Les merveilles de Jean Painlevé #3 – La daphnie

Troisième volet des merveilles de Painlevé avec cette daphnie qu’on ne connait quasiment que pour servir de nourriture aux poissons d’aquarium. Découvrez cette petite bestiole faisant partie de l’ordre des crustacés, qui se déplace à l’aide de ses antennes, qui n’a qu’un seul œil et qui se fait nettoyer les antennes par des bestioles encore plus petites, les infusoires… La nature est pleine de ressources…

La Daphnie
de Jean Painlevé
France/1929/09’28” (more…)

Les merveilles de Jean Painlevé #2 – Les Oursins

Second volet des merveilles de Jean Painlevé avec ces petits oursins des sables dont les cils bougent dans un mouvement ondulant et dont les organes s’ébrouent dans le courant des marées. Hypnotique à souhait, muet, il n’en reste pas moins que c’est une œuvre scientifique et vous ne ressortirez pas de là en ignorant ce qu’est une tige flexueuse ou un pédicellaire.

Les Oursins
de Jean Painlevé
France/1929/10’10” (more…)

Les merveilles de Jean Painlevé #1 – La pieuvre

Jean Painlevé, fils du célèbre Paul Painlevé, mathématicien et Président du Conseil sous la IIIème République, est l’homme qui a donné ses premières lettres de noblesse au documentaire scientifique. D’abord pris pour une hurluberlu dont les méthodes n’avaient rien de scientifique, il permit d’ouvrir la voie à nombre de documentaristes qui lui sont redevables. Même lorsqu’ils sont muets, ses films montrent que le parti pris est clairement esthétique et une certaine poésie calme s’en dégage. On commence avec celui-ci que j’aime beaucoup, la pieuvre…

La Pieuvre
de Jean Painlevé
France/1928/12’54”
(more…)

Karl Bartos – Live cinema

Bartos est un nom qu’on n’oublie pas, surtout lorsqu’il vient se produire à deux pas de chez vous, au centre des arts d’Enghien-les-bains. Il ne fait pas partie du noyau fondateur de Kraftwerk, le groupe pionnier en matière de musique électronique créé par Ralf Hütter et Florian Schneider, mais il en est un des membres éminents des premiers temps.

A l’origine de certains de titres les plus connus, on considère souvent qu’il est le plus original de la bande et c’est d’ailleurs ce qui le fera quitter la troupe puisque ses visions de la musique était largement plus progressistes que celles de deux membres fondateurs. On le voit d’ailleurs bien dans son dernier spectacle puisque s’il y est souvent question de son compagnon de route Wolfgang Flür, les images concernant les deux autres sont soigneusement évitées, laissant présager d’un conflit dans lequel il préfère certainement se passer de cet encombrant héritage. Toutefois, il n’hésite pas à reprendre sur scène certains des plus grands titres de Kraftwerk — surtout lorsqu’il en est le principal instigateur.

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Le spectacle Live Cinema qu’a monté Bartos avec son acolyte Mathias Black au mixage est un réel travail de scénographie et de production d’image, car depuis la dissolution (même si Kraftwerk continue de se produire avec Hütter) du groupe, Bartos a continué de publier des albums de son côté, tout en montant un spectacle à partir des courts-métrages qu’il a réalisé ces dernières années. On y retrouve certains des titres phares du groupe (Trans Europe Express, Tour de France, Robots, Das Model, etc.) mais également les titres de son album Communication, dont The Camera, illustré superbement par les images de Blow up d’Antonioni et de Peeping Tom de Michael Powell.
Un spectacle superbe, réglé au millimètre, orchestré par un Bartos fringuant, souriant et dont la voix, toujours aussi claire est la véritable pâte de sa présence auprès du groupe allemand pendant toutes ces années de succès. Ses réorchestrations sont beaucoup plus rythmées, on sent le percussionniste dans son meilleur œuvre. Du début à la fin, tout glisse, rien n’accroche, jusqu’au final où les salutations, brèves, mettent un terme au spectacle sans rappel, un spectacle halluciné, hypnotique, pour ne pas dire chamanique.

Chauvet, la grotte des rêves perdus

Photo © Alain Cachat

Un dimanche soir calme, j’entre dans la salle de spectacle du Figuier Blanc où m’attend un grand écran de plus de quatorze mètres de longueur, il y fait frais comme à l’entrée d’une grotte. Si je suis ici, c’est pour voir ce film de Werner Herzog (oui, le même Herzog qui tourna Aguirre, Fitzcarraldo et Nosferatu) dont j’ai entendu parler par hasard. Il se trouve que le sujet en est la Grotte Chauvet, découverte en 1994, dont le mobilier et les peintures pariétales ont été estimés entre 31000 et 38000 ans, de l’aurignacien au gravettien — le sujet m’est cher. A titre de comparaison, la grotte de Lascaux est, elle, estimée à 17000 ans. Chauvet est deux fois plus ancienne !

Le travail de Werner Herzog a été de restituer l’ambiance magique, voire mystique de cette grotte qui s’étend sur 400 mètres de long à l’intérieur d’une falaise, dont la partie paléolithique orientée plein sud s’est effondrée, en surplomb d’un ancien bras de l’Ardèche, à deux pas du Pont d’Arc au lieu-dit la Combe d’Arc. La grotte a ainsi été protégée de l’extérieur jusqu’à sa découverte. Plus de quatre cents représentations d’animaux, de mains positives, et une seule représentation mi-humaine mi-animale ornent les parois de cette cavité naturelle, jusqu’à la salle du fond où le taux de CO2 rejeté par les racines des arbres est trop important pour qu’on puisse y rester trop longtemps sans risques pour la santé. Le sol n’a pas été complètement exploré encore et l’état de conservation exceptionnel de la grotte sera maintenu tel quel puisqu’elle ne sera jamais ouverte au public. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Herzog a eu l’autorisation de filmer pour fixer tout cela sur la pellicule et en faire un peu plus qu’un film. Certaines scènes sont filmées en 3D avec des gros plans impressionnants sur le sol ou les peintures, ce qui accentue fortement le volume de la pierre, et sa dimension sacrée. Limités à des plages d’une heure par jour et contraints d’y évoluer en équipes restreintes, l’équipe de tournage a laissé derrière elle un témoignage fort, une vision large d’un morceau d’humanité.


Grotte Chauvet : sectorisation de la grotte.
Relevés topographiques : Le Guillou et Maksud (2001)
© Paleo

L’intérêt de cette grotte réside dans son incroyable état de conservation et dans la multitude de ses représentations. Depuis Chauvet, on sait par exemple que le lion des cavernes qui vivait à cette époque ne portait pas de crinière, car une des représentations figure un couple lion/lionne et le mâle est clairement identifié par la présence du scrotum. On peut par ailleurs entendre dans ce film Jean Clottes (dont j’ai déjà longuement parlé sur le Perroquet Suédois) parler de ses deux concepts liés à la spiritualité du paléolithique, la fluidité et la perméabilité. Fluidité entre les espèces, dans la pensée du Sapiens paléolithique, les genres se confondent aisément, l’Homme vit au milieu de la nature et la distinction est faible entre les éléments qui la constitue, homme/femme/animal/arbre/pierre/ciel par exemple. Perméabilité entre les mondes, entre le monde des esprits caché derrière la roche, les deux mondes s’interpénètrent. Ces deux concepts difficiles pour nos pensées judéo-chrétiennes permettent de mieux comprendre la situation et le pourquoi de ces peintures rupestres.

Difficile de ne pas admirer ce travail plusieurs fois millénaire, qui tend à prouver que si l’homme qui vivait ici il y a 40000 ans était certes entouré d’un environnement minimal, très naturel, il n’en était pas moins capable du plus haut niveau d’abstraction qui soit dans l’échelle de l’évolution, c’est-à-dire la pensée religieuse, laquelle a perduré dans sa forme chamanique pendant plus de trente mille ans et survit encore aujourd’hui dans certains endroits du monde. De quoi rendre les grandes religions modestes…

Liens :

  1. Interview de l’inventeur de la grotte, Jean-Marie Chauvet
  2. La faune de la grotte Chauvet (Vallon-Pont-d’Arc, Ardèche) : présentation préliminaire paléontologique et taphonomique
  3. Immédiat et successif : le temps de l’art des cavernes
  4. Localisation de la Grotte Chauvet sur Google Maps