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Istan­bul au tra­vers des yeux d’O­rhan Pamuk

Istan­bul au tra­vers des yeux d’O­rhan Pamuk

J’ai com­men­cé Istan­bul, d’Orhan Pamuk cet été, dans l’a­vion qui m’a­me­nait à l’aé­ro­port Atatürk pour la seconde fois. Pour la seconde fois j’ar­ri­vais à Istan­bul que j’a­vais décou­vert quelques mois aupa­ra­vant. J’en ai lu une cen­taine de pages et puis j’ai lais­sé tom­ber parce que je n’é­tais pas dans de bonnes dis­po­si­tions. Et puis pour tout dire, je n’ai pas vrai­ment accro­ché car plus qu’un livre sur la ville, c’est une fresque en forme d’au­to­bio­gra­phie avec la ville en toile de fond, un sub­strat sans lequel l’au­teur ne serait pas ce qu’il est, comme un esprit fon­du dans un corps. L’un n’exis­te­rait pas sans l’autre, alors on assiste au grand désha­billage de l’au­teur stam­bou­liote, prix Nobel de lit­té­ra­ture 2006 et dont le nom signi­fie « coton », par­fois avec une cer­taine impu­deur qu’on pré­fé­re­rait peut-être ne pas connaître…

Turquie - jour 1 - Istanbul - 28 - Eminönü, Nurettin Alptogan Vapuru

Tou­jours est-il qu’à la sor­tie de ce livre, je vois la ville sous un autre angle, au tra­vers du prisme de celui qui en est une éma­na­tion pure, et qui n’a jamais pu quit­ter les quar­tiers de sa vie, Nişan­taşı et Cihan­gir. A un moment don­né, dans le pre­mier tiers de son livre, on assiste à une tirade d’une hui­taine de pages abso­lu­ment superbes, d’une jus­tesse ter­rible et pour qui ne connaît pas (encore) Istan­bul, c’est à la fois une ode et une réquisitoire…

Cepen­dant main­te­nant, je m’ef­force de par­ler non pas de la mélan­co­lie d’Is­tan­bul, mais du hüzün (qui res­semble à cette der­nière), de ce sen­ti­ment inté­rio­ri­sé avec fier­té et en même temps par­ta­gé par toute une com­mu­nau­té. Cela signi­fie avoir la capa­ci­té de voir les lieux et les moments où le sen­ti­ment lui-même se mêle à l’en­vi­ron­ne­ment qui le com­mu­nique à la ville. Je parle des fins de jour­née qui arrivent tôt, des pères qui rentrent à la mai­son un sac à la main, sous les lam­pa­daires des quar­tiers reti­rés. Je parle aus­si des bou­qui­nistes âgés qui, après une crise éco­no­mique comme il en sur­vient si fré­quem­ment, attendent le client toute la jour­née en gre­lot­tant de froid dans leur bou­tique, je parle des coif­feurs qui se plaignent que les gens après la crise se fassent moins  sou­vent raser; je parle des marins qui, un seau à la main, net­toient les vieux vapur du Bos­phore amar­rés aux embar­ca­dères déserts, un œil sur la petite télé­vi­sion en noir et blanc posée plus loin, avant de plon­ger dans le som­meil sur leur bateau; je parle des enfants qui jouent au foot­ball dans les étroites rues pavées, entre les voi­tures ; je parle des femmes en fou­lard, un sac plas­tique à la main, atten­dant sans dire un mot un auto­bus qui déci­dé­ment ne vient pas, à une sta­tion per­due ; je parle des han­gars à caïques vides des anciens Yalı, des mai­sons de thé pleines à cra­quer de chô­meurs, des proxé­nètes patients qui arpentent le trot­toir, les soirs d’é­té, avec l’es­poir de trou­ver un tou­riste, bien ivre sur la plus grande place de la ville.
Je parle des foules qui, les soirs d’hi­ver, se dépêchent pour ne pas man­quer le vapur, des femmes qui, atten­dant leur mari ne ren­trant jamais à la mai­son le soir, entrouvrent les rideaux pour jeter un coup d’œil dans la rue ; je parle des vieux à tur­ban qui vendent dans les cours des mos­quées des petits opus­cules reli­gieux, des cha­pe­lets et des onguents de pèle­rin ; je parle des entrées de dizaines de mil­liers d’im­meubles qui se res­semblent déses­pé­ré­ment toutes, des construc­tions en bois trans­for­mées en bâti­ments muni­ci­paux — à l’é­poque où ils étaient des konak dépen­dants du Palais, chaque lame de leur par­quet gémis­sait bruyam­ment au moindre pas ; des balan­çoires cas­sées dans les parcs déserts, des sirènes des vapur dans le brouillard, des murailles de la ville, héri­tées de Byzance, dans un état de décré­pi­tude avan­cé, des empla­ce­ments de mar­ché qu’on vide le soir venu, des anciens tekke, tom­bés en ruine, des dizaines de mil­liers d’im­meubles à la face déco­lo­rée par la pol­lu­tion, la rouille, la suie et la pous­sière, des mouettes qui res­tent sans bou­ger sous la pluie, per­chées sur les pon­tons rouillés cou­verts de moules et de mousse, des immenses konak cen­te­naires qui crachent par une unique che­mi­née une fluette fumée visible seule­ment les jours les plus froids de l’an­née, des foules d’hommes pêchant sur le pont de Gala­ta, des grandes salles froides des biblio­thèques, des pho­to­graphes ambu­lants, de l’o­deur de mau­vaise haleine de ces salles — qui, jadis, étaient des ciné­mas somp­tueux aux pla­fonds dorés — trans­for­mées en lieux de pro­jec­tion de films por­no où les hommes pénètrent tout hon­teux -, des ave­nues où tu ne pour­rais pas voir une seule femme après le cou­cher du soleil ; des foules agglu­ti­nées, les jours chauds et ven­tés, aux portes du quar­tier des pros­ti­tuées sous contrôle de la muni­ci­pa­li­té, des jeunes femmes qui font la queue à l’en­trée des bou­tiques où la viande est ven­due à bas prix, des lampes grillées des guir­landes lumi­neuses ten­dues entre les mina­rets les jours de fêtes reli­gieuses, des affiches murales déchi­rées et noir­cies çà et là, des rues sales de la ville qui aurait été trans­for­mée en musée si on avait été dans un pays occi­den­tal, des voi­tures amé­ri­caines fati­guées, res­ca­pées des années cin­quante et uti­li­sées comme dol­muş, qui geignent atro­ce­ment dans les rai­dillons abrupts, des foules qui rem­plissent à ras bord les auto­bus, des mos­quées dont les pla­cages et les gout­tières en plomb sont constam­ment volés, des cime­tières qui vivent, au cœur de la ville, à la manière d’un monde paral­lèle et de leurs cyprès, des lampes falotes allu­mées le soir à l’in­té­rieur des vapur en ser­vice entre Kadıköy et Karaköy, des petits enfants qui essaient de vendre un paquet de mou­choirs au moindre pas­sant, des tours à hor­loge que per­sonne ne regarde, des coups que reçoivent les enfants le soir chez eux, ain­si que des vic­toires otto­manes qu’ils lisent dans leurs livres d’his­toire, de l’at­tente crain­tive des « employés » lors des couvre-feu décré­tés fré­quem­ment sous pré­texte d’un recen­se­ment des élec­teurs, d’un dénom­bre­ment de la popu­la­tion ou d’une recherche de ter­ro­ristes, du cour­rier des lec­teurs coin­cé dans un petit coin des jour­naux — et que per­sonne ne lit — avec des phrases du genre « la cou­pole de la mos­quée de notre quar­tier, vieille de trois cent soixante-dix ans et des pous­sières, menace de s’ef­fon­drer ; que fait l’É­tat? » ; des par­ties cas­sées — chaque fois à un endroit dif­fé­rent — de cha­cune des marches d’es­ca­lier des pas­sages sou­ter­rains ou aériens situés dans les lieux les plus fré­quen­tés de la ville, de l’homme qui vend à la même place depuis qua­rante ans des cartes pos­tales d’Is­tan­bul, des men­diants qui sur­gissent devant vous du recoin le plus impro­bable et des men­diants qui eux, tou­jours dans le même recoin, vous disent chaque jour les mêmes mots, de l’o­deur forte des toi­lettes qui vous monte sou­dain aux narines dans les ave­nues popu­leuses, dans les vapur et les pas­sages, des jeunes filles qui lisent les colonnes « Güzin Abla » du jour­nal Hür­riyet, des cou­chers de soleil qui teignent en rouge oran­gé les fenêtres à Üskü­dar, de ces heures les plus mati­nales où tout le monde dort sauf les pêcheurs qui prennent la mer, des trois chats se mou­rant d’en­nui et des deux chèvres à l’in­té­rieur de cages dans cet endroit qu’on ne peut même pas qua­li­fier de zoo, au parc de Gül­hane, des chan­teurs de troi­sième caté­go­rie imi­tant dans les sor­dides clubs de nuit les stars de la pop turque et les chan­teurs amé­ri­cains, et aus­si des chan­teurs de pre­mière caté­go­rie, des élèves qui s’en­nuient à mou­rir dans les cours d’an­glais inter­mi­nables où en six ans on n’ap­prend rien d’autre que « yes » et « no », des migrants qui attendent sur le quai de Gala­ta, des belles femmes en fou­lard qui négo­cient, hon­teuses, dans les mar­chés forains, les soirs d’hi­ver — au moment où les ven­deurs com­mencent à démon­ter leurs étals et à tout replier -, tout ce qui reste : légumes, fruits, détri­tus, papiers, sacs plas­tique, sacs, boîtes, sur­plus de caisses; je parle des jeunes mères qui marchent péni­ble­ment dans la rue avec leurs trois enfants, de la vue qu’on a sur la Corne d’Or quand on regarde en direc­tion d’Eyüp, depuis le pont de Gala­ta, des ven­deurs de simit en fac­tion sur le quai, dans l’at­tente du client, per­dus dans la contem­pla­tion du pay­sage ; des sirènes de vapur qui sonnent toutes en même temps au loin, chaque année, alors que toute la ville observe res­pec­tueu­se­ment une minute de silence, avec foi, en mémoire d’A­tatürk ; des fon­taines de quar­tier cen­te­naires trans­for­mées en tas de marbre aux robi­nets arra­chés, de ces fon­taines qui demeurent à pré­sent sous le niveau de la route — à force de mettre et de remettre des couches d’as­phalte géné­reu­se­ment déver­sées sur les pavés -, alors que jadis on y mon­tait par une volée de marches, des jeunes filles qui tra­vaillent pour les salaires les plus bas de la ville, par­fois jus­qu’au matin, pour pou­voir faire face à une com­mande, sur des machines à coudre ou à bou­ton­ner à pré­sent entas­sées et coin­cées dans des appar­te­ments d’im­meubles situés dans les rues adja­centes — et où durant mon enfance, le soir, les femmes et leurs enfants des familles des classes moyennes, des doc­teurs, des avo­cats et des ensei­gnants écou­taient la radio -, je parle de l’é­tat d’u­sure et de déla­bre­ment de tout ; de la ville entière qui contem­plait, à l’ap­proche de l’au­tomne, les cigognes venues des Bal­kans, de l’Eu­rope de l’Est ou du Nord, et qui, filant vers le sud, pas­saient au-des­sus du Bos­phore et des Îles aux Princes, et je parle des foules d’hommes qui ren­traient chez eux en fumant fré­né­ti­que­ment après les matchs de l’é­quipe natio­nale qui se sol­daient tou­jours par une sévère défaite quand j’é­tais enfant.
Quand on per­çoit bien ce sen­ti­ment et les pay­sages, les endroits et les gens qui le dif­fusent à la ville, quand on a été éle­vé avec lui, à par­tir d’un cer­tain point, d’où que l’on regarde la ville, ce sen­ti­ment de hüzün acquiert une net­te­té per­cep­tible dans le pay­sage et chez les gens — un peu à la manière de cette buée qui, les froids matins d’hi­ver, alors que le soleil fait sou­dain son appa­ri­tion, com­mence à vire­vol­ter sub­ti­le­ment au-des­sus des eaux du Bosphore.

Orhan Pamuk, Istan­bul (İst­anb­ul: Hatı­ra­lar ve Şehir)
Tra­duit du turc par Savas Demi­rel, Valé­rie Gay-Aksoy et Jean-Fran­çois Pérouse
Gal­li­mard 2003, 2007 pour la tra­duc­tion française

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Le « man­chot de Lépante »

Le « man­chot de Lépante »

Le 7 octobre 1571, dans le golfe de Lépante (l’ac­tuelle Nau­pak­tos), eut lieu une bataille qui eut une reten­tis­se­ment énorme dans le monde chré­tien. La Sainte Ligue sou­le­vée par le pape Pie V ras­sem­bla les marines véni­tiennes et espa­gnoles pour contrer l’ex­pan­sion­nisme dévas­ta­teur de l’empire otto­man, alors au faîte de sa gloire. La prise de Constan­ti­nople date alors d’un petit siècle et le sul­tan alors en place est le fils de Süley­man le Magni­fique, Selim II, un per­son­nage idiot, fruste et alcoo­lique. Cet évé­ne­ment fait date car les Otto­mans se sont pris une décu­lot­tée monu­men­tale, per­dant soixante-dix pour-cents de leur flotte et près de 30 000 hommes, pour la plu­part des esclaves grecs employés aux rames.

Andries van Eertvelt - Navires en perdition pendant la bataille de Lépante (1571), 1623. Museum of Fine Arts, Ghent.

Le livre de Michel Lesure, sim­ple­ment nom­mé Lépante, fait la lumière sur la bataille elle-même, ses pré­pa­ra­tifs et son dérou­le­ment à grand ren­fort de docu­ments d’é­poque et pour une fois, pas sim­ple­ment des archives euro­péennes, mais aus­si de docu­ments pro­ve­nant des archives des sul­tans. Les choses prennent une autre colo­ra­tion, car si l’on estime que suite à cette bataille navale d’en­ver­gure, mal menée par les Turcs, leur domi­na­tion et la ter­reur qu’ils fai­saient régner sur la Médi­ter­ra­née s’ar­rê­ta net, c’est en réa­li­té une défaite qui engen­dra le regain de la flotte dans un pre­mier temps et dans un second l’ar­rêt de la pous­sée des pays chré­tiens pour conqué­rir la Terre Sainte. Les Véni­tiens dont l’é­co­no­mie basée sur ses échanges avec l’O­rient et la Route de la Soie est exsangue et les Espa­gnols bien plus tour­nés vers les affaires de la reli­gion que vers celles de la poli­tique, sui­vis de loin par les Fran­çais empê­trés dans les reten­tis­se­ments du mas­sacre de la Saint Bar­thé­lé­my, n’ont plus guère d’in­té­rêt pour par­tir au loin com­battre pour récu­pé­rer ce qui leur a été depuis long­temps confis­qué. Si la bataille de Lépante est une défaite des Otto­mans, c’est avant tout la vic­toire de l’Is­lam sur l’Oc­ci­dent, une autre vision des choses.

Andrea Vicentino - La bataille de Lépante, 1603, Palazzo Ducale, Venise

Par­mi les com­bat­tants de cette légen­daire bataille se trou­vait un homme qui raconte sa cap­ture, un homme qui per­dit l’u­sage de sa main gauche et qu’on finit par appe­ler le « man­chot de Lépante ». Il res­ta cap­tif pen­dant cinq ans dans les geôles du bey d’Al­ger. Cet homme s’ap­pelle Miguel de Cer­vantes… Je ne sais pas pour­quoi, mais en lisant son témoi­gnage, je n’ai pas pu m’empêcher de sou­rire et de pen­ser à Don Quichotte…

En ce jour où fut bri­sé l’or­gueil otto­man, par­mi tant d’heu­reux qu’il fit (car les chré­tiens qui y périrent eurent plus de bon­heur encore que ceux qui res­tèrent vivants et vain­queurs), moi seul je fus mal­heu­reux. Au lieu de rece­voir comme au siècle de Rome une cou­ronne navale, je me vis, dans la nuit qui sui­vit cette fameuse jour­née, avec des fers aux pieds et des menottes aux mains. Voi­ci com­ment m’ar­ri­va cette cruelle dis­grâce. Ucha­li, roi d’Al­ger, heu­reux et har­di cor­saire, ayant atta­qué et pris à l’a­bor­dage la galère capi­tane de Malte, où trois che­va­liers res­taient seuls vivants, et tous trois griè­ve­ment bles­sés, la capi­tane de Jean André. Doria vint à son secours. Je mon­tai cette galère avec ma com­pa­gnie, et fai­sant ce que je devais en sem­blable occa­sion, je sau­tai sur le pont de la galère enne­mie, mais elle s’é­loi­gna brus­que­ment de celle qui l’at­ta­quait et mes sol­dats ne purent me suivre. Je res­tai seul, au milieu des enne­mis, dans l’im­puis­sance de résis­ter long­temps à leur nombre. Ils me prirent à la fin, cou­vert de bles­sures, et comme vous savez, Sei­gneurs, que Ucha­li par­vint à échap­per avec toute son escadre, je res­tai son pri­son­nier. Ain­si je fus le seul triste par­mi les heu­reux, le seul cap­tif par­mi tant de prisonniers.

Michel Lesure, Lépante
Folio Histoire
1972 (Jul­liard)

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Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 7 août) : Pamuk­kale, le châ­teau de coton et le mar­ty­rium de l’a­pôtre Phi­lippe, Hiérapolis

Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 7 août) : Pamuk­kale, le châ­teau de coton et le mar­ty­rium de l’a­pôtre Phi­lippe, Hiérapolis

Épi­sode pré­cé­dent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 6 août) : La route d’Arycanda et les mantı

Bul­le­tin météo de la jour­née (mar­di) :

  • 10h00 : 36.7°C / humi­di­té : 25% / vent 31 km/h
  • 14h00 : 39.6°C / humi­di­té : 18% / vent 17 km/h
  • 22h00 : 35.1°C / humi­di­té : 25% / vent 17 km/h

Turquie - jour 12 - De Kas à Pamukkale - 001 - Kaş

Ce matin, je me réveille tôt ; je sors sur le bal­con et j’hume l’air chaud qui traîne alors qu’il est à peine 6h30. C’est la mi-nuit et il flotte un vent venu des terres qui balan­cé mes ser­viettes de bain et de toi­lette dans le pré­ci­pice en bas de l’hô­tel. Une ambiance bizarre. Je dois des­cendre par mes propres moyens pour aller cher­cher mes affaires dis­sé­mi­nées au milieu de celles des autres. Je me rends compte une fois arri­vé en bas que mon maillot de bain est per­ché dans le figuier, le reste jonche le sol.

Turquie - jour 12 - De Kas à Pamukkale - 004 - Kaş

Ce jour est un jour par­ti­cu­lier puisque je prends la voi­ture pour aller loin, à plus de deux cents kilo­mètres de là dans la direc­tion du nord-nord-ouest, non loin d’une grande ville qui s’ap­pelle Deniz­li. Le but de cette jour­née est d’al­ler visi­ter un des plus grands sites de la Tur­quie, un des plus connus, des plus impres­sion­nants : Pamuk­kale (pamuk = coton, kale = châ­teau ou for­te­resse). La route est un peu longue, je compte envi­ron 4h30 pour presque 300 km en taillant un iti­né­raire le plus droit pos­sible, sur une route que je ne connais abso­lu­ment pas et qui pour­rait très bien m’ap­por­ter des sur­prises. La décep­tion d’Ary­can­da me pousse à pré­pa­rer et à assu­rer au maxi­mum cette virée. Je n’ai pas l’in­ten­tion de reve­nir bre­douille cette fois-ci.
Je prends un petit déjeu­ner bâclé en cinq minutes et je suis déjà sur la route, appa­reil pho­to prêt à tirer et me voi­ci parti.

Carte Kas-Pamukkale (more…)

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L’ombre du monde

Il faut choi­sir son camp : être du côté de ceux qui subissent ou du côté de ceux qui s’emparent du monde et si on est dans le camp des seconds, rien ne nous empêche de par­fois nous lais­ser por­ter par le chant du monde en ima­gi­nant qu’on puisse par­fai­te­ment, pour une fois, bais­ser la garde et se lais­ser hap­per. Dans mon cas, je me laisse tota­le­ment lami­ner, car c’est un bien, une néces­si­té. Il fau­dra pour répa­rer se lais­ser la pos­si­bi­li­té de repartir.

Topkapi sarayi - le harem

Top­kapı Sarayı Müze­si, Harem
mai 2013

Autant dire tout de suite que si j’a­vais pas mal pré­pa­ré ce voyage, je me suis confron­té à des impré­vus, des mau­vais mais sur­tout des bons et le pro­gramme auquel, avec une cer­taine dis­ci­pline, je m’é­tais pro­mis de ne pas déro­ger n’a pas été du tout res­pec­té. Que ce soit en Cap­pa­doce ou à İst­anb­ul, je me suis lais­sé entour­lou­pé par les gens, par la ville, les odeurs et les lieux, je n’ai presque rien fait de ce que j’a­vais pré­vu et cette fois en par­ti­cu­lier, j’ai pas­sé beau­coup plus de temps avec les gens qu’à voir des monu­ments ou des sites naturels.
Par­don à ceux à qui j’a­vais dit que j’é­cri­rai, mais disons que toute la chaine qui per­met d’en­voyer des cartes pos­tales est un peu trop com­pli­quée à mon goût ; cartes pos­tales laides et rares, peu d’en­droits (à part la poste) pour ache­ter des timbres, pas de boîtes à lettres dans la rue et néces­si­té de se contraindre à se dépla­cer jus­qu’à l’u­nique poste pen­dant ses horaires d’ou­ver­ture. Trop de para­mètres, selon moi. Déso­lé, mais j’a­vais un monde à explorer…
A pré­sent, me voi­ci de retour, avec des mines d’or à l’in­té­rieur, la peau légè­re­ment bron­zée par un soleil qui a vou­lu se faire dis­cret à İst­anb­ul, les pieds fati­gués, une petite scia­tique accro­chée à la fesse gauche, des valises pleines de cochon­ne­ries à man­ger et de bibe­lots et plus que tout, une belle et saine fatigue qui va néces­si­ter quelques jours de tra­vail pour que tout se remette dans l’ordre.
Peu importent les babioles qu’on ramène, peu importent les pho­tos qu’on peut prendre par mil­liers, car ce qui est le plus impor­tant à rame­ner, c’est le sou­rire des gens qu’on ren­contre, quelques minutes de bon­heur pas­sées avec des incon­nus dans la rue, les embras­sades et les larmes du départ, et sur­tout la sen­sa­tion incom­pa­rable d’a­voir — enfin — pu trou­ver dans le monde sa deuxième mai­son, un endroit où lais­ser son cœur, un endroit où com­mence un deuxième monde connu.
Aus­si, en temps vou­lu, je vous par­le­rai d’Ümit, de Moris, d’Ömer, de Nihat, de Bişra, de Fatoş et Bukem, un peu moins de Soli­man et de Ser­kan qui sont des escrocs, mais sur­tout de Meh­met, d’Emin, de Sum­ru et de Sıtkı.

PS : j’ap­prends à l’ins­tant qu’un nou­vel atten­tat a frap­pé le sud de la Tur­quie, à Rey­han­li, pré­ci­sé­ment dans la région d’où est ori­gi­naire Sıtkı.

 

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Retour à la mai­son (ritour­nelle ottomane)

Retour en ter­rain connu, en Cap­pa­doce sur la terre des pre­miers chré­tiens, là où la terre n’est que tuf, un pays qui dis­pa­raî­tra un jour et qui tai­ra à jamais ses refuges d’er­mites qui se cachaient de leurs per­sé­cu­teurs. Retour aus­si dans la ville lumière à la porte de l’O­rient, au bord du Bos­phore, où le thé coule à flot au chant du muez­zin. Retour à la mai­son, dans ce pays qui me devient de plus en plus étran­ger au fur et à mesure qu’il me devient fami­lier, dans lequel je me sens vivre, où j’aime à me poser pour regar­der la vie battre des pau­pières comme les ailes d’un papillon. Retour à la mai­son, pour en reve­nir une fois de plus dépos­sé­dé de moi-même, kid­nap­pé par ses sou­rires enjôleurs.

Istanbul - avril 2012 - jour 6 - 114 - Vapur - Sur le Bosphore

Départ demain matin pour İst­anb­ul, escale puis saut de puce jus­qu’à l’aé­ro­port de Kay­se­ri (l’an­cienne Césa­rée) dans la par­tie est de la Cap­pa­doce, voi­ture de loca­tion à l’aé­ro­port pour rejoindre Çavuşin où je serai logé pen­dant 5 jours. Le 6 mai, retour à Kay­se­ri, retour à İst­anb­ul pour 5 jours, dans un hôtel à deux pas de la mos­quée de Beyazıt. Retour à Paris le 11 mai au soir.

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