L’arbre qui marche, le grand banian de Howrah

L’arbre qui marche, le grand banian de Howrah

Cer­tains l’ap­pellent « arbre qui marche », d’autres disent que ses racines vont vers le ciel et ses branches vers le sol. Cer­tains enfin le prennent pour une forêt alors que ce n’est fina­le­ment qu’un seul arbre. Il porte à la fois des petits troncs et des grands, mais tou­jours est-il qu’il n’en a jamais un seul. C’est un arbre pieuvre, ten­ta­cu­laire, avec un tronc prin­ci­pal et d’autres péri­phé­riques, cer­tains diront même que c’est une plante para­site, ce qui n’est pas loin d’être la véri­té, puisque consi­dé­ré comme une plante épi­phyte, c’est-à-dire que la grande peut se déve­lop­per au creux d’une anfrac­tuo­si­té d’un autre arbre. Une fois que les racines aériennes touchent terre, elles se déve­loppent en pleine terre et la plante devient arbre.

Le grand banian du jar­din bota­nique de Howrah, ville du Ben­gale Occi­den­tal en Inde, est assu­ré­ment le plus grand du monde avec une cir­con­fé­rence qui avoi­sine les 420 mètres, pour un dia­mètre de 130 mètres, et il conti­nue de se pro­pa­ger mal­gré la des­truc­tion par la foudre de son tronc-mère.

Le banian, c’est un peu la forêt qui cache l’arbre… Le mul­tiple qui n’est qu’un, comme une méta­phore de l’u­ni­vers des Hommes…

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Jha­tor, célestes funé­railles et tours du silence

Jha­tor, célestes funé­railles et tours du silence

Les Zoroas­triens construi­saient des tours appe­lées “Tours du silence”, dak­ma ou dakh­meh. Les tenants de cette reli­gion née il y a trois ou quatre mille ans aujourd’­hui en déclin conti­nu vivaient au cœur de l’I­ran, dans ce qu’on appelle aujourd’hui la Méso­po­ta­mie. Dans cette reli­gion mono­théiste (la plus ancienne du monde) issue du maz­déisme et pro­phé­ti­sée par Zara­thous­tra, le Dieu supé­rieur, Ahu­ra Maz­dâ (le sei­gneur de la sagesse) pré­side à l’é­qui­libre de la lumière et de l’obs­cu­ri­té, le bien et le mal. Dans cette reli­gion que cer­tains sol­dats romains pra­ti­quaient en silence, l’i­mage du cadavre est impure et les élé­ments prin­ci­paux de cette croyance que sont l’eau, le feu et la terre, ne doivent en aucun cas être souillés par le cadavre en décom­po­si­tion. Aus­si, l’en­ter­re­ment était-il pros­crit, aus­si bien que l’in­ci­né­ra­tion ou que le dépôt dans une rivière ou un fleuve. C’est la rai­son pour laquelle on construi­sait ces tours, au som­met des­quelles ont dis­po­sait les cadavres afin qu’ils soient dévo­rés par les oiseaux cha­ro­gnards. Les osse­ments récu­rés étaient récu­pé­rés et pla­cés dans des ossuaires.

Tour du silence de Mumbai

Tour du silence de Mum­bai

Il ne reste aujourd’­hui que deux tours du silence en Iran, et les seuls Zoroas­triens (les Pār­sis) qu’on trouve encore aujourd’hui vivent en Inde, le mot de Pār­si lui-même signi­fiant “peuple de Perse”. Il est donc natu­rel qu’on trouve dans la région de Mum­bai et de Ban­ga­lore des édi­fices liés à cette pra­tique, mais la raré­fac­tion des oiseaux cha­ro­gnards dans cette région du monde rend l’é­qui­libre dif­fi­cile et pousse cer­tains à sou­hai­ter éle­ver des vau­tours cap­tifs.

Tour du silence de Mumbai 2

Tour du silence de Mum­bai. On voit par­ti­cu­liè­re­ment bien sur cette pho­to les cercles concen­triques et les empla­ce­ments réser­vés aux corps. Les hommes sont pla­cés sur le cercle en péri­phé­rie, les femmes et les enfants sur l’autre.

Si j’in­tro­duis cet article par les tours du silence, c’est pour atti­rer l’at­ten­tion sur le fait que cette pra­tique funé­raire qui peut paraître cho­quante remonte à des temps très anciens, et que de nom­breux sites archéo­lo­giques, dont celui de Göble­ki Tepe en Tur­quie, répu­té comme étant le plus ancien site reli­gieux du monde et datant de 12 000 ans, semblent avoir pra­ti­qué ce rite funé­raire. On pense aus­si que le site de Sto­ne­henge avait peut-être éga­le­ment cette fonc­tion. A‑delà d’un aspect pure­ment reli­gieux, le fait de faire dévo­rer les cadavres par les cha­ro­gnards com­porte une aspect sani­taire non négli­geable qui est celui de se débar­ras­ser des corps qui peuvent être por­teurs de mala­dies et dont on sait par­fai­te­ment que l’en­fouis­se­ment est sou­vent à l’o­ri­gine d’é­pi­dé­mies de cho­lé­ra par conta­mi­na­tion des puits.

Site de funérailles célestes dans la vallée de Yerpa au Tibet

Site de funé­railles célestes dans la val­lée de Yer­pa au Tibet

Il existe aujourd’­hui d’autres sites, notam­ment au Tibet, où l’on pra­tique ce rite funé­raire por­tant le nom de jha­tor (བྱ་གཏོར་), pra­ti­qué d’une manière dif­fé­rente, puisque dans ce cas, le corps est pré­pa­ré pour les cha­ro­gnards, c’est-à-dire décou­pé. Ce n’est pas un hasard si on retrouve cette pra­tique sur le toit du monde, au Tibet, car c’est un pra­tique encou­ra­gée dans le boud­dhisme vaj­rayā­na (वज्रयान) et qui a long­temps été obser­vée comme rite funé­raire majo­ri­taire au titre de la trans­mi­gra­tion des esprits. Le corps n’est rien, ce n’est qu’une enve­loppe ter­restre, le vais­seau de nos émo­tions et le trans­port de notre pré­sence au monde, mais ce n’est que ça. On ima­gine aus­si que pour des rai­sons pra­tiques, les “funé­railles célestes” sont à plu­sieurs titres plus pra­ti­cables que la cré­ma­tion. D’une part, dans les hautes mon­tagnes, les lieux sont sou­vent trop rocailleux pour per­mettre un enter­re­ment, mais éga­le­ment, il y a sou­vent trop peu d’arbres et de bois pour per­mettre la cré­ma­tion. C’est en tout cas une pra­tique cou­rante et com­plè­te­ment inté­grée à la reli­gion boud­dhique, un peu mar­gi­nale par rap­port à la cré­ma­tion, même si elle peut paraître outran­cière et cho­quante pour cer­taines per­sonnes.

Golden mount (Wat Saket)

Gol­den mount (Wat Saket) à Bang­kok. Pho­to © The W pers­pec­tive

Dans un livre que j’ai lu récem­ment (Thaï­lande, par Isa­belle Mas­sieu) et qu’on peut trou­ver en accès libre sur inter­net (Com­ment j’ai par­cou­ru l’In­do­chine), j’ai retrou­vé la trace de cette pra­tique dans l’an­cien royaume de Siam, au cœur de Bang­kok qui n’est encore qu’une petite ville habi­tée de 800 000 habi­tants alors que nous sommes au tout début du XXè siècle. L’au­teure de ce texte ne cache pas sa répu­gnance, même elle ne se place qu’en obser­va­trice. Nous sommes alors dans un lieu encore très tou­ris­tique aujourd’­hui, qu’on appelle tri­via­le­ment le Gol­den Mount, mais qui s’ap­pelle en réa­li­té Wat Saket Rat­cha Wora Maha Wihan, et dont j’ai par­lé récem­ment, puisque c’est dans ce lieu que pen­dant un temps furent conser­vées les reliques du Boud­dha Sha­kya­mu­ni. Mais qui se doute aujourd’­hui que ce temple ren­fer­mait alors la plus grande cité des morts du royaume de Siam ? Écou­tons Isa­belle Mas­sieu nous décrire le lieu, tout en lui par­don­nant ses juge­ments de valeur et le fait qu’elle nous écrive depuis l’an­née 1901…

A la fin de ce texte, se trouve un lien vers un article qui décrit le busi­ness de la mort en Thaï­lande aujourd’­hui et qui remet en pers­pec­tive ces rites qui nous semblent presque d’un autre âge, même si en réa­li­té, ce ne sont que des sou­plesses.

La pagode de Wat Saket, la grande nécro­pole sia­moise, dresse pit­to­res­que­ment son phnom appe­lé « mon­tagne d’or » sur un mon­ti­cule ver­doyant, à l’ex­tré­mi­té d’un pit­to­resque canal : sous ses frais ombrages s’é­tendent l’ap­pa­reil cré­ma­toire, le char­nier et l’o­dieux cime­tière d’où on extrait les cadavres pour un dépè­ce­ment effroyable, conforme à la volon­té du défunt. Les corps des hauts fonc­tion­naires sont conser­vé un ou deux mois, quelques fois plu­sieurs années, dans une urne munie d’un long tube ver­ti­cal en bam­bou qui per­met aux gaz délé­tères de s’é­chap­per par le toit de la mai­son. Avant de le por­ter au bûcher, on fait faire au mort trois fois le tour de sa demeure en cou­rant, afin qu’il n’y revienne pas. La reli­gion inter­dit de brû­ler de suite les gens décé­dés rapi­de­ment, de mort vio­lente ou d’é­pi­dé­mie. Les corps doivent repo­ser en terre pen­dant quelques jours ; mais les fos­soyeurs enterrent à fleur de sol et les chient se joignent aux vau­tours pour déter­rer les cadavres. Les abords du cime­tière sont ain­si jon­chés de têtes et d’os­se­ments à demi ron­gés. Faire dévo­rer son corps par les vau­tours est une sépul­ture noble qui pro­cure des grâces insignes ; leur aban­don­ner un membre est un acte méri­toire. Boud­dha a ordon­né, en signe d’ex­pia­tion, que les corps des condam­nés fussent entiè­re­ment dévo­rés. Les corps sont brû­lés en tota­li­té ou en par­tie, et les gens de dis­tinc­tion et de foi raf­fi­née ne manquent pas de réser­ver une part quel­conque d’eux-mêmes aux cor­beaux, aux chiens, aux porcs ou aux vau­tours ; aus­si tous ces répu­gnants ani­maux sont-ils légion dans le char­nier, sans pré­ju­dice de la ville, où ils se répandent. Le corps, quel­que­fois plus ou moins cor­rom­pu, est décou­pé sur des pierres ad hoc pla­cées à terre. Les entrailles sont réser­vées à tels ani­maux, une cuisse aux porcs, un bras aux chiens ou aux cor­beaux, et le reste est dis­po­sé sur un bûcher assez maigre dont on agite les débris pour obte­nir une meilleure com­bus­tion. Ailleurs, le sapa­reu (cro­que­mort), après avoir pris dans la bouche du mort, où elle a été pla­cée, la pièce de mon­naie qui consti­tue son salaire, lui ouvre le ventre et lui entaille les membres, puis s’é­carte pour faire place aux oiseaux de proie. Les vau­tours ras­sem­blés qui guettent sur les arbres, sur les toi­tures ou sur le sol, s’a­battent sur le cadavre, et on ne dis­tingue plus pen­dant quelques ins­tants qu’un mon­ceau d’ailes sombres qui battent fré­né­ti­que­ment. Lorsque les os sont déjà presque à nu, le sapa­reu écarte les oiseaux avec un grand bâton , retourne le corps et entaille pro­fon­dé­ment le dos. Le nuage noir s’a­bat de nou­veau et, quelques ins­tants après, il ne reste qu’un sque­lette dont le bûcher a bien­tôt rai­son. Vau­tours, cor­beaux, chiens, porcs aux ventres traî­nants ont eu la part dési­gnée, les rites sont accom­plis et de nom­breux mérites sont acquis au défunt.
Ces scènes effroyables se passent à l’ombre d’arbres char­mants ; les grils funé­raires jonchent la verte pelouse, et des fleurs s’é­pa­nouissent en mul­ti­tude autour des petits pavillons aériens, aux toits rele­vés en hautes pointes, qui consti­tuent les édi­cules de dépè­ce­ment.
Ici, des bières béantes disent que la dépouille de leur pro­prié­taire a reçu sa des­ti­na­tion ter­restre ; là, deux corps achèvent de se consu­mer, et plus loin, dans les salas ouverts, se reposent les parents et les amis qui assistent à la céré­mo­nie et ont dû appor­ter cha­cun un mor­ceau de bois au bûcher. Quand nous nous sau­vons, confon­dus de ces scènes d’hor­reur que Dante n’eût osé rêver, les immondes repus font la sieste ; une vieille femme très macabre nous pour­suit tenant en main un os maxil­laire à demi éden­té qu’elle veut pla­cer sur nos figures, et un vieux sapa­reu offre en rica­nant à notre admi­ra­tion pour nous la faire ache­ter, une tête de mort dont il fait jouer la mâchoire. Comme, en reve­nant, nous flâ­nons aux bou­tiques, nous arri­vons devant une mai­son en fête, dans laquelle on nous invite à entrer. Tout le monde est paré et a l’air riant ; on voit par­tout des fleurs et des orne­ments ; il y a évi­dem­ment un mort dans la mai­son. Il semble que les Sia­mois aient à se réjouir de voir leurs parents et leurs amis quit­ter cette val­lée de larmes. Ils consi­dèrent que leur pleurs seraient une offense au mort, et pour­raient le retar­der et l’en­tra­ver sur la voie des diverses incar­na­tions par les­quelles il doit pas­ser. Nous sommes dans une sorte de large bou­tique sans devan­ture, un gué­ri­don est au milieu sur lequel on s’empresse de nous appor­ter un pla­teau char­gé de minus­cules tasses de thé. A notre droite s’é­lève une pyra­mide d’é­ta­gères bien gar­nies, et au som­met se trouve le grand coffre dans lequel la morte est enfer­mée. Des par­fums déli­cieux nous entourent et de spon­gieuses goyaves sont pla­cées à pro­fu­sion près du corps, pour absor­ber les miasmes qui s’en échappent. Toutes les femmes de la mai­son sont habillées de blanc, c’est la cou­leur du deuil, et les proches parents ont la tête rasée. Après l’ar­rière-bou­tique, où les femmes sont réunies, se trouve une cour pleine de fleurs et d’arbustes pla­cés dans des caisses ou des faïences. Le Sia­mois, comme le Chi­nois ou le Japo­nais, trouve les arbustes d’au­tant plus beaux qu’à force de les tailler il est par­ve­nu à faire venir plus direc­te­ment les pousses fraîches sur le vieux bois. Tout est propre en ce jour de récep­tion, nous sommes chez de riches com­mer­çants. Un grand esca­lier accède à la salle supé­rieure. Des frian­dises, des sucre­ries, des tasses, des ser­vices de toutes sortes se ren­contrent par­tout. Nous devons, sous peine de ne pas être polis, accep­ter, de nou­veau, thé ou soda water et bon­bons variés qui rem­plissent une quan­ti­té de petites assiettes. La table en est cou­verte, la gai­té et le sou­rire de ces gens qui viennent de perdre un des leurs est vrai­ment une étrange chose. Ils ont le culte de leurs morts, leur joie n’est qu’une forme de poli­tesse, c’est aus­si selon leurs idées une der­nière marque d’af­fec­tion qu’ils témoignent au défunt.  Sur un mur, on voit les pho­to­gra­phies des cha­pelles ardentes, de la mère de la défunte et de quelques parents, deve­nus de pré­cieux sou­ve­nirs pour les sur­vi­vants. Mon com­pa­gnon, qui avait beau­coup étu­dié les Sia­mois et cir­cu­lé dans l’in­té­rieur du pays, pré­ten­dait que leurs sen­ti­ments de famille sont très vifs. Il me disait avoir ren­con­tré, dans une de ses étapes, une mai­son dans laquelle l’o­deur péné­trante des goyaves et tous les par­fums de l’A­sie ne par­ve­naient pas à mas­quer l’in­ten­si­té de celle qu’ex­ha­lait le cadavre. Par devoir, un vieillard cou­chait depuis un an au pied du cer­cueil de sa femme, qui, pour une cause quel­conque, atten­dait encore d’être brû­lée. Selon les lois de l’hos­pi­ta­li­té, mon com­pa­gnon avait été invi­té à cou­cher dans cette chambre funèbre, hon­neur qu’il s’é­tait d’ailleurs empres­sé de décli­ner, pour pas­ser la nuit dans son bateau, amar­ré à la berge ; mais les exha­lai­sons de la mai­son allèrent jus­qu’à lui, si bien qu’il en fut malade.

Isa­belle Mas­sieu, Thaï­lande
Magel­lan & Cie, col­lec­tion Heu­reux qui comme… , numé­ro 87 , (mars 2014)

Liens (atten­tion, cer­taines images peuvent heur­ter la sen­si­bi­li­té des lec­teurs):

Pho­to d’en-tête © Claude Dopagne

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Les reliques de Boud­dha du stū­pa de Piprah­wa

Les reliques de Boud­dha du stū­pa de Piprah­wa

L’his­toire des reliques du Boud­dha du stū­pa de Piprah­wa est une his­toire folle à laquelle on a du mal à appor­ter du cré­dit, mais tout y est authen­tique mal­gré une accu­mu­la­tion de faits abso­lu­ment impro­bables.
Tout com­mence dans la ban­lieue de Londres, dans une petite mai­son modeste d’un quar­tier tout aus­si modeste, à la porte de laquelle on trouve une ins­crip­tion dans une langue qu’on ne parle qu’à des mil­liers de kilo­mètres de là, dans ce qui reste des Indes… Sous un esca­lier, une boîte en bois, une can­tine mili­taire en réa­li­té, une vieille can­tine pro­ve­nant d’un héri­tage… Ce n’est pas l’his­toire d’Har­ry Pot­ter, mais ça com­mence presque pareil. L’homme qui garde ce tré­sor s’ap­pelle Neil Pep­pé (même le nom de cet homme est impro­bable…), il est le petit-fils d’un cer­tain William Clax­ton Pep­pé, un ingé­nieur et régis­seur bri­tan­nique vivant aux Indes, dans l’ac­tuelle pro­vince de l’Ut­tar Pra­desh (उत्तर प्रदेश), à la suite de son père et de son grand-père qui a fait construire la demeure fami­liale de Bird­pore (actuelle Bird­pur), un minus­cule état créé par le Gou­ver­ne­ment Bri­tan­nique.

Neil Pep­pé avec les joyaux trou­vés par son grand-père dans le stu­pa de Piprah­wa

Charles Allen exa­mi­nant les joyaux de Piprah­wa

Dans cette can­tine, des pho­tos de son grand-père, mais ce n’est pas réel­le­ment cela qui nous inté­resse. Dans cette petite mai­son se trouve en réa­li­té un tré­sor ines­ti­mable ; cer­tai­ne­ment un des plus petits musées du monde abrite, enchâs­sés dans de petits cadres vitrés, des perles, des fleurs en or, des restes de joyaux dis­sé­mi­nés, des ver­ro­te­ries, de petites fleurs taillées dans des mor­ceaux de pierres semi-pré­cieuses, le tout pro­ve­nant d’une exca­va­tion réa­li­sées par le grand-père de Neil en 1897 dans le stū­pa de Piprah­wa, à quelques kilo­mètres de Bird­pore. L’homme, qui n’est pas exac­te­ment archéo­logue, décide avec quelques uns de ses ouvriers, de per­cer un tumu­lus iso­lé en son point le plus haut. Ce qu’il découvre là, c’est une construc­tion en pierre qui se révèle être un stū­pa, ce qui était bien son intui­tion pre­mière. Après avoir déga­gé les pierres de la construc­tion, il tombe sur ce qui res­semble à un caveau, dans lequel il trouve un sar­co­phage qu’il se décide à ouvrir. Son intui­tion, la même que celle qui l’a pous­sé à entre­prendre ces tra­vaux, lui dit qu’il est en pré­sence d’un tré­sor fabu­leux. Dans le cer­cueil de pierre, il trouve cinq petits vases, cinq urnes comme on en trouve d’or­di­naire dans la litur­gie hin­douiste, cinq objets façon­nés modes­te­ment, et dis­sé­mi­nées tout autour de ces objets, les perles et les ver­ro­te­ries que Neil exhibe fiè­re­ment dans ses cadres en verre. Il trouve éga­le­ment de la pous­sière dans laquelle sont épar­pillés des mor­ceaux d’os. Étrange décou­verte.

Stupa de Piprahwa

Stu­pa de Piprah­wa

Reliques de Boud­dha trou­vées dans le stu­pa de Piprah­wa

William Clax­ton Pep­pé est per­sua­dé d’a­voir trou­vé un vrai tré­sor et pour se faire confir­mer sa décou­verte, il décide d’en infor­mer deux archéo­logues tra­vaillant à une tren­taine de kilo­mètres de là. Le pre­mier, Alois Anton Füh­rer, se déplace immé­dia­te­ment après avoir posé une ques­tion à Pep­pé. Ce qu’on ne sait pas encore, c’est que Füh­rer, cet Alle­mand tra­vaillant à la solde du Gou­ver­ne­ment Bri­tan­nique, est en réa­li­té tout sauf archéo­logue. Même s’il a décou­vert de nom­breux sites d’im­por­tance, c’est en réa­li­té un escroc qui a fal­si­fié cer­taines pièces ayant moins d’in­té­rêt qu’elle n’en avaient après son pas­sage. Si Füh­rer se décide à se dépla­cer si rapi­de­ment, c’est parce qu’il a deman­dé à Pep­pé s’il y avait une ins­crip­tion sur un des objets. Pep­pé ne s’é­tait même pas posé la ques­tion, mais il remarque alors qu’un des petits vases porte une ins­crip­tion dans une langue qu’il ne connaît pas. Il en repro­duit fidè­le­ment l’ins­crip­tion. S’en­suit alors une période trouble pen­dant laquelle on accuse Füh­rer d’a­voir lui-même écrit sur le vase et d’a­voir fal­si­fié une fois de plus ces pièces. Mais l’homme est un piètre sans­kri­tiste et l’ins­crip­tion est suf­fi­sam­ment ancienne pour que l’homme ne connaisse pas cette langue. L’ins­crip­tion est un peu mal­adroite, son auteur n’a pas eu assez de place pour tout noter et une par­tie de la phrase conti­nue en tour­nant sur le haut de la ligne. Il y est dit : « Ce reli­quaire conte­nant les reliques de l’au­guste Boud­dha (est un don) des frères Sakya-Suki­ti, asso­ciés à leurs sœurs, enfants et épouses. » Ce qui fait dire aux spé­cia­listes que ces reliques sont authen­tiques, c’est que le mot sans­krit uti­li­sé pour dési­gner le mot reli­quaire n’est uti­li­sé nulle part ailleurs sur le même genre d’ob­jets. Ce qui est cer­tain, c’est que Füh­rer n’au­rait lui-même jamais pu connaître ce mot.

Mais alors, si ces reliques sont authen­tiques, qu’est-ce qui per­met aux scien­ti­fiques d’af­fir­mer que ces objets ont bien été ense­ve­lis avec les restes du Boud­dha ? Dans la tra­di­tion, le Boud­dha Sha­kya­mu­ni (« sage des Śākyas, sa famille et son clan ») a été inci­né­ré et ses cendres répar­ties dans huit stu­pas. Afin de prendre un rac­cour­ci bien com­mode qui nous per­met­tra de mieux com­prendre l’ins­crip­tion, voi­ci l’his­toire (source Wiki­pe­dia) :

Le Boud­dha mou­rut, selon la tra­di­tion, à quatre-vingts ans près de la loca­li­té de Kusi­nâ­gar. Il expi­ra en médi­tant, cou­ché sur le côté droit, sou­riant : on consi­dé­ra qu’il avait atteint le pari­nirvāṇa, la volon­taire extinc­tion du soi com­plète et défi­ni­tive. Le Boud­dha n’au­rait pas sou­hai­té fon­der une reli­gion. Après sa mort s’ex­pri­mèrent des diver­gences d’o­pi­nions qui, en l’es­pace de huit siècles, abou­tirent à des écoles très dif­fé­rentes. Selon le Mahā­pa­ri­nibbāṇa Sut­ta, les der­niers mots du Boud­dha furent : « À pré­sent, moines, je vous exhorte : il est dans la nature de toute chose condi­tion­née de se désa­gré­ger — alors, faites tout votre pos­sible, inlas­sa­ble­ment, en étant à tout moment plei­ne­ment atten­tifs, pré­sents et conscients. » Selon ce même sutra, son corps fut inci­né­ré mais huit des princes les plus puis­sants se dis­pu­tèrent la pos­ses­sion des sari­ra, ses reliques saintes. Une solu­tion de com­pro­mis fut trou­vée : les cendres furent répar­ties en huit tas égaux et rame­nées par ces huit sei­gneurs dans leurs royaumes où ils firent construire huit stū­pas pour abri­ter ces reliques. Une légende ulté­rieure veut que l’empereur Asho­ka retrou­va ces stū­pas et répar­tit les cendres dans 84 000 reli­quaires.

Nous voi­là à peine plus avan­cés. Seule­ment, en y regar­dant de plus près, les data­tions du stu­pa révèlent que celui-ci a été construit entre 200 et 300 ans après la mort du Boud­dha, située entre 543 et 423 av. J.-C., ce qui cor­res­pond à l’é­poque à laquelle vécut le roi Asho­ka (अशोक). L’ins­crip­tion du vase elle-même cor­res­pond à une langue qui n’é­tait pas encore uti­li­sée à l’é­poque de la mort de Boud­dha. Il y a donc un creux qu’il faut expli­quer. Entre 1971 et 1973, un archéo­logue indien du nom de K.M. Sri­vas­ta­va a repris les fouilles dans le stu­pa et y a trou­vé une autre chambre, dans laquelle se trou­vait un autre vase, de concep­tion simi­laire à celle du vase sur lequel se trouve l’ins­crip­tion. Dans ce vase, des restes d’os datés de la période de la mort du Boud­dha… Le fais­ceau de preuves est là. Le stu­pa est un des huit stu­pa conte­nant bien les restes du Boud­dha, retrou­vé par le roi Asho­ka et modi­fié ; il a recons­truit un stu­pa par-des­sus en conser­vant la construc­tion ini­tiale ; le sar­co­phage dans les­quels ont été retrou­vés les cendres et les bijoux dépo­sés en offrande est carac­té­ris­tique des construc­tions de l’é­poque du grand roi.

Une ques­tion demeure. Pour­quoi ces lieux de cultes ont-ils dis­pa­rus de la mémoire des hommes alors que le boud­dhisme a connu une réelle expan­sion depuis le nord de l’Inde ? Sim­ple­ment parce que la doc­trine du Boud­dha a long­temps été consi­dé­rée comme une héré­sie par les hin­douistes qui se sont livrés par vagues suc­ces­sives à des expé­di­tions ico­no­clastes, sui­vis par les musul­mans.

L’his­toire ne s’ar­rête pas là. Les auto­ri­tés bri­tan­niques, affo­lées par l’his­toire pas très relui­sante d’An­ton Füh­rer et de ses fal­si­fi­ca­tions archéo­lo­giques, ont eu peur que l’af­faire des reliques du Boud­dha ne sus­cite des sou­lè­ve­ments de popu­la­tions et ont offert en secret une par­tie de ces reliques (l’autre par­tie a été lais­sée à William Clax­ton Pep­pé) en guise de cadeau diplo­ma­tique au roi de Siam Rama V (Chu­la­long­korn), qui les fit inclure dans la construc­tion du che­di du temple de la Mon­tagne d’or à Bang­kok (Wat Saket Rat­cha Wora Maha Wihan, วัดสระเกศราชวรมหาวิหาร). Cent onze ans après ce don, les reliques du Boud­dha ont été confiées à la France en 2009, les­quelles ont été dépo­sées à l’in­té­rieur de la pagode boud­dhiste du bois de Vin­cennes.

Afin de com­prendre l’his­toire dans son inté­gra­li­té, on peut revoir le docu­men­taire racon­tant l’en­quête de l’é­cri­vain Charles Allen, dif­fu­sé il y a quelques temps sur Arte.

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Goa, un petit mor­ceau de Por­tu­gal

Goa, un petit mor­ceau de Por­tu­gal

J’aime ces bouts du monde qui disent autre chose que le pays dans lequel ils sont, qui tra­hissent un pas­sé dou­lou­reux ou heu­reux, mais qui chantent encore les glo­rioles du pas­sé en tapant déli­ca­te­ment du doigt sur la table et semble nous dire encore et tou­jours : « je ne suis pas d’i­ci, mais pas vrai­ment de là-bas non plus ». Immer­sion dans ce qu’il reste de por­tu­gais en Inde, un bout de Por­to à l’autre bout du monde, avec ce petit détour par l’é­tat de Goa et en par­ti­cu­lier dans la ville de Pana­ji (Pan­jim), sous domi­na­tion luso­phone pen­dant près de 450 ans, jus­qu’aux jours de 1961 qui virent ces terres rede­ve­nir indiennes.

india goa fatima restauraunt

Pho­to © Carl Parkes

Il est vrai qu’il res­tait encore quelques coins intacts : les étroites ruelles pavées, au tra­cé hasar­deux, de Fon­tain­has, le plus vieux quar­tier de Pan­jim. On dirait un petit mor­ceau de Por­tu­gal échoué sur la rive de l’o­céan Indien. Des vieilles filles en robe à fleurs lisent le jour­nal du soir sur leur véran­da et bavardent en por­tu­gais. Si vous vous pro­me­nez là en fin de jour­née, vous tom­bez sur des scènes impos­sibles à ima­gi­ner ailleurs en Inde : des vio­lo­nistes jouent du Vil­la-Lobos devant la fenêtre ouverte ; des oiseaux en cage pépient sur des bal­cons style Art nou­veau, don­nant sur des petites piaz­zas pavées sur des car­reaux rouges. Vous ver­rez de vieux bons­hommes en pan­ta­lon de lin fraî­che­ment repas­sé, coif­fés d’un feutre, sor­tir en groupes des tavernes et, la canne à la main, mar­cher d’un pas chan­ce­lant sur les pavés, en lon­geant des files de vieilles Coc­ci­nelles des années cin­quante, toutes cabos­sées et livrées à la rouille. Une dou­ceur médi­ter­ra­néenne pal­pable, presque visible, baigne ces rues.

William Dal­rymple, L’âge de Kali
A la ren­contre du sous-conti­nent indien
Libret­to, 1998

Pho­to d’en-tête © Akshay Cha­re­gaon­kar

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Scène de transe au temple de Kali à Kochi

Scène de transe au temple de Kali à Kochi

— Et com­ment per­sua­dez-vous Kali de pos­sé­der la per­sonne ? deman­dai-je.
— Oh, c’est très facile. Nous lui don­nons à boire douze bas­sines pleines de sang.

Artiste de Kathakali

Artiste de Katha­ka­li — Pho­to © Jogesh S

Repar­tons en Inde, dans le sud de l’Inde exac­te­ment, à Kochi dans le Kera­la (l’an­cienne Cochin), le temps de se faire un peu peur dans la sau­va­ge­rie d’un temple où un liquide rouge stagne dans des bas­sines en cuivre, une solu­tion de jus citron et de tein­ture qui, il y a peu, n’é­tait pas aus­si sym­bo­lique ; on rem­plis­sait autre­fois ces bas­sines de sang d’a­ni­maux (ou peut-être d’une autre espèce…) sacri­fiés.
Kali (काली), déesse mère, des­truc­trice, reine du temps, de la mort et de la déli­vrance, déesse matrone à la peau noire, Kali veut dire le temps, donc la mort. Elle est la femme de Shi­va et danse sur le corps blanc de son mari qui réclame son indul­gence, gri­ma­çante, tirant la langue et mon­trant outra­geu­se­ment ses lèvres rouges retour­nées comme les babines d’un ani­mal cour­rou­cé ou les lèvres d’un sexe béant. La voca­tion de Kali est de faire peur, comme le temps et la mort doivent faire peur. Mais les Hin­dous ne sont pas si naïfs, car Kali est celle qui les emmène vers la déli­vrance des réin­car­na­tions, même si cela doit pas­ser par une longue période sans morale. La déesse dont parle Dal­rymple est en réa­li­té un ava­tar d’une autre déesse plus large, Para­shak­ti Kali, mais j’a­voue avoir du mal à sai­sir la nuance.
Plon­gée dans une séance  tour­men­tée de gué­ri­son cha­ma­nique. Pour un peu, on tom­be­rait bien, nous aus­si, en transe.

Le temple de Kali était brillam­ment éclai­ré par un halo de torches fuli­gi­neuses à l’o­deur âcre. Pen­dant que le flot des fidèles y péné­trait, deux prêtres à demi nous allu­mèrent les der­nières mèches d’un grand pla­teau de cierges dont les flammes trem­blo­taient. Les prêtres ouvrirent les portes et les pèle­rins s’in­cli­nèrent devant la sta­tue aux nom­breux bras de Kali.
J’es­sayais de m’ap­pro­cher pour mieux la voir, à la lumière vacillante des torches. La déesse était repré­sen­tée comme une hideuse vieille sor­cière au visage noir bar­bouillé de sang, les lèvres retrous­sées, tirant la langue. Elle était nue et ne por­tait qu’une guir­lande de crânes et une cein­ture de têtes cou­pées ; un lacet de thug pen­dant à cette der­nière.
Bien­tôt d’autres brah­manes à demi nus appa­rurent. Leur chair mouillée de sueur lui­sait à la lueur des lampes ; ils enton­nèrent des man­tras en sans­krit. Tan­dis qu’ils chan­taient, leur chef s’as­sit en lotus sur le sol, et je remar­quai pour la pre­mière fois les grandes bas­sines de cuivre dis­po­sées en rangs, dans l’ombre, aux pieds des prêtres.
Puis on intro­dui­sit les pos­sé­dées : douze ou treize jeunes filles, en majo­ri­té des ado­les­centes, et un seul homme qui devait appro­cher la tren­taine. On les ins­tal­la en arc de cercle autour de l’au­tel et, durant quelques minutes, tous res­tèrent immo­biles et silen­cieux pen­dant que les brah­manes conti­nuaient à chan­ter leurs man­tras. Puis le chef des prêtres fit un signe de tête aux cym­ba­liers, et la musique reprit.
D’a­bord les cym­bales se conten­tèrent de gar­der le tem­po des man­tras, puis les joueurs de conques et de trom­pettes se mirent de la par­tie, aux­quels se joi­gnirent quatre tam­bou­ri­neurs qui tenaient cha­cun un grand tabla de bois. Bien­tôt les man­tras furent com­plè­te­ment étouf­fés par le rythme ances­tral des musi­ciens du temple.
Dans l’ombre, je vis le chef de la com­mu­nau­té asper­ger le sanc­tuaire de liquide san­glant en pui­sant dans les bas­sines avec ses mains en coupe, si bien qu’en atter­ris­sant, le jus rouge écla­bous­sait les autres prêtres avant de cou­ler dans un conduit qui l’a­me­nait vers les racines de l’arbre du Démon.
Le rythme des tam­bours s’ac­cé­lé­ra, les conques beu­glèrent ; puis sou­dain, quelque chose de très étrange se pro­dui­sit. L’une des pos­sé­dées se mit à trem­bler, comme prise d’une forte fièvre. Ses yeux étaient ouverts, mais elle sem­blait com­plè­te­ment déso­rien­tée. À côté d’elle, les autres jeunes filles com­men­cèrent aus­si à oscil­ler ; la transe se trans­met­tait de l’une à l’autre telle une conta­gion.
— Regar­dez ! chu­chot­ta Venu­go­pal. Voyez comme notre déesse est puis­sante ! Elle fait dan­ser les esprits. Bien­tôt peut-être vont-ils capi­tu­ler.
Une jeune fille en sari bleu secouait sa longue che­ve­lure d’a­vant en arrière, comme en proie à d’im­pos­sibles convul­sions. Der­rière elle, une femme — sans doute sa mère — ten­tait de s’as­su­rer que son sari, en se dérou­lant, n’en­frein­drait pas les règles de la pudeur indienne. De temps à autres, les mains de la jeune fille s’é­le­vaient dans les airs, son vête­ment s’en­trou­vrait et sa mère se pré­ci­pi­tait pour remettre le tis­su en place.
Trois autres jeunes filles se tor­daient main­te­nant sur le sol, comme en proie à la dou­leur ; une qua­trième tour­noyaient telle une tou­pie en pous­sant des cris aigus. C’é­tait un spec­tacle extra­or­di­naire. J’a­vais l’im­pres­sion d’a­voir recu­lé de plu­sieurs mil­lé­naires et d’as­sis­ter à quelque rituel drui­dique. Pour­tant per­sonne sauf moi ne sem­blait sur­pris et par­mi les enfants qui étaient pré­sents, deux sem­blaient s’en­nuyer fer­me­ment. Un jouait même avec deux billes de verre, les fai­sant rou­ler d’une main à l’autre, igno­rant com­plè­te­ment l’a­gi­ta­tion mal­saine qui régnait autour de lui.
Au bout d’en­vi­ron cinq minutes — bien que cela ait paru durer plus long­temps — la musique attei­gnit son paroxysme. Devant le lieu saint, le chef des prêtres, las de ver­ser la solu­tion à pleines mains, se mit à retour­ner les bas­sines dont le liquide rouge vint cla­po­ter autour des corps pros­trés des femmes. Les tam­bours bat­taient de plus en plus vite, les cym­bales s’en­tre­cho­quaient bruyam­ment, de plus en plus de pos­sé­dées tom­baient par terre en se convul­sant.
Quand la der­nière s’é­crou­la, une conque émit une note grave et deux prêtres allèrent fer­mer les portes du sanc­tuaire. Les tam­bours se turent sou­dain. C’é­tait fini.

William Dal­rymple, L’âge de Kali
A la ren­contre du sous-conti­nent indien
Libret­to, 1998

Pho­to d’en-tête © Thaths

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