Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 7 août) : Pamukkale, le château de coton et le martyrium de l’apôtre Philippe, Hiérapolis

Épisode précédent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 6 août) : La route d’Arycanda et les mantı

Bulletin météo de la journée (mardi) :

  • 10h00 : 36.7°C / humidité : 25% / vent 31 km/h
  • 14h00 : 39.6°C / humidité : 18% / vent 17 km/h
  • 22h00 : 35.1°C / humidité : 25% / vent 17 km/h

Turquie - jour 12 - De Kas à Pamukkale - 001 - Kaş

Ce matin, je me réveille tôt ; je sors sur le balcon et j’hume l’air chaud qui traîne alors qu’il est à peine 6h30. C’est la mi-nuit et il flotte un vent venu des terres qui balancé mes serviettes de bain et de toilette dans le précipice en bas de l’hôtel. Une ambiance bizarre. Je dois descendre par mes propres moyens pour aller chercher mes affaires disséminées au milieu de celles des autres. Je me rends compte une fois arrivé en bas que mon maillot de bain est perché dans le figuier, le reste jonche le sol.

Turquie - jour 12 - De Kas à Pamukkale - 004 - Kaş

Ce jour est un jour particulier puisque je prends la voiture pour aller loin, à plus de deux cents kilomètres de là dans la direction du nord-nord-ouest, non loin d’une grande ville qui s’appelle Denizli. Le but de cette journée est d’aller visiter un des plus grands sites de la Turquie, un des plus connus, des plus impressionnants : Pamukkale (pamuk = coton, kale = château ou forteresse). La route est un peu longue, je compte environ 4h30 pour presque 300 km en taillant un itinéraire le plus droit possible, sur une route que je ne connais absolument pas et qui pourrait très bien m’apporter des surprises. La déception d’Arycanda me pousse à préparer et à assurer au maximum cette virée. Je n’ai pas l’intention de revenir bredouille cette fois-ci.
Je prends un petit déjeuner bâclé en cinq minutes et je suis déjà sur la route, appareil photo prêt à tirer et me voici parti.

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L’ombre du monde

Il faut choisir son camp : être du côté de ceux qui subissent ou du côté de ceux qui s’emparent du monde et si on est dans le camp des seconds, rien ne nous empêche de parfois nous laisser porter par le chant du monde en imaginant qu’on puisse parfaitement, pour une fois, baisser la garde et se laisser happer. Dans mon cas, je me laisse totalement laminer, car c’est un bien, une nécessité. Il faudra pour réparer se laisser la possibilité de repartir.

Topkapi sarayi - le harem

Topkapı Sarayı Müzesi, Harem
mai 2013

Autant dire tout de suite que si j’avais pas mal préparé ce voyage, je me suis confronté à des imprévus, des mauvais mais surtout des bons et le programme auquel, avec une certaine discipline, je m’étais promis de ne pas déroger n’a pas été du tout respecté. Que ce soit en Cappadoce ou à İstanbul, je me suis laissé entourloupé par les gens, par la ville, les odeurs et les lieux, je n’ai presque rien fait de ce que j’avais prévu et cette fois en particulier, j’ai passé beaucoup plus de temps avec les gens qu’à voir des monuments ou des sites naturels.
Pardon à ceux à qui j’avais dit que j’écrirai, mais disons que toute la chaine qui permet d’envoyer des cartes postales est un peu trop compliquée à mon goût ; cartes postales laides et rares, peu d’endroits (à part la poste) pour acheter des timbres, pas de boîtes à lettres dans la rue et nécessité de se contraindre à se déplacer jusqu’à l’unique poste pendant ses horaires d’ouverture. Trop de paramètres, selon moi. Désolé, mais j’avais un monde à explorer…
A présent, me voici de retour, avec des mines d’or à l’intérieur, la peau légèrement bronzée par un soleil qui a voulu se faire discret à İstanbul, les pieds fatigués, une petite sciatique accrochée à la fesse gauche, des valises pleines de cochonneries à manger et de bibelots et plus que tout, une belle et saine fatigue qui va nécessiter quelques jours de travail pour que tout se remette dans l’ordre.
Peu importent les babioles qu’on ramène, peu importent les photos qu’on peut prendre par milliers, car ce qui est le plus important à ramener, c’est le sourire des gens qu’on rencontre, quelques minutes de bonheur passées avec des inconnus dans la rue, les embrassades et les larmes du départ, et surtout la sensation incomparable d’avoir — enfin — pu trouver dans le monde sa deuxième maison, un endroit où laisser son cœur, un endroit où commence un deuxième monde connu.
Aussi, en temps voulu, je vous parlerai d’Ümit, de Moris, d’Ömer, de Nihat, de Bişra, de Fatoş et Bukem, un peu moins de Soliman et de Serkan qui sont des escrocs, mais surtout de Mehmet, d’Emin, de Sumru et de Sıtkı.

PS : j’apprends à l’instant qu’un nouvel attentat a frappé le sud de la Turquie, à Reyhanli, précisément dans la région d’où est originaire Sıtkı.

 

Retour à la maison (ritournelle ottomane)

Retour en terrain connu, en Cappadoce sur la terre des premiers chrétiens, là où la terre n’est que tuf, un pays qui disparaîtra un jour et qui taira à jamais ses refuges d’ermites qui se cachaient de leurs persécuteurs. Retour aussi dans la ville lumière à la porte de l’Orient, au bord du Bosphore, où le thé coule à flot au chant du muezzin. Retour à la maison, dans ce pays qui me devient de plus en plus étranger au fur et à mesure qu’il me devient familier, dans lequel je me sens vivre, où j’aime à me poser pour regarder la vie battre des paupières comme les ailes d’un papillon. Retour à la maison, pour en revenir une fois de plus dépossédé de moi-même, kidnappé par ses sourires enjôleurs.

Istanbul - avril 2012 - jour 6 - 114 - Vapur - Sur le Bosphore

Départ demain matin pour İstanbul, escale puis saut de puce jusqu’à l’aéroport de Kayseri (l’ancienne Césarée) dans la partie est de la Cappadoce, voiture de location à l’aéroport pour rejoindre Çavuşin où je serai logé pendant 5 jours. Le 6 mai, retour à Kayseri, retour à İstanbul pour 5 jours, dans un hôtel à deux pas de la mosquée de Beyazıt. Retour à Paris le 11 mai au soir.

Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 6 août) : La route d’Arycanda et les mantı

Épisode précédent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 5 août) : Myra (Demre), Andriake, Lykia Yolu

Bulletin météo de la journée (lundi) :

  • 10h00 : 36.7°C / humidité : 25% / vent 30 km/h
  • 14h00 : 39.5°C / humidité : 18% / vent 19 km/h
  • 22h00 : 35.0°C / humidité : 23% / vent 13 km/h

Certaines journées semblent faites pour ne rien faire, où tout se met en place d’une telle manière qu’on a l’impression qu’on n’arrivera pas à se coordonner avec l’ordre des événements et qu’il faut soit baisser les bras et se laisser porter, soit lutter contre des moulins.
Puisque je suis au bord de la mer, je décide de passer une matinée calme au bord de l’eau. La côte est cruellement découpée et les à-pics de roches qui tombent dans la mer sont autant d’entraves à s’approcher de la mer et les quelques plages de sable sont vite prises d’assaut. En même temps, comme une petite plage privée se trouve au pied de l’hôtel, je n’ai qu’à traverser la route — très passagère — pour arriver sur la plage, qui n’a de plage que le nom, car c’est plutôt une enfilade de terrasses posées sur les rochers reliées entre elles par des volées d’escaliers dans tous les sens, jusqu’à la dernière plateforme où un escalier descend dans la mer après qu’on se soit brûlé les pieds sur les caillebotis.

Turquie - jour 11 - Le jour des manti - 01 - Route d'Arycanda - Karadağ Continue reading

Le vin nocturne

Mystic Iran

Les boucles en désordre, tout en sueur, la lèvre riante et ivre,
La robe déchirée, chantant un poème et le verre à la main,
L’œil querelleur, la bouche enchanteresse,
A minuit, hier, Il est venu s’asseoir à mon chevet.
Il a penché la tête vers mon oreille pour, d’un accent triste,
Me dire : “Ô mon ancien amoureux, tu dors donc ?
L’amant à qui l’on verse un tel vin à la pointe du jour
Devient hérétique en amour s’il ne se fait adorateur du vin”.
Allons, dévot, ne blâme point ceux qui boivent le coupe jusqu’à la lie,
Car aucun autre présent nous a été offert le jour ou le Seigneur a dit “Ne suis-je pas ton maître ?”
Le rire de la coupe de vie et des boucles emmêlées d’une jolie créature,
Ah combien de repentir n’ont-ils brisés, comme ont brisé celui d’Hafez.

Très beau poème du poète persan Hafez (Khouajeh Chams ad-Din Mohammad Hafez-e Chirazi, XIVème siècle)

Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 5 août) : Myra (Demre), Andriake, Lykia Yolu

Épisode précédent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Carnet de voyage en Turquie – 4 août) : Kaputaş plaji, Mavi Mağara, Kalkan (Antalya Fethiye Yolu)

Bulletin météo de la journée (dimanche) :

  • 10h00 : 37.5°C / humidité : 25% / vent 26 km/h
  • 14h00 : 40.4°C / humidité : 17% / vent 15 km/h
  • 22h00 : 36.3°C / humidité : 25% / vent 19 km/h

Comme j’ai vu que la température allait peut-être grimper aujourd’hui, je n’ose pas mettre le nez dehors, mais finalement, il fait assez bon, ni plus ni moins que les jours précédents, tout ceci est tellement routinier à présent. Mais bon 38°C c’est quand-même chaud… Je monte dans la voiture où j’attrape une suée à peine assis, il doit faire plus de 50°C… A peine sorti de Kaş, je tombe sur un groupe de jeunes au bord de la route qui me font signe, ils sont huit au moins et ils m’indiquent la direction de Demre et je leur dit oui, c’est bien par là, mais ce n’était pas la question, ils voulaient que je les emmène, mais huit dans la voiture, ça ne va pas être possible alors je sors un gros bobard, comme quoi je quitte la route à cent mètres pour aller vers l’est. Déception de leur part, soulagement de la mienne.

Turquie - jour 10 - Demre (Myra) - 007 - Andriake

Sur la route, c’est un étrange paysage composé de pierres érigées séparées par des touffes d’herbes, des arbustes drus. A Yavu, je tombe sur des chèvres qui sont enfermées sous une bâche bleue, dans un enclos ridicule sur une immense plaine nue. Le paysage en arrivant sur la grande ville n’est fait que d’un océan de serres, troué de temps en temps par le minaret d’une mosquée solitaire dans le morne paysage.

Turquie - jour 10 - Demre (Myra) - 010 - Nécropole de Myra (Örenyeri) Continue reading

Aquarelle #1 : Bouddha recouvert de feuilles d’or

Avant de la mettre sous presse pendant quelques temps, histoire qu’elle s’aplatisse, voici une aquarelle faite d’après croquis au temple Wat Arun, Temple de l’Aube à Bangkok. Les joues, le chignon, le front et le nez sont recouverts de feuilles d’or en signe de dévotion.

Bouddha recouvert de feuilles d'or

Henryk Siemiradzki – Orgie romaine au temps de César (1872)

Voici un très beau tableau d’un peintre polonais parfaitement confidentiel et tout aussi parfaitement académique, Henryk Siemiradzki. Si on le connait si peu, c’est que la majorité de ses œuvres sont exposées en Russie, en Ukraine et en Pologne. Les scènes qu’il se plaît à peindre sont pour la plupart des scènes bibliques ou de l’Antiquité, dans un style généralement assez plan-plan. Mais parfois, on trouve des petits trésors, des coups de génie venus de nulle part, qui vous font vous arrêter et regarder plus attentivement.
C’est l’effet que m’ont fait ces lumières diffusées par les lampes à huile de ces Romains débauchés sous un ciel de soir tombant, toute une gamme de variations de couleurs dégradées par la distance et les différents points de vue. Un tableau qui, malgré son sujet, est d’une véritable beauté, d’une grande maîtrise technique.

Henryk Siemiradzki - Orgie Romaine au temps de César (1872) - Musée Russe de Saint-Pétersbourg

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