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Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 10 août) : Les göz­leme d’Es­ra, Fethiye, le tom­beau d’Amyntas

Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 10 août) : Les göz­leme d’Es­ra, Fethiye, le tom­beau d’Amyntas

Épi­sode pré­cé­dent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 9 août) : Dans les gorges de Saklıkent (Kanyo­nu)

Bul­le­tin météo de la jour­née (ven­dre­di) :

  • 10h00 : 38.7°C / humi­di­té : 27% / vent 15 km/h
  • 14h00 : 42.0°C / humi­di­té : 23% / vent 11 km/h
  • 22h00 : 40.0°C / humi­di­té : 67% / vent 4 km/h

Réveillé ce matin par le chant des cri­quets dans l’at­mo­sphère brû­lante qui frappe au car­reau. Mes nuits cli­ma­ti­sés res­semblent à des cau­che­mars où j’os­cille entre la nudi­té par­faite et l’en­gon­ce­ment dans les toiles blanc cas­sé, sau­cis­son­né comme une rosette de Lyon ou un foie gras cuit à cœur. Ils se sont répar­tis ente le jar­din de la pis­cine et celui sur lequel donne la cour­sive, ce qui a le don de pro­duire un son en sté­réo pas­sa­ble­ment enivrant. Je dis cri­quet, mais je suis vrai­ment inca­pable de dire quel genre de coléo­ptère est capable de faire ce genre de bruit et je ne suis pas cer­tain que si j’ar­rive à connaître le nom turc cela m’a­vance à grand chose.

Ce n’est pas parce que je suis en vacances que je ne lis pas. Je viens de finir le livre de Daniel Arasse, On n’y voit rien, que j’ai trou­vé beau­coup moins fas­ci­nant qu’His­toires de pein­tures, beau­coup moins éclai­rant, plus égo­cen­tré et sur ma lan­cée je com­mence la lec­ture, dès le petit matin, de Les Croi­sades vues par les Arabes d’Amin Maa­louf.

Je prends quelques notes sur la manière de tenir mes car­nets, com­ment les ordon­ner, de les numé­ro­ter et de les indexer, de mettre des onglets, d’in­sé­rer du maté­riau à l’in­té­rieur. Vœux pieux. Il me semble qu’en ce moment je mange beau­coup, peut-être l’ef­fet de la cha­leur, ou alors parce que les repas sont plus légers, ou alors parce que je ne res­sens plus beau­coup la sen­sa­tion de satiété.

Turquie - jour 15 - Fethiye - 006 - Patara gözleme evi

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Car­net de Homs — Jona­than Littell

Car­net de Homs — Jona­than Littell

Le livre du jour­na­liste fran­co-amé­ri­cain Jona­than Lit­tell, Car­net de Homs, est un réqui­si­toire ter­ri­fiant racon­tant de l’in­té­rieur ce qui s’est pas­sé à Homs en jan­vier 2012, juste avant le défer­le­ment de bombes qui a rava­gé le quar­tier de Baba Amr. Ecrit dans l’ur­gence, ce ne sont que des notes, vague­ment mises en forme, qui évoquent à quel point la popu­la­tion sur place est sur les dents et se sent oppri­mée. Il y raconte les tor­tures des agents du gou­ver­ne­ment sur place et en arrière-fond le sou­hait à peine mas­qué de la part d’El-Assad de faire crou­ler son pays dans une guerre civile qui aurait tout l’air d’être un conflit confes­sion­nel. On res­sort de là esso­ré, plein de pous­sière, des sco­ries de cette atmo­sphère dégueu­lasse. Lit­tell porte un regard sans conces­sion, n’hé­si­tant pas à dénon­cer ceux qui de l’in­té­rieur pro­fitent de la situa­tion, mais brosse aus­si le por­trait de femmes et d’hommes cou­ra­geux qui se battent dans l’in­dif­fé­rence totale des grands de ce monde.
Apo­théose de ce témoi­gnage, la confron­ta­tion entre son com­pa­gnon de route, le pho­to­graphe Mani (un homme for­mi­dable) et Pierre Pic­ci­nin, un type qui se dit jour­na­liste et qui pen­dant long­temps a sou­te­nu le régime en place, au moins jus­qu’en février 2012, et qui lors de ces échanges sou­tient que les acti­vistes de l’ASL ne sont que des ter­ro­ristes dont le but est de désta­bi­li­ser El-Assad. Lit­tell demande à un moment à Mani d’en­voyer la pho­to d’un enfant égor­gé « au connard de Gem­bloux ». Depuis, Pic­ci­nin semble avoir retour­né sa veste, mais il faut tou­jours se méfier des apostats.

Homs!!!

Pho­to © Free­dom House

Au beau milieu de la guerre qui frappe par­tout et tout le monde, des plus enga­gés aux plus inno­cents, sour­de­ment et aveu­gle­ment, on trouve des moments de cha­leur dans l’hi­ver syrien, qui rap­pellent que ce peuple est plus grand grand que celui qui les étrangle.

2h30 du matin. Je n’ar­rive tou­jours pas à dor­mir. Dans la grande pièce de devant, celle des sol­dats ASL, ça chante depuis des heures. je me lève et je vais voir. Une ving­taine d’hommes sont assis tout autour contre le mur, fument des ciga­rettes et boivent du thé ou du maté, et chantent à tour de rôle, a cap­pel­la. Je ne com­prends pas les paroles, bien sûr, mais on dirait des chants d’a­mour, peut-être aus­si des chan­sons sur la ville. Les voix tremblent, gémissent, sou­pirent, quand un finit, un autre recom­mence. Un homme sur­tout mène le chant, un homme d’une qua­ran­taine d’an­nées, au visage étroit, bar­bu, un peu roux, les yeux rusés, entiè­re­ment éden­té sauf pour une inci­sive iso­lée dans la mâchoire du bas. Il chante avec une émo­tion intense, concen­trée, et semble connaître toutes les chan­sons qu’on lui demande. Quand il marque une pause, un autre reprend. Les autres écoutent, ponc­tuent, par­fois battent des mains. Per­sonne n’in­ter­rompt per­sonne, il n’y a aucune concur­rence ou com­pé­ti­tion, cha­cun chante pour le plai­sir de chan­ter et écou­ter pour le plai­sir d’é­cou­ter, tous ensemble.

Jona­than Lit­tell, Car­nets de Homs
Gal­li­mard, NRF, 2012

Children chanting Syrian freedom songs. Aleppo.

Pho­to © Free­dom House

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