Les mer­veilles de Jean Pain­le­vé #1 — La pieuvre

Jean Pain­le­vé, fils du célèbre Paul Pain­le­vé, mathé­ma­ti­cien et Pré­sident du Conseil sous la IIIème Répu­blique, est l’homme qui a don­né ses pre­mières lettres de noblesse au docu­men­taire scien­ti­fique. D’a­bord pris pour une hur­lu­ber­lu dont les méthodes n’a­vaient rien de scien­ti­fique, il per­mit d’ou­vrir la voie à nombre de docu­men­ta­ristes qui lui sont rede­vables. Même lors­qu’ils sont muets, ses films montrent que le par­ti pris est clai­re­ment esthé­tique et une cer­taine poé­sie calme s’en dégage. On com­mence avec celui-ci que j’aime beau­coup, la pieuvre…

La Pieuvre
de Jean Pain­le­vé
France/1928/12′54″
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Grand-père avait un élé­phant

Vaikom Muhammad BasheerVoi­ci un petit livre tout à fait éton­nant. Trou­vé dans la sélec­tion 2013 du prix du meilleur roman décer­né par les lec­teurs de Points, cet OVNI lit­té­raire à la cou­ver­ture rose brillante est un conte clair comme l’eau du ruis­seau. Par­fois, je me demande ce qui me passe par la tête quand je me décide à ache­ter des bou­quins.
L’au­teur, Vai­kom Muham­mad Basheer, est connu pour son œuvre à carac­tère social, racon­tant avec une cer­taine ten­dresse la vie dans la pro­vince du Kera­la (extrême sud-ouest de l’Inde), où un quart des habi­tants sont musul­mans), aus­si bien que pour son rôle poli­tique dans le pro­ces­sus d’in­dé­pen­dance de l’Inde.
Koun­niou­pat­toum­ma est une jeune fille indienne, musul­mane, éle­vée dans un cocon de ten­dresse et de richesses ; son père s’oc­cupe des affaires de la mos­quée et per­sonne ne lève le petit doigt sans en réfé­rer à son avis, jus­qu’au jour où les affaires ne vont plus et voi­ci la famille rui­née, la jeune fille et sa mère obli­gée de vendre leurs bra­ce­lets en or pour ache­ter une petite mai­son dans les fau­bourgs, là où les gens font leurs besoins sur la route ou dans la rivière où est tirée l’eau à boire… Pour­tant, Oum­ma, sa mère est la fille pré­fé­rée de son grand-père, lequel avait pour­tant un élé­phant, un grand mâle avec des défenses !

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Pho­to © Ric­car­do Roma­no

Dans cet uni­vers deve­nu sombre, Koun­niou­pat­toum­ma passe les années sans trou­ver d’homme qui ne veuille d’elle à marier, à plus forte rai­son parce que ses parents sont pauvres, jus­qu’au jour où, vou­lant secou­rir un moi­neau femelle, elle tombe dans un fos­sé et n’ar­rive à en sor­tir que grâce aux bons soins d’un jeune homme qui va dis­pa­raître aus­si vite qu’il est appa­ru.
Der­rière l’his­toire simple d’une fille naïve sur­pro­té­gée qui finit par être livrée à un monde dur se trouve une belle réflexion sur les liens qu’en­tre­tiennent les dif­fé­rentes reli­gions qu’on trouve en Inde. Car même entre musul­mans, par­fois, on a du mal à recon­naître les siens…

- C’est quoi? demande Koun­niou­pat­toum­ma.
Pour le reste, elle avait com­pris. Elle avait enten­du par­ler de « poules élec­triques » qui s’al­lument quand on appuie sur un bou­ton. Mais le mot « radio », en revanche, elle ne le connais­sait pas.
— C’est une boîte, explique Aïsha, d’où sortent de la musique et des infor­ma­tions de très, très nom­breux pays.
— On entend La Mecque ?
— L’A­ra­bie, la Tur­quie, l’I­ran, l’Af­gha­nis­tan, la Rus­sie, l’A­frique, Madras, l’Al­le­magne, l’A­mé­rique, Sin­ga­pour, Del­hi, Kara­chi, Lahore, Mysore, l’An­gle­terre, Le Caire, l’Aus­tra­lie, Cal­cut­ta, Cey­lan — on peut cap­ter des sta­tions de presque par­tout dans le monde.
Koun­niou­pat­toum­ma ne com­pre­nait pas bien de quoi il était ques­tion. Mais une chose était sûre, cette fille en fai­sait trop.
— Tu as un tama­rin chez toi ?
— Non !
Et pour­tant, c’é­tait bien le plus impor­tant, non ? Elle pous­sa l’a­van­tage :
— Et un élé­phant, fausse bécasse, tu en as un ?
— Non !
— Mon grand-père avait un élé­phant, dit Koun­niou­pat­toum­maen se ren­gor­geant, un grand mâle à défenses !
Aïsha répon­dit avec fier­té :
— Mon grand-père avait un char à bœufs ! Il trans­por­tait des mar­chan­dises qu’il livrait dans des bou­tiques ou chez les gens. C’é­tait son tra­vail. Avec son char à bœufs, il a payé des études à mon père jus­qu’à la maî­trise. Et ton grand élé­phant, où est-ce qu’il est ?
— Oh, il est mort. Enfin, décé­dé.
— Quand est-ce qu’il est mort ?
— Pas mort, décé­dé. (C’é­tait un élé­phant musul­man, il fal­lait donc dire « décé­dé », ou « tré­pas­sé », comme pour les croyants. « Mort », c’é­tait bien pour les kafir(*).) Il a tué quatre kafir !
— Seule­ment quatre ? Et com­bien de musul­mans ?
— Zéro. C’é­tait un élé­phant for­mi­dable !
— Si c’est bien vrai, répon­dit Aïsha en riant, il aura droit à quatre demeures au para­dis, riche­ment incrus­tées, pierres pré­cieuses, dia­mants, perles et rubis, res­pec­ti­ve­ment !
Quand une per­sonne avait accom­pli ici bas des actions méri­toires — et tuer un kafir en était une — elle jouis­sait dans l’autre monde de mul­tiples plai­sirs.

Notes :
kafir : désigne de manière péjo­ra­tive les non-musul­mans.

Vai­kom Muham­mad Basheer, Grand-père avait un élé­phant
Points Zul­ma, 2005
Tra­duit du Malaya­lam (Inde) par Domi­nique Vita­lyos

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La rose et la tulipe, car­net de voyage à Istan­bul 8 : Kedi ve köpek (Chats et chiens)

La rose et la tulipe, car­net de voyage à Istan­bul 8 : Kedi ve köpek (Chats et chiens)

Épi­sode pré­cé­dent : La rose et la tulipe, car­net de voyage à Istan­bul 7 : Le Grand Bazar (Kapalı­çarşı) et la mos­quée Baye­zid II (Beyazıt Camıı)

Istanbul - avril 2012 - jour 5 - 075 - Sainte-Sophie (Ayasofya Cami Müzesi) - Chat

Le chat au pied du min­bar de Sainte-Sophie

S’il est une chose qui sur­prend à Istan­bul, c’est l’om­ni­pré­sence des chats. Véri­tables rois des rues, ils se fau­filent par­tout sous les palis­sades, par les van­taux des caves et inves­tissent les pou­belles qu’ils retournent avec une cer­taine dex­té­ri­té, habitent cer­tai­ne­ment en colo­ca­tion dans les mai­sons aban­don­nées qu’on trouve à tous les coins de rue. Les seuls chiens que j’ai vus se trou­vaient sur la rive asia­tique, à Üskü­dar. Les uns ou les autres sont les rois du pavé, et ce n’est pas rare de les voir éten­dus sur le pas­sage des badauds, pas inquié­tés pour un sou par la pré­sence des humains. Mon fils a même sym­pa­thi­sé avec un jeune chat qui tous les soirs nous atten­dait près du café des sports sur la place de Kadır­ga Mey­danı et qu’il avait sur­nom­mé… Constan­ti­nople.
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De Sala­man­drae Ter­res­tris Vita, Evo­lu­tione, For­ma­tione Trac­ta­tus [Adolph Frie­drich Funk — 1802–1830]

De vita salamandrae terrestris

Voi­ci à nou­veau un livre écrit en latin — De Sala­man­drae Ter­res­tris Vita, Evo­lu­tione, For­ma­tione Trac­ta­tus — par le natu­ra­liste Adolph Frie­drich Funk, datant de 1827 dans lequel sur les trois der­nières pages s’é­tendent de superbes planches d’illus­tra­tions repré­sen­tant la sala­mandre ter­restre (sala­man­dra sala­man­dra) sous toutes ses cou­tures. Une rare qua­li­té de repré­sen­ta­tion…

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Icones rerum natu­ra­lium, ou figures enlu­mi­nées d’his­toire natu­relle du Nord [Petrus Asca­nius — 1723–1803]

Petrus (ou Peder) Asca­nius est un zoo­lo­giste nor­vé­gien de l’é­poque de Carl von Lin­né. Il par­cou­rut les côtes de son pays pour en rame­ner un inven­taire illus­tré en cinq cahiers de la faune et de la flore des fjords sous le titre Icones rerum natu­ra­lium ou figures enlu­mi­nées d’his­toire natu­relle du Nord (Copen­hague, 1805), dis­po­nible à la consul­ta­tion et au télé­char­ge­ment sur Google Books. Un vieux livre joli­ment relié et par­fai­te­ment conser­vé, illus­tré de gra­vures aux cou­leurs res­plen­dis­santes. (more…)

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