), comment ils pesaient (au sicle syrien), à quels dieux ils se confiaient (une déesse au bras levé, qui a coulé avec eux), sur quoi ils écrivaient (de la cire, dans du buis), et jusqu’à la broussaille qu’ils avaient coupée pour caler leur chargement. Nous ne savons pas leurs noms. L’archéologie a cette pudeur : elle restitue tout de la vie, sauf l’état civil. Sur la pente sous-marine d’Uluburun, entre 44 et 61 mètres, la Méditerranée a gardé pendant trente-trois siècles le portrait le plus complet jamais conservé d’un équipage anonyme — et c’est peut-être la meilleure définition qu’on puisse donner de cette mer : une archive qui ne rend ses dossiers qu’aux patients, et qui classe ses morts par cargaisons.
Repères
Le site. Le cap d’Uluburun se trouve à environ 8,5 km au sud-est de Kaş, province d’Antalya, Turquie. L’épave gisait sur une pente rocheuse entre 44 et 61 mètres de profondeur. Le site originel est aujourd’hui vide ; une réplique immergée est accessible aux plongeurs certifiés dans les environs de Kaş.
La fouille. Découverte signalée en 1982 par le plongeur d’éponges Mehmed Çakır ; expertise de l’Institute of Nautical Archaeology (INA) en 1982–1983 ; fouilles de 1984 à 1994 sous la direction de George F. Bass puis de Cemal Pulak (Texas A&M University), soit onze campagnes et 22 413 plongées.
La datation. Vers 1320 avant notre ère (dendrochronologie, céramique mycénienne HR IIIA2, scarabée de Néfertiti) — Bronze récent, contemporain de la fin de la période amarnienne en Égypte.
Le musée. Musée d’Archéologie sous-marine de Bodrum, château Saint-Pierre, Bodrum (province de Muğla). Salles dédiées à Uluburun avec réplique grandeur nature du navire ; voir aussi les salles Cape Gelidonya et Yassıada.
Pour aller plus loin
- Cemal Pulak, « The Uluburun Shipwreck: An Overview », International Journal of Nautical Archaeology, 27/3, 1998 — la synthèse de référence par le fouilleur lui-même.
- George F. Bass, « Oldest Known Shipwreck Reveals Splendors of the Bronze Age », National Geographic, décembre 1987 — le grand récit de la découverte, superbement illustré.
- Eric H. Cline, 1177 avant J.-C. Le jour où la civilisation s’est effondrée, La Découverte, 2015 — pour replacer Uluburun dans le système-monde du Bronze récent et sa chute.
- Wayne Powell, Michael Frachetti et al., « Tin from Uluburun shipwreck shows small-scale commodity exchange fueled continental tin supply across Late Bronze Age Eurasia », Science Advances, 8/48, 2022 — l’étude isotopique qui a résolu l’énigme de l’étain.
- William H. Moran (éd.), Les Lettres d’El-Amarna, Cerf, 1987 — la correspondance des rois du Bronze récent, indispensable arrière-plan documentaire.
- Fernand Braudel, Les Mémoires de la Méditerranée. Préhistoire et Antiquité, Fallois, 1998 — le maître, posthume, sur la Méditerranée d’avant les Grecs.
0 Comments