“Evviva il coltellino !!”

22/07/2011

Depuis que les paroles de l’apôtre Paul dans l’épitre aux Corinthiens, dans leur interprétation la plus orthodoxe, avaient condamné les femmes à ne pas parler, à ne pas s’exprimer au sein des églises, les enfants et les hautes-contres étaient les seuls à pouvoir interpréter les pièces baroques d’auteurs aussi célèbres que Haendel ou Caldara, dont, pour la plupart, la fonction était de service les offices (comme les cantates de Bach) à l’intérieur des églises, la musique de chambre à proprement parler n’existant alors pas réellement.

Au centre, Carlo Broschi, plus connu sous le nom de Farinelli,
peint par Jacopo Amigoni

La période baroque, concentrée sur le XVIIè siècle et une partie du XVIIIè, est une période musicale, qui, notamment en Italie, est vécue comme une succession de surenchères artistiques de virtuosité amenant les compositeurs à développer en volutes et phrases musicales dignes des rhétoriques les plus subtiles leurs pièces dont sont friands les cours royales d’Europe. La complexité des pièces et le manque de puissance des voix masculines contre-ténors ont poussé les puristes à réclamer la castration comme moyen de trouver les plus belles, les plus pures voix féminines qui soient. Toutefois, la réalité n’est pas aussi radicale et beaucoup plus misogyne, car même si Clément IX, en 1668, interdit par décret aux femmes d’apprendre la musique et de devenir chanteuses, et a fortiori de se produire dans les théâtres baroques, les compositeurs ne s’y trompent pas et prétendent qu’une voix de femme est plus belle que la meilleur voix de castrat. Au demeurant, il est plus facile, économiquement parlant de destiner un jeune garçon à une carrière de chanteur et celle d’une jeune fille à la carrière d’épouse.
L’Italie pauvre du XVIIè siècle fut traversée par une onde de castration qui se propagea comme une trainée de poudre, comme ressource financière indiscutable pour les parents de jeunes garçons. On coupe à tour de bras au petit couteau (coltellino) sans garantie de résultat car une croissance sexuelle arrêtée n’est pas gage de qualité vocale et de virtuosité, et ce sont des milliers de garçons, qui tous les ans sont privés de leurs attributs sexuels pour satisfaire les oreilles mélomanes.
La castration est aussi un calvaire car l’âge arrivant, les castrats portent sur leur corps les caractères sexuels secondaires de l’autre sexe : développement de seins, accumulation graisseuse entre les cuisses et sur les hanches. De plus, la production hormonale était perturbée, les castrats sont souvent plus grands que la moyenne, et ont une certaine tendance à l’obésité et à la neurasthénie.

N’étant que peu friand des voix haut perchées de soprano, je recommande vivement l’écoute de l’album Sacrificium proposé par la très belle, pétillante et plantureuse mezzo-soprano Cecilia Bartoli, qui nous sert là certains des plus beaux airs écrit spécifiquement pour castrats. Le plus beau à mon avis, Profezie, di me diceste (Sedecia - 1732) écrit par Antonio Caldara.

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Je ne résiste pas à non plus à vous faire écouter l’un des airs baroques les plus connus, Lascia ch’io pianga, écrit par Haendel pour l’opéra Rinaldo (chant Carolyn Watkinson, chef d’orchestre Jean-Claude Malgoire)

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Le même, interprété par la chanteuse néo-brunswickoise Suzie LeBlanc.

Enfin, pour ceux qui ne connaissent pas encore Philippe Jaroussky (contre-ténor), voici un exemple de son art à l’occasion de la sortie de son dernier album faisant redécouvrir les airs de Caldara.

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