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Inter­dits et tou­jours vivants…

J’ai enten­du des gens en par­ler sans les avoir vu. J’ai enten­du des gens qui les ont regar­dé, mais qui n’en pensent rien parce qu’ils n’ont pas regar­dé jus­qu’à la fin. Et j’ai enten­du des gens s’in­di­gner de la mau­vaise qua­li­té de ces petits films qui n’ont d’autre voca­tion que de mon­trer un ins­tant de vie dans lequel, à un moment don­né, tout bas­cule dans l’é­trange, mais tou­jours sous contrôle car on entend mani­fes­te­ment qu’ils ont été cen­su­rés à un moment donné.

Ces docu­ments inter­dits ras­sem­blés par Jean Ted­dy Filippe res­tent mythiques. Dans leur ver­sion ori­gi­nale, ils sont com­men­tés par Jean-Claude Car­rière qui nous inter­roge sur le pou­voir des images. La pre­mière fois qu’ils ont été dif­fu­sés, c’é­tait en 1993 et ils ne sont sor­tis en DVD qu’en 2006 et ils sont à pré­sent dis­po­nibles sur le site d’Arte.
A voir ou à revoir.

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Fan­ny Hill, une fille de joie

Fan­ny Hill, or Memoirs of a Woman of Plea­sure, ou Mémoires d’une fille de joie est consi­dé­ré comme le pre­mier roman éro­tique. Écrit en 1749 par John Cle­land tan­dis qu’il pur­geait une peine de pri­son pour dettes, il ren­voya son auteur en pri­son pour inci­ta­tion à la débauche. Il fut inter­dit aux États-Unis jus­qu’en 1966.
Il sem­ble­rait que l’au­teur ait clai­re­ment fait un jeu de mots avec le nom du per­son­nage prin­ci­pal puisque Fan­ny, c’est la vulve et Hill, un mame­lon ou le Mont de Vénus. Tout un programme…
Le texte est inté­gra­le­ment dis­po­nible sur Gal­li­ca. Pour la petite his­toire, Edouard-Hen­ri Avril l’illus­tra et se spé­cia­li­sa par la même occa­sion dans l’illus­tra­tion éro­tique, d’un goût par­fois dou­teux… On pour­ra lire éga­le­ment le texte d’A­pol­li­naire sur l’œuvre.

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Scène de chasse en blanc

Une demi-heure après, leur thé ingur­gi­té, mes trois visi­teurs pre­naient congés. Je m’ac­ti­vai dehors à cas­ser du bois pour le feu. Sou­dain, venant du bois, des coups de fusil reten­tirent dans le loin­tain ; un d’a­bord, puis un autre. Des coqs de bruyère s’en­vo­lèrent, effrayés par le bruit. Au som­met d’un pin, un geai fit entendre sa plainte. Ensuite, tout rede­vint calme. J’é­cou­tai lon­gue­ment pour voir si per­sonne n’ap­pro­chait, mais rien ne vint plus bri­ser le silence.

Untitled

Sur le bas Ienis­seï, la nuit tombe de très bonne heure. Ren­tré à l’in­té­rieur de la cabane, je fis du feu dans le poêle et com­men­çai à faire cuire ma soupe, sans ces­ser de guet­ter le moindre bruit venant du dehors. Je sen­tais, invi­sible, impal­pable, la pré­sence de la mort qui rôdait autour de moi, prête à tout moment à se décou­vrir sous un aspect impré­vi­sible : l’homme, la bête, le froid, l’ac­ci­dent, la mala­die… Face à elle j’é­tais seul, n’ayant pour seul recours que la vigueur de mes bras et de mes jambes, la pré­ci­sion de mon tir, la viva­ci­té de mon esprit, et la Pro­vi­dence divine ! Plon­gé dans ces sombres réflexions, je ne m’a­per­çus pas du retour de l’é­tran­ger. Comme la veille, il appa­rut tout à coup sur le seuil. A tra­vers la buée, je dis­tin­guai d’a­bord les yeux rieurs qui se déta­chaient sur le fin visage. Il entra dans la cabane et, avec un grand bruit, dépo­sa dans un coin trois fusils.
— Deux che­vaux, trois fusils, deux selles, deux boîtes de bis­cuits, un demi-paquet de thé, un sachet de sel, cin­quante car­touches, deux paires de bottes, énu­mé­ra-t-il en riant. Bonne chasse aujourd’hui.

Fer­dy­nand Ossen­dows­ki, Bêtes, hommes et dieux
A tra­vers la Mon­go­lie inter­dite, 1920–1921
Edi­tions Phe­bus Libretto

Ain­si com­mence le grand roman fan­tôme d’aventures…

Après

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Les rillettes et la bière de Proust

Vous convoi­tez sérieu­se­ment les rayons des librai­ries afin que votre plume soit enfin récom­pen­sée de ses efforts par la publi­ca­tion de vos écrits ? Vous atten­dez depuis des années d’être cer­ti­fié du label uni­ver­sel de “GRAN­TÉ­CRI­VAIN” ? Ce petit livre aus­si “à l’an­cienne” qu’un pot de mou­tarde, impri­mé sur papier vélin non mas­si­co­té est fait pour vous.
Thier­ry Mau­ge­nest y a col­lec­té une cin­quan­taine de fiches pra­tiques afin de vous déli­vrer les meilleurs conseils pour que vous puis­siez enfin écrire le livre dont vous rêviez. Enri­chi de moult extraits des plus beaux chefs-d’œuvres de la lit­té­ra­ture fran­çaise, vous y trou­ve­rez for­cé­ment votre compte.

Nature morte par Willem Kalf

Lorsque vous effec­tuez un cal­cul dans votre roman, véri­fiez tou­jours si votre compte est bon… au risque de com­mettre d’im­par­don­nables étourderies :

Le cha­meau était lan­cé, et rien ne pou­vait plus l’ar­rê­ter. Quatre mille Arabes cou­raient der­rière, pieds nus, ges­ti­cu­lant, riant comme des fous, et fai­sant luire au soleil six cent mille dents blanches1

Alphonse Dau­det, Tar­ta­rin de Tarascon

1 — Ce qui fait cent-cin­quante dents par bouche !


Afin de soi­gner son style, Léau­taud conseillait de sup­pri­mer tous les mais, les pour­tant, les en effet, les d’ailleurs et les cepen­dant. Mais ces termes se retrouvent pour­tant sous la plume de grands écri­vains. En effet, Bal­zac usait de beau­coup de cepen­dant, d’en effet et de pour­tant, pour­tant ses romans sont par ailleurs fort bien écrits. Mais Léau­taud vou­lait dire cepen­dant que le pour­tant, le d’ailleurs, ou l’en effet, pour­tant utiles par ailleurs, sont en effet du plus mau­vais effet lors­qu’un écri­vain, pour­tant pré­ve­nu, en abuse. D’ailleurs, ce ne sont pas ces termes mais l’u­sage exces­sif de ceux-ci qui alour­dit en effet la prose. Vous ne devrez pour­tant pas ban­nir pour autant tous les cepen­dant, les mais ou les d’ailleurs, mais veiller cepen­dant, comme le pré­co­nise en effet Léau­taud, à ne pas en abu­ser par ailleurs.

Un livre qui vous dis­trai­ra en toutes cir­cons­tances… Mais en ce qui concerne le clou du livre, c’est à dire les rillettes de Proust, je ne vends aucu­ne­ment la mèche, il va fal­loir ache­ter le livre…

Thier­ry Mau­ge­nest, Les rillettes de Proust, et autres fan­tai­sies littéraires
JBZ & Cie

A suivre dans la même col­lec­tion, le bré­viaire des petits plai­sirs hon­teux

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