Ce tout petit tableau (33 x 22,5 cm) de Canaletto est exposé actuellement au Musée Jacquemart-André pour l’exposition Canaletto-Guardi. Il fait partie d’un petit lot de peintures exceptionnellement prêté par la Couronne du Royaume-Uni puisqu’il fait partie des collections personnelles de la Reine d’Angleterre. Il n’y aura peut-être pas dans cette vie d’autre opportunité de le voir exposé. Cette vue (veduta) est rare à plus d’un titre puisqu’on le sait, Canaletto avait pour sujet de prédilections ces vues de Venise que lui commandaient les riches visiteurs de Venise. Cette scène d’intérieur est donc une quasi exception. D’autre part, il est à noter que la scène se déroule lors d’une cérémonie religieuse, ce qui n’est pas le fond de commerce du peintre, et en l’occurrence, c’est la célébration du Vendredi Saint. Ce qui nous permet de savoir cela, c’est la présence sous le baldaquin visible dans le fond, d’un sarcophage reliquaire représentant le saint Sépulcre que l’on sort de son tabernacle le jeudi saint à la veille de Pâques.

Dans cette perspective exagérée qui permet de voir la basilique dans son ensemble, comme au travers d’un objectif grand-angle, on peut comprendre que le peintre a souhaité exprimer l’impression de grandeur donnée par l’espace du bâtiment religieux. On voit aussi qu’il a volontairement souhaité rendre la chaleur des lieux et de la lumière venant de chandelles en masquant ce qui fait principalement l’intérêt du lieu ; les mosaïques. Celles-ci sont à peine visibles, mais en revanche, la lueur des bougies se réverbérant sur la croix et le fil de l’encensoir créent une sensation de proximité et d’intimité, exacerbée par la lumière se réfléchissant sur la moitié supérieure des corps des fidèles.

De ce qui doit être une cérémonie pleine de ferveur se dégage au final une étrange ambiance silencieuse, solennelle, chaleureuse…