Roméo pleurant au balcon, Juliette se roule dans l’herbe

22/09/2010

Début d'automne

Il y avait ce soir-là un air de provocation, une température déraisonnable, un je-ne-sais-quoi dans l’air qui annonce un été qui n’est jamais vraiment arrivé. Pendant que mon fils prenait son cours de musique, je me suis assis à califourchon sur le banc en pierre dans le parc, ma bouteille d’eau et mon magazine posés devant moi. Les enfants criaient et jouaient sur l’herbe pendant que les mères avec leur petit engoncé dans leur poussette, dans un ballet dégoulinant de rires et de paraître, déblatéraient sur telle ou telle mère de famille, absente évidemment. Les hautes branches commençaient à jaunir sérieusement alors qu’il faisait encore chaud.
Je n’ai pu m’empêcher de sourire à la lecture de ces mots d’Alain Badiou.

Les rencontres sont si faciles, si nombreuses, que l’intensité du changement qu’on peut accepter à partir d’elles n’est plus la même. On introduit un système de précaution : je prends quelqu’un de suffisamment semblable à moi pour espérer faire un chemin avec cette personne en restant exactement ce que je suis. C’est une tendance du monde contemporain d’introduire une fausse variété à l’intérieur d’une grande permanence.

De la salle de danse sortait le martellement disharmonieux du piano que je sais être désaccordé où une femme jouait avec une énergie obscène la danse des chevaliers extraite de Romeo et Juliette, de Prokofiev. Sur les marches de la salle s’ébrouaient des adolescents que le jeu des amours naissantes fait se comporter comme de réels idiots qu’ils ont la chance d’être encore. L’une d’entre eux portait un short en jean provocant laissant voir la naissance de ses fesses. A l’étage, Joséphine, jeune adulte fringante et voluptueuse, à la peau brune et lisse, recoiffait ses cheveux raides maintenus en queue de cheval, quelques uns, indisciplinés, repassés derrière l’oreille, derrière la branche de ses lunettes de marque. Sa poitrine indécente ne cessait de respirer fort dans un mouvement qui attire mon regard sous les toits brûlants.
L’été est encore là, mais plus pour longtemps.

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