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Du Camp et Flau­bert en Orient

Du Camp et Flau­bert en Orient

Voi­ci de quoi illus­trer la désin­vol­ture de ce drôle de bon­homme une peu dan­dy qu’é­tait Maxime du Camp, par­ti sur les routes orien­tales pour flam­ber ses deniers entre Le Caire et Bey­routh. On disait l’homme fan­tasque, for­tu­né, un peu léger, et c’est avec lui que Gus­tave Flau­bert est par­ti sur les routes. Cen­sé en rap­por­ter des pho­to­gra­phies pour une mis­sion confiée par le Minis­tère de l’Ins­truc­tion Publique, voi­ci ce que nous apprend Flau­bert dans une lettre écrite à sa mère en octobre 1850 :

“Maxime a lâché la pho­to­gra­phie à Bey­routh. Il l’a cédée à un ama­teur fré­né­tique : en échange des appa­reils, nous avons acquis de quoi nous faire à cha­cun un divan comme les rois n’en ont pas : dix pieds de laine et soie bro­dée d’or. Je crois que ce sera chic !”

Flau­bert et Du Camp en orient, c’est une conjonc­tion à l’o­ri­gine de la pro­duc­tion de trois grandes œuvres. Tout d’a­bord le Voyage en Orient de Flau­bert lui-même, le ras­sem­ble­ment de plu­sieurs textes qui ne sont que ses cor­res­pon­dances et ses car­nets lors de ce long voyage et qu’on trouve aujourd’­hui sous ce titre aux édi­tions Folio Gal­li­mard. En fait de voyage en orient, c’est une excur­sion avec plus de 600 kg de maté­riel en Égypte, au Liban et en Pales­tine, en Tur­quie et en Grèce.

Du côté de Maxime Du Camp, on trouve plu­sieurs choses comme par exemple ses Mémoires d’un sui­ci­dé dans lequel il raconte son expé­rience éprou­vante du voyage en Égypte, mais éga­le­ment Le Nil : Égypte et Nubie, son jour­nal de voyage, à par­tir duquel on peut croi­ser les infor­ma­tions déli­vrées par Flau­bert dans ses cor­res­pon­dances. Et enfin, on en arrive à l’œuvre magis­trale : 2 albums et 168 pho­to­gra­phies du voyage en Égypte, en Nubie et en Syrie, l’ou­vrage qui recense la plu­part des pho­to­gra­phies prises par Du Camp lors de cette expédition.

On pour­ra éga­le­ment lire ce très bel article sur Flau­bert et les arts visuels, ain­si que le livre dont on sait qu’il ins­pi­ra Flau­bert pour ce voyage : Nou­veau manuel com­plet d’ar­chéo­lo­gie, ou Trai­té sur les anti­qui­tés grecques, étrusques, romaines, égyp­tiennes, indiennes, etc. par Karl Otfried Mül­ler.

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Dans les mots de Joseph Conrad

Dans les mots de Joseph Conrad

Avant de refer­mer le livre et de le ran­ger, il y a une étape. En sai­sir l’es­sence, repas­ser par la pré­sen­ta­tion de Clau­dine Lesage par­lant de la langue de Joseph Conrad. Ce livre, c’est Du goût des voyages, sui­vi de Car­nets de Congo, aux édi­tions Équa­teurs / paral­lèles. Pour qui a lu Heart of Darn­kess, voi­ci un petit sup­plé­ment qui per­met d’ap­por­ter un peu de lumière au livre ter­ri­fiant qui don­na nais­sance à Apo­ca­lypse now de Cop­po­la et sur­tout à la langue si par­ti­cu­lière de Conrad, dont Deleuze aurait pu dire qu’il était dans une écri­ture de la déter­ri­to­ria­li­sa­tion. Avec les notes de bas de page, s’il vous plaît.

En lieu et place, une fois rési­lié son contrat avec les pro­prié­taires de l’Ota­go et ren­tré à Londres, Conrad entame, dès l’au­tomne 1889, la rédac­tion de La Folie Almayer — non pas en polo­nais, non pas en fran­çais, mais en anglais : “ En effet, je me consa­crais alors entiè­re­ment à cette oisi­ve­té appa­rente d’un homme han­té par la quête des mots, ceux-là seuls qui seraient capables de cap­tu­rer mes visions. ”
Texte extrait de son recueil, Des sou­ve­nirs.

Ici il est ques­tion des allers et retours que Conrad fai­sait entre les langues qu’il avait inves­ties et avec les­quelles il jouait sans embarras.

How goes it, you old image. ” Le lec­teur n’en est pas quitte pour autant des explo­ra­tions de Joseph Conrad au cœur de l’é­cri­ture. Car c’est au fon­de­ment même des struc­tures lin­guis­tiques et des mots que Conrad s’at­taque main­te­nant. La construc­tion de la forme inter­ro­ga­tive anglaise est fau­tive et cal­quée sur le fran­çais : “ Com­ment ça va ? ” qui devient après l’in­ver­sion sujet-verbe de la phrase inter­ro­ga­tive anglaise, “ How goes it1… ” On peut pen­ser que Kayerts étant belge, il parle fran­çais2 et que c’est une tra­duc­tion mot à mot de la phrase qu’il pro­nonce. Cher­cher l’er­reur devient donc un imbro­glio impos­sible à démê­ler : est-ce Kayerts lui-même qui s’a­dresse à Gobi­la en petit-nègre ou le tra­duc­teur mal­adroit qui s’é­gare — sans par­ler d’un autre niveau encore : celui des palabres aux­quelles a droit Stan­ley de la part du vrai Gobi­la ? Quelle que soit la réponse à la ques­tion, elle ouvre le ter­ri­toire inex­plo­ré de la poro­si­té des langues chez Conrad ; elle lève un coin du voile et découvre d’autres pers­pec­tives insoup­çon­nées de l’art d’é­crire de Joseph Conrad.
Fami­lier en effet du polo­nais, du fran­çais et de l’an­glais, Conrad se pro­mène dans un no man’s land lin­guis­tique qui fait qu’on ne peut jamais être cer­tain de la langue qui lui sert de réfé­rence. “ Il y a un mot en polo­nais qui exprime ce que je veux dire ”, expli­quait-il par­fois à Ford Madox Ford3, son com­plice en écri­ture [direc­te­ment en anglais] : “ Vou­lez-vous une tasse de thé ? ” ou “ il est mort ”, ajou­tait Ford, mais lors­qu’il s’a­gis­sait d’ex­pres­sions du type : “ le don d’ex­pres­sion ”, “ la per­plexi­té ”, […] “ un tor­rent de lumière ”, “ les eaux traî­tresses qui cou­laient du cœur d’im­pé­né­trables ténèbres ”, il les tra­dui­sait direc­te­ment du fran­çais4. Ain­si en va-t-il du pas­sage du fran­çais à l’an­glais, exer­cice qui dégé­nère par­fois et s’af­fole, comme cela arrive dans cer­taines pages de Lord Jim lors­qu’un per­son­nage affirme haut et fort : “ j’ai rou­lé ma bosse ” — pour de bon, comme on roule une boule de neige (“ I rol­led my hump ”) ou mot à mot, “ cha­cun fait son pos­sible ” (“ one does one’s pos­sible ”) ou encore des hyènes rica­nantes (“ lau­ghable hyae­na ”) et autres “ [l’]armes de cro­co­diles ” (“ wea­pons of a cro­co­dile ”), pour nous limi­ter à quelques exemples qui semblent bien “ sor­tis d’un dic­tion­naire com­pi­lé par un fou5 ”. Car l’exer­cice devient sys­té­ma­tique et s’ac­com­pagne, d’une langue à l’autre, de toute une bat­te­rie d’autres jeux de langues : gal­li­cismes, calques, mots intra­dui­sibles, trans­crip­tions pho­né­tiques, pous­sant l’é­cri­ture dans ses der­niers retran­che­ments, ceux d’une gym­nas­tique lin­guis­tique aux contor­sions absurdes.

___________________

1. La forme cor­recte aurait été “ How are you ? ” ou “ How is it going ?
2. Il lit Flau­bert : Bou­vard et Pécu­chet !
3. Ford Madox Ford (1873–1939). Homme de lettres anglais, proche de Joseph Conrad et con col­la­bo­ra­teur entre 1898 et 1909.
4. Ford Madox Ford, Joseph Conrad, a per­son­nal remem­be­rance, p.168.
5. Joseph Conrad, Lord Jim.

Pre­mière phrase de Du goût des voyages :

Il est cer­tain que pour la majo­ri­té des hommes la supé­rio­ri­té de la géo­gra­phie sur la géo­mé­trie repose sur l’at­trait qu’exercent ses repré­sen­ta­tions. Et même si la cause en est l’in­cor­ri­gible fri­vo­li­té inhé­rente à la nature humaine, la plu­part d’entre nous s’ac­cordent volon­tiers à pen­ser qu’une carte attire davan­tage qu’une figure de géo­mé­trie dans un trai­té sur les sec­tions coniques — tel est du moins le cas des esprits d’un natu­rel simple dont dis­pose la plu­part des habi­tants de cette planète.

Encore quelques mots qui mani­festent l’in­té­rêt de Conrad pour la géo­gra­phie dès son plus jeune âge :

Mal­heu­reu­se­ment, les notes attri­buées à cette matière étaient aus­si rares que les cours ins­crits au pro­gramme par d’en­nuyeux pro­fes­seurs  qui, non contents d’être vieux, sem­blaient ne jamais avoir été jeunes. Indif­fé­rents au charme cap­ti­vant du réel, ils igno­raient tout des immenses poten­tia­li­tés qu’offre la vie d’un homme d’ac­tion, n’a­vaient pas la moindre notion de l’im­men­si­té des éten­dues ter­restres ni n’é­prou­vaient le moindre désir de rele­ver des défis. Leur géo­gra­phie était à leur image : une chose exsangue, à la peau racor­nie recou­vrant une car­casse peu ragoû­tante et un sque­lette dénué de tout inté­rêt.[…] Je ne fus cepen­dant pas noté. Il faut dire que ce n’é­tait pas un sujet impo­sé et je crois bien que le seul com­men­taire qu’on trans­mit à mon tuteur fut de dire qu’il sem­blait bien que j’a­vais per­du mon temps à lire des livres de voyages au lieu de m’oc­cu­per de mon tra­vail. Comme je vous l’ai déjà dit : ces types vou­laient ma peau.

Et enfin sur l’acte d’écrire :

Oui, j’ai tou­jours, et de tout temps, été écri­vain et le reste n’a été que déri­va­tif, pré­texte et erreur, fausse piste et cul-de-sac d’où je me suis tou­jours sor­ti — à un che­veu près !

Plus d’in­for­ma­tions sur la pho­to d’en-tête du navire Joseph Conrad sur la page Fli­ckr de l’Aus­ta­lian Natio­nal Mari­time Museum

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Salaam Lon­don de Tar­quin Hall, le voyage intérieur

Salaam Lon­don de Tar­quin Hall, le voyage intérieur

Ça com­mence comme une longue plainte et le livre s’ouvre tout dou­ce­ment. Salaam Lon­don (Salaam Brick Lane en anglais, allez savoir pour­quoi les édi­teurs veulent tou­jours tra­duire les titres…) est un livre qui s’en­tend d’a­bord comme un livre de l’an­goisse, de la dif­fi­cul­té de son auteur, Lon­do­nien de nais­sance, à retour­ner dans sa ville après avoir vécu quelques temps en Inde et sur­tout de s’y retrou­ver. Ce récit du retour dou­lou­reux, de l’at­tente dans laquelle le jour­na­liste Tar­quin Hall s’ins­talle, dans l’es­poir de faire venir la femme qu’il aime dans la méga­pole est un récit qui avance à tâtons dans le brouillard de Brick Lane. Les loyers ont flam­bé lors­qu’il retourne chez lui et il n’y a que dans l’East End que l’au­teur peut s’ins­tal­ler à nou­veau sans trop s’ex­cen­trer et c’est à contre-cœur qu’il loue une man­sarde miteuse à un Ban­gla­dais cyclo­thy­mique et alcoo­lique. C’est alors toute une palette de per­son­nages et de lieux aty­piques qu’on découvre sous sa plume ; le livre prend un tour­nure étrange puis­qu’il devient le récit de voyage d’un Lon­do­nien dans sa propre ville, une ville dans la ville, un quar­tier ten­du comme un élas­tique et pris dans ses pro­blé­ma­tiques de diver­si­té cultu­relle : cock­neys, skin­heads, Ban­gla­dais, Juifs, Irlan­dais, Ben­ga­lis, reje­tons de l’empire bri­tan­nique en décom­po­si­tion, tous se côtoient sans pour autant se mélan­ger, dans la droite ligne du grand récit d’in­ves­ti­ga­tion de Jack Lon­don, Le peuple d’en-bas et sur fond de réha­bi­li­ta­tion du tris­te­ment célèbre quar­tier de Whi­te­cha­pel. En dépit des ami­tiés impro­bables que Tar­quin Hall noue dans le quar­tier, il cherche tout de même à en sor­tir, même s’il y découvre une vie insoup­çon­née. C’est à mon sens un beau récit, tendre et sans conces­sion, un récit qui prend aux tripes parce qu’on y res­sent toute l’af­fec­tion qui s’empare de lui pour ce quar­tier en déshé­rence mais tout de même vic­time de l’i­né­vi­table gen­tri­fi­ca­tion, ces dents creuses, mais aus­si le rejet com­pré­hen­sible qui le pousse à en sor­tir. C’est le récit de l’é­tran­gè­re­té, du déra­ci­ne­ment de soi chez soi, de la condi­tion de l’é­tran­ger de l’in­té­rieur, un récit qui fait écho à la condi­tion nomade, à la décons­truc­tion per­pé­tuelle de soi dans l’ab­sence de repé­rage et de volon­té de res­ter. Toute l’es­sence de ce récit de l’ombre tient en ces quelques phrases de l’auteur :

Je pus jeter ici un bref coup d’oeil sur les par­quets lui­sants et les murs de brique nus des lofts réno­vés. Mais on voyait sur­tout des mai­sons mitoyennes déla­brées datant du règne de la reine Vic­to­ria, par les fenêtres noir­cies des­quelles on aper­ce­vait des cui­sines minus­cules. Dans des cen­taines d’im­meubles minables, des immi­grants comme le Grand Sasa et Mrs Abdul-Haq pré­pa­raient leur dîner en rêvant d’a­voir une mai­son à eux et en s’ef­for­çant de tirer le meilleur par­ti d’une vie misé­rable. Même au XXIè siècle, l’East End mon­trait peu de signes de chan­ge­ment et contrai­gnait des gens de cultures radi­ca­le­ment dif­fé­rentes à vivre côte à côte et à s’a­dap­ter les uns aux autres.
« Entrez affa­mé, sor­tez bran­ché », pro­cla­mait un pan­neau que j’a­vais repé­ré ce matin-là à Brick Lane, sur la vitrine d’un nou­veau café à la mode. Mieux que tout le reste, ce slo­gan parais­sait résu­mer l’ex­pé­rience que fai­saient les immi­grants de l’East End — et que j’a­vais faite aussi.
Brick Lane m’a­vait for­cé à m’ac­com­mo­der d’un Londres que je n’a­vais jamais connu et m’a­vait aidé à com­prendre que Barnes n’é­tait plus pour moi. Je me sen­tais à pré­sent plus en accord avec mon envi­ron­ne­ment que je ne l’a­vais été lorsque je vivais en étran­ger immer­gé dans d’autres cultures. Et pour cela, je res­sen­tais une immense gra­ti­tude. Mais au moment où le train pas­sait devant les immeubles ruti­lants de Cana­ry Wharf et entrait dans un bruit de fer­raille en gare de Liver­pool Street, je me deman­dais si je me sen­ti­rais de nou­veau tout à fait chez moi à Londres, si je serais encore capable de vivre déten­du , d’as­su­mer confor­ta­ble­ment mon sta­tut d’Anglais.
Peut-être res­te­rais-je tou­jours un peu étran­ger ? Peut-être n’é­tait-ce pas le pire sta­tut qui soit ?

Tar­quin Hall, Salaam Lon­don
Folio col­lec­tion Voyages
Gal­li­mard 2007

Pho­to d’en-tête © Richer Fischer (Mor­ning in Whitechapel)

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En sui­vant la Sûre et l’Our jus­qu’à Vianden

En sui­vant la Sûre et l’Our jus­qu’à Vianden

Arri­ver jus­qu’à Vian­den n’a pas été une mince affaire. En par­tant d’Ech­ter­nach, j’ai vou­lu faire le malin en pas­sant la fron­tière vers l’Al­le­magne. Du coup j’ai réus­si à me perdre en pas­sant un grand pont qui m’a mené dans la petite ville d’Ech­ter­na­cher­brück et dont je n’ai pas vrai­ment réus­si à sor­tir autre­ment qu’en en sor­tant de la même manière que j’y étais arri­vé. Des tra­vaux m’ont pas­sa­ble­ment com­pli­qué le pas­sage. Ce n’est bien plus tard que je me suis aper­çu qu’un petit pont situé à quelques mètres du par­king où j’é­tais garé m’au­rait per­mis de contour­ner les tra­vaux et ain­si mon­ter vers le nord faci­le­ment. J’ai donc emprun­té la route qui longe la Sûre, une route agréable et calme qui per­met de prendre le temps. Arri­vé à Bol­len­dorf, en pas­sant sim­ple­ment le pont, on est en Alle­magne, et c’est ici que je me perds dans la cam­pagne boi­sée et sombre, lon­geant tou­jours le cours de la rivière (qu’à force de remon­ter on finit par chan­ger de cours pour son affluent, l’Our, à Wal­len­dorf), tra­ver­sant un bois pour retom­ber sur les hau­teurs de la val­lée de la Sûre, puis les petits vil­lages de Bies­dorf et de Kruch­ten, et fina­le­ment, je me rends compte que je ne maî­trise plus grand-chose. Je me laisse por­ter par les pan­neaux indi­ca­teurs, repas­sant encore la fron­tière après l’a­gréable bourg de Kör­pe­rich et les lacets des routes de mon­tagne près de Roth-an-der-Our.

Vianden (Luxembourg) - 02 - Vallée de l'Our

Vianden (Luxembourg) - 05 - Château

Vianden (Luxembourg) - 06 - Château

En cette fin d’a­près-midi, j’ar­rive dans la petite ville encais­sée sur les deux rives de l’Our, dans laquelle au début du siècle der­nier on pou­vait encore trou­ver des pièges à sau­mons. La ville est humide, un peu vieillotte. Si mes sou­ve­nirs d’i­ci res­tent par­cel­laires, j’ai l’im­pres­sion de reve­nir bien des années en arrière, comme si presque rien n’a­vait chan­gé. Une fois de plus, je suis sur les terres d’un homme dont je peux suivre les traces ; après Guer­ne­sey, c’est ici que je marche dans les pas de Vic­tor Hugo. On sent encore son ombre se fau­fi­ler dans les petites rues de la ville jus­qu’aux pieds des contre­forts du Schloss Vian­den. Le seul sou­ve­nir vivace, c’est la pis­cine de cet hôtel que j’ai réus­si à retrou­ver, au moins sur les images d’in­ter­net, mais sur place, j’a­ban­donne, je ne recon­nais plus rien. L’hô­tel n’a peut-être même plus de piscine.

Je gare ma voi­ture dans la mon­tée qui sert de par­king, tout au bout de la ville. C’est une route qui dégou­line d’hu­mi­di­té où les voi­tures attendent sage­ment sous les fron­dai­sons de chênes immenses. Une petite mai­son est à vendre. Une bar­rière devant un esca­lier qui grimpe sec sur le flanc du rocher, une mai­son toute simple accro­chée là à cin­quante mètres de la rue, encore en bon état mais per­due dans les arbres, à l’é­cart du monde ; je ne sais pas pour­quoi mais je m’y ima­gine bien.

Le châ­teau de Vian­den est construit sur un piton rocheux qui domine toute la val­lée de l’Our. C’est une grande bâtisse construite tout en lon­gueur, dans un style néo-gothique qu’on sent assez récent. Si le châ­teau existe, pas sous sa forme actuelle, depuis le milieu du Vème siècle (c’est donc d’a­bord un petit châ­te­let romain construit sur le ter­ri­toire du royaume des Francs, ce qui en fait donc un des plus anciens châ­teaux d’Eu­rope), il est res­té très long­temps à l’a­ban­don. Les cartes pos­tales du pre­mier quart du XXème montrent un ensemble de ruines des­quelles n’é­mergent qu’un reste de tour, une cha­pelle et des murs plus ou moins hauts ; un pay­sage de déso­la­tion qu’on a du mal à ima­gi­ner lors­qu’on regarde le châ­teau tel qu’il est aujourd’hui. Le tra­vail de recons­ti­tu­tion est tout sim­ple­ment admi­rable. Fief des comtes de Vian­den puis de la famille d’O­range-Nas­sau, actuelle famille régnante des grands ducs de Luxem­bourg, il n’est plus pro­prié­té de la famille grand-ducale depuis 1977, date à laquelle il est ver­sé au compte des pro­prié­tés d’é­tat. Le Grand-Duc de Luxem­bourg actuel est Hen­ri Albert Gabriel Félix Marie Guillaume de Nas­sau (branche de Bour­bon-Parme), qui règne depuis l’ab­di­ca­tion de son père Jean en 2000.

Grandes armoiries d'Henri - Grand-Duc de Luxembourg
Grandes armoi­ries d’Hen­ri — Grand-Duc de Luxembourg

Écar­te­lé, aux I et IV de Luxem­bourg qui est bure­lé d’argent et d’azur, au lion de gueules, la queue four­chue et pas­sée en sau­toir, armé, lam­pas­sé et cou­ron­né d’or, aux II et III de Nas­sau qui est d’azur semé de billettes d’or, au lion cou­ron­né du même, armé et lam­pas­sé de gueules, sur le tout en cœur de Bour­bon de Parme qui est d’azur à trois (deux, une) fleurs de lys d’or à la bor­dure de gueules char­gée de huit coquilles d’argent posées en orle. L’écu est tim­bré d’une cou­ronne royale et entou­ré du ruban et de la croix de l’Ordre de la Cou­ronne de Chêne.
Les sup­ports sont à dextre un lion cou­ron­né d’or, la tête contour­née, la queue four­chue et pas­sée en sau­toir, armé et lam­pas­sé de gueules, à senestre un lion cou­ron­né d’or, la tête contour­née, armé et lam­pas­sé de gueules, chaque lion tenant un dra­peau luxem­bour­geois fran­gé d’or.
Le tout est posé sur un man­teau de pourpre, dou­blé d’hermine, bor­dé, fran­gé et lié d’or et som­mé d’une cou­ronne royale, les dra­peaux dépas­sant le manteau.

Plan du château de Vianden (Das Schloss Vianden)

Plan du châ­teau de Vian­den (Das Schloss Vianden)

L’in­té­rieur du châ­teau montre les dif­fé­rentes époques de sa construc­tion, avec notam­ment tout un pan du mur sud sur lequel on peut voir les dif­fé­rents élé­ments de rem­ploi et les couches suc­ces­sives qui nous parlent direc­te­ment de l’his­toire du monu­ment. On trouve éga­le­ment d’im­menses salles voû­tées, des cou­loirs qui sillonnent toute la lon­gueur jus­qu’à la cha­pelle sup­por­tée par une crypte aux piliers mas­sifs. La cha­pelle a été redé­co­rée de cou­leurs vives, de bleu de Prusse, de rouge brique et de jaune d’or, et de vitraux aux armoi­ries des familles qui ont pos­sé­dé les lieux. D’au­cune fenêtre on ne peut voir l’ex­té­rieur, mais je sais que d’i­ci pour­rait se trou­ver la plus belle vue, don­nant sur l’est et la vallée.

Vianden (Luxembourg) - 13 - Crypte

Vianden (Luxembourg) - 21 - Chapelle

Vianden (Luxembourg) - 23 - Chapelle

Mon lieu pré­fé­ré, où je m’at­tarde le plus, est cette salle qui n’est a prio­ri d’au­cune uti­li­té et dont le nom touche immé­dia­te­ment mon cœur : la salle byzan­tine. C’est un vaste cor­ri­dor cou­vert, ouvert au nord et au sud, fai­sant la liai­son entre la cha­pelle et les lieux de vie, au-des­sus de la salle des gardes. Ses ouver­tures sont en fait des fenêtres tri­lo­bées, devant cha­cune des­quelles se trouvent une marche et deux sièges qui sont autant d’in­vi­ta­tion à la flâ­ne­rie. D’un côté comme de l’autre, on est à une hau­teur impres­sion­nante de la val­lée sur laquelle on a une vue superbe. L’hi­ver à Vian­den doit être ter­ri­ble­ment froid et humide, et ter­ri­ble­ment beau depuis ces hau­teurs. Je m’assieds là et contemple les ter­rasses, accou­dé au soleil res­tant, per­du dans mes rêve­ries solitaires…

Vianden (Luxembourg) - 28 - Salle byzantine

Vianden (Luxembourg) - 30 - Vallée de l'Our

Vianden (Luxembourg) - 35 - Château

Le soleil com­mence à se noyer dans les der­nières heures de la jour­née et le châ­teau revêt ses habits cou­leurs de renard. Je retourne à la voi­ture, repas­sant devant la petite mai­son aban­don­née dans la forêt, sur la pente, orien­tée plein nord ; elle n’a jamais vu le soleil. Il fait ici une fraî­cheur surréaliste.
Il est encore trop tôt pour ren­trer à Luxem­bourg et l’Al­le­magne à quelques kilo­mètres me fait des ronds de jambe. Je pour­rais aller à Bit­burg, mais à part sa bière, je doute que la ville soit vrai­ment inté­res­sante. Sans savoir réel­le­ment où je vais atter­rir, j’emprunte les petites routes qui tra­versent des vil­lages sans âmes qui vivent et dont le charme laisse pen­ser que l’hi­ver doit y être dou­lou­reux de soli­tude. Sans être un pay­sage réel­le­ment mon­ta­gneux, il est suf­fi­sam­ment encais­sé pour qu’on s’y perde faci­le­ment dans la neige. Les noms de vil­lages défilent en lais­sant comme une trace dans mon esprit : Hüt­tin­gen bei Lahr, Nus­baum, Schank­wei­ler, Hol­sthum, Prüm­zur­lay, Nie­der­weiss, Aach, les noms s’é­grènent ten­dre­ment dans ces sono­ri­tés rugueuses jus­qu’à arri­ver à Trier (Trêves) aux der­nières heures du jour.

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Voir les 35 pho­tos de Vian­den sur Fli­ckr.

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Retour à Ech­ter­nach, patrie de Saint Willibrord

Retour à Ech­ter­nach, patrie de Saint Willibrord

Une simple pho­to un peu jau­nie de moi sur les marches du cal­vaire, sur la Grand Place d’Ech­ter­nach, prise par mon grand-père. Nous sommes, il me semble, en 1985. Il fau­drait que je m’en assure en retrou­vant l’ordre chro­no­lo­gique des pho­tos. 2014, c’est mon fils qui va sur ses douze ans, à peu près l’âge que j’ai sur la pho­to, qui monte sur le cal­vaire. Hasard heu­reux dont je ne me rends compte qu’une fois reve­nu et lorsque je regarde les pho­tos que mon grand-père avait prises à l’é­poque. Culottes courtes, gilet croi­sé, chaus­settes blanches, raie sur le côté ; je me rends compte à quel point je n’é­tais déjà plus du tout dans l’air du temps. Fina­le­ment, j’au­rais pas­sé ces qua­rante der­nières années de ma vie en décalage.

Calvaire Echternach

Romuald au pied du cal­vaire d’Echternach

Ech­ter­nach (Iech­ter­nach en luxem­bour­geois, Eech­ter­noach ou Iech­ter­noach en dia­lecte) est une petite ville d’à peine 5000 habi­tants, nichée dans un repli de la Sûre (D’Sauer) qui fait la fron­tière avec l’Al­le­magne. De l’autre côté du pont, Ech­ter­na­cher­brück, Deut­schland.
Nous sommes à une tren­taine de kilo­mètres de Luxem­bourg, à peine 25 de Trier (Trèves) en Alle­magne. La ville en elle-même n’a pas beau­coup d’at­trait, c’est une ville de moyenne impor­tance, une sorte de poste-fron­tière qui ne res­semble plus beau­coup à ce qu’elle était du temps de sa splen­deur. La Grand Place et la Place du Mar­ché (Markt­platz), mais éga­le­ment l’hô­tel de ville, le Ding­stuhl (ou Den­zelt, ins­tance admi­nis­tra­tive et judi­ciaire), témoigne de la puis­sance pas­sée de la ville. La pré­sence du culte de Saint Willi­brord, saint patron du Luxem­bourg et de la basi­lique fon­dée sur la crypte où il repose est en outre un sym­bole cultu­rel iden­ti­taire fort pour les Luxembourgeois.

Echternach (Luxembourg) - 05 - Eglise Saints Pierre et Paul

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Eglise Saints Pierre et Paul

Echternach (Luxembourg) - 07 - Eglise Saints Pierre et Paul

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Eglise Saints Pierre et Paul

Dans cette petite ville tran­quille, loin des lieux tou­ris­tiques, se trouve une petite église, per­chée en haut d’un rocher et à laquelle on accède par une volée d’es­ca­liers mous­sus. A l’in­té­rieur de l’é­glise Saints Pierre et Paul, entre sobrié­té et poly­chro­mie, on trouve une atmo­sphère calme et colo­rée. Les vitraux modernes dif­fusent une lumière douce et les pein­tures des murs sont peintes dans un style très alle­mand, dans des poly­chro­mies qui donnent une bonne idée de la manière dont était déco­rées les églises naguère. Je reste quelques ins­tants dans ce lieu un peu per­ché, un peu à mi-hau­teur entre les hommes et les dieux, sans être déran­gé par qui que ce soit. Un fes­ti­val a lieu ici tous les ans, un fes­ti­val de musique clas­sique ; l’a­cous­tique semble parfaite.

Echternach - Église Saints Pierre et Paul

Ech­ter­nach — Église Saints Pierre et Paul

Echternach (Luxembourg) - 10 - Rue des écoliers - Shullergaas

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Rue des éco­liers — Shullergaas

Echternach (Luxembourg) - 11 - Place du marché

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Place du marché

En sor­tant de l’é­glise, j’emprunte la rue des éco­liers (Shul­ler­gaas) pour rejoindre la Place du Mar­ché où se trouve le Ding­stuhl. Sur la jolie place se trouve une fon­taine fleu­rie et l’on trouve encore ici quelques arcades sur cette place pavée. La Grand Place, elle, laisse entre­voir ce que pou­vait être la vie de cette ville ne serait-ce qu’au début du XXè siècle.

C’est ici que je retrouve le cal­vaire au pied duquel j’ai été pris en pho­to. Depuis cette rue remonte la rue de la Gare, gare qui n’existe plus depuis sa des­truc­tion en 1974. Le der­nier train de la Sauer­linn (ligne de la Sûre) est par­ti de la gare d’Ech­ter­nach en 1964. Aujourd’­hui, c’est une gare rou­tière qui occupe son ancien empla­ce­ment. Dans cette rue, c’est une longue suc­ces­sion de com­merces, de res­tau­rants aux enseignes par­fois peintes pas tous ouverts, de petits maga­sins de vête­ments, de tabacs que les Alle­mands fron­ta­liers viennent enva­hir à cause du prix du tabac beau­coup plus inté­res­sant que chez eux. La rue se ter­mine par un por­tique, puis par la gare rou­tière, au bord de la Sûre ; un immense par­king attend le pas­sage des cars qui par­courent la région. C’est appa­rem­ment le ren­dez-vous des mar­gi­naux des envi­rons, punks à chiens, clo­chards errants, alcoo­liques que se cachent dans ce lieu d’é­change, entre errance et no man’s land. Un type aux che­veux longs, canette de bière à la main, m’at­tend à la sor­tie des toi­lettes publiques de la gare ; il avait juste envie de par­ler, ce que je fais de bonne grâce.

Echternach (Luxembourg) - 17 - Basilique Saint Willibrord

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Basi­lique Saint Willibrord

Echternach (Luxembourg) - 18 - Basilique Saint Willibrord

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Basi­lique Saint Willibrord

Echternach (Luxembourg) - 23 - Basilique Saint Willibrord - Pierre Richardot

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Basi­lique Saint Willi­brord — Pierre Richardot

Echternach (Luxembourg) - 24 - Basilique Saint Willibrord - Ange et suaire de Véronique, Atelier de Trèves

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Basi­lique Saint Willi­brord — Ange et suaire de Véro­nique, Ate­lier de Trèves

Je remonte la rue pour reve­nir sur la basi­lique Saint Willi­brord qui date du XIè siècle, bâtie sur une église caro­lin­gienne dont la crypte est l’u­nique ves­tige ; c’est ici qu’au­jourd’­hui se trouve le céno­taphe conte­nant les restes du saint pro­tec­teur du Luxem­bourg. C’est une immense bâtisse aus­tère, dans un style roman clas­sique qui ne date que de 1868, et si elle a été détruite en 1944, elle a par la suite été recons­truite à l’i­den­tique et la façade est direc­te­ment ins­pi­rée de celle de Paray-le-Monial. L’in­té­rieur est un inté­rieur de basi­lique inté­grée à une abbaye béné­dic­tine, c’est-à-dire fon­ciè­re­ment aus­tère. Des cartes pos­tales anciennes datant du début du XXè siècle montrent que l’in­té­rieur a été déco­ré de poly­chro­mies et de motifs géo­mé­triques. Aujourd’­hui, tout a dis­pa­ru pour lui rendre un aspect conven­tion­nel. Si le sar­co­phage de Willi­brord a été conser­vé intact, c’est parce que mal­gré l’ef­fon­dre­ment de la basi­lique et le bom­bar­de­ment qui l’a mise à terre, la crypte a été mira­cu­leu­se­ment épar­gnée. Le céno­taphe a été remon­té dans le chœur après sa res­tau­ra­tion en 1868, puis redes­cen­du dans la crypte après la consé­cra­tion suite à la res­tau­ra­tion en 1953. Un petit musée situé dans la sacris­tie me fait m’ar­rê­ter devant deux pièces superbes : Un sta­tue pour le monu­ment de Pierre Richar­dot et un ange et suaire de Véro­nique datant de la fin du XVè siècle réa­li­sé dans l’a­te­lier de Trèves.

Si la ville demeure impor­tante par la consé­cra­tion de Saint Willi­brord comme saint pro­tec­teur du pays, elle est aus­si connue pour sa pro­ces­sion dan­sante, ins­crite sur la liste repré­sen­ta­tive de l’hé­ri­tage cultu­rel imma­té­riel de l’hu­ma­ni­té de l’U­NES­CO. Cette pro­ces­sion, si elle consacre le fait reli­gieux, s’est trou­vé for­te­ment contes­tée par l’Église qui y voyait autre­fois une réma­nence de culte païen. Elle est aujourd’­hui par­fai­te­ment inté­grée à la vie reli­gieuse et cultu­relle de la ville, ras­sem­blant tous les ans plus de 13000 pèle­rins. Cette pro­ces­sion dan­sante se fait dans toute la ville et sa par­ti­cu­la­ri­té réside dans le fait que les dan­seurs sont reliés entre eux par des fou­lards blancs, bro­dés aux armoi­ries de la ville. Le carac­tère jubi­la­toire et dan­sant de cette pro­ces­sion en fait un objet d’é­tude eth­no­gra­phique fas­ci­nant qui la fait remon­ter à un temps immémorial.

Le matin, en arri­vant, je me suis arrê­té dans une supé­rette à l’en­trée de la ville ; c’est ici que j’en­tends pour la pre­mière fois une langue jamais enten­due jusque là. A la caisse, un couple de jeunes s’ex­prime dans cette langue dont on a peine à s’i­ma­gi­ner qu’elle est une vraie langue ; le luxem­bour­geois (lëtze­buer­gesch). Peut-être même est-ce ce dia­lecte d’Ech­ter­nach et qui semble rou­ler sous la langue… ? Je quitte la ville dans cette atmo­sphère un peu mys­tique dont je m’en­robe, immer­gé dans les lieux de spi­ri­tua­li­té et je file vers Vian­den, en frô­lant la fron­tière, en la tra­ver­sant plu­sieurs fois, encore une fois.

Echternach (Luxembourg) - 25 - Rue du Pont

Ech­ter­nach (Luxem­bourg) — Rue du Pont

Voir les 25 pho­tos de cette jour­née à Ech­ter­nach sur Fli­ckr.

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