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Dernières nouvelles du mondeLa chute d’Ananda Mahidol (Les oubliés du pays doré #13)
Bangkok, juin 1946. La mousson hésite encore, suspendue au-dessus de la ville comme une menace muette. Dans les rues, les cyclo-pousses glissent entre les flaques d’eau boueuse, évitant les nids-de-poule que la guerre a laissés partout, cicatrices d’un conflit qui vient à peine de s’achever. Le Siam a changé de nom pendant l’occupation japonaise, puis est redevenu le Siam, puis est devenu la Thaïlande. Personne ne sait vraiment quel nom donner à ce pays qui ne sait plus très bien qui il est et qui semble se chercher.
Le refuge de Connie Mangskau (Les oubliés du pays doré #12)
Constance Mangskau était née en 1907 à Chiang Mai, d’un père anglais et d’une mère thaïe, ce qui faisait d’elle une hybride dans un monde colonial qui n’aimait pas les hybrides. À dix-huit ans, elle avait épousé un planteur de caoutchouc norvégien dont elle ne gardait que le nom et deux filles. Veuve trop jeune, elle avait dû accepter un poste de secrétaire à la British American Tobacco Company pour nourrir ses enfants.
Anna et le Roi, vision d’un Orient fantasmé (Les oubliés du pays doré #11)
Bangkok, 1862. La mousson tambourine sur le toit du Grand Palais. Anna Leonowens débarque avec ses malles, son fils Louis, et cette détermination anglaise qui sert de cuirasse aux femmes seules. Elle a trente et un ans, prétend-elle. En réalité, elle vient de franchir le cap des quarante. Elle ment sur son âge, sur ses origines, sur tout ce qui pourrait la rendre vulnérable dans ce monde d’hommes et d’empires.
Les visiteurs du Roi Mongkut (Les oubliés du pays doré #10)
Les cartes du Siam, en 1856, sont fausses. On le sait. Les cartographes de Paris tracent des fleuves qui n’existent pas, inventent des montagnes, déplacent les villes. Louis-Antoine Léon de Rougé le sait aussi, lui qui débarque à Bangkok avec dans sa malle les dernières publications de la Société de Géographie. Il a vingt-huit ans, une formation d’ingénieur, et cette façon particulière qu’ont les hommes de son époque de regarder le monde comme un problème à résoudre.
La maison des Surawadee (Les oubliés du pays doré #9)
Bangkok, 1937. Une année lourde comme une mangue trop mûre. On construit des maisons en espérant qu’elles résisteront aux moussons et aux coups d’État comme on porte un talisman contre la malchance. C’est cette année-là que Sa-Ang Surawadee fait bâtir une demeure en teck sur pilotis, dans un bout de ville encore rempli de cocotiers, de buffles et de canaux sinueux où les enfants plongent depuis les berges en hurlant de joie.
Alexander MacDonald, Bangkok editor (Les oubliés du pays doré #8)
On naît toujours quelque part, même quand ce quelque part ne nous retient pas. Alexander MacDonald voit le jour en 1908 à Lynn, ville industrielle du Massachusetts où les manufactures de chaussures grondent jour et nuit. Son père travaille dans l’une d’elles. L’odeur du cuir tanné imprègne les vêtements, la peau, les nuits et les rêves. Mais le jeune MacDonald ne deviendra pas cordonnier pour autant.
Un Allemand à Bangkok (Les oubliés du pays doré #7)
On a trouvé dans les archives de Darmstadt une photographie sépia, datée de 1910. Karl Döhring pose devant une porte de Wat Chetuphon, la bouche close, les mains derrière le dos. Son regard fixe l’objectif avec cette morgue des hommes qui savent dessiner, et qui sont certains de leur art. Derrière lui, du granit baroque dans la chaleur de Bangkok.
Une histoire de bouddhas (Les oubliés du pays doré #6)
Jim Thompson disparaît le 26 mars 1967. Il part faire une promenade digestive après le déjeuner de Pâques. Il ne reviendra jamais. Cinq ans plus tôt, en janvier 1962, Thompson escalade une montagne dans la province de Phetchabun. Il cherche une grotte. Il a acheté cinq têtes de Bouddha en calcaire blanc à des antiquaires de Bangkok. Elles sont extraordinaires.
Les vies des autres, par William Warren (Les oubliés du pays doré #5)
William Warren est mort à Bangkok en 2011. Quatre-vingt-un ans. Une vie presque entière passée en Thaïlande. Quand on meurt à Bangkok après soixante ans de résidence, est-on encore un expatrié ? Ou devient-on autre chose – un hybride, un fantôme inversé, un Occidental devenu asiatique par sédimentation lente ? William Warren fait partie de ces ombres qui se perdent dans la lumière des soirs tropicaux.
La maison de Kamthieng (Les oubliés du pays doré #4)
Sur les rives de la Ping, dans le royaume de Lanna que Bangkok ne contrôle pas encore tout à fait, on élève une maison en teck. Les artisans choisissent les arbres en palpant l’écorce, en pressant l’oreille contre le tronc pour écouter la densité du bois. Ils regardent les nœuds et y voient déjà la structure de la construction, forts de leur expérience.
Dans l’ombre de Jim Thompson (Les oubliés du pays doré #3)
On commence toujours par Jim Thompson. C’est son nom qu’on cherche dans les bases de données, les archives des journaux, les registres d’état civil. Jim Thompson, l’Américain, industriel qui fit renaître l’industrie ancestrale de la soie thaïlandaise. Jim Thompson, disparu en 1967 dans les Cameron Highlands de Malaisie.
Les fantômes de l’Oriental (Les oubliés du pays doré #2)
On arrive toujours à Bangkok par le fleuve. Même aujourd’hui, même en avion, c’est le Chao Phraya qui nous accueille, serpent brun et majestueux charriant l’histoire. En 1876, deux capitaines danois, Hansen et Andersen, comprirent cela. Ils achetèrent une bâtisse au bord de l’eau. Un hôtel. Pourquoi pas, après tout. Le Siam s’ouvrait au monde comme on ouvre une fenêtre sur l’Orient. Avec un O majuscule.
Suvarnabhumi (Les oubliés du pays doré #1)
L’aéroport de Bangkok porte ce nom : Suvarnabhumi. Quinze millions de passagers par an prononcent ce mot sans le comprendre. Ils traversent le hall climatisé, traînent leurs valises à roulettes sur le marbre gris, achètent du whisky détaxé. Personne ne sait qu’ils foulent la Terre de l’Or.
SG‑3, le puits qui voulait percer la Terre
Il y a dans le Grand Nord russe un endroit où l’on a tenté de commettre un geste insensé : creuser la Terre non pas pour en extraire du pétrole ou des diamants, mais simplement pour voir jusqu’où elle consentirait à se laisser transpercer. L’endroit s’appelle la péninsule de Kola, une étendue désolée balayée par des vents qui sentent l’océan et l’infini, avec ses forêts maigres et ses sols qui craquent sous le gel.
Wadi al-Salam, la cité des morts
Il est des lieux où la vie et la mort cessent de s’opposer et se prennent par la main pour marcher ensemble, presque paisiblement. À Najaf, au sud de l’Irak, s’étend Wadi al-Salam, la « vallée de la paix » — le plus vaste cimetière du monde. Ses dimensions donnent le vertige : plusieurs kilomètres carrés de tombes, de mausolées et de galeries souterraines, comme une ville qui n’aurait jamais cessé de croître, mais dont les habitants ne parlent plus.














