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Chro­niques turques par Mau­rice Pia­lat #1 — Bos­phore (1962)

Entre 1962 et 1964, le cinéaste Mau­rice Pia­lat a tour­né une série de six films à Istan­bul sous la forme de courts métrages. Loin de la vision idéale ser­vie aux tou­ristes, ces petits films montrent un Istan­bul déjà loin, dans une période d’entre-deux. Calme et repo­sant, ce pre­mier film en cou­leur, Bos­phore, raconte la vie de ce bras de mer autour duquel s’or­ga­nise la vie stambouliote.

Le Bos­phore
de Mau­rice Pialat
France/1962/14′/35 mm
Avec la voix de André Rey­baz. (more…)

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Une ency­clo­pé­die pour İst­anb­ul, par Reşat Ekrem Koçu

L’homme était his­to­rien et fait par­tie du patri­moine natio­nal turc. Il par­lait comme nul autre de sa ville, de son pays et déci­da un jour d’é­crire une ency­clo­pé­die sur la ville qui l’a­vait vu gran­dir. Reşat Ekrem Koçu y est né alors que la Tur­quie est encore otto­mane et vivra l’a­vè­ne­ment du kéma­lisme pen­dant ses jeunes années. C’est Orhan Pamuk dans son roman de sou­ve­nirs İst­anb­ul qui a redon­né ses lettres de noblesses à ce petit-fils de pacha qui a pas­sé une grande par­tie de sa vie à recueillir dans les jour­naux ce qui fai­sait le suc de sa vie et a ten­té de le col­lec­ter dans cette gigan­tesque œuvre. C’est tou­te­fois une İst­anb­ul déca­dente et en per­di­tion qu’il dépeint, c’est la ville de la fin d’un empire et c’est la rai­son pour laquelle son œuvre est empreinte d’une sourde nos­tal­gie, ce sen­ti­ment unique de ver­tige et de dou­leur mélan­co­lique que l’on ne res­sent qu’à İst­anb­ul, le hüzün.
A l’o­ri­gine, ce pro­jet tita­nesque aurait pu tenir en qua­rante ou cin­quante volumes, mais il ne réus­sit à en écrire que onze, et n’y par­vint qu’en vivant dans la misère jus­qu’à la fin de sa vie, per­clus de dettes, rui­né. Koçu était homo­sexuel et vivait très mal cet état de fait dans l’İst­anb­ul qui était la sienne ; com­bats de rues, ragots et his­toires sor­dides d’as­sas­si­nats et de tor­tures émaillent son œuvre téné­breuse, mais pas autant que ses longues des­crip­tions des jeunes hommes ren­con­trés dans les rues et dont il n’a­vait de cesse de dépeindre la beauté.
Il ne par­vint qu’à rédi­ger son ency­clo­pé­die que jus­qu’à la lettre G. Retrou­vez ici les 5 pre­miers tomes de cette İst­anb­ul Ansik­lo­pe­di­si.

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Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 12 août) : Retour à Anta­lya, en pas­sant par le Mont Chi­mère (Yanar­taş) et l’arrivée à Nevşehir

Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 12 août) : Retour à Anta­lya, en pas­sant par le Mont Chi­mère (Yanar­taş) et l’arrivée à Nevşehir

Épi­sode pré­cé­dent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 11 août) : Pata­ra et Xan­thos, les grandes cités lyciennes

Bul­le­tin météo de la jour­née (dimanche) :

  • 10h00 : 41.1°C / humi­di­té : 61% / vent 9 km/h
  • 14h00 : 42.2°C / humi­di­té : 61% / vent 17 km/h
  • 22h00 : 38.3°C / humi­di­té : 72% / vent 9 km/h

C’est le jour du départ pour Anta­lya. der­nière expé­di­tion pour retour­ner sur la route, direc­tion la Cap­pa­doce. Cette fois-ci, je ne prends pas l’a­vion, mais le car et j’a­voue que je suis un peu angois­sé. De toute façon, dès lors que je ne connais pas, je suis angois­sé, il y a tou­jours quelque chose qui m’in­quiète et qui me tord le ventre au point que je com­prends mieux pour­quoi je me sens par­fois aus­si épui­sé lorsque je voyage. Bien loin de ne pas pro­fi­ter, je suis tou­jours à l’af­fût, de peur de man­quer quelque chose, de me dire que je ne pour­rai jamais vivre le choses qu’une seule fois et que si je rate, c’est fichu. Les sens en éveil, je m’é­puise vite.

Je fais ma valise et je vais prendre mon der­nier petit déjeu­ner en com­pa­gnie des Alle­mands. Avec du recul, je n’é­tais pas très heu­reux d’être dans cet hôtel, même si je n’y ai pas­sé que très peu de temps au final et je me rends compte que tout ceci n’a pas d’im­por­tance, mal­gré le fait que la nui­tée n’é­tait pas don­née. Je pars sans regret et je file vers Kal­kan et Kaş, direc­tion l’est pour retrou­ver Anta­lya. Je dois rendre la voi­ture au loueur et retour­ner ensuite à la gare rou­tière (Oto­gar) et pour cela, j’ai pas mal de temps, rien ne presse, le car part à 21:00 et je dois rendre la voi­ture à 19:30. Une heure et demie pour rejoindre la gare rou­tière, c’est plu­tôt confortable.

Turquie - jour 17 - Route de Patara à Antalya et Mont Chimère - 01

Je me perds avec la voi­ture dans Kal­kan, dans les petites rues pen­tues et pavées qui des­cendent vers la mer sans arri­ver à la moindre plage ; il n’y a que des impasses et je me finis par me retrou­ver dans une rue que je n’ar­rive pas à remon­ter tel­le­ment elle monte. La voi­ture patine et ne veut plus avan­cer… Je sors et je regarde les pneus ; ils sont lisses ! Je ful­mine contre le loueur, son tacot et ses pneus mer­diques. J’ouvre le coffre, sors ma valise et redes­cends la rue en marche arrière. Ensuite je prends mon élan en fai­sant chauf­fer le moteur et je réus­sis à remon­ter la por­tion la plus dan­ge­reuse. Le moment le plus sym­pa, c’est quand je dois remon­ter la valise sur les pavés, sur une pente que même à pied j’ai du mal à gra­vir et en plein soleil… Une bonne suée dès le matin et je repars de Kal­kan un peu en colère. Je m’ar­rête à Kaş pour le déjeu­ner, à l’heure du muez­zin, dont le chant s’in­ten­si­fie ou s’é­touffe avec les rafales de vent. La mer (Akde­niz) est déchaî­née, dans un mau­vais jour ; le vent n’est pas en reste. Je trouve quand-même Kaş plus vivante que Pata­ra, qui semble comme en léthar­gie, sur le point de s’é­teindre. Un hôtel sur les hau­teurs est com­plè­te­ment aban­don­né, c’est dire à quel point les beaux jours sont der­rière. (more…)

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Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie — 11 août) : Pata­ra et Xan­thos, les grandes cités lyciennes

Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie — 11 août) : Pata­ra et Xan­thos, les grandes cités lyciennes

Épi­sode pré­cé­dent : Dans la vapeur blanche des jours sans vent (Car­net de voyage en Tur­quie – 10 août) : Les göz­leme d’Esra, Fethiye, le tom­beau d’Amyntas

Bul­le­tin météo de la jour­née (same­di) :

  • 10h00 : 37.8°C / humi­di­té : 29% / vent 7 km/h
  • 14h00 : 43.1°C / humi­di­té : 55% / vent 17 km/h
  • 22h00 : 42.2°C / humi­di­té : 81% / vent 6 km/h

Encore une jour­née qui s’an­nonce calme sous un soleil écra­sant. Les tem­pé­ra­tures sont sim­ple­ment affo­lantes et dépassent lar­ge­ment les 40°C. La rai­son vou­drait que je reste enfer­mé dans ma chambre semi-cli­ma­ti­sée ou à l’ombre d’un para­sol au bord de la pis­cine, mais rien n’y fait, je n’ar­rive pas à res­ter en place, même si je lézarde un peu en som­no­lant après un petit déjeu­ner copieux, à base de fro­mage blanc et de tisane de sauge.
Je reste en admi­ra­tion devant ce petit appen­dice qui dépasse de la cuvette des toi­lettes, où que je sois pas­sé depuis mon arri­vée ici, sur la par­tie anté­rieure et qui pro­pulse un jet d’eau puis­sant des­ti­né à se net­toyer. Évi­dem­ment, le sujet est un peu déli­cat à trai­ter, mais je suis admi­ra­tif de ce pro­cé­dé utile et effi­cace qui ne me laisse plus aucun doute sur l’hy­giène de ce peuple qui a l’ha­bi­tude des bains publics et des ablu­tions liées à la prière. Je rêve qu’un jour en France, dans ce pays qu’on dit asep­ti­sé et hygié­niste, on puisse prendre autant soin de son hygiène cor­po­relle, ce qui est loin d’être le cas.

Patara ÖrenyeriLe midi, je retourne déjeu­ner chez Ezra avant de refaire un tour par l’hô­tel pour lire un peu Amin Maa­louf au bord de la pis­cine et piquer une tête dès que la tem­pé­ra­ture devient intolérable.
Cet après-midi, j’ai déci­dé de me rendre à Pata­ra. Après tout, c’est le site le plus proche d’i­ci et je ne suis même pas allé le voir. En fait, quand on suit la direc­tion du site (les sites archéo­lo­giques sont signa­lés par des pan­neaux écrits en blanc sur fond mar­ron qui font pen­ser à ceux qu’on trouve au bord des auto­routes fran­çaises) qui se trouve au bout de la route qui tra­verse le vil­lage, on arrive à ce qui res­semble à un poste fron­tière. Je crois que c’est la pre­mière fois que je vois un site aus­si bien gar­dé. Il se trouve que c’est éga­le­ment l’en­trée d’un site très connu car il passe pour être la plus belle plage de la côte turque. J’a­voue sans honte que je n’y suis pas allé de tout mon séjour, trou­vant cer­tai­ne­ment qu’il y avait bien d’autres choses à faire que d’al­ler se bai­gner dans la Médi­ter­ra­née. Cela dit, avec du recul, je regrette un peu, mais je m’en remet­trai. Après la bar­rière, on arrive donc sur le site qui s’é­tend tout au long de la route. Dès lors que je com­mence à vou­loir prendre des pho­tos, je me rends compte que quelque chose ne va pas, mon appa­reil reste obs­ti­né­ment éteint. Je com­mence à angois­ser en me disant que si mon appa­reil me lâche main­te­nant, je ne vais plus pou­voir gar­der d’i­mages de tout cela ; c’est sim­ple­ment incon­ce­vable pour moi. En ten­tant d’é­ta­blir un diag­nos­tic, je me rends compte que la bat­te­rie est absente de son com­par­ti­ment et en une frac­tion de seconde, je la revois dans son char­geur, bien au frais sur la table de la chambre d’hô­tel. Je n’ai plus qu’à prendre des pho­tos avec mon téléphone.

Turquie - jour 16 - Cités lyciennes - 006 - Patara et Xanthos

Turquie - jour 16 - Cités lyciennes - 012 - Patara et Xanthos

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Tuğ­ra, le mono­gramme du Sultan

Si vous êtes déjà allés en Tur­quie, vous n’a­vez pas pu pas­ser à côté de ce signe qu’on pour­rait sim­ple­ment croire être une belle cal­li­gra­phie arabe, et qu’on voit sur tous les objets rap­pe­lant de près ou de loin que le pays, jus­qu’en 1922, était gou­ver­né par un Sul­tan. Sur les fron­tis­pices des mos­quées immenses qu’on peut devi­ner avoir été conçues par Mimar Sinan, sur les rosaces qu’on voit mar­te­lées sur les pla­teaux en cuivre, sur les boîtes à savon des ham­mams, on retrouve par­tout ce signe qui n’est autre que la signa­ture des sul­tans ; la Tuğ­ra. Conçue comme un mono­gramme, c’est l’en­tre­lacs de plu­sieurs mots dési­gnant à la fois le nom mais aus­si la lignée (en arabe : kunya) et le titre exact. Ain­si Soli­man le Magni­fique (Süley­man) porte-t-il le titre — non pas de magni­fique mais — de Légis­la­teur (en turc : Kanu­ni). L’al­pha­bet arabe est l’al­pha­bet en vigueur dans l’Em­pire Otto­man jus­qu’à la réforme lin­guis­tique opé­rée par Atatürk en 1928 et la Tuğ­ra rédi­gée dans cet alpha­bet nait à l’é­poque des pre­miers échanges avec l’Oc­ci­dent. Les Ita­liens notam­ment, Véni­tiens ou Génois, sont alors cou­tu­miers de cette griffe qui ter­mine les lettres et qui désigne éga­le­ment le rang. Les Otto­mans ne seront pas en reste et emploie­ront à outrance cette marque dis­tinc­tive des lettres et édits impé­riaux et native, semble-t-il des tra­di­tions Seld­jou­kides d’A­na­to­lie. On trouve par exemple un exemple de cette belle signa­ture sur une lettre adres­sée par Süley­man au Roi de France Fran­çois Ier en 1536.

tuğra

Tuğ­ra de Süley­man Ier Kanuni
Pho­to © Tez­hip Sanatı

La signi­fi­ca­tion exacte de la Tuğ­ra de Süley­man est : Suley­man shah bin Selim shah han el-muzaf­fer dai­ma, Süley­man, sul­tan, fils du sul­tan Selim, tou­jours vic­to­rieux. L’é­cri­ture située dans la bulle sur la droite est le pseu­do­nyme du Sul­tan, en l’oc­cur­rence Kanu­ni, le Législateur.
Pour en savoir plus, visi­tez le site Tugra.org pour décou­vrir les Tuğ­ras de tous les sul­tans et leur mode de fabrication.

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