Les visages de Sanxingdui (三星堆)

27/01/2012

Dans les années 20, un paysan découvre un bel objet de jade en labourant son champ. Puis, plus rien. Ce n’est qu’en 1986 que deux fosses ont été découvertes dans la province de Sichuan à proximité du champ, dans la ville de Guanghan, sur le site de Sanxingdui. Les objets qui y furent trouvés ont permis de dater que cette culture remonte à une période allant de 2800 à 800 av. J.-C., soit une période de 2000 ans, mais sa présence a posé énormément de problèmes aux archéologues dans le sens où, contemporaine de l’âge de bronze de la dynastie des Shang, elle présentait une manière tout à fait distanciée d’abstraction par rapport à ce qui était connu alors. Ce fait est d’autant plus étrange que dans les textes, il n’est fait mention nulle part de cette culture qui en outre, a disparu brusquement en enfouissant tous ses bronzes et ses objets rituels en très peu de temps, et sur des lieux très concentrés. Ce qui est d’autant plus troublant, c’est qu’ayant côtoyé pendant quelques siècles la culture de la dynastie Shang, distante de quelques centaines de kilomètres, celle-ci ne soit pas nourrie des techniques de la fonte du bronze, qu’ils maîtrisaient parfaitement dans la finesse des détails, mais dans de moindres proportions que dans cette culture de Sanxingdui puisque les plus grosses pièces trouvées font près de 180 kg, ce qui nécessite des quantités considérables de minerai. Les plus grands masques retrouvés sont colossaux et indiquent que la technique de la fonte était hautement maîtrisée pour une époque aussi lointaine. En comparaison avec l’occident, une telle technique n’est maîtrisée que lors de l’âge classique grec. Le site sur lequel furent découvert ces objets a fini par être délimité en 1996 lorsqu’on trouva les restes d’une enceinte encerclant une ville de 12km², ce qui en fait la plus grande ville de l’Asie antique.

En dehors des aspects techniques et archéologiques qui posent encore souci aujourd’hui, la stylisation des formes des pièces retrouvée est tout à fait questionnante. Bien loin des décors de masques taotie retrouvés plus à l’est, les visages de Sanxingdui sont anguleux, figurent des yeux en amande, sans pupilles, symbolisés par une ligne de crête les traversant de part en part. La bouche est large, les lèvres fines et pincées. Les pommettes sont symbolisées par une autre ligne de crête et largement marquées. Les oreilles sont tantôt pointues, tantôt déformées à l’extrême. Le nez est tantôt pointu, tantôt camus et les sourcils largement délimités. Quelques objets surprennent, comme ce masque aux yeux exorbités en forme de cylindre, aux yeux dits “verticaux”, ou cette pièce immense coulée en deux morceaux et longue de 262cm, socle compris, aux mains démesurées et semblant porter autrefois un objet qui pourrait être une rame, on un bâton rituel, ou encore ces petites têtes d’une seul bloc, recouvertes d’un masque d’or.
Si la fonction du masque n’a pas été à ce jour vraiment comprise, puisque ces objets sont loin d’être à dimension humaine, et si la culture de Sanxingdui semble garder encore quelques uns de ses plus grands secrets, on continue de découvrir des sites qui nous permettront peut-être un jour d’élucider ces questions. En attendant, on pourra se référer à la maigre littérature sur le sujet, surtout au travers du livre de Danielle Elisseeff ( Art et archéologie : la Chine du néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux (Manuels de l’École du Louvre), 2008.)

3 comments

  1. Comment by rene chabriere

    rene chabriere Reply 07/02/2012 at 14:56

    Très intéressant…

    et les trtaits des figures représentées ont des caractéristiques communes surprenantes avec les figures inca, notamment les masques en or

    • Comment by Carole Darchy

      Carole Darchy Reply 01/12/2012 at 00:21

      C’est exactement la réflexion que je me faisais … mais je pensais davantage à la civilisation maya….

  2. Comment by OTOOSAN

    OTOOSAN Reply 13/11/2012 at 18:23

    La grande figure de 262 cm tenait une défense d’éléphant. Vraiment pationnal. Ce serait intéressant d’avoir le résultat de l’ analyse ADN des éventuels ossements trouvés dans le coin, je serais pas surpris qu’ils soient caucasoides.

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