Jan 13, 2018 | Pipes d'opium |
Où il est question d’une insolente en pays fermé, de confessions bretonnes, d’une grotte à peine connue et d’un cœur allemand qui s’épanche en larmes.
Première pipe d’opium. Elle s’appelle Élodie Bernard. Née en 1984, elle a ramené dans ses valises un ouvrage paru sous le nom de Le vol du paon mène à Lhassa. Jeunesse insolente, visage frondeur, œil vif et perçant, un air de combattante, Élodie Bernard porte sur elle les stigmates d’une vie de voyageuse, mais au-delà de son écrit qui relève de l’exploit puisqu’elle s’est infiltrée dans le Tibet interdit en pleine période des Jeux Olympiques de Pékin alors qu’elle n’avait que vingt-quatre ans, c’est avant tout un style insolent et riche qui n’est pas sans rappeler la plume acérée de Nicolas Bouvier. Style enlevé, plein d’une rage sourde dans une Lhassa assiégée et muselée, elle emporte le lecteur dans son aventure clandestine au cœur d’une ville qui n’a plus rien à voir avec les circuits touristiques. Plus qu’une lecture de voyage, plus qu’un récit engagé qui sonne comme un affront au pouvoir central de Pékin, c’est avant un tout un beau et grand livre qui ne fait pas que raconter.

Elodie Bernard par Djamilla Cochran
Dans les déserts tibétains comme dans tous les déserts du monde, on pourrait rêver de courir librement à travers les espaces. Mais dans quelle direction aller ? Impuissant face à l’illimité de l’horizon, l’esprit se calme. On ne désire plus atteindre un point prochain, on apprécie le moment présent. On s’harmonise pour un temps avec la nature et on touche au bonheur. Le désir chez un individu conduit à un état de souffrance et d’insatisfaction perpétuelle, précisent les Écritures bouddhiques. L’instant de quiétude effeuillé devient alors une éclaircie, le signe avant-coureur d’un possible changement à venir. En paix avec lui-même, le corps est davantage disposé à l’accueil aux autres, non qu’il s’adapte à l’environnement, mais plutôt qu’il se renforce et se recentre. Je m’abandonne toute entière, saisissant au vol cet écho venu d’un autre horizon.
Elodie Bernard, Le vol du paon mène à Lhassa
Gallimard, 2010
Deuxième pipe d’opium. C’est bien connu, l’air de la Bretagne invite à la confession. [perfectpullquote align=“right” bordertop=“false”]Une ville tout ecclésiastique, étrangère au commerce et à l’industrie, un vaste monastère ou nul bruit du dehors ne pénétrait, où l’on appelait vanité ce que les autres hommes poursuivent, et où ce que les laïques appellent chimère passait pour la seule réalité.[/perfectpullquote] On le sait quand on a vu les reliques de Saint-Yves dans la châsse dorée qui trône sur l’autel qui lui est dédié dans la cathédrale de Tréguier, on le sait depuis qu’on a lu ces mots durs d’Ernest Renan, natif de la ville, parler de son aspect rude… On le sait aussi depuis que l’on a entendu la cloche de Minihy-Tréguier sonner dans la campagne du soir, dans cette petite église où j’ai entendu un jour une messe chantée par des gens qui n’avaient aucun sens de l’harmonie, quelle qu’elle soit. On le sait depuis que l’on n’entend plus la Micheline passer au fond du jardin. Sons de la Bretagne, bruissements de voix, rumeurs crapoteuses incertaines… Tout ce qui se dit en breton ou en français n’est pas bon à entendre. D’autant que la distance avec la capitale n’est pas si grande…
Il reste l’estran, l’horizon sans mer, des bateaux couchés sur le flanc au jusant, le souvenir des jours passés au bord de la mer avec les grands-parents, l’enfance lointaine repliée comme un mot d’amour caché dans un portefeuille. Tout le reste n’a aucune importance. L’air de la Bretagne invite à la confession.

L’estran à Plougrescant. Photo prise en 2008 mais depuis, rien n’a vraiment changé.
Troisième pipe d’opium. Hang Sơn Đoòng, la plus grande grotte du monde. Découverte en 1991 et explorée en 2009, c’est un des lieux les plus magiques du monde. Située au cœur du Vietnam, à la frontière avec le Laos, elle a été sculptée pendant des millénaires par les fleuves souterrains qui ont fait de ce lieu gigantesque une merveille qui cache encore des secrets. Faune endémique et forêts souterraines sont autant de miracles qu’on peut observer dans cette grotte qui est en fait un immense labyrinthe de 9 kilomètres de long et dont le point culminant souterrain s’élève à plus de 200 mètres de haut sur cent mètres de large, ce qui correspond aux deux tiers de la hauteur de la Tour Eiffel, ou à la hauteur d’un immeuble de 40 étages.

Hang Sơn Đoòng
Quatrième pipe d’opium. Wiewohl mein Herz in Tränen schwimmt pour finir. La passion selon Saint Matthieu (BWV 244) de Johann Sebastian Bach. Ce ne sont que quelques notes, un récitatif limpide qu’il faut écouter en fermant les yeux.
[audio:BWV0244-18.xol]

Ce sera tout pour aujourd’hui car parler trop n’est en rien une vertu. Allongez-vous ici, fermez les yeux, laissez-vous bercer par l’onde gracieuse, laissez les autres s’empêtrer dans leurs mensonges crasseux, le soleil fait enfin son apparition.
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Jan 7, 2018 | Pipes d'opium |
Aujourd’hui, ces pipes d’opium ne sont dédiées qu’à une seule personne ; le photographe néo-zélandais Brian Brake. Et il n’y a pas grand-chose à en dire, car les mots ont parfois du mal à commenter les photos. Brake est un personnage de l’ombre, même s’il fût décoré de l’OBE (Order of British Empire), un personnage discret qui travailla sur des sujets géographiquement proches de son pays natal. Sa première grande œuvre, c’est Monsoon qu’il rapporta d’Inde en 1960 et qui fut publiée dans Life et Paris-Match. La plupart des sujets couverts restent centrés sur l’Asie et ce qui attrape immédiatement le regard, ce sont ces fascinantes couleurs qui font de ses clichés des témoignages intemporels, à la dynamique forte…
Première pipe d’opium. La jeune fille sous la mousson. Même si la photographie est un tantinet controversée (il s’agit en réalité d’une actrice et non d’une paysanne), c’est certainement la photo la plus représentative de Brake, évoquant la part d’érotisme contenue dans la littérature indienne.

Deuxième pipe d’opium. Je ne sais pas où a été prise cette photo, mais elle fait partie d’une série sur le monde de la Rome antique. Un jeu de lumière fantomatique dans les brumes du matin.

Troisième pipe d’opium. Restaurant de chiao-tzu dans la rue Liulichang à Pékin. Photo prise en 1960, en pleine politique du Grand Bond en Avant qui occasionnera les plus grande famine qu’aura connu la Chine. Une photo prise sur le vif, un instantané de vie plein de sens.

Quatrième pipe d’opium.Une église russe dans les vapeurs du matin hivernal. Une ambiance et des couleurs plus vraies que nature.

Cinquième pipe d’opium. Cérémonie bouddhiste des offrandes aux morts inconnus à Kyoto en 1964. Toute la magie du Japon, ses feuilles d’érables colorées et son cérémonial très codifié.

La photo d’en-tête a été prise dans un stade japonais, où un chauffeur fait le spectacle pour emporter le public.
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Jan 1, 2018 | Sur les portulans |
Tandis que la course folle des nuages poussés par le vent ne s’arrête que lorsque je ne regarde plus par la fenêtre, je me souviens d’un nom comme d’un mantra, le nom d’un des avatars de Vishnu. Narasimha (नरसिंह). L’homme (nara) lion (simha). Drôle de personnage que ce quatrième avatar de Vishnu qui avait bercé une de mes chaudes nuits au cœur de Bangkok. Je me souviens précisément de cette nuit particulièrement chaude à l’hôtel Le Tada pendant laquelle je dévorais le livre de Catherine Clément, Promenade avec les dieux de l’Inde où Narasimha, selon la tradition du Bhagavata Purana (भागवतपुराण), extermina l’anti-dieu dont le petit nom sonne comme celui d’un mignon petit chien à poil long ; Hiranyakashipu. Narasimha est pour moi le symbole de la ruse dont sont capables les dieux de l’Inde face aux règles innombrables et parfois facétieuses de la loi. Pour prendre connaissance de cette histoire pour le moins cocasse, laissons-nous embarquer par Catherine Clément, qui, en d’autres temps, nous emmenait sur les chemins des dieux sur France Culture.
[…] Il est le roi des anti-dieux. Les anti-dieux, en sanskrit Asura, qu’on peut traduire par « démons », sont des rebelles en lutte contre les Deva. D’un côté les Deva, de l’autre les Asura. Et celui-là, Hiranyakashipu, est le plus puissant des anti-dieux.
Le propre des anti-dieux, c’est que, jaloux des dieux, ils sont toujours prêts à leur prendre le pouvoir. Mais lorsqu’un anti-dieu se livre à suffisamment de pratiques macératoires dans le but d’obtenir satisfaction, on n’a pas le choix, on est obligé de lui céder. Personne n’a le choix. C’est la loi du yoga, et non celle des poissons.
Hiranyakashipu, qui connaît son monde, commene à faire des austérités pour obtenir les faveurs de Brahma. Il pratique notamment l’ascèse des Cinq Feux, et il dégage tellement de chaleur autour de lui que les Deva demandent à Brahma de s’occuper de l’importun. Brahma et personne d’autre. C’est la loi ! Puisque l’importun prie Brahma, c’est à Brahma de s’en occuper.
Obéissant aux règles, Brahma apparaît donc à Hiranyakashipu qui obtient ce qu’il veut. Il a tout prévu. Hiranyakashipu obtient l’invulnérabilité.
Mais attention ! Conformément au règlement, l’invulnérabilité que demande le roi des anti-dieux est précisément définie. Il a mûrement réfléchi, ce roi. Quoi qu’il advienne, Hiranyakashipune sera tué ni par un homme ni par un animal, ni par une créature de Brahma, ni de jour ni de nuit, ni sur terre ni en l’air. L’Asura pense qu’ainsi, il est bien protégé. (On va le voir, il se trompe.) Ce n’est pas tout. Hiranyakashipu obtient également l’égalité avec Brahma et il obtient enfin de pouvoir pratiquer des ascétismes que personne d’autre ne pourra pratiquer — c’est une garantie.
Brahma dit oui à tout. Comme patron des brahmanes, il est obligé d’accepter les demandes d’un ascète. Il fait de plus en plus chaud ! Les Deva, qui suffoquent, sont pris au piège. Alors, qui peut les sauver ?
En cas de danger absolu, Vishnu prépare un de ses avatars. Nous sommes dans un danger absolu. Vishnu va donc se charger de l’importun dont les exercices ascétiques déclenchent une chaleur formidable.
En tous les cas, puisque l’adversaire a tout prévu et qu’il est invulnérable, il va falloir ruser. Vishnu prévoit donc de « descendre » sous une forme inattendue, (on ne sait pas encore laquelle) mais seulement, décide-t-il, quand le fils d’Hiranyakashipu sera maltraité par son père au point de risquer la mort.
Vishnu a ses raisons. Hiranyakashipu déteste profondément Vishnu, mais il a un fils qui déteste son père. Naturellement, en bonne logique, ce fils est en adoration devant Vishnu.
Furieux de la trahison de son fils, Hiranyakashipu commence à le maltraiter. Il le jette à l’eau ligoté, en vain ; il lui fait toutes sortes de misères, en vain. L’enfant survit. Il finit par le mettre à l’épreuve et le somme de renoncer à Vishnu, ou de périr. En vain. Le fils tient bon. Vishnu apparaît lorsque le malheureux enfant risque d’être mis à mort.
Il apparaît sous la forme d’un homme à tête de lion — donc ni homme ni animal. Il apparaît au crépuscule — donc ni jour ni nuit. Il attrape Hiranyakashipu et le tue sur ses cuisses — ni sur terre ni en l’air.
Vishnu n’est pas une créature de Brahma. Cet homme à tête de lion qu’on appelle Narasimha n’est pas non plus une créature de Brahma. L’anti-dieu n’est pas tué par un animal, ni par un homme ni par une créature de Brahma, ni de jour ni de nuit, ni sur terre ni en l’air. Les dieux de l’Inde ont cette particularité d’être extrêmement pointilleux sur le règlement.
Lié par les accords entre Brahma et l’anti-dieu, Vishnu les contourne. Sans concessions : il déchire l’anti-dieu tout vivant.
Catherine Clément, Promenade avec les dieux de l’Inde
Editions du Panama, 2005
En-tête : Narasimha et Hiranyakashipu (1820–1840) 24.5 x 12.8cm, miniature indienne.
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Jan 1, 2018 | Passerelle |
Étonnamment, en français, Chine et chien sont des anagrammes. Ce qui ne signifie pas grand-chose, somme toute. Toutefois, le sinogramme 吞 signifie hirondelle alors qu’elle représente une maison avec un double toit. C’est en tout cas ce que ça laisse paraître, car en réalité, c’est un sinogramme représentant ce qui se trouve au-dessus de l’homme, au sens métaphorique. L’hirondelle, par définition, se trouve au-dessus de l’homme…
Tout ceci, sera l’occasion, certainement, de l’apprendre cette année. J’aurais effectivement pu approfondir le turc, langue chantante et douce, même si j’ai quelques rudiments qui me permettent de comprendre le sens d’une phrase, le bahasa Indonesia qui sonne si joliment comme des bruits de mobiles en bambou dans le vent d’une vallée, avec ses mots doubles et ses 6 façons de dire bonjour, le farsi avec ses voyelles longues et fines comme de la soie verte, ou encore le thaï an avec ses 44 consonnes et ses innombrables voyelles qu’on place avant la consonne de sa syllabe ou qu’on n’écrit parfois pas, ses diphtongues tout aussi nombreuses et ses signes diacritiques, sans parler des tons descendants ou ascendants. J’aurais pu apprendre l’arabe comme je me l’étais promis, mais la vie n’est en rien terminée, elle commence hier. Finalement, c’est le chinois mandarin (汉语) que j’ai choisi pour débuter l’année du chien de terre (戌).
Elle commence à peine. En Chine et dans tous les pays qui utilisent un calendrier luni-solaire, elle commencera le 16 février, jour de la deuxième nouvelle lune depuis le solstice d’hiver, quand le soleil se trouvera dans le signe du verseau. On peut la souhaiter bonne et heureuse, aux gens qu’on aime, c’est une convention, une tradition un peu obligatoire au premier jour de l’année. A ceux qui nous indiffèrent ou qu’on déteste, on ne saurait leur souhaiter une mauvaise année, même si l’on n’en pense pas moins… Quoi qu’il en soit, à tous, indifféremment, d’une manière universelle, on ne peut que souhaiter la lumière. Sans la lumière, on ne peut voir et lorsqu’on ne voit rien, tout nous interdit et tout nous est interdit. Tout le reste ne compte pas vraiment. Alors simplement…
過年好
Illustration © Wu Guanzhong (吴冠中)
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Dec 29, 2017 | Archéologie du quotidien |
Les fins d’années finissent toutes par se ressembler un peu. D’autres sont un peu plus violentes, d’autres plus douces, mais elles ont toutes la même caractéristique de ressembler à une pause entre deux morceaux de vies, comme une transition dans laquelle énormément de choses se jouent. Et c’est précisément là qu’il faut se montrer vigilant, dans les recoins, dans les détails, afin que les choses ne dérapent pas. Il fait si gris et si sombre dehors, si humide, qu’il faut encore pendant la journée, les matins surtout, laisser quelques lumières allumées pour pouvoir ne pas sombrer dans la plus profonde des mélancolies. Les ombres et les fantômes peuvent facilement s’insinuer entre les portes mal fermées, dans les courants d’air les plus imperceptibles. Il suffit simplement d’être attentif, de garder ses sens en éveil.
[audio:Giovanni-Francesco-Anerio-Dio-ti-salvi-Maria-(Rome-1617).mp3]
Giovanni Francesco Anerio : Dio ti salvi, Maria (Rome, 1617)
Sacred music for the poor (Santa Maria in Vallicella, Rome, c.1600)
Concerto Romano, Alessandro Quarta
Alors voilà. La lumière est allumée en permanence, comme un feu entretenu avec patience, les yeux restent ouverts, je regarde par la fenêtre, je guette que le ciel soit toujours là, que rien ne bouge, que rien ne me déstabilise… être certain que tout soit encore bien en place. An unfortunate sequence of glitches… Le vent a tout emporté, la pluie s’est remise à tomber et les quelques feuilles mortes qu’il restait sur le sol ont été emportées je ne sais où, mais ce qui se passe dehors n’est pas mon affaire. Ce qui se passe dedans ne l’est pas tellement plus, à vrai dire. Mon affaire est ce qui se situe à la lisière, dans les espaces de confinements, dans les écarts, les fissures. Tout le reste n’est que du patinage… ou du tourisme (ce n’est pas moi qui le dis…).

Michelangelo Merisi dit Le Caravage — La Madone de Lorette (ou Madone des Pèlerins), c.1603–06 — Huile sur toile, 260 x 160 cm, Rome, Basilique Saint-Augustin
Ce tableau du Caravage renferme un secret. Ce n’est en rien une scène biblique mais une scène profane qui parle de l’humilité des pauvres. D’ailleurs, l’enfant que tient la Vierge n’est pas véritablement un enfant ; beaucoup trop grand pour être encore porté, il est également suffisamment lourd pour ne pas être porté avec autant de légèreté. Ce qui en ressort, une fois de plus, c’est que la peinture n’a jamais cherché à reproduire la réalité. Ce n’est pas de ça dont il est question.
J’aime ces belles journées lumineuses où la clarté froide et tranchante du soleil baigne une nature encore dégoulinante d’humidité, des journées où l’air sent le bois brûlé et les feuilles en décomposition. J’ai comme l’impression de n’avoir pas avancé d’un pouce encore cette année, mais je sais que ce n’est qu’une étrange farce, une pantalonnade qui fait qu’on se voile à soi-même ses propres réalisations. Il s’est bien joué des choses, qu’on ne voit pas forcément ; encore une fois, ce n’est que dans les écarts qu’on aperçoit la réalité des choses, dans les distorsions.
Encore une année que je laisse derrière moi. Je n’en garde plus rien. Tout ce qui s’est passé cette année n’aura plus lieu l’année prochaine, je fais table rase, j’efface tout et il n’en restera rien, c’est mieux ainsi et pour tout le monde. Il neigeait tout autour et j’ai regardé les gens tomber. Quant à la nostalgie, elle ne fait que faire ressortir les plus belles choses de la vie ; les mauvais souvenirs font rarement partie de ce que l’on aime se remémorer. Cette nouvelle année qui s’ouvre sera belle parce qu’elle sera difficile — ce qui demeure trop facile n’est finalement qu’accessoire —, elle sera pleine d’images et de couleurs, de musique, de magie, de mots sortis de nulle part, d’incartades dans les univers lumineux. Il est plus que temps de faire du ménage.
Photo d’en-tête © Joey Pilgrim
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