Empereurs infortunés de Byzance (3) : Quelques infortunés empereurs jusqu’aux peurs insensées de l’Arménien

13/06/2012

A la suite d’Irène l’Athénienne, écartée du pouvoir, viendra son logothète (surintendant des finances) qui régnera sous le nom de Nicéphore Ier et qui restera sur le trône pendant neuf. La fin de son règne s’acheva brusquement à la bataille de Pliska lorsque son rival, le khan bulgare Krum lui coupa lui-même la tête et avait l’habitude de se servir du crâne de son ennemi comme d’un calice… Son successeur, Michel Ier Rhangabé ne règne que deux ans. Personnage sans envergure aux prises de décisions contradictoires, il engage une bataille contre les Bulgares où son futur successeur, Léon, se désengage avec son bataillon. L’armée byzantine est massacrée, Michel revient à Constantinople défait et abdique en 813. Il se retire dans un monastère et meurt un an plus tard. Léon V est alors couronné.

Couronnement de Léon V l’Arménien - Manuscrit Skylitzès à Madrid

Léon V l’Arménien ravive les querelles de l’iconoclasme en éditant de nouvelles lois contre les images. L’empire est à nouveau secoué par des querelles intestines et l’air du temps devient pesant à Constantinople, ce qui mine l’empereur qui devient angoissé et montre vite des signes de dépression féroce. Il oscille entre des crises de mélancolie pleurnicharde et des accès de fureurs pendant lesquels il roue de coups ses sujets. Ses nuits deviennent un enfer, il se lève toutes les heures et persuadé qu’on complote autour de lui, il fait vider puis fouiller sa chambre au moindre bruit. Il apprend que son ancien ami Michel Psellos complotait effectivement contre lui et le fait emprisonner, puis condamner à mort. Ledit Michel emprisonné, Léon est pris de cauchemars délirants et ne trouve plus le sommeil à en devenir fou ; c’est ce qui le décida à décréter que Michel devait mourir la veille de Noël, condamné à périr brûlé dans les fourneaux alimentant les bains de l’empereur. Sur intervention de l’impératrice, l’exécution est remise au lendemain, après les festivités de Noël.

Les cérémonies se déroulent dans l’église Sainte-Sophie, percluse par le froid de l’hiver… André, diacre de l’église nous raconte la scène :

C’est alors, ainsi que cela arrive parfois, sans qu’on s’y attende, la nuit surtout, que se produisit un phénomène dont on m’avait déjà parlé mais dont je n’avais jamais été le témoin. Lorsque, sous le coup d’une pareille vague de froid, la température vient à chuter brutalement à l’intérieur de la nef, il arrive, par contraste avec celle restée constante de la citerne, sur laquelle repose en partie la construction, que des bouches d’aération situées sous le dallage et à la base des murs filtrent des vapeurs qui commencent par ramper sur le pavement, puis montent le long des piliers jusqu’à plonger dans un épais brouillard la partie basse de l’édifice.

Dans l’atmosphère étrange de la nef enveloppées de vapeurs blanches, les chants et les hymnes de Noël retentissent, l’empereur surgit et annonce :

« Gloire à Toi, Seigneur, qui nous a offert ton fils pour le rachat de nos péchés et, lui donnant un corps de chair, l’as fait naître humble dans la crèche… » A peine ces premiers mots prononcés, ce fut comme s’il avait donné le signal de l’assaut. Les ombres qui l’environnaient à quelque distance se précipitèrent sur lui. Sacrilège inouï en ce lieu saint !

S’étant saisi d’un lourd crucifix d’argent serti de pierres précieuses, l’empereur tente de se défendre en faisant tournoyer l’objet liturgique au-dessus de sa tête jusqu’à ce que, épuisé, il baisse sa garde. Un des conjurés le blesse au bras et la croix tombe à terre, se déformant et envoyant valser les pierres sur le pavé rendu glissant par les vapeurs. Les lames attaquent la chair de l’empereur et le clouent au bas des marches.

Michel Psellos, libéré de sa geôle mais pas encore de ses chaînes se fait couronner sur le champ, dans le sang de son ancien ami et dans le cliquetis de ses entraves… Michel II le Bègue est le nouvel empereur. Afin d’éviter une éventuelle descendance, les quatre fils de Léon V sont châtrés les uns après les autres ; l’un deux, Théodosios, en mourra.

2 comments

  1. Comment by Rasbaille

    Rasbaille Reply 27/06/2012 at 00:44

    Merci tonton romuald,

    Grâce à toi je vais bien dormir…

  2. Comment by Romuald

    Romuald Reply 27/06/2012 at 06:18

    Tu veux encore un histoire ? 🙂

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