Pano­téens (Pano­tii) de Gog et Magog, peuple des Anti­podes

Pano­téens (Pano­tii) de Gog et Magog, peuple des Anti­podes

On dit que les voyages forment la jeu­nesse, mais que l’on ne s’y trompe pas, ils forment aus­si l’i­ma­gi­na­tion, une ima­gi­na­tion folle, débor­dante, galo­pante… Les êtres dont il est ques­tion ici sont cer­tai­ne­ment les monstres décrits dans les Chro­niques de Nurem­berg, les Pano­tii ou Pano­téens. Une longue tra­di­tion les fait tra­ver­ser l’his­toire, une tra­di­tion qui pour­rait remon­ter aux écrits bibliques. Isi­dore de Séville les fait venir de Scy­thie, ce qui n’est pas une source ano­dine. En effet, on trouve dans la Bible, à l’é­vo­ca­tion de Gog et Magog, des traces de ces êtres. Dans la Table des Nations, Magog est un des fils de Japhet, et le terme de Gog est uti­li­sé de manière indif­fé­ren­ciée pour décrire Magog, terme qui désigne lui-même la direc­tion du nord de l’A­na­to­lie, ce qui fait dire à Isi­dore qu’on désigne là la Scy­thie… Dans le livre d’E­ze­chiel, le terme de Gog et Magog désigne l’en­ne­mi escha­to­lo­gique, qui devien­dra dans l’A­po­ca­lypse de Jean la figure de deux per­son­nages fai­sant par­tie de l’ar­mée de Satan. Dans les pre­miers textes chré­tiens, on assi­mile ensuite Gog et Magog aux Romains et à l’empereur, l’An­té­christ.
Mais reve­nons à nos Panot­ti que le Moyen-âge a affu­blé de plus de doigts que nous n’en avons, et par exten­sion, a fait de ce peuple atteint de poly­dac­ty­lie les habi­tants des Anti­podes (Opis­tho­dac­tyles / Rückwärtsfüss­ler), connus éga­le­ment sous le nom… d’An­ti­podes…

Représentation de Panotéen. Hartmann Schedel (1440-1514), - Chroniques de Nuremberg (Schedel'sche Weltchronik), page XIIr

Repré­sen­ta­tion de Pano­téen. Hart­mann Sche­del (1440–1514), — Chro­niques de Nurem­berg (Sche­del’sche Welt­chro­nik), page XIIr

Les anti­podes sont une race de monstres anthro­po­morphes qui ont le pied tour­né vers l’ar­rière, les talons vers l’a­vant et huit orteils à chaque pied; ils sont cen­sés cou­rir plus vite que le vent. À l’é­poque où l’on croyait la terre plate, on pen­sait que des peuples mar­chaient à l’en­vers de l’autre côté du disque et qu’ils avaient les pieds pla­cés de cette façon. Ces créa­tures auraient été obser­vées par Alexandre le Grand lors de ses conquêtes. (source Wiki­pe­dia).

Voi­ci ce qu’on peut lire à la suite du voyage autour du monde de Magel­lan :

Notre pilote nous dit qu’au­près de là était une île nom­mée Aru­chete où les hommes et les femmes ne sont pas plus grands qu’une cou­dée et leurs oreilles sont aus­si grandes qu’eux ; de l’une ils font leur lit et de l’autre ils se couvrent. Ils vont ton­dus et tout nus et courent fort. Ils ont la voix grêle et ils habitent dans des caves sous terre. Ils mangent du pois­son et une chose qui naît entre les arbres et l’é­corce qui est blanche et ronde comme dra­gée et qu’ils appellent ambu­lon. Là nous pûmes aller à cause des grands cou­rants d’eau et plu­sieurs rocs y sont.

Anto­nio Piga­fet­ta (XV-XVIè siècle)
Pre­mier voyage autour du monde par Magel­lan, IV, « 21 décembre 1521 »
in Umber­to Eco, His­toire des lieux de légende

Le lien entre les Panot­ti de Piga­fet­ta et Gog et Magog devient évident à la vision de ces deux repré­sen­ta­tions conser­vées à la biblio­thèque de la mos­quée Süley­ma­niye à Istan­bul, sous le nom de Ahval‑i Kıya­met (Ye’­cûc-Me’­cûc. Süley­ma­niye Kütü­pha­ne­si).

Ye'cûc-Me'cûc 1 - Ahval-i Kıyamet. Süleymaniye Kütüphanesi (2)

Ye'cûc-Me'cûc 1 - Ahval-i Kıyamet. Süleymaniye Kütüphanesi (1)

Voi­ci ce que nous en dit Fatih Cimok, dans son livre Ana­to­lie Biblique, de la Genèse aux conciles, en rajou­tant une petite couche d’A­lexandre le Grand :

Dans la lit­té­ra­ture chré­tienne tar­dive, Alexandre le Grand, le der­nier « empe­reur du monde », construit un mur de fer et de lai­ton dans les mon­tagnes du Cau­case pour empê­cher Gog et Magog d’en­va­hir le monde jus­qu’à la fin des temps. Cette his­toire appa­raît éga­le­ment dans le Coran (18 et 21) et dans d’autres mor­ceaux de la lit­té­ra­ture isla­mique. Ils sont consi­dé­rés comme vivant nus et mesu­rant envi­ron un mètre de haut. Ils ont de longues oreilles : pour dor­mir, ils se couchent sur l’une et se recouvrent de l’autre comme cou­ver­ture. L’his­toire dit qu’ils ont léché le mur de fer et de lai­ton jus­qu’à ce qu’il devienne aus­si fin qu’une coquille d’œuf et l’ont lais­sé ain­si en disant « demain, nous pas­se­rons à tra­vers ! ». Mais ils ont oublié de dire « inşal­lah ! » et retrou­vèrent donc le len­de­main le mur aus­si épais qu’au début. Ils enva­hi­ront le monde le jour du Juge­ment Der­nier, boi­ront toute l’eau du Tigre et de l’Eu­phrate et mas­sa­cre­ront tous les habi­tants de la Terre. En pein­ture, ils sont sou­vent repré­sen­tés comme des Scythes, des Tar­tares ou des Huns.

En bref, le Pano­téen, c’est le pur étran­ger qu’on affuble des plus incon­ci­liables tares.

Autre source concer­nant le texte de Piga­fet­ta…

Ber­thold Lau­fer, “Colum­bus and Cathay, and the Mea­ning of Ame­ri­ca to the Orien­ta­list,” Jour­nal of the Ame­ri­can Orien­tal Socie­ty, vol. 51, no. 2  (June 1931), pp. 87–103.

From p. 96:  “Piga­fet­ta who accom­pa­nied Magal­haens on the first voyage round the world records a sto­ry told him by an old pilot from Malu­co: The inha­bi­tants of an island named Aru­chete are not more than a cubit high, and have ears as long as their bodies, so that when they lie down one ear serves them for a mat­tress, and with the other they cover them­selves. This is also an old Indo-Hel­le­nis­tic crea­tion going back to the days of the Mahâb­hâ­ra­ta (Kar­na­pra­va­ra­na, Lam­ba­kar­na, etc.) and reflec­ted in the Enoto­coi­tai of Cte­sias and Megas­thenes. As ear­ly as the first cen­tu­ry B. C. the Long-ears (Tan-erh) also appear in Chi­nese accounts; their ears are so long that they have to pick them up and car­ry them over their arms.”

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Le nœud de Gor­dias, l’or de Midas, le Pac­tole et le bous­tro­phé­don — Voyage en pays phry­gien

Le nœud de Gor­dias, l’or de Midas, le Pac­tole et le bous­tro­phé­don — Voyage en pays phry­gien

La Phry­gie fait par­tie des anciennes régions de l’ac­tuelle Tur­quie, située à l’ouest d’Anka­ra, au sud de Bur­sa et au nord de Konya. Les ori­gines du peuple phry­gien demeurent incer­taines, même si ce qu’on sait d’eux, c’est qu’ils ont réoc­cu­pé d’an­tiques sites hit­tites comme Hat­tu­sa (Hat­tuşaş), Ala­cahöyük ou Alişar, situés un peu plus à l’est de cette aire géo­gra­phique. Glo­ba­le­ment on attri­bue à la Phry­gie l’es­pace situé entre la Lydie et la Cap­pa­doce et une his­toire s’é­ta­lant entre le XXè et le VIIè siècle av. J.-C.

Tumulus de Gordion (Midas Tümülüsü). Photo © Sarah Murray

Tumu­lus de Gor­dion (Midas Tümülüsü). Pho­to © Sarah Mur­ray

Dans la Table des Nations, le peuple phry­gien est asso­cié à Méshek (Moshek), le sixième fils de Japhet (Gn 10:2; 1 Ch 1:5) et l’on pense qu’ils ont par­ti­ci­pé aux grandes des­truc­tions liées aux mys­té­rieux Peuples de la mer. Sa capi­tale est la ville de Gor­dion, fon­dée par un per­son­nage dont on ne sait que la légende ; Gor­dias. Le roi phry­gien, selon cer­tains mythes grecs et selon des textes assy­riens du VIIè siècle av. J.-C, aurait dédié un cha­riot, sym­bole de royau­té, sur lequel il aurait lié autour du timon un nœud d’une com­plexi­té extrême que seul le futur maître de l’A­sie pour­rait défaire ; le fameux nœud gor­dien dési­gnant par ana­lo­gie un pro­blème com­plexe. Celui qui défit le nœud, tou­jours selon la légende aurait été Alexandre le Grand, qui de son épée le tran­cha net, cer­tai­ne­ment un peu éner­vé de n’a­voir pu réus­sir à le dénouer selon les méthodes tra­di­tion­nelles ; en effet, pour défaire un nœud, il faut en trou­ver au moins une des extré­mi­tés, mais celui de Gor­dias était un nœud ren­tré. Tou­jours selon la légende. On ima­gine par­fai­te­ment que cette légende soit venue s’ag­glo­mé­rer au fait qu’A­lexandre ait conquis l’A­sie, lequel n’a cer­tai­ne­ment pas eu besoin de cette his­toire de nœud à tran­cher pour accom­plir ses exploits. On ima­gine aus­si Arthur décou­pant le rocher à la dis­queuse pour s’emparer d’Ex­ca­li­bur.

Tumulus de Gordion lors de son excavation en 1957

Tumu­lus de Gor­dion lors de son exca­va­tion en 1957

Un autre Phry­gien célèbre n’est autre que le fils de Gor­dias, por­tant le nom de Midas (Mita). La légende raconte que la ville de Gor­dion est mise à sac par les armées des Cim­mé­riens et que le bon tyran se sui­cide en buvant du sang de Tau­reau (Pline l’An­cien rap­porte que le sang de tau­reau frais coa­gule et dur­cit rapi­de­ment lors­qu’il est encore frais). La légende la plus connue par­lant de Midas est celle selon laquelle il aurait ren­con­tré le satyre Silène ivre mort, l’au­rait recueilli le temps de cuver son vin et l’au­rait rame­né auprès de Dio­ny­sos, son com­pa­gnon de bois­son et acces­soi­re­ment fils adop­tif du satyre. En récom­pense, le dieu lui aurait don­né la pos­si­bi­li­té de réa­li­ser son vœu le plus cher : Midas, un peu vénal, vou­lut trans­for­mer tout ce qu’il tou­chait en or et fut exau­cé, mais lors­qu’il se ren­dit compte que sa nour­ri­ture et sa bois­son se trans­for­maient éga­le­ment en or, il implo­ra Dio­ny­sos de le gué­rir. Il invi­ta le roi à se laver les mains dans la rivière Pac­tole (Πακτωλός), un petit tor­rent de mon­tagne aux pro­prié­tés auri­fères appe­lé aujourd’­hui Sart Çayı, éga­le­ment à l’o­ri­gine de la richesse du mythique Cré­sus.

 Façade de la tombe de Midas, planche tirée de G. Semper, Der Stil, Munich, 1860


Façade de la tombe de Midas, planche tirée de G. Sem­per, Der Stil, Munich, 1860

La ville de Gor­dion pré­sente éga­le­ment un immense tumu­lus funé­raire dont le riche conte­nu atteste que la richesse de Midas n’est pas qu’une légende, même si on attri­bue de manière qua­si­ment cer­taine cette tombe à son père. A l’in­té­rieur de cet édi­fice funé­raire, on trouve éga­le­ment des élé­ments de main­tien d’é­poque, en bois dans un état de conser­va­tion remar­quable, d’arbres dont on ne trouve plus aujourd’­hui trace dans la région.

L'archéologue Federico Halbherr devant le mur du Code de Gortyne vers 1900

L’ar­chéo­logue Fede­ri­co Halb­herr devant le mur du Code de Gor­tyne (écrit en bous­tro­phé­don) vers 1900

La langue qu’ont adop­té les Phry­giens est lisible sans être par­fai­te­ment com­prise et pro­vient des prin­ci­pau­tés hit­tites et plus anté­rieu­re­ment du phé­ni­cien, tout en adop­tant des simi­li­tudes avec l’al­pha­bet grec. La par­ti­cu­la­ri­té de cette gra­phie consiste dans son écri­ture en bous­tro­phé­don. Ce mot bar­bare venant du grec  βουστροφηδόν signi­fie lit­té­ra­le­ment « bœuf qui tourne », sous-enten­du le mou­ve­ment que fait le bœuf lors­qu’il laboure le champ, qui une fois arri­vé à l’ex­tré­mi­té, repart dans l’autre sens. Une ins­crip­tion en bous­tro­phé­don pré­sente la carac­té­ris­tique de pré­sen­ter une pre­mière ligne écrite à l’en­droit et d’une seconde ligne com­men­çant de la droite et par­tant vers la gauche, en adop­tant de plus un ren­ver­se­ment des lettres en miroir, la troi­sième repart de gauche à droite et écrite à l’en­droit, et ain­si de suite.

Inscription en boustrophédon sur le code de Gortyne - © Agon S. Buchholz

Ins­crip­tion en bous­tro­phé­don sur le code de Gor­tyne — © Agon S. Buch­holz

Quant au bon­net phry­gien por­té par les révo­lu­tion­naires fran­çais, il semble que son ori­gine remonte à l’exis­tence d’une tiare en pointe por­tée par le dieu hit­tite de l’o­rage, dont la pointe s’est affais­sée au cours du temps et qui s’est répan­due sur le pour­tour médi­ter­ra­néen. Les Grecs, peu au fait de cette ori­gine, col­por­tèrent cette légende qui veut que le roi Midas qui por­tait cette tiare, le fai­sait pour mas­quer les oreilles d’âne qui lui avaient pous­sé sur la tête. Autant pré­ci­ser que le terme « Phry­gien » dans la bouche d’un Grec ancien n’est pas por­té par la sym­pa­thie…

SourcesFatih CimokAna­to­lie biblique, de la Genèse aux Conciles
A Turizm Yayın­ları, İst­anb­ul, 2010

Loca­li­sa­tion sur Google Maps (les noms antiques sont sui­vis de leur nom turc moderne) :

Affi­cher Le per­ro­quet sué­dois sur une carte plus grande

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L’ar­cher scythe du vase de Kul-Oba, la « mala­die fémi­nine » et le peuple d’A­sh­ke­naz

L’ar­cher scythe du vase de Kul-Oba, la « mala­die fémi­nine » et le peuple d’A­sh­ke­naz

Trésor de Kul-Oba, vase en électrum (détail archer) - Musée de l'Ermitage - Saint-Petersbourg

Prince scythe ten­dant l’arc d’Hé­ra­clès. Tré­sor de Kul-Oba, vase en élec­trum — Musée de l’Er­mi­tage — Saint-Peters­bourg. Deuxième moi­tié du IVè siècle avant notre ère.

Dans la Table des Nations, le patriarche Ash­ke­naz est le fils de Gomer, lui-même fils de Japhet, lui-même un des trois fils de Noé (ai-je déjà dit qu’il fal­lait lire l’An­cien Tes­ta­ment pour sa richesse ?). Si Japhet est l’an­cêtre des peuples vivant au nord de la médi­ter­ra­née, Gomer (גמר), l’aî­né de ses fils, est l’an­cêtre du peuple cim­mé­rien (Κιμμέριοι en grecGimir­raya en assy­rien — rien à voir avec Conan le Bar­bare), appa­ren­té aux Thraces ins­tal­lés en Tau­ride et dont le nom est à l’o­ri­gine du mot Cri­mée. Plus géné­ra­le­ment, on attri­bue à Gomer la paren­té des peuples euro­péens de l’ouest. Ash­ke­naz donc, fils de Gomer, est un nom qu’on connait pour dési­gner les Juifs d’Eu­rope de l’est et du nord, et pour les dis­tin­guer des Séfa­rades, les Juifs d’Eu­rope du sud et du Magh­reb, mais avant de dési­gner ces peuples, il est à l’o­ri­gine d’un autre mot : il a don­né en grec Σκὐθαι (Skú­thai), Ish­ku­za ou Asku­zai en assy­rien, et dans le lan­gage moderne, il s’est appa­ren­té au nom du peuple des Scythes. Ces guer­riers redou­tables, dont l’aire d’ex­pan­sion s’é­tend de l’ac­tuelle Ukraine à l’ouest jus­qu’aux contre­forts du Tad­ji­kis­tan et de la Bac­triane à l’est, demeurent connus pour leur orfè­vre­rie très riche, notam­ment par la décou­verte de fabu­leux tré­sors d’or caché dans des tumu­lus funé­raires. On attri­bue au peuple d’Ash­ke­naz la paren­té des peuples scan­di­naves et russes.
Tom­bé par hasard sur la repré­sen­ta­tion ci-des­sus d’un archer, repro­duit sur le vase en élec­trum du tré­sor trou­vé dans le kour­gane de Kul-Oba, je n’ai pu faire autre­ment que de m’ex­ta­sier sur la finesse d’exé­cu­tion de cet homme, dont le geste s’est trans­mis à tra­vers les âges, d’au­tant que ce vase date de la seconde moi­tié du IVè siècle avant notre ère, ce qui révèle un haut niveau de tech­no­lo­gie. Ce qui me semble le plus frap­pant, c’est la maî­trise par­faite de la gra­vure en bas-relief, exces­si­ve­ment bien ren­due dans l’or­don­nan­ce­ment des pos­tures ana­to­miques dans le corps de cet archer repré­sen­té de pro­fil. Ce vase repré­sente en tout quatre scènes.

  1. Une scène mon­trant un homme avec les doigts dans la bouche de l’autre, indi­quant clai­re­ment les soins de den­tis­te­rie connus à cette époque.
  2. La deuxième scène montre un homme en train de pra­ti­quer un ban­dage sur la jambe d’un guer­rier bles­sé.
  3. La troi­sième montre deux sol­dats en armes assis l’un en face de l’autre. L’un des deux semble être un prince.
  4. La qua­trième repré­sente cet archer, en réa­li­té un prince scythe qui fait réfé­rence non pas au mythe chré­tien des ori­gines du peuple mais au mythe grec, impli­quant Héra­clès :

Lorsque le héros Héra­clès se fut accou­plé avec le monstre Échid­na, cette der­nière mit au monde trois gar­çons. Puis vint le moment pour Héra­clès de conti­nuer sa route. Mais le jour du départ, Échid­na deman­da à son amant ce qu’elle devrait faire de leurs enfants, une fois par­ve­nu à l’âge d’homme. Héra­clès prit l’un de ses deux arcs et son bau­drier qu’il don­na à Échid­na. Il ajou­ta que celui des trois qui par­vien­drait à posi­tion­ner le bau­drier et à ban­der l’arc comme lui-même le fai­sait, devien­drait le roi du pays. Les deux autres frères devraient alors s’exiler. Arri­vé à l’âge d’homme, Échid­na ras­sem­bla ses trois enfants, Aga­thyr­sos, Gélo­nos et Scy­thès. Le test pou­vait alors com­men­cer. Seul Scy­thès par­vint à réus­sir les deux épreuves. Comme l’avait exi­gé Héra­clès, Échid­na don­na le pou­voir suprême au vain­queur, tan­dis que ses deux autres enfants s’exilèrent. À ce moment, Scy­thès don­na son nom à cette région et à son peuple. (source Wiki­pe­dia)

J’ai trou­vé éga­le­ment cet extrait du livre de Fatih Cimok rap­por­tant une autre légende, rap­por­tée par Héro­dote dans son Enquête, une légende pour le moins cocasse…

Le pha­raon Psam­mé­tique I (663–609 avant notre ère) les paya pour qu’ils ne dévastent pas son pays.
Lors de leur retour, les Scythes pillèrent Ash­ke­lon, un acte qui, d’a­près Héro­dote, pro­voque la malé­dic­tion de la déesse qui les infli­gea d’une mala­die appe­lée “mala­die fémi­nine”, c’est-à-dire l’ho­mo­sexua­li­té, dont “souffrent encore leurs des­cen­dants” ; cette his­toire a pu ins­pi­rer la remarque de Samuel (I Sm 5:6) que Dieu a infli­gé des hémor­roïdes aux Phi­lis­tins d’Ash­dod pour avoir pro­fa­né l’Arche d’Al­liance.

Fatih Cimok, Ana­to­lie biblique, de la Genèse aux Conciles
A Turizm Yayın­ları, İst­anb­ul, 2010

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Ara­rat, le Mont Djou­di, le Déluge et autres déluges

Ara­rat, le Mont Djou­di, le Déluge et autres déluges

Le mythe du Déluge tel qu’on le connait tra­di­tion­nel­le­ment dans les écrits prend très cer­tai­ne­ment racine dans l’épo­pée de Gil­ga­mesh, tan­dis que tar­di­ve­ment dans notre his­toire rela­ti­ve­ment récente une brèche s’est ouverte dans le détroit du Bos­phore qui fut à l’o­ri­gine de la créa­tion de la Mer Noire. Si pour les Juifs et les Chré­tiens il ne fait aucun doute que l’Arche de Noé s’est échouée sur les hau­teurs du Mont Ara­rat (Ağrı Dağı), un vol­can éteint en réa­li­té for­mé de deux som­mets (le grand Ara­rat — Büyük Ağrı — et le petit Ara­rat — Küçük Ağrı) dont la situa­tion iso­lée au milieu d’une vaste plaine ne pou­vait que faire de cette mon­tagne un lieu pré­des­ti­né à de grands des­seins, il n’est fait men­tion nulle part dans le Coran du nom de la mon­tagne qui se limite à Al judi (جبل جودي Jebel Ǧūdī — les hau­teurs) qu’on situe dans le sud de la Tur­quie (Jazi­rat ibn Oumar, l’ac­tuelle Cizre).

Arche de Noé - Manuscrit peint - fin XVIè - Zübdetü't Tevarih - Musée des arts turcs et islamiques d'Istanbul

Arche de Noé — Manus­crit peint — fin XVIè — Züb­detü’t Teva­rih — Musée des arts turcs et isla­miques d’Is­tan­bul

La par­ti­cu­la­ri­té de la forme de cette mon­tagne pour­rait lais­ser ima­gi­ner quelque chose comme une forme de bateau, en ayant beau­coup d’i­ma­gi­na­tion et de soi disant fouilles archéo­lo­giques auraient mis à jour la pré­sence d’un immense bateau enchâs­sé au creux de cette mon­tagne, dont la pré­sence se mani­feste par des élé­ments comme des « planches », des « rivets », une « ancre »…, de la même manière, des décou­vertes récentes sur le Mont Ara­rat « auraient mis à jour » les restes de l’embarcation du patriarche. Des inter­pré­ta­tions un peu far­fe­lues qui ne remettent bien évi­dem­ment pas en cause cette belle his­toire à peine exa­gé­rée.

Untitled

Pho­to ©

Cer­tains font appel à des fouilles et à des sources un peu plus sérieuses…

La loca­li­sa­tion, la forme et la taille de l’Arche semblent avoir pré­oc­cu­pé les hommes depuis la nuit des temps. Le « bois rési­neux » (GN 6:14) à par­tir duquel est fabri­qué l’Arche n’est pas men­tion­né ailleurs dans la Bible, et nous ne savons pas exac­te­ment à quoi il cor­res­pond. Les spé­cia­listes l’ont sou­vent inter­pré­té comme étant du roseau qui, enduit de « bitume en dedans et en dehors » deve­nait étanche. Cette matière aurait été retrou­vée sous forme fos­sile sur le Mont Ara­rat. […] Cer­tains auteurs de l’An­ti­qui­té, tel l’his­to­rien juif du Ier siècle de notre ère Fla­vius Joseph, pré­tendent que ceux qui esca­la­daient la mon­tagne en rap­por­taient des restes de bitume de l’Arche qu’ils uti­li­saient comme amu­lettes.

Fatih Cimok, Ana­to­lie biblique, de la Genèse aux Conciles
A Turizm Yayın­ları, İst­anb­ul, 2010

La légende du Déluge est recen­sée sous plus de 500 formes dif­fé­rentes, dont une connue sous le nom de déluge de Deu­ca­lion, popu­la­ri­sé par Ovide dans les Méta­mor­phoses. Un peu moins connu, le déluge d’A­pa­mée (Dinar) trouve une ori­gine un peu plus locale et adap­tée. Quelques uns de ces mythes donnent une ver­sion dans laquelle l’eau ne vient pas du ciel mais de la terre, par des inon­da­tions sou­ter­raines remon­tant à la sur­face. Ce phé­no­mène géo­lo­gique est endé­mique des régions vol­ca­niques qui font émer­ger des lacs sou­ter­rains lors de séismes, nom­breux dans cette région d’A­na­to­lie. A noter que le mythe de Deu­ca­lion don­na son nom à la ville ana­to­lienne de Konya (où se trouve enter­ré le Mev­lâ­na Dja­lâl ad-Dîn Rûmî) ; il y est ques­tion d’images de boue avec les­quelles Pro­me­thée et Athé­na repeuplent la terre. Image en grec, c’est eikon (εικόν), qui donne son nom à l’i­cône. Iko­nion n’est ni plus ni moins que l’an­cien nom grec de Konya.

Pho­to d’en-tête © Bri­gitte Dja­ja­sas­mi­ta

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