Extraits de la Pensée Sauvage

25/10/2010

« La vie, c’était l’expérience, chargée d’exacte et précise signification »

HANDY, E.S. Craighill et PUKUI, M. Kawema : « The Polynesian family system in Ka-‘u, Hawai’i ». The Polynesian society, Wellington, 1958

Chaque civilisation a tendance à surestimer l’orientation objective de sa pensée, c’est donc qu’elle n’est jamais absente. Quand nous commettons l’erreur de croire le sauvage exclusivement gouverné par ses besoins organiques ou économiques, nous ne prenons pas garde qu’il nous adresse le même reproche, et qu’à lui son propre désir de savoir paraît mieux équilibré que le nôtre.

Habitants d’une région désertique de la Californie du Sud où quelques rares familles de Blancs parviennent seules à subsister aujourd’hui, les indiens Coahuilla, au nombre de plusieurs milliers, ne réussissaient pas à épuiser les ressources naturelles ; ils vivaient dans l’abondance. Car, dans ce pays en apparence déshérité, ils ne connaissaient pas moins de 60 plantes alimentaires, et 28 autres, à propriétés narcotiques, stimulantes ou médicinales.

« Ces gens sont des cultivateurs : pour eux les plantes sont aussi importantes, aussi familières que les êtres humains. Pour ma part, je n’ai jamais vécu dans une ferme et je ne suis même pas très sûre de reconnaître les bégonias des dahlias ou des pétunias. Les plantes, comme les équations, ont l’habitude traîtresse de sembler pareille et d’être différentes ou de sembler différentes et d’être pareilles. En conséquence, je m’embrouille en botanique comme en mathématiques. Pour la première fois de ma vie, je me trouve dans une communauté où les enfants de dix ans ne me sont pas supérieurs en math, mais je suis aussi en un lieu où chaque plante, sauvage ou cultivée, a un nom et un usage bien définis, où chaque homme, chaque femme et chaque enfant connaît des centaines d’espèces. Aucun d’entre eux ne voudra jamais croire que je sois incapable, même si je le veux, d’en savoir autant qu’eux. »

SMITH BOWEN Elenore, Le rire et les songes, Arthaud, Paris 1957

On inférerait volontiers que les espèces animales et végétales ne sont pas connues pour autant qu’elles sont utiles : elles sont décrétées utiles ou intéressantes parce qu’elles sont d’abord connues.

Extraits de La Pensée Sauvage, Claude Lévi-Strauss,
Librairie Plon, Paris 1962

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