Tombes secrètes (Cléopâtre, Marc-Antoine, Alexandre III de Macédoine et Saint-Philippe)

Des fouilles menées entre 2008 et 2009 sur le site d’Abousir, autrefois Taposiris Magna, non loin d’Alexandrie, ont révélé la présence d’une statue de granit noir représentant certainement le roi grec d’Égypte Ptolémée IV. Si le temple était considérée comme de peu d’importance, les fouilles récentes ont démontré l’existence d’un cimetière dans lequel une douzaine de momies ont été mises au jour, ainsi qu’une vingtaine de tombes et près de deux cents squelettes. Le caractère sacré du lieu ainsi que l’époque d’ensevelissement laissent présager que ces tombes pourraient avoir accueilli les corps de la très célèbre reine Cléopâtre VII Thea Philopatôr ainsi que celle de son amant, le général romain Marc-Antoine. Ils auraient été enterrés dans cet endroit pour éviter le vandalisme et conserver le lieu sacré dans une période de troubles politiques importants. La découverte dans ces tombes taillées dans le calcaire d’un petit buste en albâtre de toute beauté ainsi que d’un masque funéraire d’homme et de vingt-deux pièces à l’effigie de la reine laissent penser qu’il s’agirait bien de ces deux tombes. Voir l’article du National Geographic.

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La seule statue de Cheops

C’est un triste coup du coup du sort que de penser que celui qui fut le plus grand bâtisseur, c’est-à-dire celui qui fit bâtir la plus grande et la plus haute des pyramides du monde égyptien, connu sous le nom de Chéops (Khufu), dont on pense, sans certitude, que le sphinx allongé au pied de sa pyramide a été exécutée avec son visage pour médèle, c’est un triste coup du sort que de penser que sa pyramide a été pillée dès la période de l’Ancien Empire et qu’il ne reste plus de lui que cette statue, son seul portrait connu, exposé au British Museum, et aussi l’une des représentations les plus petites de pharaon de cette période, puisqu’elle mesure exactement… 7,5cm.

Lettres d’Amarna

Des récents événements partis d’Égypte me remontent des envies de voyage. Les livres s’étalent sur la table, les cartes sont à nouveau dépliées, je compulse les guides dans tous les sens, de manière frénétique. Évidemment, d’ici à ce que la situation redevienne stable, il va se passer du temps, de quoi préparer un voyage certainement, mais ma soif de partir est la plus forte et devient presque irrationnelle. Elie Faure, l’historien de l’art, fait partie de ces instants, et je ressors des notes prises au hasard de ce voyage littéraire qu’il m’offrit l’année dernière, que j’avais dignement appelé Lettres d’Amarna… Tell el-Amarna, capitale mythique des époux dissidents Akhenaton et Nefertiti (dont le superbe buste de Berlin fit la renommée)…

Sarcophage de Ramsès III

Elie Faure revient dans sa préface sur le peu de place qu’occupe l’art égyptien dans son “histoire de l’art”, il nous explique que s’il en a finalement si peu à dire, c’est que celui-ci ne fait absolument montre d’aucune espère de fantaisie…

Sarcophage en bois peint

Je rougis presque d’avoir consacré plusieurs chapitres à l’art grec, ou italien, ou français, alors que l’Égypte tient dans un seul, et non point le plus long de tous. Mais, à la réflexion, il me semble qu’il ne pouvait en être autrement. L’art égyptien est si hautain, si hermétique, si fermé de toutes parts, si profondément solitaire, si décidé à se suffire à lui-même, n’accueillant jamais le détail pittoresque, l’anecdote, l’accident, ne soupçonnant même pas qu’il puisse émouvoir, il est aussi, avec cela, dans sa simplicité ardente, si humain, que je trouve aussi difficile d’épiloguer sur n’importe laquelle de ses réalisations que sur ses Pyramides par exemple, alors qu’il est impossible de ne pas expliquer longuement les formes figurées dont le drame et le mouvement sont le prétexte essentiel. (p77) Continue reading

Sobek à Kom Ombo

Toujours c’est quelque temple enfoui dans les sables jusqu’aux épaules et qu’on voit en partie, comme un vieux squelette déterré. Des dieux à tête de crocodile et d’ibis sont peints sur la muraille blanchie par les fientes des oiseaux de proie qui nichent entre les intervalles des pierres. Nous nous promenons entre les colonnes. Avec nos bâtons de palmier et nos songeries, nous remuons toute cette poussière. Nous  regardons à travers les brèches des temples le ciel qui cassepète de bleu. Le Nil coulant à pleins bords serpente au milieu du désert, ayant une frange de verdure à chaque rive. C’est toute l’Égypte.

Gustave Flaubert, in Correspondance

Les faveurs de Néfertiabet

Stèle : la princesse Néfertiabet devant son repas

Stèle : la princesse Néfertiabet devant son repas. Ancien Empire, 4e dynastie, règne de Khéops (2590-2565 av. J.-C.). Musée du Louvre

La pyramide était entourée de plusieurs petites, dont les bases subsistent encore. On y reconnait aisément la situation de celle qu’Hérodote dit avoir été bâtie par la fille de Chéops, au frais de ses amants, qui payaient chacune de ses faveurs d’un bloc de pierre d’Éthiopie. Cette pyramide n’avait, selon notre auteur, qu’un phletre de base, c’est-à-dire soixante-sept pieds et demi ; elle était donc beaucoup plus petite que celle dont nous venons de parler ; mais je me suis convaincu que c’était parce que les pierres en étaient moindres, et non pas parce qu’il y en avait moins. Cependant en ne prenant que la moitié du nombre marqué ci-dessus, nous aurons cent-soixante sept mille trois cents quatre-vingt trois faveurs et demie, somme qui, pour une jeune princesse, paraîtra toujours assez considérable.

Jean-François Champollion

Un esprit chagrin serait en droit de se demander qui est le pingre qui y est allé d’une seule demi-faveur (et l’esprit encore plus chagrin répondra certainement : “tous”)

Délices du Caire et de la nuit d’orient

Source BNF

De la nuit cairote, je ressens encore les odeurs et les couleurs, la poussière du désert sur les trottoirs, je revois les murs de terre sèche, le Nil majestueux reflétant à l’infini un soleil écrasant. Visite guidée parmi les rayonnages de la bibliothèque.

Avec Gaston Maspero et son Guide du visiteur au Musée du Caire (1902). Une visite virtuelle dans le célèbre musée par un égyptologue de renom.

Cinq mois au Caire et dans la Basse Égypte / par Gabriel Charmes, 1880, un texte suave et moderne. Continue reading

Fruits sucrés du passé

Louis VIII par Henri Lehmann,
château de Versailles

Le roi de France Louis VIII, dit Le Lion, fils de Philippe-Auguste, mari de Blanche de Castille et père du futur Louis IX, plus connu sous le nom de Saint-Louis, était un homme d’une piété exemplaire. Son histoire est tragique. Parti en croisade contre les Albigeois soutenus par Raymond VII, comte de Toulouse (gravement suspecté de ne pas avoir voulu cautionner le massacre des hérétiques Cathares), il mène ses troupes aux portes d’Avignon qui finira par tomber puis aux portes de Toulouse. Mais l’hiver, ses maladies et les désertions auront raison de son armée. Le Roi de France Louis VIII sera frappé par la dysenterie.
Il lui aurait pourtant suffi de prendre le traitement qu’on recommandait à l’époque pour chasser le mal : coucher avec une jeune vierge, mais le Roi était pieux et refusa. Il mourut en 1226 dans d’atroces souffrances (près de la nationale 9), à Montpensier. Entre la dysenterie et coucher avec la vierge, mon cœur balance.

En parlant de pieux, voici une petite anecdote qui appartient également à l’Histoire.
Mamelouk (مملوك) est un terme arabe qui signifie possédé. Les mamelouks n’étaient ni plus ni moins que d’anciens esclaves qui se constituaient en milices au service d’un calife ottoman. Ils envahirent l’Égypte à partir de 1250 et malgré le fait qu’ils étaient de grands bâtisseurs (et pilleurs également) et des artistes hors-pair, laissant leur trace dans tous les plus beaux monuments de l’Égypte ayyubide, ils n’étaient pas spécialement réputés pour leur délicatesse comme en témoigne l’origine de leur nom. Leurs occupations consistaient surtout à passer à peu près tout le monde au fil de leur lame recourbée. Leurs supplices préférés étaient al-tawsit et al-khazuq.
Al-khazuq consiste à empaler les corps, tandis que al-tawsit consiste à les découper en deux à partir de l’abdomen. Une raffinement suprême.

Je ne me lasse jamais de ces petits faits qui font la grande histoire…

Kom ash-Shuqqafa

Imaginez-vous marcher dans les rues d’Alexandrie en 1900 derrière un âne. L’âne marche d’un air débonnaire et soudain disparait de l’horizon, englouti par un trou béant qui s’est ouvert sous son poids. C’est apparemment le scénario qui s’est déroulé le jour où ont été découvertes les catacombes de Kom ash-Shuqqafa (Kom-el-Chouqafa – la colline aux tessons), non loin du canal el Mahmoudiya. Cet immense hypogée est le plus grand site archéologique mis à jour à Alexandrie et demeure le dernier vestige de la religion égyptienne, même si le style en est clairement romain, et la décoration dans un style typiquement gréco-romain caractéristique d’Alexandrie. Construit à la fin du Ier siècle, il a été utilisé pendant près de trois siècles. Ce sont en tout 300 tombes qui ont été mises à jour, réparties sur trois niveaux dont le plus bas est aujourd’hui inondé et impraticable, à 35 mètres sous terre, le tout entièrement creusé dans la roche. Le lieu est organisé autour d’une grande rotonde qui dessert toutes les pièces, tombes principales comme d’autres plus récentes. L’ensemble est composé d’un puits par lequel on passait les corps, la rotonde, la salle principale, toute un bordée de loculi (niches) et un triclinium, une salle de banquet destinée aux invités. Les premiers archéologues à y entrer trouvèrent de la vaisselle et des amphores encore pleines de vins.

L’époque de construction de cet hypogée correspond avec le moment où la ville d’Alexandrie ne sait pas quelle religion adopter, tiraillée entre les prémisses d’un christianisme hésitant, le panthéisme de Rome ou d’Athènes et les anciennes croyances égyptiennes. On voit mêlé dans la tombe disques solaires, statues d’Anubis (dieu dévoué au passage vers le pays des mort) affublée de la queue de serpent d’Agathos (Agathodaemon, αγαθος δαιμων) et vêtu comme un légionnaire  romain. On y voit également des peintures représentant l’enlèvement de Perséphone par Hadès et la momification d’Osiris. La confrontation des différents styles a toujours quelque chose d’un peu étrange parfois, pour ne pas dire ridicule. Le haut-relief d’Anubis stylisé “à la grecque”, avec muscles saillants et pose maniérée, le tout mêlé à la représentation dans laquelle s’exprime le refus de tourner le corps est singulièrement inappropriée, mais c’est un témoignage des temps troublés, entre deux eaux.

  1. The Catacombs of Kom el-Shuqafa, the “Mound of Shards,” Part I: An Introduction and the First Level by Zahraa Adel Awed
  2. The Catacombs of Kom el-Shuqafa, the “Mound of Shards,” Part II: The Second Level and the Main Tomb by Zahraa Adel Awed
  3. The Catacombs of Kom el-Shuqafa, the “Mound of Shards,” Part III: The Hall of Caracalla (Nebengrab) by Zahraa Adel Awed

Message perso : page 453

Petits miracles entre nous

Photo © Andy Hares

Quelqu’un de très cher m’a offert un guide touristique de l’Égypte. Le guide Geo pour ne pas le nommer. Pendant longtemps, j’ai évité le rayon tourisme des librairies, dédaigneux, me disant que la seule littérature valable pour voyager était celle des écrivains voyageurs, leurs trop nombreux ouvrages d’expérience, mais j’ai laissé ces idées au rencart et je pense à présent que rien ne vaut un guide de voyage pour plonger directement au cœur du sujet.
Aussi, à la fin du premier paragraphe de la page 413 concernant l’oasis de Siouah, je relève quelques mots qui piquent ma curiosité comme l’aiguillon d’une vive en plein mois d’août.

Depuis un siècle, l’histoire de l’oasis serait consignée dans le mystérieux Manuscrit de Sioua, compilation de récits parfois ancestraux, gardé secret.

Photo © Walid Hassanein

Selon toute vraisemblance, on m’a toujours caché l’existence de ce document et je trouve ça vexant. Du coup, j’ai cherché par moi-même sur Internet, mais rien ne m’est apparu pertinent. En outre, je me vite trouvé dévié par le courant et j’ai atterri sur le site de Gallica que je n’avais pas consulté depuis des lustres. Beaucoup de choses ont changé et surtout, le fonds s’en trouve considérablement augmenté. J’ai trouvé ce livre au titre interminable : Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l’histoire : ou Recueil des relations originales inédites, communiquées par des voyageurs français et étrangers ; des voyages nouveaux, traduits de toutes les langues européennes ; et des mémoires historiques sur l’origine, la langue, les mœurs et les arts des peuples, ainsi que sur les productions et le commerce des pays peu ou mal connus : accompagnées d’un bulletin où l’on annonce toutes les découvertes, recherches et entreprises qui tendent à accélérer les progrès des sciences historiques, spécialement de la géographie / publiées par MM. J. B. Eyriès et Malte-Brun dont le premier tome date de 1819.

J’ai également trouvé cette petite perle: Algérie et Tunisie : récits de voyage et études, par Alfred Baraudon.

Un peu plus loin, le Journal des voyages et des aventures de terre et de mer publié entre 1877 et 1929.

Journal des voyages et des aventures de terre et de mer

Et pour finir, Études de mythologie et d’archéologie égyptiennes. Vol. 6, par Gaston Maspero (1912).

Des trésors comme ça, il y a en a partout sur le web et toute une vie ne suffira pas à satisfaire les plus curieux, mais il faut que ça reste entre nous, hein ? Et puis avec tout, je n’ai toujours rien trouvé sur ce précieux manuscrit de Siouah…
Localisation de l’oasis de Siouah (ou Siwa) sur Google Maps.