Mots d’un vocabulaire oublié X

Avertissement: billet à haute teneur en mots rares et précieux, sauvés de l’oubli.

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PLEctre

Un plectre est un dispositif permettant de pincer ou gratter les cordes d’un instrument. Il est généralement appelé médiator (« onglet » en Belgique, « pic » ou « pick » au Québec, « pick » en anglais) dans le domaine de la guitare, de la mandoline et des instruments semblables : il s’agit alors d’un petit accessoire que l’on tient entre le pouce et l’index. On appelle onglet le type de plectre utilisé aussi pour les instruments ou les styles requérant l’utilisation individuelle de plusieurs doigts pour gratter les cordes (ex : « fingerpicking country », cithare, kânun, etc.). Celui-ci s’enfile sur le bout du doigt.

Peinture murale de la nécropole thébaine, vers 1420 – 1411

Putto

Putto (putti au pluriel) est un terme architectural italien désignant sur une façade la statue d’un nourrisson joufflu et moqueur. Il s’agit presque toujours d’un garçon et parfois d’un ange. Les putti peuvent se trouver essentiellement sur les monuments de la Renaissance italienne, en particulier sur tous les bâtiments relevant du baroque sicilien, dont ils constituent l’une des caractéristiques principales. Le personnage du putto est inspiré de l’art de la Grèce antique, mais fut redécouvert et réutilisé au début du Quattrocento. Ce sont des anges symbolisant l’amour.

Putti peints par Raphaël dans la Chapelle Sixtine (1513)

Rudenture

Ornement en forme de câble ou de bâton uni ou sculpté dont on garnit les cannelures d’une colonne ou d’un pilastre dans leur partie inférieure.

Sardoine

La sardoine (du grec ancien σάρδιον / sárdion, probablement « de la ville de Sardes ») est une pierre de couleur rouge-brun, plus ou moins translucide. Il s’agit en fait d’une variété de calcédoine.
On en trouve un usage dans l’art islamique et dans l’art byzantin. En outre, les artistes du Moyen Âge ont beaucoup apprécié la reprise d’objets orientaux en sardoine, et leur ont ajouté une monture d’orfèvrerie : le vase d’Aliénor du trésor de la basilique de Saint-Denis, actuellement conservé au musée du Louvre, en est un exemple.

Coupe des Ptolémées, 1er siècle avant ou après J.C.
Cabinet des Médailles

Etonnant vase-camée. Cette somptueuse pièce du trésor de Saint-Denis aurait été offerte également à l’abbaye par le roi Charles le Chauve. Elle est taillée dans un seul bloc de sardoine et frappe par sa virtuosité technique, l’équilibre de la forme dans l’espace, le jeu sur les différentes couleurs de la pierre. Sait-on encore de nos jours façonner la sardoine ? La tradition rapporte qu’elle servait lors du sacre des reines de France. Elle faisait donc partie de ce qu’on appelle les regalia. Le décor en haut-relief évoque les préparatifs d’une cérémonie dionysiaque. Sur chacune des faces, une table chargée de vases et les branches d’un arbre auxquelles sont étrangement suspendus des masques bachiques. Datant du 1er siècle avant ou après J.C., ce canthare antique pourrait être l’œuvre d’un atelier d’Alexandrie. Il fut transformé en calice par une riche monture d’orfèvrerie, à l’époque de Charles le Chauve, fondue lors d’un vol en 1804.
Cercle Hernani

Scaphé

Le scaphé (ou skaphe, scaphium ou scaphion) est un objet de type cadran solaire dont on dit qu’il a été inventé par Aristarque de Samos (IIIè siècle avant J.-C.). Il consiste en une boule hémisphérique portant une gnomon à l’intérieur, dont le sommet ne dépasse pas la forme de l’hémisphère. Douze inscriptions gravées à la perpendiculaire de l’hémisphère indiquent les heures du jour. C’est à l’aide de cet instrument qu’Eratosthène de Cyrène mesura la longueur de l’arc méridien compris entre les deux tropiques.

Scaphé réalisé par Georg Hartmann en 1539 à Nuremberg, laiton doré
Musée d’histoire des sciences, Oxford

Stylobate

Stylobate en architecture désigne :

  • Un piédestal supportant une colonnade, comportant moulure, base et corniche régnant sur le pourtour d’un édifice.
  • Le degré supérieur constituant l’emmarchement dans certains cas d’architecture grecque avec péristyle ou faux-péristyle de pilastres.
  • Un soubassement décoré de moulure et formant un avant-corps suivant les ressauts d’une façade. Certains soubassements réunis et continus sont dénommés stéréobate.

stylobate incurvé du Parthénon d’Athènes

Transi

Contrairement au gisant représentant un personnage couché et endormi, dans une attitude béate ou souriante, le transi est une sculpture funéraire qui figure un personnage également couché, mais ici dans le réalisme de la putréfaction. De façon exceptionnelle, ce transi, comme celui du duc René dans l’église Saint-Étienne à Bar-le-Duc, sculpté par Ligier Richier, est debout, son écu lissé, et tendant son cœur à pleine main vers le ciel.

Apparu dans ce XIVe siècle où guerre (celle de Cent Ans), peste et famine ont emporté la moitié de la population, le transi marque une cassure dans l’art funéraire du Moyen Âge. L’horreur et les vers, la putréfaction et les crapauds remplacent — brutalement — sourires, heaume ou hennin. Guillaume de Harcigny ne joint pas les mains dévotement, mais tente, de ses phalanges sèches, de cacher un sexe pourri depuis longtemps. Le cardinal Lagrange exhorte le passant non à prier pour lui, mais à faire preuve d’humilité, car tu seras bientôt comme moi, un cadavre hideux, pâture des vers.
Le terme transi apparaît au XIIe siècle dans l’acception de « transi de vie », c’est-à-dire « trépassé ». La religion populaire, empreinte de magie, en fait un saint à invoquer dans les cas désespérés. On trouve un bon exemple de ce culte à Ganagobie dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Seules certaines régions sont touchées par le remplacement des gisants par des transis. Ainsi en est-il de l’Est de la France et de l’Allemagne occidentale. En revanche, le transi demeure exceptionnel en Italie ou en Espagne.

Transis de Louis XII et d’Anne de Bretagne,
à Saint-Denis, par Giovanni di Giusto Betti

Orthostate

Un orthostate ou orthostat (nom masculin) désigne, dans l’architecture gréco-romaine, chacun des blocs de pierre dressés de chant, en une ou plusieurs rangées, à la base des murs.
Dans le cadre de l’architecture antique, les orthostates sont des blocs de pierre parallélépipédiques beaucoup plus hauts que profonds, habituellement établis au-dessous de l’élévation d’assise de parpaings.
L’usage du terme a été généralisé dans la description architecturale de beaucoup de cultures. Parfois entouré d’un simple filet, l’orthostat est généralement dépourvu de décor sculpté, à part dans quelques palais assyriens, comme à Khorsabad.
Le terme est également employé pour désigner des pierres dressées, plantées verticalement, comme les menhirs mégalithiques, ou plus généralement, les pierres individuelles qui font partie d’une structure mégalithique plus grande, comme les murs des allées couvertes ou les composants verticaux des trilithes, comme à Stonehenge.

Scène de chasse au lion, orthostate du palais de Ninive représentant Assurbanipal,
conservée au British Museum

Architektôn

Architektôn, littéralement « maître charpentier » : le mot est employé pour la première fois au Vè siècle, dans l’œuvre de l’historien Hérodote, alors que les poèmes  homériques, au VIIiè siècle, ne connaissaient que le tektôn, « menuisier » ou « charpentier », soit l’ouvrier par excellence. Tel quel, le terme suffit à faire comprendre que dans le monde grec l’architecte est issu du milieu des artisans.

Marie-Christine Hellmann, L’architecture grecque
Livre de poche, collection Références


La première mention connue du mot architecte, αρχιτεκτων (αρχι-archi, chef de – et de τεκτων – tekton, charpentier.), apparaît au Ve siècle av. J.‑C. dans le livre d’Hérodote, Histoires (3, 60) décrivant le tunnel de Samos: « l’architecte chargé de ce travail fut le Mégarien Eupalinos, fils de Naustrophos ». Hérodote utilise ce mot pour le constructeur du pont de bateaux permettant de franchir l’Hellespont en -513 (Histoires 4,88): “Darius Ier fut très satisfait de ce pont de bateaux et récompensa richement son architecte, Mandroclès de Samos”. Pour Hérodote, le mot architecte donné à Eupalinos qui est un des “auteurs des trois plus grands ouvrages que possède la Grèce” ou à Mandroclès de Samos n’a pas pour lui le sens qu’il a pris aujourd’hui, c’est plus un technicien de la construction ou un ingénieur. (source Wikipedia)

Les bronzes de Riace

Ils sont moins connus que leurs collègue, l’aurige de Delphes et le dieu du Cap Artémision, mais ils font partie de la même famille (dont il ne reste que quatre membres) des grands bronzes arrivés jusqu’à nous dans leur intégralité. Le guerrier A et le B ont été retrouvés au large de Riace, en Calabre, en 1972 par un plongeur amateur, sur le lieu d’un apparent naufrage, et sont conservés au Museo Nazionale della Magna Grecia (ou musée de Reggio di Calabria). Continue reading

Les Dieux qui entendent

Cette plaque tout à fait étonnante en marbre blanc retrouvée au Sérapeion de Thessalonique et datant du Ier siècle av. J.-C. est en réalité une plaque votive ou ex-voto, donnée en remerciement d’un acte miraculeux ou d’une bénédiction. Une oreille gauche et deux oreilles droites, largement différenciées, sont sculptées en haut-relief et symbolisent l’irruption du sacré dans la réalité (épiphanie) en la personne des trois dieux vénérés à Thessalonique et récupérés de la mythologie égyptienne ; Isis, Sérapis et Harpocrate (forme tardive d’Horus enfant). Ces oreilles sont l’expression des dieux qui « entendent » les prières des fidèles, Theoi epèkooi (Θεοι επηκοοι) et exaucent leurs souhaits. Un très bel objet qui n’est pas sans rappeler le symbolisme fort des piliers hermaïques, et qui a été exposé lors de l’exposition Alexandre le Grand et la Macédoine antique au Louvre.

Tombes secrètes (Cléopâtre, Marc-Antoine, Alexandre III de Macédoine et Saint-Philippe)

Des fouilles menées entre 2008 et 2009 sur le site d’Abousir, autrefois Taposiris Magna, non loin d’Alexandrie, ont révélé la présence d’une statue de granit noir représentant certainement le roi grec d’Égypte Ptolémée IV. Si le temple était considérée comme de peu d’importance, les fouilles récentes ont démontré l’existence d’un cimetière dans lequel une douzaine de momies ont été mises au jour, ainsi qu’une vingtaine de tombes et près de deux cents squelettes. Le caractère sacré du lieu ainsi que l’époque d’ensevelissement laissent présager que ces tombes pourraient avoir accueilli les corps de la très célèbre reine Cléopâtre VII Thea Philopatôr ainsi que celle de son amant, le général romain Marc-Antoine. Ils auraient été enterrés dans cet endroit pour éviter le vandalisme et conserver le lieu sacré dans une période de troubles politiques importants. La découverte dans ces tombes taillées dans le calcaire d’un petit buste en albâtre de toute beauté ainsi que d’un masque funéraire d’homme et de vingt-deux pièces à l’effigie de la reine laissent penser qu’il s’agirait bien de ces deux tombes. Voir l’article du National Geographic.

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Mots d’un vocabulaire oublié IX

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Grecquage

Le grecquage est une des étapes du processus de la reliure. Elle consiste à entailler sur le dos du volume à l’aide d’une scie à main. Ces entailles recevront les nerfs qui ne seront dès lors plus saillants par rapport au dos des cahiers.
Après avoir ballotté le volume par le dos et par la tête, afin de bien égaliser les cahiers, le relieur le place entre deux membrures, qui sont des ais plus épais d’un côté que de l’autre, d’une façon telle que le volume sorte de 6 à 8 millimètres ; il le place dans la presse et le serre très légèrement. Comme les membrures sont plus épaisses du côté du dos que du côté de la tranche, elles serrent davantage le dos et tiennent le volume mieux assujetti. Ensuite il fait avec la scie les entailles nécessaires d’une profondeur égale au diamètre des nerfs. Au-dessus de la première grecque, et au-dessous de la dernière, il donne un léger coup de scie pour loger la chaînette.

Grènetis

Ornement constitué d’un rang ou d’un semis de petits grains en relief sur un fond. Dans l’art des médailles, le grènetis désigne plus particulièrement le rang de petits grains en relief situé au bord des monnaies, des médailles et des jetons ; le grènetis limite ainsi l’usure du métal sur les bords. Le grènetis (ou greneté), composé de grains hémisphériques en demi-relief ou en haut relief (à peu près trois quarts de sphère), est obtenu de plusieurs manières : soit en repoussant une feuille de métal avec un outil dont l’extrémité a la forme du grain que l’on veut obtenir, le métal ressortant ainsi de l’autre côté (dans ce cas le grain est creux) ; soit en fondant le fond et son décor de grains (préparé en creux dans le moule) ; soit encore en matriçant une plaque de métal épaisse avec une empreinte (ou matrice) où la forme du grain est en creux (dans les deux derniers cas le grènetis est plein). De tout temps, le grènetis a servi à orner non seulement des médailles, mais des pièces d’orfèvrerie ou de bijouterie.

Ignudo

Vient de l’italien, adjectif nudo, signifaint “nu”, pluriel ignudi. Ignudo est le mot inventé par Michelange pour décrire les vingt figures mâles assises qu’il a incorporées dans les fresques de la voûte de la chapelle Sixtine. Chacun d’entre eux représente la figure de l’homme de manière idéalisée, dans un mélange de classicisme antique et d’une représentation moderne du héros nu. Inutile de dire qu’aucune de ces représentations a quoi que ce soit à voir avec la Bible.

Kylix

Dans la Grèce antique, un kylix (en grec ancien κύλιξ / kúlix) est un vase peu profond et évasé utilisé pour déguster du vin lors des symposia.

Manufacture typique des ustensiles de banquet, coupe de libations et objet de jeux de cottabe, il connaît une diffusion maximale à partir du VIe et jusqu’à la fin du IVe siècle avant notre ère, quand le canthare, l’élégant calice à volutes des rituels de Dionysos, reprit sa place comme coupe à vin la plus répandue.

Note: La racine indo-européenne du mot Calice est *K°lik- = coupe, vase. On la retrouve dans le sanskrit Kalásas (coupe, pot) et Kalika (bouton de fleur), en grec ancien Kúliks (coupe), en latin calix (coupe, vase à boire).

Œnochoé

Œnochoé attique à figures rouges : scène de sacrifice
Vers 430 – 425 avant J.-C. Athènes
Argile, H. : 21,5 cm. ; D. : 17 cm.
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. Musée du Louvre

Dans la Grèce antique, une œnochoé (prononciation correcte : /enɔkɔe/ ; courante et peu recommandée : /ø-/ ; du grec ancien οἰνοχόη / oinokhóê, d’οἶνος / oĩnos, le « vin », et χέω / khéô, « verser ») est un pichet à vin qui sert à puiser le vin dans le cratère — où il a été coupé à l’eau — avant de le servir.

Ce type de vase se caractérise par une anse unique et une taille allant de 20 à 40 cm. On distingue classiquement plusieurs types suivant la forme de l’embouchure et de la panse. Le plus courant (type 1) possède un bec tréflé. Le type 8 ressemble aux chopes modernes, avec un corps cylindrique et une embouchure à lèvre. L’apogée de l’œnochoé se situe à la période géométrique. Elle se fait plus rare pendant la figure noire. C’est cependant sur l’œnochoé à figures rouges archaïque que se fonde cette classification, élaborée par John Beazley.

L’autre type de vase à verser est l’olpè.

Patène

Asie Mineure, Xe – XIe siècle
Patène : Crucifixion, Bronze gravé, traces d’étamage
D. : 24 cm. ; H. : 35 cm.
Département des Objets d’art, Musée de Louvre.

La patène, du latin patena, plat, dérivant lui-même du grec patani, écuelle, est un objet liturgique de la religion chrétienne. Dans les Églises d’Orient, on l’appelle “discos” (disque).
Il s’agit d’une petite assiette en métal doré, sur laquelle le prêtre, lors de l’offertoire pendant la célébration eucharistique, pose l’hostie, c’est-à-dire le pain qu’il va consacrer et qui va devenir le Corps du Christ.
Avant et après la messe, la patène est posée sur le calice, si bien que patène et calice, désignés aussi vases sacrés, sont généralement fabriqués par un même artisan. Avant leur première utilisation, les vases sacrés sont consacrés avec le Saint chrême.
Autrefois très richement décorées, les patènes tendent, dans le catholicisme et depuis la réforme liturgique des années 1960-1971 à devenir beaucoup plus épurées. Ne pas confondre avec patère.
On peut voir une patène et un calice représentés sur deux mosaïques monumentales de la basilique Saint-Vital de Ravenne (VIe siècle). L’une est offerte à l’église par l’empereur Justinien et l’autre par l’impératrice Théodora. Ces offrandes solennelles célèbrent le retour à la communion orthodoxe et la libération de la ville après un épisode de domination arienne.

Phorminx

La phorminx (en grec ancien φόρμιγξ / phórminx) est un instrument de musique à cordes, ancêtre de la lyre, qui servait en Grèce antique à accompagner les chants des aèdes. Elle était réputée avoir été inventée par Hermès avec une carapace de tortue et des boyaux de bœuf.

Piriforme


Aiguière à tête de taureau
XIe – XIIe siècle, Iran, Khurasan
Alliage de cuivre martelé, décor gravé
Département des Arts de l’Islam, Musée du Louvre

Du latin pirus, poire et du suffixe -forme. Qui est en forme de poire.

spondée

En poésie, le spondée (du latin spondeus) est un pied, c’est-à-dire un élément métrique composé de deux syllabes longues.
En poésie latine, le spondée est d’usage fréquent.
Il peut facilement remplacer un dactyle ou un anapeste. En effet, la syllabe longue valant deux brèves, ces trois mètres comptent chacun quatre temps. Il n’y a donc pas de changement de longueur au final.
Il apparaît donc régulièrement à l’intérieur du très commun hexamètre dactylique où il remplace l’un ou l’autre dactyle, voire le trochée final.

Suovetaurile

Dans la Rome antique, le suovetaurile désignait un sacrifice de purification, où l’on immolait trois victimes mâles, un porc (sus), un mouton (ovis) et un taureau (taurus) à Mars afin de bénir et de purifier la terre.

C’était un des rites traditionnels les plus sacrés de la religion romaine : on conduisait en procession solennelle ces trois animaux autour de l’endroit ou de l’assemblée qu’il fallait purifier, puis on les égorgeait.

Le détail du rituel nous est parvenu grâce à Caton l’Ancien : la première étape consistait à mener les trois animaux autour des limites de la terre à bénir, en prononçant les paroles suivantes :

Cum divis volentibus quodque bene eveniat, mando tibi, Mani, uti illace suovitaurilia fundum agrum terramque meam quota ex parte sive circumagi sive circumferenda censeas, uti cures lustrare.
(« Je t’ordonne, Manius, de promener cette triste victime autour de mon domaine et de ma terre, soit en totalité, soit seulement sur la partie que tu jugeras à propos de purifier, afin qu’avec l’aide des dieux le succès couronne mes entreprises »)

Le sacrifice est alors affectué, et la prière à Mars doit être faite :

Mars pater, te precor quaesoque uti sies volens propitius mihi domo familiaeque nostrae, quoius re ergo agrum terram fundumque meum suovitaurilia circumagi iussi, uti tu morbos visos invisosque, viduertatem vastitudinemque, calamitates intemperiasque prohibessis defendas averruncesque; utique tu fruges, frumenta, vineta virgultaque grandire beneque evenire siris, pastores pecuaque salva servassis duisque bonam salutem valetudinemque mihi domo familiaeque nostrae; harumce rerum ergo, fundi terrae agrique mei lustrandi lustrique faciendi ergo, sicuti dixi, macte hisce suovitaurilibus lactentibus inmolandis esto; Mars pater, eiusdem rei ergo macte hisce suovitaurilibus lactentibus esto
« Mars notre père, je te conjure d’être propice à moi, à ma maison et à mes gens; c’est dans cette intention que j’ai fait promener une triple victime autour de mes champs, de mes terres et de mes biens, afin que tu en écartes, éloignes et détournes les maladies visibles et invisibles, la stérilité, la dévastation, les calamités et les intempéries : afin que tu fasses grandir et prospérer mes fruits, mes grains, mes vignes et mes arbres : afin que tu conserves la vigueur à mes bergers et à mes troupeaux, et que tu accordes santé et prospérité à moi, à ma maison et à mes gens. Aussi, pour purifier mes champs, mes terres et mes biens, et pour faire un sacrifice expiatoire, daigne agréer ces trois victimes à la mamelle que je vais immoler. Mars notre père, agréez dans ce but ces trois jeunes victimes. »

Du pain doit ensuite être offert, et les paroles dites simultanément :

Eiusque rei ergo macte suovitaurilibus inmolandis esto.
(« Sois glorifié par cette victime suovitaurilienne. »)

Si la divinité n’est pas apaisée, le propriétaire doit refaire le sacrifice en disant :

Mars pater, siquid tibi in illisce suovitaurilibus lactentibus neque satisfactum est, te hisce suovitaurilibus piaculo.
(« Mars notre père, si quelque chose t’a déplu dans ce sacrifice des trois jeunes victimes, accepte en expiation ces trois autres. »)

Les suovetaurilias peuvent avoir un caractère public ou privé : ainsi les fermes étaient bénites par des suovetauriles ruraux et privés lors de la fêtes des Ambarvales en mai. En revanche, des suovetauriles publics solennels étaient faits tous les cinq ans lors des cérémonies de lustration.

De même, lorsqu’un temple était détruit, le site devait en être purifié par un suovetaurile afin qu’il puisse être reconstruit.

Un suovetaurile était également offert pour bénir l’armée partant en campagne .

La Ménade de Scopas

Elle vient de la terre, des profondeurs sacrées de la terre de Grèce et des arcanes du IVè siècle avant Jésus-Christ. Nées des orgies de Dionysos, les Ménades sont des femmes possédées personnifiant les esprits sauvages de la nature. Vêtues de peaux de bêtes, d’un bruyant thyrse et d’un tambourin, elles paradent aux côté des satyres dans les thiases dionysiaques. Toujours ivres, en proie au délire de la transe, elles sont tatouées sur le visage et lorsque le délire le plus extrême les saisit, elles deviennent folles, s’attaquent aux voyageurs qui s’aventurent sur les routes au mois d’octobre et les démembrent pour les dévorer.
Dans la statuaire grecque classique, elle est toujours représentée les bras écartés, entrainés par la danse, les jambes placées de telle sorte qu’on la croit bondissante comme un cabris, les vêtements agités par le mouvement et les cheveux au vent. Celle du sculpteur Scopas porte en elle un grâce toute particulière, sauvage, primitive.

La poitrine fortement tendue vers l’avant, sa tunique est défaite au point que des épaules jusqu’au genou, ce n’est qu’une seule chair, subrepticement interrompue par une ceinture fine et cette chair montre une fesse musclée, tendue par la position et la naissance de la région pubienne sous le voile léger et transparent qui parcourt l’intégralité de son corps. Derrière, une cambrure osée, suggestive, la femme a la tête rejetée en arrière, les yeux révulsés dans une attitude d’abandon total. Sa chevelure relâchée n’a plus cette forme classique bien rangée, mais c’est la chevelure d’une femme en extase. Cette sculpture est d’une audace folle et l’on rêve à ce que pouvait être l’œuvre dans son intégralité ; ses mouvements indiquent qu’elle devait être d’une jolie finesse emportée dans un mouvement dynamique. Il ne nous en reste qu’une belle partie qui laisse toutefois songeur…

La première femme nue

On dit de l’Aphrodite de Cnide qu’elle est la première représentation nue d’une femme en Occident. Plus qu’une statue en particulier, c’est un modèle de statues posant dans un style à part, défini par le sculpteur Praxitèle dans un mouvement de modernisation des canons de Polyclète. Il existe plusieurs de ces Aphrodite, la plus connue étant l’Aphrodite Braschi conservée à la Glyptothèque de Munich. Ce type de statue montre un appui sur la jambe droite comme dans toute la statuaire du second classicisme, une plastique généreuse et réaliste mettant en avant les plis sensuels de la peau, une torsion de la ligne des épaules qui n’est pas parallèle à celle des hanches, la main gauche tenant un vêtement et la droite cachant son sexe — la main placée devant son sexe, l’a-t-on cru longtemps, désigne le sexe plutôt qu’elle ne le cache, car en effet, le fait de désigner signifie que c’est Aphrodite, déesse de la beauté, de la féminité et de la fécondité.
Selon la légende, Praxitèle exécuta deux mêmes copies, l’une nue, l’autre dite pudique. La première fut vendue à la ville de Cnide (en Turquie), l’autre à Cos. Avec cette statue, c’est à la fois l’histoire de l’art, des mœurs et de la sensualité qui fait un bond énorme…

Photo © Virtuelles Antiken Museum
de l’Archäologisches Institut Göttingen

Quinze mille sept cent fois

Enlèvement de Briséis. Achille, sous sa tente, ayant à ses côtés Ulysse et Diomède,
assiste plein de courroux à l’enlèvement de Briséis par Hermès. Chant I. 320-350. Peinture d’une kylix (British Museum)

Quinze mille sept cent fois dans l’Iliade, Homère, laissant l’expiration emporter sa voix sous la dictée de la Muse, énonce son vers ailé soutenu par les six temps forts et soulevé par la mélodie propre des mots. Quinze mille sept cent fois, Homère, dans le même système, change lorsqu’il chante. Chaque mot possède sa propre manière d’entrer dans la ronde des dactyles. Chaque syllabe se place sur le temps, en opposition, à l’attaque, à la fin, dans le phrasé ascendant de la mélodie, ou sur la contrepente, et s’étire sur sa voyelle longue, se resserre sur la brève ; parfois encore, se resserre sur la brève en donnant l’illusion de la longue, ou en marchant à rebours de toutes les règles, parce qu’aucune langue ne se laisse réduire à un schéma, et la langue d’Homère encore moins que celle de ses imitateurs.
Dire le grec ancien avec la quantité des voyelles, le jeu rythmique des syllabes, la mélodie de l’intonation, une échelle harmonique, les silences, où la parole retentit et se recharge, procure les plus grandes joies, parce qu’on y suit le déroutant Homère, qui s’emploie à surprendre son monde. Homère assemble — ce serait même l’étymologie de son nom —, et ce fils du fleuve — Mélésigénès, « fils du fleuve Mélès », d’après les vies anciennes — se contredit dans son perpétuel devenir !

Philippe Brunet
traducteur de l’Iliade – 2010 Seuil