Les lieux de nulle part

18/07/2015

Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas fait chaud, aussi longtemps. Ça ressemble à un été d’ailleurs, un été méditerranéen, un été comme on n’en voit jamais ici. Un de ces jours, il faisait tellement chaud que je suis sorti un peu pour marcher, en tout début d’après-midi et j’ai arpenté un peu la rue dans laquelle je travaille, la rue Paul Vaillant Couturier. Tout y était si désespérément calme qu’on aurait crû une ville du Gard à l’heure de la sieste. Un peu plus et on entendait le chant des cigales.
La basilique était écrasée de soleil, dans la blancheur de sa pierre réfléchissant la lumière vive et le parvis était aussi désert qu’une place de Manosque après déjeuner. Les magasins fermés, un mercredi, comme si la chaleur avait déterminé le monde entier à se terrer dans les caves. Il fait donc si chaud que ça ? Seul un barbier est ouvert, mais il est affalé sur un de ses fauteuils de clients, la tête basculée en arrière comme s’il attendait lui-même qu’on le rase. Mais qui donc rase le barbier ? Lumières éteintes, une petite musique crachotée depuis un poste de radio miniature… Je souriais parce que j’avais vraiment l’impression d’être dans un film. Ou dans un condensé de clichés accolés les uns aux autres.

Ce n’est pas le diable qui se cache dans les détails, mais la vie elle-même, à moins que celle-ci, définitivement, a quelque chose de diabolique… La moindre des petites histoires ne saurait se passer de détails.

Bouddha recouvert de feuilles d'or

Bouddha recouvert de feuilles d’or au Wat Arun, Bangkok. Aquarelle, encre et gomme à masquer.

Cette année sera une année banale. Déjà bien entamée, elle se révèle un peu terne parce que je sais qu’elle sera sans voyage. 2014 a été l’année de l’Indonésie, et du Luxembourg en octobre. 2015 sera l’année des destinations habituelles. La Bretagne ; l’impression de tourner en rond, d’être comme l’enfant que j’étais et qui s’ennuyait pendant les longues journées du mois d’août, qui allait visiter la chapelle des Sept-Saints au Vieux-Marché (Ar C’houerc’had), le premier pèlerinage islamo-chrétien créé pour Louis Massignon en 1954 et qui reprend un miracle de la Bible, commun à l’Islam (les sept saints dormants d’Éphèse) et au Christianisme (les sept saints fondateurs de la Bretagne), dont Ernest Renan et François-Marie Luzel sont les rapporteurs. Rien que de penser à cette somme d’ennui, je commence déjà à m’endormir. Si ce ne sera pas l’été des grandes transhumances, il faudra que je puisse le transformer en été des grandes lignes d’écritures…

Les lieux dorment, ils se taisent lorsqu’on les approche, font mine de n’être rien pour ne pas éveiller l’attention du passant.

Le dehors dort tranquillement, simplement brusqué parfois par le passage d’une voiture, d’un scooter, agaçant et revêche. Basculer sans arrêt de l’agitation au calme est au final assez éprouvant pour les nerfs. Mon cœur bat, mes doigts palpitent… Je suis tenté de dire que tout va bien.

Photo d’en-tête © Mendhak

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