La nuit des revenants
La nuit des revenants
Chapitres 13 à 16
XIII
Il arriva à minuit. Gara sa voiture – une vieille Nissan louée sous un faux nom – à deux rues du marché.
Le quartier était calme. Trop calme. Comme si tous les habitants savaient qu’il valait mieux rester chez soi après minuit.
Damian marcha jusqu’à l’entrée du marché. Les grilles étaient fermées. Mais il y avait un passage. Sur le côté. Une porte en métal rouillé.
Il la poussa. Elle s’ouvrit en grinçant.
À l’intérieur, le marché était un autre monde.
Des allées sombres. Des stands fermés. Des marchandises couvertes de bâches. Et cette odeur. Encens. Herbes séchées. Quelque chose de plus ancien. De plus profond.
Damian avança lentement. Son Beretta à la main.
Des bruits. Quelque part dans le noir. Des voix. Des pas.
Il suivit les sons.
Traversa le marché. Arriva au fond. Là où les stands devenaient des entrepôts. Des portes fermées. Des cadenas.
Et puis il vit de la lumière. Sous une porte. Au bout d’un couloir.
Il s’approcha. Colla son oreille à la porte.
Des voix. Deux hommes. Peut-être trois.
Et une femme.
Azucena.
— …je vous ai dit que je ne sais rien ! criait-elle.
— Mentez pas, répondit une voix d’homme. Votre sœur vous a tout dit avant de mourir.
— Teresa ne savait rien ! Elle était juste une étudiante !
— Elle savait où sont les documents. Les vrais. Ceux que votre grand-père a cachés. Les preuves.
— Quelles preuves ?
Un bruit. Un coup. Azucena qui gémissait.
Damian sentit la rage monter.
Il recula. Prit son élan.
Défonça la porte d’un coup de pied.
La scène se figea.
Trois hommes. Cagoules. Pistolets.
Azucena attachée à une chaise. Le visage tuméfié. Du sang sur sa lèvre.
Les trois hommes se retournèrent.
— Inspecteur Sarazai, dit celui du milieu. On vous attendait pas si tôt.
Damian pointa son arme.
— Lâchez-la.
L’homme rit.
— Ou sinon quoi ? Vous nous tirez dessus ? Vous êtes seul. On est trois. Faites le calcul.
— Je suis pas seul, mentit Damian. J’ai des renforts dehors. Dans deux minutes, cet endroit sera plein de flics.
Les trois hommes se regardèrent. Hésitèrent.
Et c’est là qu’Azucena bougea.
Elle se jeta en arrière. La chaise bascula. Elle roula sur le côté.
Les trois hommes se retournèrent vers elle.
Damian tira.
Une fois. Deux fois. Trois fois.
Les trois hommes tombèrent.
Le silence.
Damian courut vers Azucena. Défit ses liens.
— Ça va ?
Elle hocha la tête. Tremblante.
— Vous… vous m’avez trouvée.
— Évidemment.
Il l’aida à se lever. Elle vacilla. Il la rattrapa.
— On doit partir. Maintenant.
Ils sortirent de l’entrepôt. Traversèrent le marché en courant.
Derrière eux, des cris. Des bruits de pas. D’autres hommes. Combien ? Cinq ? Dix ?
Damian et Azucena coururent vers la sortie.
Une balle siffla. Puis une autre.
Ils se jetèrent derrière un stand. Respirèrent.
— La voiture est à deux rues, dit Damian. On court. Sans s’arrêter. D’accord ?
Azucena hocha la tête.
Ils coururent.
Les balles pleuvaient autour d’eux. Ricochaient sur les murs. Sur le sol.
Damian riposta. Tira sans viser. Juste pour les ralentir.
Ils sortirent du marché. Coururent dans la rue.
La Nissan était là.
Damian ouvrit la portière. Azucena monta. Il démarra en trombe.
Les poursuivants sortirent du marché. Tirèrent encore.
La voiture accéléra. Tourna au coin. Disparut dans la nuit.
Damian roula pendant dix minutes. Sans s’arrêter. Sans ralentir.
Jusqu’à ce qu’il soit sûr qu’ils étaient seuls.
Il se gara dans une rue déserte. Coupa le moteur.
Se tourna vers Azucena.
Elle pleurait. En silence. Les larmes coulaient sur son visage tuméfié.
— C’est fini, dit-il doucement. Vous êtes en sécurité maintenant.
Elle le regarda. Avec ces yeux dorés qui le hantaient depuis des jours.
— Non, dit-elle. C’est pas fini. Ça ne sera jamais fini. Tant qu’ils seront là. Tant qu’ils penseront que je sais quelque chose.
— Qu’est-ce qu’ils cherchent ?
— Des documents. Mon grand-père les a cachés avant de mourir. Des preuves de ce qu’il a fait. Des noms. Des dates. Des montants. Tout.
— Et vous savez où ils sont ?
Elle hésita. Puis :
— Oui.
— Où ?
— Au Gran Hotel.
Damian la fixa.
— Quoi ?
— Mon grand-père a loué un coffre-fort au Gran Hotel en 1975. Il est toujours là. Dans les sous-sols. Personne ne le sait. Sauf moi. Teresa l’a découvert il y a six mois en fouillant les archives familiales. Elle me l’a dit juste avant de disparaître.
— Et c’est pour ça qu’ils vous ont enlevée ? Pour que vous leur donniez accès au coffre ?
Azucena hocha la tête.
— Mais je leur ai rien dit. Même quand ils m’ont frappée. Parce que si je leur disais, ils me tueraient. Et tout ce que mon grand-père a fait resterait caché.
Damian réfléchit. Puis :
— On doit ouvrir ce coffre. Voir ce qu’il y a dedans. Et le donner aux autorités. Aux vrais journalistes. À ceux qui ne peuvent pas être achetés.
— Vous croyez vraiment qu’il en reste ?
— On essaye au moins.
Il redémarra la voiture.
Direction : le Gran Hotel.
XIV
Ils arrivèrent au Gran Hotel à deux heures du matin. Par l’entrée de service. Damian connaissait les lieux maintenant. Toutes les portes. Tous les passages.
Le hall était vide. Juste le réceptionniste de nuit qui somnolait derrière son comptoir.
Ils montèrent au quatrième étage. Chambre de Damian. Azucena avait besoin de se laver. De se changer.
Pendant qu’elle prenait une douche, Damian réfléchissait.
Le coffre. Dans les sous-sols.
Comment y accéder ? Il fallait une clé. Ou un code.
Azucena sortit de la salle de bain. Cheveux mouillés. Vêtue d’un peignoir blanc de l’hôtel.
Elle s’assit sur le lit.
— Merci, dit-elle doucement. Pour m’avoir cherchée. Pour m’avoir trouvée.
— C’est mon travail.
— Non. Votre travail c’était de m’arrêter. De prouver que j’étais criminelle. Pas de me sauver.
Damian ne répondit pas.
Elle s’approcha. Posa sa main sur la sienne.
— Pourquoi vous l’avez fait ?
Il la regarda. Vraiment la regarda.
— Parce que vous aviez raison. Je ne comprenais rien. J’avais construit une histoire dans ma tête. Et j’étais tellement sûr d’avoir raison que je ne voyais plus la vérité.
— Et maintenant ?
— Maintenant je vois.
Un long silence.
Puis Azucena se leva.
— Le coffre. On peut y aller maintenant. Pendant que l’hôtel dort.
Ils descendirent au sous-sol. Par les escaliers de service. Personne ne les vit.
Le sous-sol du Gran Hotel était un labyrinthe. Des couloirs qui menaient à des salles de stockage. À des cuisines désaffectées. À des chambres de personnel.
Et au fond. Une porte blindée. Marquée “Coffres-forts privés — Accès restreint”.
— C’est là, dit Azucena.
Elle sortit une clé de sa poche. Petite. Dorée. Ancienne.
— Teresa me l’a envoyée. Une semaine avant de disparaître. Avec un mot : “Si quelque chose m’arrive, ouvre le coffre 127.”
Elle inséra la clé. Tourna.
La porte s’ouvrit.
À l’intérieur, une petite salle. Des coffres numérotés du sol au plafond.
Azucena chercha. Trouva le 127.
Inséra la même clé. Ouvrit.
Le coffre contenait une boîte métallique. Lourde.
Elle la sortit. L’ouvrit.
À l’intérieur : des documents. Des centaines de pages. Photocopies. Contrats. Photos. Lettres.
Damian prit un document au hasard. Lut.
C’était un rapport. Daté de 1974. Signé par Roberto Septién.
*“Opération Santa Rita : Déplacement forcé de 247 familles. Coût total : 3 millions de pesos en pots-de-vin. 12 morts confirmés. Village rasé le 15 août. Puits opérationnel le 1er septembre. Rendement estimé : 50 000 barils/jour.”*
Damian sentit la nausée revenir.
Il y avait des dizaines de rapports comme celui-là. Des années de massacres. De corruption. De crimes.
Et des noms. Des noms de fonctionnaires. De politiciens. De juges. Tous complices.
Certains étaient encore en vie. Certains avaient des carrières brillantes. Des postes importants.
— C’est… c’est énorme, dit Damian.
Azucena hocha la tête.
— Si ça sort, ça détruit pas juste ma famille. Ça détruit tout un système. Toute une génération de politiciens.
— Et c’est pour ça qu’ils vous veulent morte.
— Oui.
Damian ferma la boîte.
— On doit sortir ça d’ici. Le mettre en sécurité. Et ensuite le donner aux médias. À tous les médias en même temps. Pour qu’ils ne puissent pas l’étouffer.
Azucena sourit. Tristement.
— Vous êtes naïf, inspecteur. Même si on le donne aux médias, pensez-vous vraiment que quelqu’un publiera ? Ces noms… ce sont les gens qui possèdent les médias. Qui contrôlent tout.
— Alors qu’est-ce qu’on fait ?
Elle réfléchit. Puis :
— On le donne à quelqu’un qui ne peut pas être acheté. Quelqu’un qui n’a rien à perdre.
— Qui ?
— Les familles. Les survivants. Ceux qui vivent encore à Tabasco. Dans les villages que mon grand-père a détruits. On leur donne les documents. Et on les laisse décider ce qu’ils veulent en faire.
Damian regarda Azucena. Cette femme qu’il avait traquée. Qu’il avait jugée. Qu’il avait sauvée.
Et il vit enfin qui elle était vraiment.
Quelqu’un qui essayait de réparer ce qui ne pourrait jamais être réparé.
— D’accord, dit-il. On fait comme vous voulez.
Ils refermèrent le coffre. Sortirent du sous-sol.
Montèrent dans la chambre de Damian.
Demain, ils partiraient pour Tabasco. Avec les documents.
Demain, ils essaieraient de rendre justice.
Mais cette nuit…
Cette nuit, ils étaient vivants.
Et pour l’instant, ça suffisait.
XV
Le lendemain matin, Damian se réveilla avec une certitude : quelqu’un les observait.
Il se leva doucement. Azucena dormait encore, recroquevillée sous les draps blancs. Son visage tuméfié avait un peu dégonflé mais les bleus restaient.
Il s’approcha de la fenêtre. Regarda la rue en dessous.
Une voiture noire. Mercedes. Vitres teintées. Garée juste en face de l’hôtel.
La même que celle qui avait emmené Azucena.
Ils étaient là.
Damian ferma les rideaux. Réveilla Azucena doucement.
— On doit partir. Maintenant.
Elle ouvrit les yeux. Comprit immédiatement.
Ils s’habillèrent en silence. Damian prit la boîte métallique. La glissa dans un sac de sport.
Ils descendirent par l’escalier de service. Évitèrent le hall.
Sortirent par la porte de la cuisine. Celle que seul le personnel utilisait.
La rue derrière l’hôtel était calme. Damian héla un taxi.
— Aéroport, dit-il.
Le taxi démarra. Damian regardait par la vitre arrière. La Mercedes noire n’apparaissait pas. Pas encore.
À mi-chemin, il changea d’avis.
— Non, pas l’aéroport. Terminal TAPO. Les bus longue distance.
Le chauffeur haussa les épaules. Tourna.
TAPO était une gare routière géante à l’est de la ville. Des centaines de bus partaient vers tout le Mexique chaque heure.
Plus difficile à surveiller qu’un aéroport.
Ils achetèrent deux billets. Villahermosa, Tabasco. Départ dans trente minutes.
Damian et Azucena s’installèrent dans un coin. Attendirent.
Vingt minutes passèrent. Rien.
Puis Damian les vit.
Deux hommes. Costumes sombres. Qui scannaient la gare du regard.
— Ils sont là, murmura-t-il à Azucena.
Elle ne se retourna pas. Garda les yeux baissés.
Les deux hommes s’approchaient. Lentement. Méthodiquement.
Damian prit la main d’Azucena.
— Quand je le dirai, on court vers le bus. D’accord ?
Elle hocha la tête.
Les hommes étaient à dix mètres. Cinq mètres.
— Maintenant !
Ils coururent.
Traversèrent la gare. Les gens les regardaient. Intrigués. Effrayés.
Le bus pour Villahermosa était au quai 14. Moteur qui tournait. Prêt à partir.
Damian et Azucena montèrent. Le chauffeur leur jeta un regard interrogateur mais ne dit rien.
Les portes se fermèrent.
Le bus démarra.
Damian regarda par la vitre arrière. Les deux hommes couraient vers le quai. Trop tard.
Le bus s’engagea sur la route. Direction sud. Vers Tabasco.
Vers la vérité.
XVI
Le voyage dura douze heures. Damian et Azucena ne parlèrent presque pas. Trop dangereux. Trop de gens autour.
Ils arrivèrent à Villahermosa en fin d’après-midi. Chaleur étouffante. Humidité qui collait à la peau.
Azucena loua une voiture. Ils roulèrent vers l’intérieur des terres. Vers les villages que son grand-père avait détruits cinquante ans plus tôt.
Le paysage changeait. Ville laissait place à la jungle. Routes goudronnées devenaient pistes de terre.
Ils arrivèrent à Santa Rita à la tombée de la nuit.
Le village n’existait presque plus. Quelques maisons. Des champs abandonnés. Une église aux murs fissurés.
Azucena gara la voiture devant l’église. Descendit.
Une vieille femme était assise sur les marches. Quatre-vingt-dix ans, peut-être plus. Cheveux blancs attachés. Robe fleurie délavée.
Azucena s’approcha.
— Doña Lucía ?
La vieille femme leva les yeux. Regarda Azucena longuement.
— Toi, dit-elle. Tu es revenue.
— Oui.
— Pourquoi ?
Azucena posa le sac de sport devant elle.
— Parce que j’ai trouvé les preuves. Tout ce que mon grand-père a fait. Tous les noms. Toutes les dates. C’est là-dedans.
Doña Lucía ne bougea pas.
— Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ça ?
— Ce que vous voulez. Les brûler. Les garder. Les montrer au monde. C’est votre choix. Plus le mien.
La vieille femme ouvrit le sac. Sortit un document au hasard. Lut.
Ses mains tremblaient.
— Mon fils, dit-elle d’une voix cassée. Pedro. Il avait dix-neuf ans. Il est là. Sur cette liste. “Éliminé le 15 août 1974.”
Elle leva les yeux vers Azucena.
— Ils l’ont tué parce qu’il refusait de partir. Parce qu’il disait que cette terre était à nous. Pas à des hommes riches de Mexico City.
Azucena s’agenouilla devant elle.
— Je suis désolée. Je sais que ça change rien. Que rien ne peut réparer. Mais je suis désolée.
Doña Lucía posa sa main sur la tête d’Azucena. Comme une bénédiction.
— Tu n’es pas responsable des crimes de ton grand-père. Mais tu es responsable de ce que tu fais avec la vérité. Et tu as fait ce qu’il fallait.
Elle se leva péniblement. Prit le sac.
— Je vais appeler les autres. Les familles. Ceux qui restent. On va décider ensemble.
Elle rentra dans l’église.
Azucena resta agenouillée sur les marches. Pleurant en silence.
Damian s’approcha. S’assit à côté d’elle.
— Vous avez fait ce qu’il fallait, dit-il doucement.
— Ça change rien. Ils sont toujours morts.
— Mais maintenant, ils ont une voix. Une histoire. Ce n’est pas rien.
Azucena le regarda.
— Et maintenant ? Qu’est-ce qui se passe ?
— Maintenant, vous disparaissez. Pour de vrai. Vous changez de nom. Vous quittez le Mexique. Vous vivez ailleurs.
— Et vous ?
Damian sourit tristement.
— Moi, je rentre à Mexico City. Je reprends mon travail. J’essaye de ne pas me faire tuer.
— Ils ne vous laisseront pas tranquille. Vous savez trop.
— Peut-être. Mais je suis flic. C’est mon métier de savoir trop.
Ils restèrent assis en silence. Regardant la nuit tomber sur ce village fantôme.
Puis Azucena se leva.
— Venez. Il y a quelque chose que je veux vous montrer.
Elle le mena vers le cimetière. Derrière l’église. Des tombes envahies par la végétation. Des croix de bois pourries.
Elle s’arrêta devant une tombe. Simple. Juste un nom gravé sur une pierre.
*Teresa Mendoza Septién*
*1994–2019*
Damian la regarda.
— Elle est vraiment morte ?
Azucena hocha la tête.
— Je l’ai su il y a trois jours. Une amie à moi. Médecin légiste. Elle a trouvé son corps dans une morgue de Villahermosa. Overdose. Comme ils avaient dit. Mais pas accidentelle. Forcée.
Elle s’agenouilla devant la tombe.
— Je l’ai fait enterrer ici. Dans le village d’où venait sa mère. C’est ce qu’elle aurait voulu.
Damian s’agenouilla aussi.
Ils restèrent là longtemps. Dans ce cimetière oublié. Rendant hommage à une fille qui voulait juste aider. Et qui était morte pour ça.
Quand ils repartirent, il faisait nuit noire.
Azucena conduisit jusqu’à Villahermosa. Déposa Damian à la gare routière.
— Vous allez où maintenant ? demanda-t-il.
— Guatemala. Puis peut-être plus loin. L’Amérique du Sud. Je ne sais pas encore.
— Prenez soin de vous.
— Vous aussi, inspecteur.
Elle sourit. Pour la première fois depuis des jours, un vrai sourire. Pas triste. Pas ironique. Juste humain.
— Au fait, dit-elle. Je ne vous ai jamais demandé. Pourquoi vous êtes devenu flic ?
Damian réfléchit.
— Parce que je croyais qu’on pouvait sauver les gens.
— Et maintenant ? Vous y croyez toujours ?
Il regarda Azucena. Cette femme qu’il avait traquée. Sauvée. Accompagnée.
— Oui, dit-il. Je crois encore.
Elle l’embrassa sur la joue. Monta dans sa voiture. Disparut dans la nuit.
Damian resta seul.
Acheta un billet pour Mexico City.
Rentra chez lui.
ÉPILOGUE
Trois mois plus tard.
Mexico City. Janvier 2020.
Damian Sarazai reprenait son service à la division des personnes disparues. Même bureau. Même dossiers.
Mais quelque chose avait changé.
Le scandale avait éclaté en décembre. Les documents du coffre-fort avaient été publiés. Par les familles de Tabasco. Sur internet. Impossible à censurer. Impossible à étouffer.
Trois ministres avaient démissionné. Dix businessmen arrêtés. L’empire Septién démantelé.
Et Gabriela Montes de Oca, la mère d’Azucena, s’était pendue dans sa villa de Cuernavaca. Laissant une lettre où elle admettait tout. Les crimes de son mari. Sa propre complicité. Et l’enlèvement de sa fille. “Pour protéger le nom de la famille”, écrivait-elle.
Damian lisait le journal quand son téléphone sonna.
Numéro inconnu. International.
Il décrocha.
— Inspecteur Sarazai ?
La voix d’Azucena. Lointaine. Mais vivante.
— Azucena ? Vous allez bien ?
— Oui. Je suis en Argentine. Buenos Aires. C’est beau ici.
— Content de l’entendre.
Un silence. Puis :
— Je voulais vous dire. Merci. Pour tout.
— Vous n’avez pas à me remercier.
— Si. Sans vous, je serais morte. Ou pire.
— Qu’est-ce que vous allez faire maintenant ?
— Vivre. Simplement. Sous un autre nom. Une autre vie. Essayer d’oublier.
— On n’oublie jamais.
— Non. Mais on apprend à vivre avec.
Damian sourit.
— Prenez soin de vous.
— Vous aussi, inspecteur. Et continuez à chercher. Les gens qui disparaissent. Continuez à les chercher. Parce que quelqu’un doit le faire.
— Promis.
Elle raccrocha.
Damian posa son téléphone. Regarda par la fenêtre.
Mexico City s’étendait à perte de vue. Vingt-deux millions d’habitants. Et combien de disparus ?
Trop.
Beaucoup trop.
Mais tant qu’il y aurait quelqu’un pour chercher, il y aurait de l’espoir.
Même dans cette ville qui avalait les gens.
Même dans ce pays où disparaître était devenu banal.
Il y aurait toujours quelqu’un pour chercher.
Et cette personne, c’était lui.
Damian Sarazai. Inspecteur. Division des personnes disparues.
Celui qui ne lâchait jamais.
Même quand tout le monde avait abandonné.
Il prit un nouveau dossier sur son bureau. Ouvrit.
Une jeune fille. Vingt ans. Disparue depuis deux semaines.
Il commença à lire.
Dehors, Mexico City continuait de respirer. Immense. Terrible. Magnifique.
Et quelque part dans ses rues, dans ses quartiers, dans ses secrets, des gens attendaient qu’on les retrouve.
Des gens attendaient qu’on les cherche.
Damian allait les chercher.
Un par un.
Jusqu’à son dernier souffle.
FIN