Oct 17, 2009 | Arts, Photo |
Voici venu le temps du retour des projets que l’on fait seul ou à plusieurs… L’élan collectif a parfois le goût de l’émulation et permet de soutenir ce qu’on n’arrive pas toujours à porter seul. You see what I mean est un projet que l’on a commencé à 2 avec Fabienne et qui ne méritait pas de s’arrêter en si bon chemin. Ouvert et entretenu avec soin, il est présent dans tous les bacs depuis le 18 novembre 2008 et reprendra dès lundi avec le numéro 34, ici désormais.

Et Charles Quint, c’est peut-être la peinture ? me dit-il — le coup de grâce.
Jean-Philippe Toussaint, la Télévision
Éditions de Minuit.
Read more
Oct 16, 2009 | Livres et carnets |
Ma très chère Marjane, Tu ne me connais pas, mais voilà, je me décide à prendre la plume et à t’écrire enfin. Je viens de terminer le troisième tome de Persepolis, et je m’apprête à commencer le dernier. Déjà, je me demande comment je vais gérer cette fin programmée puisque je sais que derrière il n’y aura plus rien. L’histoire se termine là.

Marjane Satrapi © imdb.com
Il y a encore peu de temps, je ne te connaissais que de nom depuis quelques années, depuis que Persepolis est arrivé sur le devant de la scène comme un OVNI, parce que forcément, une bédéaste iranienne, rien que dans l’intitulé, ça attire soit le regard, soit une nécessaire méfiance. C’est lorsque je t’ai vu sur un plateau d’Arte avec Dany le Rouge que j’ai décidé qu’il fallait que je te lise (je me souviens, ce soir là, je me disais que j’étais content de ne pas avoir oublié que les intellectuels de gauche des années 70 sont ceux-là même qui ont porté la révolution islamique au pouvoir dans ton pays, pour des raisons indéfendables). A présent, je sais que je vais devoir aller me coucher le soir en emportant autre chose qu’un de tes volumes, et rien que d’y penser, je me sens déjà miné par une sorte de nostalgie sourde. En fait, je veux simplement t’écrire pour te remercier de mille choses ; tu le mérites amplement.
Tout d’abord, je suis heureux de t’avoir connu. Heureux, car j’ai l’impression que tu as remis énormément de choses à leur place. La place de l’Iran dans le monde d’abord, on avait presque oublié ce pays torturé. Je me souviens, lorsque j’étais gamin ; l’Iran, l’Irak, le Liban, tout ceci a longtemps fait partie de mon quotidien et du journal télévisé que je regardais avec mes grands-parents, et bien évidemment, je n’y comprenais rien. Tu as pris le temps de m’expliquer. Tu m’as également expliqué ce qu’est être une femme en Iran. Au début, évidemment, on ne comprend pas trop, naïvement, pourquoi ces femmes que l’on voit représentées, ta mère, ta grand-mère, aux cheveux tombants sur les épaules… Oui, parce que c’était comme ça avant, on ne portait pas le voile, les cheveux volaient aux vents, et femmes que vous étiez, vous pouviez sortir dans la rue sans vous attirer la vindicte des hommes. Et puis en Iran, selon la tradition, c’est l’homme qui apporte la dot avant le mariage… Tout un symbole.
L’Iran, c’est la Perse, et tu m’as fait comprendre aussi que ça avait son importance au vu du passé de cette nation. En quelques mots, tu m’as fait découvrir le peuple perse, sa langue, mais j’ai découvert également ta vie, car c’est principalement de ça dont il est question, de ton adolescence, de ton départ pour l’Autriche parce que tes parents ne voulaient pas que tu subisses la violence de la guerre. J’ai aimé suivre ton parcours, compati avec ta solitude et ta déprime, tenté de comprendre les brisures de ton existence, et j’aurais tant voulu te serrer dans mes bras lorsque tu étais si seule et rassurer tes parents qui continuaient à vivre là-bas à Téhéran.
Voilà, pour moi l’aventure est bientôt terminée, mais j’ai adoré être ému aux larmes par ton histoire et pour ça encore, je voudrais te remercier et te dire que je ne suis pas prêt de t’oublier, toi, et ton grain de beauté sur le côté du nez…
Persepolis, Marjane Satrapi
L’Association (Collection Ciboulette) 4 tomes.
Read more
Oct 11, 2009 | Livres et carnets |
Ryuichiro Utsumi est un presqu’inconnu — il l’est en tout cas pour moi — et il s’en est fallu de peu que je passe à côté. Si je l’ai trouvé, c’est que son nom était accolé à celui d’un dessinateur dont je me suis entiché, Jirō Taniguchi. Lui au dessin, Utsumi au scénario, c’est un mélange exquis, même si la force tragique de Taniguchi s’en trouve renforcée par des histoires d’une sublime clarté.
Les bandes-dessinées, et a fortiori les manga, sont un genre particulier qui, si l’on y regarde de près, permet de traiter des sujets graves, ou plus simplement des histoires où intercèdent des tragédies personnelles fondues dans le non-dit. Même si on n’est plus dans le roman ou la nouvelle et que les visages et les corps ne sont pas dans le champ de l’imagination, on est comme happés par ce dessin réaliste et cette finesse dans les temps, les courts et les longs comme des notes de musiques parfaitement maîtrisées. On est loin de Dragonball Z, et sous les traits de plumes fins de Taniguchi, L’Orme du Caucase prend une dimension terrifiante tellement ces histoires prennent vie sous nos yeux avec une intensité qui, personnellement, n’est pas loin de me faire frémir autant que dans le roman.

Dans cette œuvre intime, intimiste, ce qui est exploré, ce sont ces étapes de la vie dans lesquelles on se trouve confronté à des écueils, des événements insurmontables, comme la perte d’un être cher et la soudaine réalité de l’absence venant tout submerger, ou la répétition des traumatismes de l’enfance.
Ce qui frappe une fois que l’on a fermé l’album, c’est cette sagesse qui résonne comme un chant interminable, mais qui n’hésite pas à explorer les tabous d’une société aussi rigide que celle du Japon.
Jirō Taniguchi & Ryuichiro Utsumi
L’orme du Caucase (Keyaki no ki), éditions Castermann
Read more
Oct 11, 2009 | Arts, L'oeil de la caméra |
Baraka (1992) est un film de Ron Fricke dont on a dit que ce n’était qu’une pâle imitation d’un autre grand film sans parole, Koyaanisqatsi, de Godfrey Reggio, produit par Francis Ford Coppola, sur une musique de Philip Glass et des images de… Ron Fricke. Pourtant, sous ce titre qui signifie Souffle de vie se trouve une grande œuvre, un de ces films dont l’essence réside dans un pouvoir de signifiance qui va au-delà de ce que sont capable de faire nombre de cinéastes avec des dialogues et des didascalies compliquées.

Pas vraiment un documentaire, pas vraiment un film non plus, Baraka (Wikipedia en) est une vision du monde, constituée par un certain ordre empilé d’images dont on ne se lasse pas. Les plus curieux voudront absolument savoir où sont et que sont ces lieux, mais parfois, il est bon de se laisser guider par la magie du cinéma et finalement, se laisser émouvoir par le spectacle qui est offert. Quoi qu’il en soit, pour ceux qui connaissent Koyaanisqatsi, ce ne sera pas un grand dépaysement.
On peut retrouver Baraka en intégralité sur Youtube.
- Baraka, Partie 1
- Baraka, Partie 2
- Baraka, Partie 3
- Baraka, Partie 4
- Baraka, Partie 5
- Baraka, Partie 6
- Baraka, Partie 7
- Baraka, Partie 8
- Baraka, Partie 9
- Baraka, Partie 10
Read more