Mar 2, 2014 | Carnets de route (Osmanlı lale), Routes croisées |
Dernier jour plein ici avant le départ. Ce matin, faute de Merapi, je visiterai la ville de Yogyakarta, tentant de l’apprivoiser avant de m’enfuir comme un voleur. Toute la question est de savoir si j’arriverai à avoir une autre opinion de la ville que la première impression étrange du premier après-midi. Je demande un taxi pour me rendre au Taman Sari. Littéralement, Taman Sari signifie “beau jardin”. Lorsque j’arrive sur place, je me rends compte que je suis déjà passé devant, sans m’en rendre compte.
Je prends mon ticket à l’entrée, où il faut également s’acquitter d’un droit d’entrée pour… son appareil photo, autour duquel il faut faire passer une étiquette avec un élastique. A peine suis-je entré que je me fais prendre en embuscade par un guide que je n’ai pas le cœur de chasser. Le bâtiment ressemble à un fortin tellement son architecture est rigoriste, mais la fonction des lieux était beaucoup plus poétique. Ce lieu appartenait, et appartient toujours au Sultan de Yogyakarta (l’actuel se nomme Hamengku Buwono X), lequel, jusqu’à XVIIIème siècle s’en servait de jeux d’eau. Si les explications de mon guide sont vraies (je ne sais pas pourquoi, mais je garde un peu de réserve), les deux premiers bassins dans lesquels végète une eau saumâtre sont le bassin des enfants et le bassin des femmes. Du haut d’une tour, le sultan regardait les femmes se baigner et leur jetait des bouquets de fleurs qu’elles devaient attraper. La gagnante avait le droit de barboter avec le sultan dans un troisième bassin, caché celui-ci, puis de finir dans son lit de bambou au-dessous duquel brûlaient des herbes aromatiques. La légende est jolie, pas sûr qu’elle soit vraie.
L’endroit est toutefois plein de charmes, les grandes façades claires donnent une impression assez étrange d’irréalité, d’une sorte de lieu préservé au cœur de la ville bruyante. Les grands visages de Vishnu placés au-dessus des portes laissent penser que le sultan (musulman) a laissé survivre les anciennes croyances dans une sorte de syncrétisme tolérant.
Mais le temps a passé, le lieu est défraîchi et aurait besoin d’un seul petit coup de peinture et d’une eau changée de temps en temps pour avoir une belle prestance. Le lieu est d’autant plus étrange qu’il se trouve dans une enceinte, la fameuse enceinte dont j’ai suivi le tracé le premier jour, à l’intérieur vivent les 9000 personnes qui travaillent encore aujourd’hui pour le sultan. Une vraie petite ville, ou plutôt une cour complètement anachronique dans un pays qui s’ouvre (hum) à la démocratie (qui, en tout cas, vote). J’arrive à me débarrasser de mon guide qui a tenté de m’entraîner plusieurs fois dans des boutiques de batik (sans mauvais jeu de mots) avec un petit billet et après qu’il m’ait indiqué la mosquée souterraine (oui parce lorsque je lui ai demandé la direction de la mosquée, il m’en a indiqué une autre). Je passe par un chemin absolument improbable (je comprends pourquoi le guide touristique disait qu’il valait mieux se faire accompagner), par lequel il faut se baisser sous une tonnelle, passer dans la cour d’une maison basse, emprunter un chemin derrière une grille et tomber sur l’entrée d’un souterrain que j’emprunte. Arcs brisés caractéristiques de l’art arabe ; je suis sur le bon chemin. Le souterrain me fait ressortir de l’autre côté et me voici à nouveau perdu. Un type essaie de m’entraîner dans ce qu’il appelle le Taman Sari (j’en sors, banane !) et je lui demande poliment de m’indiquer la mosquée. Cet idiot me dit d’abord qu’il faut que je ressorte et que je prenne à gauche, avant de se raviser et de me montrer le chemin qui passe par la ruine qu’il squatte. Prends-moi pour une cruche. Je fais demi-tour et je tombe sur l’entrée d’un deuxième souterrain, mais je ne suis pas bien sûr de moi et la perspective de me retrouver clandestinement dans la cave de quelqu’un qui n’a rien demandé ne m’engage pas trop. Je finis par demander à un passant qui me confirme que c’est bien là.
La mosquée s’appelle Masjid Bawah Tanah en bahasa, soit littéralement mosquée souterraine. En fait de mosquée, c’est un lieu étrange qui n’a rien d’une mosquée. L’escalier descend dans un tunnel qui passe sous le niveau du sol, sous les maisons, peut-on penser vu la densité de construction dans les environs. Il débouche dans un atrium circulaire, une simple bâtisse au plan circulaire percée de fenêtres donnant sur l’extérieur pour l’aération. Au centre, un escalier à trois volées surplombe un petit bassin d’eau croupie et une quatrième volée monte vers l’étage supérieur, tout aussi circulaire que le premier, et tout aussi percé d’ouvertures. Pas de trace de mihrab ou de minbar, ou de quoi que ce soit qui rappelle qu’on est ici dans une mosquée. A mon sens, l’endroit devait servir de repaire à histoires secrètes, ou peut-être à la rigueur de cachette, mais je ne vois pas en quoi cet endroit pourrait avoir quelque chose à voir avec un lieu de culte.
Je ressors du lieu pour m’asseoir sous un arbre, lorsqu’un type m’accoste, un Indonésien, s’assoit en face de moi, se met à me parler en anglais, me demande d’où je viens et lorsqu’il est au clair sur le sujet me parle en français. Nous discutons un peu mais comme je suis désormais d’un naturel méfiant, je me demande à quel moment il va me proposer d’aller voir le musée du batik où soi-disant on ne vend rien. Mais non, il veut simplement parler, et je finis par me demander s’il n’a pas picolé un peu… En tout cas, il était plutôt sympa, et je me suis éclipsé lorsqu’il m’a proposé de venir chez lui.
Je m’arrête sous un marché couvert où on me regarde l’air de dire mais qu’est-ce qu’il fout ici celui-ci ? et où j’achète des petits paniers tressés à une vieille dame de 96 ans qui rigole de ses deux dents, presque sans marchander, juste histoire de dire, mais l’objet de la négociation devait tourner autour de 3 ou 4 centimes d’euros. Il faisait bon ici, et je me suis plu à tourner dans ce marché, respirant les odeurs du sucre de palme, des fruits sur les étalages et du poisson que personnellement, je n’aurais pas mangé.
J’achète quelques souvenirs sur jalan Malioboro et je descends vers Beringharjo mais tout est déjà fermé. J’essaie de passer par derrière ; les grilles sont fermées. Je tombe sur des gens à qui je demande à l’aide de mon traducteur :
— Tutup ? (fermé ?)
— Ya tutup (oui fermé) et il me font signe avec les doigts… huit doigts.
Je reste un peu idiot parce que je voudrais leur demander si c’est ouvert le dimanche, donc demain. Je finis par trouver la bonne formule.
— Buka minggu ? (ouvert dimanche ?)
C’est l’explosion de joie, certainement parce que j’ai réussi à me faire comprendre, ils me font signe que oui et que ça ouvre à 8h00… Je me sens fier de moi…
Je retourne à l’hôtel en attrapant le premier taxi, le conducteur est un petit monsieur tout sec, portant un bonnet de ski sur la tête, les yeux pleins de malice et qui rigole tout seul. Je manque d’éclater de rire lorsque je vois qu’il ne porte pas de chaussure. Il est vraiment très sympathique et se laisse prendre en photo.

Chauffeur de Taxi — Yogyakarta — Indonésie — mars 2014
Je rentre à l’hôtel content de ma journée, pendant laquelle finalement, j’ai plutôt bien apprécié la ville et ses habitants une fois que j’ai réussi à faire fi des margoulins qui n’en voulaient qu’à mon portefeuille parce que mon seul tort est d’avoir la peau blanche. Qui pourrait leur en vouloir ? C’est un peu agaçant mais tout ceci se fait sans méchanceté et on finit par les voir arriver gros comme des baraques avec leurs sabots dondaine, ça fait partie du jeu et on arrive vite à s’en accommoder.
Les autres, ce sont eux à la découverte desquels il faut aller.
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Mar 1, 2014 | Carnets de route (Osmanlı lale), Routes croisées |
Ce matin, le réveil sonne à 3h00. Le jour est important.
Certainement le plus important de ce voyage puisqu’il est consacré à la visite de ce monument auquel on pense quand il est question de l’Indonésie : Borobudur.
Le minibus se pointe 4h00 devant l’hôtel. Les yeux encore collés, je monde dans cette antiquité qui s’avérera ne plus avoir de suspensions et dont les gaz d’échappement, semblerait-il, se diffusent directement à l’intérieur, raison pour laquelle je ferai le voyage la fenêtre ouverte. Pour s’y rendre, il faut compter une heure et demie de route, une route que j’aurais eu du mal à faire seul.
Peut-être armé d’un GPS, pourquoi pas, mais conduire ici relève plus du sport que du gentil tourisme. La route est très droite, mais chaotique et mon cul et mon dos semblent s’en souvenir encore conjointement lorsque j’évoque cette partie de campagne. Malgré l’heure matinale, beaucoup de monde déjà debout, des mosquées peintes en vert, éclairées par des néons criards, trouvent déjà leur clientèle en cette première heure de prière de la journée ; nous sommes vendredi, aurait-ce été pareil un autre jour ? Les carrefours s’emplissent des marchés ambulants, de ces petites carrioles derrière les vitres desquelles on trouve du poisson séché ou des boulettes de poulet qui auront tout loisir de tourner dès le premier rayon de soleil. On tourne à gauche et après le portique sur lequel j’arrive vaguement à distinguer le nom du temple vers lequel je roule, la route se rétrécit et je finis par ne plus voir de maisons au bord de la route. Seulement des arbres et de la végétation dense, ruisselante d’humidité. Pour l’instant, on monte vers le mont Setumbu (prononcer Stoumbou). La route devient franchement merdique, avec des nids de poule qui aggravent le cas de la suspension. A ce rythme là, nous allons rentrer à vélo, ou en becak… Le brouillard se lève, pour ne rien arranger et on n’y voit souvent pas à plus de dix mètres.
Nous nous arrêtons, le chauffeur nous explique qu’il faut monter après avoir payé un droit d’entrée (il faut payer partout ici, c’est hallucinant) de 30 000 rps (15 000 rps pour les locaux). Dix minutes de montée facile et on y arrive. Sur le sommet de la colline, on a vue sur toute la vallée encore enserrée dans la brume matinale. Les plus hauts arbres, ainsi que le temple, plus hauts que la brume elle-même en dépassent et semblent flotter telles des îles de blancs d’œufs sur une mer de vapeur onctueuse. Les couleurs sont indescriptibles, d’une beauté telle que je n’en ai jamais vue, des couleurs incroyables, dont le spectre varie à chaque minute. Pendant près d’une heure, je reste là médusé, à regarder ce paysage qui se transforme sans cesse, même si c’est imperceptiblement, avec ce temple magnifique à deux kilomètres de là, qui point tendrement comme le téton d’un sein dépassant de l’eau.
Je redescends la colline et le minibus m’emmène au pied du temple, après être passé par des petits villages aux maisons carrées faites de briques crues, cuites sur place sur de grands brasiers prêts à s’enflammer, de jolies maisons traditionnelles aux portes de bois ouvragées, au toit plat qui s’élève finalement en une pointe, maisons de Java, parmi les champs et les rizières, et les routes où marchent de jeunes filles voilées, habillées de violet ou de vert, parfois de marron, tout dépend de l’école coranique où elles vont… La vie commencent tôt, il est un peu plus de six heures.
J’arrive au temple et je passe les détails agaçants (les vendeurs à la sauvette… par exemple). Tout ceci est majestueux. Je me rends compte que le monument est construit de telle sorte que d’en bas on n’en voit pas le sommet, comme si de manière symbolique, on ne pouvait apercevoir la sphère céleste en restant les pieds sur terre et que pour arriver au nirvāṇa, il faut d’abord passer par toutes les étapes par lesquelles est passé le Bouddha. Afin de respecter la tradition, j’effectue la montée graduellement, en respectant la circumambulation (pradikshana) qui consiste à tourner autour du temple dans le sens des aiguilles d’une montre afin d’avoir le monument toujours à ma droite. Dans chacun des corridors sculptés, l’histoire se déroule sur deux niveaux par face, soit quatre niveaux de lectures sur les quatre premières plateformes carrées. On compte en tout 2670 bas-reliefs sculptés dont plus de la moitié sont narratifs, soit près de 5km de frises déroulées !! Difficile de se rendre compte. Les étages supérieurs où se trouvent les stûpas sont impressionnants et on se rend compte à quel point la symbolique est importante ici. Sur les étages inférieurs, on ne voit pas l’horizon. Plus on monte, mieux on le voit. Rien n’est laissé au hasard ici, tout est également relié au chiffre 9, nombre de sphères qu’il existe dans le ciel bouddhiste.
La lumière de cette matinée est superbe, même si la brume m’empêche de voir le Merapi, le volcan voisin qui s’est déchaîné en novembre dernier. Je reste le plus de temps possible ici et quasiment à chaque étage, je rencontre des écoliers qui apprennent l’anglais qui m’interrogent avec les mêmes questions. Ils sont tous adorables et sont contents de rencontrer des étrangers. Le fait que je vienne de Paris les subjuguent, même s’ils n’ont jamais entendu parler du mot France, qui ne leur dit rien. Certains pensent que c’est Italie, ou en Grande-Bretagne… Un groupe de jeunes filles me chantera une chanson javanaise, rien que pour moi, un moment que j’immortalise par une petite vidéo.
Retour en minibus à l’hôtel, je dors un peu dans les cahots, derrière la vitre sur lequel tape un soleil très chaud. Je me réveille en sueur avec les bourdonnements d’une mouche grosse comme un moineau qui tape contre la vitre.
Je passerai le reste de ma journée à lézarder autour de la piscine, après être aller me ravitailler au Super Indo, le supermarché à deux pas l’hôtel où j’ai acheté un régime de petites bananes parfumées (pisang) et du mie goreng déshydraté (grands moments de solitudes que ces instants de repas en Indonésie après être passé par la Thaïlande).
Je vais en ville annuler la virée au Merapi, trop audacieuse pour moi en fin de compte, une migraine et une trop grande fatigue me criant de ne pas y aller. Je prends deux nurofen et je m’endors tout habillé sur le lit à 18h00 pour me réveiller un tour de cadran plus tard.
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Feb 28, 2014 | Carnets de route (Osmanlı lale), Routes croisées |
Les choses sérieuses commencent à Java. Ce matin, après un bon petit déjeuner, je commande un taxi pour un lieu qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de Jogja. En réalité, le lieu a été totalement absorbé par la ville, de la même manière qu’on peut dire que les pyramides de Gizah font désormais partie du Caire. Le lieu que je vais visiter a quelque chose de particulier en cette île à majorité musulmane, puisque que c’est le plus grand monument hindouiste du pays.
A l’origine, j’ai demandé un taxi pour me rendre à l’Office du Tourisme, qui est à peu près le seul point de repère pour un type perdu comme moi dans une ville pareille. Le taxi qui est venu me chercher à l’hôtel m’y emmène en mettant le meter. Pendant qu’il roule, je calcule le prix auquel la course jusqu’à Prambanan pourrait me revenir, alors je lui demande si c’est possible. Il me dit que oui, mais par contre que la course se fait sans le meter et qu’il me prendra 200 000 rps, l’équivalent de 12 euros, ce qui énorme pour ici. Il me dit un mot que je ne comprends pas… “di tungu, di tungu”. Je finis par regarder sur mon traducteur qui me dit “en attente”, alors je le remercie mais je lui dit non, et là il me fait une autre offre puisqu’il me propose de m’attendre pour 250 000 rps. Alors je fais le calcul et je me dis que si je dois repayer 200 000 pour le retour, autant que j’accepte son offre. C’est parti, tope là, même si c’est trop cher pour la course. Au moins ça lui paiera sa journée complète s’il veut se reposer un peu…
J’avais été prévenu : le site de Prambanan n’est ouvert qu’en partie puisqu’à cause de l’éruption du Kelud, il est recouvert de cendres, m’a-t-on dit. Une fois sur place, je ne vois pas la moindre cendre, sur les feuilles, sur l’herbe, etc. Mais le temple principal est fermé. Je peux tourner autour, m’extasier sur les centaines de temples construit autour, tous terrassés par le tremblement de terre de 2006, il n’en reste plus que 2 debout, ou alors c’est qu’ils ont été rebâtis, en sachant que tous ces temples ont été construits sans ciment, qu’ils ne tiennent, ou ne tenaient que grâce à la gravité. Les anciens n’avaient pas imaginé que lorsque la terre tremble, la gravité ne suffit plus. Peu importe, le temple est magnifique. Chacun des candi a une fonction. Le plus grand et le plus beau est dédié à Çiva, les deux autres de part et d’autre à Brahma et Vishnu. Les trois plus petits sont consacrés à leur véhicules (vâhana). Nandi le taureau pour Çiva, Hamsa le cygne pour Brahma et Garuda, mi-homme mi aigle pour Vishnu.
Ils sont construits de cette pierre noire qu’on trouve partout ici, et dont à Bali on construit la moindre maison, le moindre temple, cette pierre volcanique tendre et pourtant solide, sur laquelle les mousses s’installent si facilement et donnent un aspect antique très rapidement. Je n’arrive pas à savoir pourquoi on ne peut finalement pas entrer dans les candi et je trouve ça très frustrant d’être venu jusqu’ici pour ne voir finalement qu’une partie du temple. Je ne m’avoue pas vaincu pour autant.
Au bout du parc se trouve un autre temple, le candi Sewu. Celui-ci a une autre particularité ; c’est le second plus grand temple bouddhiste de l’Indonésie, après Borobudur, mais si l’on considère, comme ce qui semble être le cas que Borobudur n’est pas vraiment un temple, il serait alors le plus grand. Ici, tout est ouvert, même si c’est en rénovation. Beaucoup de temples écroulés sur les flancs, mais le temple principal a été remis debout par une équipe d’archéologues hollandais. L’entrée dans le temple est impressionnante. On arrive dans le temple principal par une grande porte qui donne sur une salle sombre et haute de plafond dans laquelle trône un grand autel vide. Je me demande bien ce qui pouvait se trouver là auparavant. Une statue colossale du Bouddha ?
Il fait très chaud aujourd’hui et le courant d’air frais que je trouve à la croisée des coursives fait un bien fou… Tous ces temples sont superbes et sont les vestiges d’un passé grandiose. Alors pourquoi cribler le paysage de ces horribles poubelles bleues que personne n’utilise de toute façon ?
Retour en ville, sur Malioboro. De gentils étudiants veulent parler anglais avec moi et puis être pris en photo avec moi. Celui qui me parle a un anglais très hésitant, mais j’essaie de le mettre à l’aise. Nous rigolons bien, et après ils veulent me faire visiter la ville. Je décline gentiment. Je visite le marché du batik (Beringharjo), celui qu’un gentil monsieur m’avait conseillé près du Taman Sari, et dès l’entrée, on me dissuade d’entrer en me disant qu’il n’y a rien après, juste finalement des commerçants plus honnêtes que les autres qui vendent leur produits au prix juste. C’est infernal cette manie de vouloir vendre plus cher au touriste… Tout le monde me regarde, me scrute, certains sourient, d’autres me disent “hello mister”, à quoi je réponds “selamat sore”, alors on rit beaucoup parce que je dis deux mots de bahasa, certains me touchent, peut-être pour éprouver ma réalité physique. Un touriste, ici, quelle idée saugrenue !!
Retour à l’hôtel à l’heure du thé, avec un beignet de banane au fromage rapé, sous une lumière jaune de fin de journée.
Je mange au resto de l’hôtel, un gudeg manggar (jeunes fleurs de coco, poulet cuit dans le lait de coco et légumes cuits à la vapeur) accompagné d’un gin fizz (qu’ici on prononce guine fisse). Ici on boit de l’alcool et on vend aussi des préservatifs aux caisses des supermarchés, tenues par des jeunes filles voilées.
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Feb 27, 2014 | Carnets de route (Osmanlı lale), Routes croisées |
Il est temps de partir, et c’est vrai que c’est avec un peu de regrets que je quitte l’Île des dieux. Départ tôt, à 7h00. J’ai demandé à Wayan de venir me chercher pour m’emmener à l’aéroport qui se trouve au sud de l’île et qui étrangement coupe l’île en deux à son endroit le plus étroit, ce qui signifie que d’un côté et de l’autre de la piste, c’est… la mer. Route fatigante, une heure et demi de scooters et de bruit assourdissant, de pollution ; l’image écornée de Bali par une circulation affolante.
A l’aéroport, je me rends compte que le contrôle des bagages (deux fois) se fait avec les hommes et les femmes séparés. C’est assez étrange car je n’ai pas vu ça à Jakarta qui pourtant est musulmane et Bali hindoue…
L’aéroport a quelque chose de provincial, mais il semblerait qu’il soit en cours de rénovation, ce qui n’est vraiment pas un luxe. L’avion part avec une demi-heure de retard, ce qui semble habituel ici. Arrivée à Yogyakarta, que tout le monde appelle en réalité Jogja (à prononcer djogdja). A l’aéroport, je récupère ma valise sur un des deux seuls tapis roulants et le ballet des taxis qui haranguent les touristes commence. C’est épuisant mais on finit par ne plus répondre aux sollicitations. Je finis par trouver le comptoir qui énonce des prix fixes.
La ville est étrange, ce sont de longues avenues avec beaucoup de commerçants fermés, des devantures salles et pauvres. Ma première impression n’est pas forcément la bonne, mais ce que je vois ne me semble a priori pas engageant. Je pose ma valise, le personnel est très gentil. Je profite un peu de la piscine et puis je fais une sieste de deux heures sur le lit moelleux. A peine ai-je décidé de sortir qu’il se met à pleuvoir, mais pas qu’un peu, une petite averse qui se transforme en déluge. Un éclair, suivi d’une demi-seconde par un coup de tonnerre assourdissant, la lumière s’éteint. Deuxième coup de tonnerre, la lumière de secours s’éteint, et le muezzin qui était en train de chanter a aussi la chique coupée. Drôle de manière de souhaiter la bienvenue aux étrangers ! Je comprends un peu mieux la présence d’une lampe torche sur la table de la chambre.
Je finis par sortir de l’hôtel sous la pluie, avec le parapluie de l’hôtel, et je tombe sur un supermarché à 100 mètres en sortant, pour faire le plein de victuailles.
Je remonte Jalan Parangtritis vers Jalan Malioboro, et ce que je vois dans cette ville me semble très étrange. Pas un seul touriste ou alors vraiment on les compte sur les doigts de la main, des gens qui me regardent soit d’un air effrayé, soit amusé, une véritable attraction. En fait, je me demande s’ils me regardent parce que je suis étranger ou si c’est parce que je marche alors qu’ici cela semble hallucinant de se déplacer autrement qu’en becak ou en taxi. J’aurai ma réponse plus tard. Une grand place sans rien d’autres que deux immenses arbres, des ficus il me semble, entourés d’une clôture, un vide immense, le palais du Sultan derrière et puis des rues dont les trottoirs sont inexistants ou alors bouffés par les échoppes qui se les approprient. Je longe une muraille blanche dans laquelle je trouve une brèche. Un type s’arrête, me demande s’il peut m’aider, je lui demande si par ici c’est un raccourci vers Malioboro, il me dit que oui, mais si je rentre là-dedans, « you may be confused… ». J’ai appris à reconnaître les euphémismes asiatiques et je sais que s’il me dit ça, c’est que je ne vais pas m’en sortir… Je continue le long de la muraille blanche, là où il n’y a pas de trottoirs…
Malioboro, les Champs-Elysées de Yogya… Pour qui connait les Champs-Elysées, la comparaison est difficile. Je me fais alpaguer toutes les deux minutes pour que j’aille voir ABSOLUMENT aujourd’hui les étudiants de l’école des beaux-arts qui font du batik. Pas pour acheter, juste pour voir… C’est mon jour de chance, c’est seulement aujourd’hui parce qu’aujourd’hui c’est l’anniversaire de la ville. Tissu de conneries, la même arnaque qu’à Bangkok, je suis vacciné maintenant, je décline poliment, et plus fermement lorsqu’on devient insistant. Je ne suis pas séduit par la ville. Je finis chez McDo faute de mieux, faute de resto tout court et je rentre à l’hôtel où le muezzin, ou plutôt les muezzins font l’appel à la prière. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi peu harmonique. Ce n’est pas la multiplicité qui est désagréable, c’est la multiplicité de chants sans grâce. Rien à voir avec la beauté envoûtante des ezan d’Istanbul…
Drôle de contact avec cette ville qui ne se prononce pas comme elle s’écrit et qui compte dans son enceinte près de 400 000 habitants. On ne devrait pas préjuger de l’aspect d’une ville en regardant simplement son plan… C’est vraiment trompeur dans son cas…
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Feb 26, 2014 | Carnets de route (Osmanlı lale), Routes croisées |
Après la petite déconfiture de la veille, je décide de prendre un peu le temps, de me lever tard et de faire quelques longueurs dans la piscine, histoire de délasser mon esprit, pour de bon.
Après midi, je décide de faire appel à un taxi, un autre, un bien, un fiable — celui d’hier est rayé de la liste de l’hôtel. Je ne parle pas bahasa mais ce que j’entends au téléphone me laisse comprendre qu’un client qui se plaint n’aura pas l’occasion de se plaindre deux fois. C’est un ami de la jeune réceptionniste qui porte le doux nom de Pingki et un grand sourire sincère qui arrive. Un type d’une quarantaine d’année avec les dents de traviole, qui parle tout doucement et à l’air un peu hagard, mais surtout, très gentil. Mon but de la journée, partir sur la route pour aller sur Jatiluwih, les fameuses rizières qu’il est question de classer au patrimoine mondial de l’UNESCO. La route est magnifique, et j’ai largement le temps de regarder puisque nous roulons en moyenne à 30 km/h. Quelques pointes à 80 pour doubler, mais sur Bali on roule doucement en général. Lorsque nous arrivons dans les montagnes, les paysages se transforment et ce sont désormais des lacets qu’il faut enquiller, une succession de lacets et de routes droites au bord desquelles on peut voir les travailleurs des rizières dans leur quotidien. Wayan, mon chauffeur, manque plusieurs fois d’écraser des poules ou des chiens.
Nous arrivons sur les hauteurs. Il faut payer 15.000 rps pour entrer dans le parc. Il laisse la voiture en face d’un warung et m’indique le chemin pour accéder aux rizières. Je croise beaucoup de gens qui travaillent, des visages souriants pour la plupart à qui je m’amuse à lancer des selamat sore auquel on me répond facilement et toujours avec le sourire. Les gens qui n’ont rien à vendre ont le sourire sincère puisque c’est celui qui ne demande rien…
Le chemin des rizières est superbe, on peut y voir les terrasses serpenter avec grâce le long des flancs de la montagne, un riz aux feuilles déjà épaisses masquant l’eau qui baigne à ses pieds.
Le paysage est splendide au pied de la montagne qui elle, a la tête dans les nuages. Il fait un temps doux et humide, agrémenté d’un petit vent agréable qui change des températures parfois accablantes. En sortant des rizières, je dis à Wayan que je souhaite déjeuner quelque chose. Pas de problème, il m’emmène vers une grande terrasse, une usine à touristes Chinois, mais je décline et je lui dit que je veux aller déjeuner dans le warung devant lequel il s’est garé où deux jeunes filles semblent s’ennuyer ferme. Je m’assieds et commande un ayam sayur, du poulet dans une soupe de légumes que je partage avec un chien qui n’attend que ça. Je lui donne les os qu’il fait craquer sous la dent.
Retour sur Ubud tranquillement par la même route. J’arrive à temps pour demander à la réception si je peux voir ce soir un spectacle de jegog, mais il n’y en a pas ce soir. Par contre je peux voir un spectacle de barong qui, pour le coup, ressemble vraiment à du théâtre japonais. Comme le spectacle commence dans un quart d’heure, j’ai juste le temps de poser mes affaires et de demander si on peut m’emmener en scooter en ville, ce que le jeune garçon fait avec obligeance (après tout, ça fait partie des prestations de l’hôtel et on ne peut pas dire que j’aie abusé jusque là).
L’actrice qui joue le rôle du jeune prince est de toute beauté. Là encore j’ai enregistré le son de ce spectacle, mais je ne suis pas certain que ça rende quelque chose, entre les Allemandes à côté de moi qui discutait et mangeait des cacahuètes en le décortiquant, les jeunes balinais qui jouaient et le bruit de la rue.
Une belle journée qui efface celle d’hier.
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